‹ Le conseiller d'étatChapitre 19 sur 26 · SCÈNE A L'OPÉRA · texte numérisé non relu

SCÈNE A L'OPÉRA

drais-je à vous , pour vous dire : — Aimez-moi encore ! pour vous dire : — Maintenant nous sommes libres, nous pouvons nous aimer en paix sur la tombe de votre mari.

— Horreur ! s'écria Camille en cachant sa tète , horreur !

Maurice, que son émotion avait emporté , marcha avec rapidité dans la chambre, en laissant s'échapper de profondes exclamations; mais, en voyant les sanglots qui s'amassaient dans le cœur de Camille , il se contint , s'imposa silence , parut se calmer, reprit sa parole assurée , s'approcha de Camille et lui dit doucement et presqu'en souriant :

— Mais c'est une folie, Madame, rien de cela n'arrivera, car vous né m'aimez pas, et cela vaut bien mieux.

— Quoi ! vous le tueriez, dit Camille, les sanglots dans la voix, les larmes dans les yeux, les mains croisées, qui demandaient grâce.... quoi ! vous le tueriez !

— Il faudrait donc mourir , reprit Maurice , ému de nouveau, il faudrait mourir aimé de vous?... mourir quand ce serait l'heure de vivre !

Camille se leva sur son séant, et, le regard perdu, égaré, elle lui dit d'une voix frémissante :

— Et vous n'aimeriez pas mieux cela?

— Camille ! s'écria Maurice.

— Tu n'aimerais pas mieux savoir que je l'aime et mourir ensemble !

— Camille ! répéta Maurice tremblant dans sa joie.

— Ensemble , reprit Camille , ensemble ; veux-tu mourir ensemble?....

— Camille ! répéta encore Maurice à qui tout autre mot manquait.

— Oui! mourir ensemble, car je t'aime, enlends-lu, je t'aime !

— Camille, s'écria Maurice en tombant à genoux devant elle... 0 Camille !.. dis-tu vrai?

— Oui, je dis vrai, reprit Camille dont la respiration était

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haletante... oui, je l'aime... oui, je t'aime... oh ! je puis te le dire souvent : il y a si long-temps que ce mot bat dans ma poitrine, qu'il la brisait. Je t'aime... Maurice, je t'aime, laissemoi te dire ce mot pour toutes les fois qu'il m'est retombé sur le coeur.

El, posant ses mains sur la tête de Maurice, elle répétait ce mot : — Je t'aime ! — avec une sainte exaltation, comme un matelot perdu sur la mer, et qui voit enfin la rive et le salut , et crie à genoux : Terre... terre... terre... Le cœur de Maurice, gonflé de joie, craignait de parler, de ne plus entendre ce mot qui l'enivrait. Enfin il dit à Camille, en la regardant et pendant qu'elle le regardait :

— Ainsi tu m'aimes depuis long-temps?

— Depuis plus long-temps que toi.

— Je t'aime du premier jour où je t'ai vue, Camille.

— Maurice , je t'aime du premier jour où je t'ai vu.

— Et maintenant c'est pour toujours.

— Maintenant c'est pour toujours...

A peine elle avait prononcé ce mot , toujours ! que le souvenir de ce qui s'était passé entre M. de Lubois et Maurice, et de la résolution de celui-ci , vint pour ainsi dire couper court à l'avenir de ce mol si long...

— Toujours! s'écria Camille; mais demain, bientôt, tout à l'heure, vous vous battez.

— Non, reprit Maurice en souriant, le désespoir m'avait égaré. Je vous ai dit des choses folles, en vérité : mais que d'affaires pareilles se sont arrangées !...

— Arrangées , dit Camille , et comment ?

— Ma parole, et c'est celle d'un homme d'honneur, suffira à M. de Lubois pour lui prouver que vous êtes innocente...

— Pouvez-vous la lui donner maintenant? dit Camille tristement, en avez-vous encore le droit ? Regardez où je suis , et rappelez-vous ce que je viens de dire.

— Camille, le regrettez-vous ?

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