AVRIL
L'événement iniérieur de ce mois est la formation du ministère définitif promis par le président de la rvcpuLlique dans le Message qui annonçait à l'Assemblée, à la suite du vote du 18 janvier, la nomination d'un ministère transitoire. C'est après de longues et laborieuses négociations, tentées sans résultat auprès de M. Odillon Barrot, de M. de Malleville et de plusieurs autres hommes d'Etat de la majorité, que le Président s'est décidé îi rappeler au pouvoir, en leur adjoignant quelques hommes nouveaux, .\]. Léon Faucher et les chefs du cabinet dissous par ce vote de TAssemblée.
Le nouveau ministère est ainsi composé :
Intérieur, 31. Léon Faucher ; affaires étrangères, M. Baroche ; justice, M. Rouher ; finances, M. Fould ; guerre, le général Randon; marine, .^L Chasseloup-Laubat ; instruction publique, M. de Crouseilhes; travaux publics, M. Magne; agriculture et commerce, ]iL Buffet.
Le lendemain du jour où sa nomination paraissait au Moniteur^ — 11 avril, — le cabinet faisait son entrée dans l'Assemblée. A peine M. Léon Faucher avait-il lu le manifeste de sa politique, manifeste qui promet le maintien de l'ordre, le respect de la loi et la pacification de l'esprit public, que M. Sainte-Beuve proposait à l'assemblée de le condamner sur ses noms sans attendre ses actes, et de renouveler contre lui la motion de défiance du 18 janvier.
Cet appel de ralliement jeté à la coalition est resté sans écho. L'ordre du jour de M. Sainte-Beuve a été rejeté par 327 voix contre 275. Aucun autre incident politique n'a marqué les débats de l'Assemblée, interrompus pendant huit jours par les vacances de Pâques. Parmi les travaux d'administration et d'affaires qui ont occupé ses séances, nous mentionnerons seulement la loi sur les hospices, sur les monts de piété, sur le traitement des cardinaux, et la deuxième délibération du projet de loi sur la garde nationale.
Une insurrection avortée en Portugal, une crise politique en Espagne résument toute l'importance des nouvelles extérieures de ce mois. En Portugal, le maréchal Saldanha, depuis longtemps en lutte contre le premier ministre, le comte de Thomar, a tenté de le renverser par un mouvement militaire. Le 7 avril, il partait de Lisbonne pour aller se mettre à la tête de quelques corps insurgés. Mais cette sortie d'une ambition jalouse et impatiente n'a été qu'une fuite à travers la défection de ses troupes et l'indifférence des populations. Poursuivi par le roi, qui a pris le commandement de l'armée, le maréchal Saldanha était bientôt acculé aux frontières de l'Espagne, où les prochaines nouvelles annonceront sans doute sa retraite.
Eu Espagne , le ministère présidé par M. Bravo Murillo vient de dissoudre les Cortès, dont la majorité lui était hostile, sur le prétexte , d'un dissentiment sur la fixation de Tordre du jour du règlement de la dette. Le parti progressiste, écarté depuis sept ans de l'action politique de l'Espagne, s'est relevé h ce décret comme à un signal de résurrection et d'avènement. Il a fondé un comité de propagande et de direction électorale, dont la présidence offerte au général Espartero a été acceptée par lui dans une énergique adhésion.
L'Allemagne s'arrête enfin dans ce cercle vicieux de diplomatie métaphysique autour duquel elle tourne si péniblement depuis trois ans. Les lentes et laborieuses négociations de l'Autriche et de la Prusse viennent d'aboutir au rétablissement pur et simple de l'ancienne Diète germanique ; c'est la Prusse elle-même qui invite les Etats secondaires à y envoyer leurs représentants, dans une dépêche officielle émanée du cabinet de Berlin.
L'Angleterre a fait trêve aux passions et aux préoccupations politiques. Elle est livrée tout entière aux préparatifs de l'Exposition universelle et aux soins de l'immense hospitaUté qu'elle va donner aux députations du monde Européen qui affluent dans sa capitale.
C'est le 1" mai que la Reine doit ouvrir solennellement le palais de cristal d'Hyde-Park, ce monument dédié par le prince qui l'a fondé à l'unité de la race humaine. Cette Exposition universelle ne sera pas seulement le Jubilé de l'industrie moderne, ce sera encore un événement de civilisation, le rendez-vous d'alliance des races et des nations, la fête pacifique de l'humanité se contemplant, s'admirant et se reconnaissant dans ses œuvres. — P. de Saiut-Victor.
L'un des Propriétaires, J. BIirès.
LE
CONSEILLEU DU PEUPLE.
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