‹ Le Conseiller du peuple (volume 2)Chapitre 14 sur 103 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

La révision de la Constitution a été pendant tout ce mois l'effervescence de l'Assemblée et la préoccupation de l'esprit public. Les partis se préparent en s" agitant à cette lutte solennelle ; les pétitions s'accumulent sur la tribune; les réunions parlementaires devancent le jour des débats et émettent des vœux favorables ou hostiles à la révision constitutionnelle. La réunion légitimiste de la rue de Rivoli, en se prononçant pour la révision totale, a posé la question entre la république et la monarchie. Celle de la rue des Pyramides, que composent plusieurs fractions de la majorité, s'est bornée à émettre le vœu de révision : « dans le but de remettre à la natiou « le plein exercice de sa souveraineté. » De son côté l'extrême gauche s'est réunie pour discuter et rejeter par unK>te unanime toute révision, même partielle de la Contitution.

Cette question vitale du pays va bientôt se produire à la tribune, où se sont déjà présentées deux propositions relatives à sa procédwe. Dans une séance — 22 mai — qui a été pour ainsi dire l'es-

carmouclie des passions et-des dissentiments engagés dans ce graad débat, l'Assemblée a pris en considération d,eux propositions de MM. Moulin et Morin, demandant, l'une que les demandes de révision soient transmises h l'examen d'une commission d'initiative spéciale, nommée dans les bureaux ; l'autre que l'Assemblée soit saisie périodiquement de la question de révision du pacte fondamental.

La deuxième délibération de la loi organique de la garde nationale, loi dont la tendance générale est de substituer le pouvoir exécutif à la municipalité dans la formation des cadres de l'armée civique, a été marquée à chacune de ses séances par un scandale oratoire, ou un orage parlementaire. Soutenue avec passion par son rapporteur, M. de Riancey, attaquée avec véhémence par MM. Napoléon Bonaparte, P. Duprat, Jules Favre, Hennequin, la loi a été votée, après avoir subi dans le cours de la discussion quelques modifications secondaires.

La veille de ces débats, troublés par tant de récriminations et de violences, la nouvelle élection du département des Landes ramenait incidemment devant l'Assemblée la loi du 31 mai. M. de Girardia avait demandé à interpeller M. Léon Faucher sur une dépêche télégraphique envoyée au préfet du département la veille du scrutin, dans laquelle le ministre lui enjoignait de ne donner son appui qu'à un candidat décidé à défendre et h maintenir la loi électorale du 31 mai. M. Victor Lefranc s'était élevé contre cette exclusion du suffrage décrété par le gouvernement au nom d'une loi contestée et révocable. Sa parole semblait avoir ému et ébranlé l'Assembiée, mais l'effet en a été compromis par un soulèvement parlementaire qui a fait dégénérer la discussion en personnalités irritantes. Le vote de l'Assemblée a absous le ministère et consacré indirectement la loi du 31 mai, arborée en son nom par M. Baroche, «comme le drapeau du cabinet. »

De calmes travaux d'administration et d'affaires ont rempM les intervalles de ces drames parlementaires. L'Assemblée a voté la concession du chemin de fer de l'Ouest, la nouvelle loi sur les sucres, la loi relative au livret des ouvriers et réglementé le droit de pétition.

L'expédition décidée récemment contre la petite Kabylie s'avance, dans les sauvages contrées qu'elle a mission de réduire à notre coaquête, à travers le feu et les embuscades multipliées des Kabyles. Sou dernier bulletin rapporte une série de brillants combats, soutenus par la division du général Saint-Arnaud, contre les peuplades des montagnes. L'irrésistible élan de nos troupes a emporté tou-

les les positions périlleuses où s'étaient retranchées les tribus rebelles.

L'anniversaire de la proclamation de la République a été célébré le ti mai au milieu d'une tranquillité unanime et exemplaire. Le temps a assombii la physionomie extérieure de la fête; mais le calme et la dignité de l'attitude de la population parisienne l'a élevée à la hauteur d'une manifestation de confiance et de concorde. Tout l'intérêt des nouvelles extérieures de ce mois est concentré dans les changements à vue et dans les péripéties soudaines du drame politique dont le Portugal est le théâtre. L'insurrection fugitive et dispersée du maréchal Saldanha s'est changée tout d'un coup en révolution victorieuse. Au moment où on le croyait sur les front ères de l'Espagne, une sédition militaire éclatait à Oporto et l'investissait d'une dictature absolue. L'armée tout entière se déclarait pour lui et se ralliait à sa cause; pendant près d'un mois la royauté n'a plus été à Lisbonne, elle était à Oporto, où le maréchal entouré des troupes révoltées expédiait par ses aides-de-carap ses volontés à sa souveraine, avec l'orgueilleux despotisme d'un chef de prétoriens. Ce n'est que le 15 mai qu'il s'est décidé à rentrer à Lisbonne au milieu d'une ovation triomphale. Le parti révolutionnaire, qui s'est dissimulé jusqu'à présent dans le tumulte confus de l'insurrection, commence à se montrer et à réclamer sa part de la victoire. Elle lui reviendra peut-être tout entière.

De sanglants conflits ont éclaté à Rome entre nos soldats et ceux de l'armée pontificale. Dans la nuit du 4 au 5 mai une patrouille fijEtoçaise, attirée dans un guet-apens, était lâchement attaquée par une patrouille romaine. Le lendemain un caporal du 53" de ligne n'échappait que par la fuite aux agressions d'un poste romain qui se rfiait sur lui sans provocation à coups de crosse et de baïonnette. Des mesures énergiques ont été prises par le général commandant la division d'occupation pour réprimer cette conspiration de l'assassinat Une partie de l'armée romaine a évacué la ville. Les postes importants ont été livrés exclusivement à nos troupes, €t les ports d'armes ont été défendus sous des peines rigoureuses. L'exposition de Londres s'est ouverte le 1" mai. La reine d'Angleterre elle-même a inauguré ce monument élevé dans la pensée du prince qui l'a fondé â l'unité de la race humaine. La foule de toutes les langues, de toutes les races et de tous les costumes qui remplissait les avenues et l'intérieur du Palais de cristal lui a fait un accueil unanime de respects et de sympathies. Un peuple de visiteurs rempUt chaque jour ce champ de bataille pacifique du travail, où la France n'a eu qu'à apparaître pour remporter, de

l'aveu de tous ses concurrents, la victoire suprême de l'industrie, celle de l'art, du goût, de l'élégance, du sentiment, de la perfection et de la beauté imprimée aux œuvres de la matière.— P. de S-Victor.

L'un des Propriétaires, J. RIirès.

LE

CONSEILLER m PEUPLE

l^vcmicvc Ijîavtk.

Page 1