JUGEMENT SDR LA SECONDE TERREUR (ROBESPIERRE
€ Le moyen de Robespierre, et ce moyen est tour à tour légitime et exé- « crable, c'est la popularité. Il caresse le peuple par ses parties ignobles. H
• exagère le soupçon, il suscite l'envie; il envenime la vengeance, il agace
• la colère, il ouvre les veines du corps social pour guérir le mal, mais il en « laisse couler la vie pure ou impure avec indifférence, sans se jeter entre 0 les victimes et les bourreaux. Il ne veut pas le mal et il l'accepte ; il livre
• à ce qu'il croit le besoin de sa situation les têtes du roi, de la reine, de « leur innocente sœur. Il cède à la prétendue nécessité la tête de Vergniaud; « à la peur, à la domination, la tête de Danton. Il espère racheter plus tard a ce qui ne se rachète jamais, le crime présent par la sainteté des institutions «( futures. Il s'enivre d'une perspective de féUcité publique pendant que la « France palpite siu- l'échafaud ! Il veut être le génie créateur etextermina- « leur de la révolution ! Il oublie que si chaque homme se divinisait ainsi « lui-même, il ne resterait à la fin sur le globe qu'un seul homme, et que « ce dernier des hommes serait l'assassin de tous les autres !
.... « La République périt : ce fut la punition de l'homme, la punition du « peuple, celle du temps, celle aussi de l'avenir. La cause de la démocratie « ne devait pas être condamnée à voiler ou à justifier le nom de son fonda-
« leur... Le crime a tout perdu en se mêlant dans les rangs de la République. « Ne cherchez pas à justifier Téchafaud par la patrie et les proscriptions par K la liberté ! »
{Girondins, 8* vol., p. 307, etc.)
Voilà comment les Girondins atténuent l'effroi des terreurs révolutionnaires !
lûAMARTINE,
ALMANAGH POLITIQUE.
Les pages éloquentes dans lesquelles M. de Lamartine a résumé les luttes parlementaires de la question de la révision constitutionnelle nous dispensent de toute analyse. Il ne nous reste qu'à enregistrer le scrutin qui a fermé provisoirement cette grande discussion. Le nombre des votans était de 724; la majorité constitutionnelle exigeait 543 voix; UkG ont voté pour la révision, 278 contre ; la révision n'ayant pas obtenu la majorité constitutionnelle a donc été rejetée.
Le lendemain de ce vote, l'ordre du jour appelait la discussion du rapport sur les pétitions révisionnistes. La séance commencée dans le calme s'est terminée par un orage qui a failli emporter le ministère. ]\L Baze, dans un discours agressif et détaillé comme un réquisitoire, accusait l'administration d'avoir excité et provoqué par la main de ses agents le mouvement révisionniste. Le ministre de l'intérieur est venu défendre à la tribune sa responsabilité attaquée. Le débat engagé dans des contestations mutuelles de faits et de personnalités s'est irrité en se resserrant. L'émotion a gagné l'assemblée ; elle a frappé le cabinet d'un vote de blâme ; en adoptant la proposition suivante de M. Baze :
a L'assemblée nationale, tout en regrettant que dans un grand « nombre de localités, l'administration, contrairement à son devoir, « ait usé de son inlluence pour exciter les citoyens au pétitionne-
« ment, ordonne le dépôt des pétitions légales au bureau des ren* « seignements. »
A la suite de ce vote les ministres ont offert leur démission collective au Président de la République, qui a refusé de l'accepter, et dont l'intervention a décidé le cabinet à rester au pouvoir.
Le reste du mois parlementaire a été rempli par des travaux d'administration et d'affaires. Un vote important a assuré l'avenir de notre influence et de notre commerce en Orient, en affermant le service postal de la Méditerranée à la Compagnie des messagerie^ association puissante organisée sur de larges bases, dont les paquebots doivent jeter de Marseille à Constantinople une ligne active et rapide de relations et de transports.
La réhabilitation de Lesurques, cette question qui depuis cinquante ans se réveille d'intervalle en intervalle comme un remords de la loi dans les assemblées délibérantes, a suscité une proposition de MM. de Riancey et Favreau, tendant à ajouter au Code d'instruction criminelle des dispositions spéciales pour la révision des procès criminels. L'assemblée a admis le principe d'équité et de réparation qu'elle revendique, en décidant qu'elle passerait à unig deuxième délibération.
Le projet d'organisation communale a été soumis à l'Assemblée dans les derniers jours de ce mois; mais ce premier débat n'a fait qu'effleurer, sans la creuser, cette grave et profonde question, qui contient en elle l'ordre, la vie et l'unité du système politique de la France. L'Assemblée, en ne consacrant que deux séances à son étude, a ajourné de fait sa discussion sérieuse à la seconde délibération. Cet ajournement lui était du reste imposé par la clôture de la session parlementaire ; car quelques jours après, elle votait presque unanimement sa prorogation du 10 août au U novembre.
Les seuls événements qui en dehors de l'Assemblée aient occupé sans la troubler l'opinion publique, sont les voyages de M. le Président de la République à Poitiers, pour présider à l'ouverture de la section du chemin de fer de cette ville, et à Beauvais, pour assister à l'inauguration de la statue de Jeanne Hachette. A Poitiers, le Président a prononcé un discours dont nous citerons les passages les plus significatifs :
«.... Comme vous, j'envisage l'avenir (du pays sans crainte, car « son salut viendra toujours de la volonté du peuple librement ex- « primée, religieusement acceptée. Aussi, j'appelle de tous mes a vœux le moment solennel où la voix puissante de la nation domic nera toutes les oppositions et mettra d'accord tontes les rivalités, a ç:s il est Lien triste de voir les révolulioiis cLTaiiler la sodéléj
« amonceler les ruines, et cependant laisser toujours debout les
« mêmes exigences, les mêmes éléments de troubles
« . . . . Serait-il donc vrai, comme l'empereur l'a dit, que le « vieux monde soit à bout et que le nouveau ne soit pas assis ? Sans « savoir quel il sera, faisons notre devoir aujourd'hui en lui prépa- « rant des fondations solides. »
Le bill contre les titres ecclésiastiques conférés par la cour de Rome vient d'entrer décidément dans la législation anglaise. La chambre des communes l'a voté à sa troisième délibération. Le ministère qui l'a proposé a été dépassé par le parti anglican dans la voie d'intolérance où il est entré. Des amendements adoptés par la chambre ont exagéré, malgré lui, les répressions et les pénalités qu'il avait proposées contre Tépiscopat catholique.
La question religieuse s'est représentée encore sous une autre forme à la Chambre des communes. L'alderman Salomons, élu représentant de Grenwich, est venu pour prendre place à son siège, malgré le rejet par la chambre des lords du bill qui eût ouvert aux Israélites les portes du Parlement. Invité à prêter serment « sur la vraie foi d'un chrétien », et ayant refusé de prononcer cette formule, comme contraire à sa croyance, M. Salomons reçoit du président l'ordre de se retirer de l'enceinte. Deux jours après il revient à la chambre; franchit la barre et va s'asseoir sur les bancs parlementaires. Un tumulte de cris et de motions diverses accueille cette prise de possession du siège et du mandat contestés. Le président lui enjoint de quitter la salle ; l'alderman prend la parole et revendique son droit. La chambre consultée prononce son exclusion; il reste en place malgré ce vote, et ce n'est que lorsqu'un sergent d'armes vient lui toucher le bras, qu'il se retire en déclarant ne céder qu'à la force.
A cette décision du Parlement, la cité de Londres a répondu par un meeting imposant de nombre et d'agitation, qui a voté une pétition énergique à lord John Russel pour lui demander un bill abrogeant l'exclusion des Juifs de la représentation nationale.
Les derniers bulletins de Rome nous ont apporté la nouvelle du départ subit et inattendu du pape pour Castel-Gandolfo ; le roi de Naples y est arrivé dès le lendemain, avec sa famille, comme à un rendez-vous concerté d'avance. L'opinion s'est épuisée en conjectures sur le but réel de cette mystérieuse entrevue.
s LE CONSEILLER DU PEUPLE,"
En Portugal, le duc de Saldanha expie par les difficultés et les oscillations de son gouvernement sans cesse ébranlé par des menaces d'insurrections prétoriennes la faute de son avènement, et l'exemple d'insubordination militaire qu'il a donné à l'armée.
Tout le mouvement politique de l'Allemagne est en ce moment concentré dans les travaux de la Diète. Elle vient de repousser, à l'unanimité, les réclamations diplomatiques de la France et de l'Angleterre sur l'entrée de la Prusse et de l'Autriche dans la Confédération avec le cortège de leurs états étrangers à l'Allemagne; mais l'antagonisme de ces deux puissances, compliqué par les inextricables subtilités des chancelleries germaniques, ajourne encore indéfiniment l'urgence de cette grande question. — P. de Saint- Victor.
L'un des. propriétaires, J. Mirés,
LE
^'■•l DU PEUPLE.
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Le Journal clés Débats^ cette feuille qui a depuis soixante ans en France tous les mérites et tous les vices des dilîérentes époques qu'elle a traversées, philosophique avec la révolution, despotique avec l'Empire, aristocratique avec la Restauration, insurgée avec les Journées de Juillet, bourgeoise et complaisante au fait accompli avec l'illégitimiié, rogue et pleine de défi aux réformes avec le dernier cabinet de Louis-Philippe, convenable, raisonnable, sagement conservatrice dans les •premiers temps de la République, violemment réactionnaire une fois le moment du danger social passé, injuriant aujourd'hui et envenimée de rancunes et de calomnies contre ki hommes et les choses de la démocratie, ne cesse d'incriminer dans ses articles et jusque dans ses feuilletons, terrain jadii neutre, réservé aux lettres, les événements de ces quatie dernières années et de les travestir pour les faire mieux détester. Selon cette feuille, comme selon iun auxiliaire en démoliLÎu:;,
19i LE CONSEILLER DU PEUPLE.
ie Constitutionnel, c'est la République qui a fait la révolution, et on ne saurait se jeter assez vite dans une révolution pour en sortir. Seulement le Journal des Déb(Us tend aux orléanistes la main d'un enfant pour les tirer de cette exécrable République; le Constitutionnel tend à la bourgeoisie une urne électorale, inconstitutionnelle et révolutionnaire, et lui dit : « Étouffez pacifiquement la République dans cette urne sous un vote déloyal et insensé. »
La contre-révolution des Débats est une contre-révolution de -vengeance, la contre-révolution du Constitutionnel est une contre-révolution d'ambition. Vengeance et ambition, deux vices dont un seul en se donnant satisfaction suffit pour perdre une société! Quels principes pour fonder la France?
Or remarquez que ces deux journaux sont précisément les deux organes des deux partis qui ont fait à la main la révolution de 18Zi8, le Journal des Débats en caressant les confiances folles du dernier roi dans la puissance d'une intrigue pour fonder et soutenir une fausse monarchie, et en encourageant avec la plus aveugle insolence le ministère de M. Guizot à lutter avec la démocratie grandissante qui demandait qu'on élargît ses institutions à sa taille; le Constitutionnel en enrégimentant toutes les oppositions bourgeoises, toutes les passions, toutes les ambitions parlementaires, dans une ligue à mort contre le régne du roi, ligue commençant par la coalition de 18Û0, et finissant par les banquets de ISZiS. Si la révolution tout entière n'est pas dans ces deux faits, l'un appartenant aux Débats, l'autre revenant de droit au Constitutionnel, je ne sais où l'histoire la signalera.
Si CCS deux feuilles avaient donc l'ombre de mémoire et de conscience de discussion, elles feraient ce que le repentir commande à tous les partis qui ont des fautes, des excès, des imprudences à se reprocher dans les affaires de leur temps; elles diraient : nous avons été téméraires, nous dans la résistance, nousdaiisrinipulsion : une grande part, la part principale
dans les ébranlements de la révolution de iSkS nous revient, ^ nous le reconnaissons; nous ne rejetons pas nos iniquités sur d'autres, mais nous portons avec tous le fardeau commun. La République conservatrice, progressive et modérée nous reste comme base d'ordre, d'intérêts de société, ne la flétrissons pas de nos invectives, ne poussons pas tous les matins à son renversement, car quand nous l'aurons détruite dans l'esprit des masses, qu'aurons-nous en face de nous ? une autre révolutloa ! Révolution que nous aurons faite encore comme celle de 1830, comme celle de 18A8, que nous rejetterons sans doute encore sur je ne sais qui, mais qui se souciera peu de nos récriminations, qui nous fermera la bouche avec le bâillon sanglant d'une Convention, et qui emportera encore par notre faate ce que la République en ISZiS a respecté et sauvé !
Il faut pourtant répondre par des faits à ces imprécations incessantes de ces deux feuilles rejetant sur la République, pour populariser chacune leur coterie, les malheurs et les dangers inséparables d'une révolution qu'elles ont faite.
Raisonnons les faits à la main :
Les faits les voici :
Une révolution, amenée par les causes que nous venons de dire, éclate inopinément pour tous en 1848.
Le Journal des Débats est confondu.
Le Constitutionnel est dépassé.
Les ministres, si assurés d'eux-mêmes, aujourd'hui sont insaffisaiits.
La monarchie, si inébranlable, si bien avertie, si bien armée, est évanouie.
Tout est balayé en quelques heures par un vent qui vient de |>îas loin et de plus haut que l'intelligence des hommes d'état €t du peuple lui-même.
La République est proclamée : àmoiPxS de proclamer le néant» nous défions M. de Bonald, M. de Maistre, les Débats ou le Constitiitioiinei eux-mêmes d'avoir pu proclamer autre chose sur les ruines de trois monarchies tentées et pulvérisées. A dater de cette heure que fait donc cette République ? Démolit-elle la société?
Renverse-t-elle les temples?
Proscrit-elle les citoyens ?
Etablit-elle des catégories dans le droit de souveraineté de tous ?
Se fait -elle dictateur ?
Se fait-elle Convention?
Déclare-t-elle la guerre à tous les trônes? Institue-t-elle des tribunaux révolutionnaires? S'arme-t-elle de la hache ?
Fait-elle banqueroute?
Déchire-t-elle le grand-livre de la dette publique? Pousse- 1- elle la bourgeoisie émigrée hors du territoire eè vend-elle ses biens ?
Fait-elle les emprunts forcés?
Dépouille-t-elle un seul citoyen, môme la famille du roi en fuite, de ses propriétés?
xibandonne-t-elle la justice aux opinions? Livre-l-elle l'armée à l'indiscipline ? la famille au socialisme? le capital aux systèmes? les foyers aux chimères spoliatrices ou démagogiques ?
Le gouvernement au hasard?
Le pays à une faction?
La souveraineté à un autre souverain que la représentation nationale ?
De tous ces crimes d'une démocratie révolutionnaire, débordée, spoliatrice, sanguinaire, usurpatrice, violente, tyrannique, nous vous délions d'en imputer un seul àla Républiquide iShS.
Nous ne savons pas ce qui arrivera , mais quel que soit le sort que la Providence réserve à cette grande révolution, à ce second enfant de la démocratie en France, ce sera l'éternel honneur de la République d'avoir intrépidement combattu les factions qui voulaient la dénaturer, s'en emparer, la pousser aux violences, et de s'être livrée dès le premier jour, et toujours, et tout entière, à la merci, au jugement, aux outrages même de la représentation légitime du pays évoquée par elle ! Si elle était ce que vous dites, une surprise, une violence, un larcin fait au pays, un vol avec effraction de trône fait à la nation dépouillée de son libre arbitre, le crime de quelques scélérats obscurs conjurés contre la liberté publique, elle ne serait pas aujourd'hui en butte à vos odieuses imputations, en question, volontairement en question, discutée, invectivée, flétrie par ces deux organes de la royauté qu'elle a non'pas renversée, mais remplacée, elle ne serait pas proscrite seule de ces égards dont elle n'a voulu proscrire personne î... Non, elle serait ce que les hommes qui ne comprenaient pas la vraie grandeur morale lui conseillaient d'être, elle se serait, comme la première République, épurée de ses ennemis par des lois exclusives, appuyée sur une convention implacable, entourée de tribunaux d'opinion, défendue par des proscriptions, des confiscations et des proconsuls, imposant l'ostracisme aux suspects, le silence aux ennemis, la mort aux conspirateurs! et ces- journaux qui la jugent et dont elle accepte le jugement seraient eux-mêmes à sa barre, à ses pieds et jugés par elle I Mais alors la République n'eût été que la victoire et l'oppression d'une opinion sur une autre, d'une classe sur toutes les autres classes ! elle ne serait pas la liberté, elle ne serait pas la justice, elle ne serait pas le droit commun de toutes les opinions et de toutes les classes se pondérant les unes les autres dans une équitable balance de volontés. C'est la liberté, c'est la justice, c'est la majorité sincère qu'elle a voulu être^ c'est pour cela qu'elle a consenti à être tous les jours en accusation
devant ces opinions hostiles, devant ces vaincus implacablesdevant ces feuilles envenimées qui lui pardonnent bien ses crimes, mais qui ne peuvent lui pardonner sa modération,
Les dangers étaient extrêmes le lendemain de la révolution,, qui le nie? La République, toute faible, tout inattendue, tont improvisée qu'elle fût, a-t-elle donc été inégale à ces dangers? Enumérons-les encore :
Qui pourra dire que cette République, dans sa première explosion, a profané un temple, insulté une foi, violé une conscience, enfoncé la porte, spolié un meuble, usurpé un sillon d'un seul citoyen parmi quarante millions d'hommes ! La preure en est dans le fait : où sont les émigrés de 18/i8? Quelle est îa monarchie qui pourrait en dire autant en s' établissant sur les ruines d'une autre? Il n'y en a pas une qui n'eût été obligée de proscrire et de combattre pour son trône contre un autre trône, pour sa caste contre une autre caste; demandez-le aux pîus douces et aux plus récentes! Demandez-le à 1815 et à ses listes de proscription, et à ses tribunaux militaires, et aux crimes da Midi commis non par elle, mais en son nom! Demandez-îe à 1830 et à ses guerres civiles dans la Vendée, et à ses cours des pairs, et à ses cachots de Blaye !
Quelle monarchie pouvait extraire à l'instant du sein da peuple à l'Hôtel-de-Ville, la nuit même qui suivit la révolation, la force armée, et soudainement disciplinée, destinée à contenir par sa propre main la révolution elle-même? la garde mobile, ces vingt-cinq mille enfants du peuple pris dans les éléments les plus turbulents de la population débordée de Paris, évoqués par un seul mot de la République du fond du tumulte pour venir prêter main forte à la répression de tons les tumultes, changeant l'émeute en armée, et sauvant cinq fais la République et la société en cinq mois comme des vétérans-
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de Fordre? Est-ce que ce peuple levé contre la royauté aurait répondu ainsi à l'appel d'une de vos monarchies contre l'autre SLvec la même confiance qui lui fit répondre ce jour-là à ma voix, parcequ'elle était la voix de la République? Où étaient donc, dans cette foule qui nous prêta ses vingt-cinq mille enfants, les partisans de la monarchie d'Orléans contre la monarchie d'Henri V, ou les fanatiques de la monarchie d'Henri V contre la monarchie d'Orléans?
Et l'armée? que serait-elle devenue entre les mains d'une de vos monarchies? Il n'y a pas une de ces monarchies, inaugurée par une révolution semblable, qui n'eût été obligée d'épurer l'armée de la monarchie tombée pour s'en faire une armée personnelle? Souvenez- vous donc du licenciement de iSli î des épurations de 1815 ! des officiers à demi-solde, éléînent implacable des révolutions; de l'armée de la Loire, élésîient redouté de guerre civile ; de l'expulsion des officiers en -Î790 et 1791, de l'indiscipline, de la désorganisation, de l'insarreclion dans tous les régiments et dans toutes les escadres î Une monarchie relevée conti'e une autre renouvelait de néces- Mté tout cela. Et votre armée, que la République écarta seuleiment un moment du foyer de la capitale pour la préserver de la contagion de l'indiscipline, mais que nous livrâmes à ses <'liefs les plus vigilants sans leur demander leur opinion ; notre rirmée, recrutée de cent mille hommes, fortifiée, armée, conservée pure de toute insubordination, fut conservée par la République et reconstituée plus forte et plus incorruptible que flous ne l'avions reçue? Je le répète, quel fut l'officier destitué pour cause d'opinion dans toute l'armée française? Quel fut le soldat qui refusa sei'vice à la République? Quel fut le corps cjul se leva pour une monarchie contre le peuple? Croyez-vous qu'il en eût été ainsi si, au lieu de la République, vous eussiez proclamé l'une ou l'autre des monarchies rivales? Croyez-vous, par exemple, que si vous aviez proclamé ou la monarchie imf^riale ou la monarchie légitime, ces jeunes princes de la
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royauté d'Orléans, qui étaient les uns à la tête de la flotte en mer, les autres à la tête de cent mille hommes en Afrique, se seraient inclinés devant un trône comme ils firent honorablement et sans hésiter devant la patrie, représentée par l'impartialité d'une République?
Non, vous le savez bien^ la condition d'une République c'était l'impartialité du gouvernement et l'unanimité de l'autorité nationale ! La monarchie quelconque c'était un parti, la nation représentée par la République ne trouvait que des citoyens et des soldats obéissants ou résignés, un parti ne pouvait trouver que des partisans ou des rebelles ! La République seule pouvait vous conserver l'armée.
Mais les Débats et le Constitutionnel ne cessent d'écrire : «la République a été agitée, menacée, attaquée même dans les premiers temps par des agitations, des turbulences du peuple en mouvement, des manifestations des factions de la rue; elle menaçait la société, la propriété, la famille par des doctrines subversives qui s'enrégimentaient deux ou trois fois à la voix de quelques tribuns terroristes ou communistes pour pervertir la République, épurer son gouvernement provisoire, créer les dictateurs de factions, détrôner le suffrage universel, établir la tyrannie de quelques utopistes du bouleversement social, ou la tyrannie de quelques parodistes de la terreur et de Danton au dessus de la souveraineté de la nation et du suffrage universel? Et ces feuilles, échos des plus absurdes rumeurs de l'ignorance ou delà calomnie, disent : C'est là la République !»
Oui, en effet, c'est la République, seulement il y a une petite différence à faire entre la vérité et vos incriminations, c'est contre la République que ces conspirations ont été tentées, et c'est par la République qu'elles ont été combattues, dissipées, vaincues ! Par quoi? par la seule force morale du mot de République ! par la seule magie toute puissante du mot de suffrage universel, par le seul défi adressé à ces factions de violer impunément la souveraineté du peuple dans cette ombre de gou-
vernement proTÎsoire, qui n'était pas encore le suffrage uni- 'versel, mais qui imposait en son nom l'immobilité et l'obéissance aux factions.
Ni les Débats, ni le Constitutionnel, ni V Assemblée nationale ne connaissent la vérité sur ces journées dont ils accusent îa République, et qui seront, quand on les saura, la plus grande preuve de sa pureté et de sa force dès son berceau. S'ils l'es connaissaient, ils seraient obligés de confesser la fermeté invincible et le bon sens de la République dans ces circoiistxinces les plus extrêmes et les plus désarmées de toutes celles de notre histoire.
Voyez toutes ces crises que vous retOTimez contre la République : elle fut le jouet de toutes lés factions, dites-vous? elle ne sut résister à rien ni' à personne ?
La première de ces crises est le 17 mars. Savez -vous ce que c'est que le 17 mars? Je vais vous déchirer à demi le voile, et vous verrez si la République fut aussi faible et aussi' impunément violentée que vous le supposez !
Une faction qui voulait l'intimidation d'une partie de la nation par l'autre, de la bourgeoisie par les prolétaires, et contraindre le gouvernement à se faire l'instrument de ses excès, profite de l'émotion causée par une démonstration imprudente de l'ancienne garde nationale bourgeoise réclamant contre l'égalité des costumes et rassemblée sur la place de Grève, non en armes, mais en uniforme. Cette faction dit aux masses du peuple : « Voyez, la bourgeoisie veut violenter le gouverne- <! ment provisoire et porter atteinte àla République. Levez-vous « avec nous, et venez protéger avec l'armée innombrable du « peuple le gouvernement provisoire menacé. » Pendant ce temps, quelques républicains timorés croient eux-mêmes qu'il est bon que le peuple manifeste ainsi son unanimité de vo-
lonté en faveur du Gouvernement; ils prêtent la main aux meneurs de ce mouvement, et favorisent de toute leur autorité ofilcielle l'idée d'un grand déploiement de peuple aux yeux de la bourgeoisie, afin de montrer seulement la revue de leurs forces à leurs ennemis et sans aucune autre idée de violence oîi d'épuration. Par ces appels combinés, le peuple se lève en efjfet au nombre de deux cent mille hommes sans armes; il inonde les avenues et les quais de Paris, il veut se faire passer en revue sous les murs de l'Hôtel-de- Ville. « Nous veaocSy u disent-ils, protéger le Gouvernement contre ses ennemis eî « contre les ennemis de la République ! » Mais que se passait- Jl dans l'asile des conciliabules des factions pendant celte -émotion artificielle et téméraire des masses, soulevées, je Is répète, à bonne intention par quelques hommes mal îrçpirés ? Il se passait ceci : Quelques communistes , quelques terroristes, quelques meneurs de sectes et de clobs les plus exaltés avaient pris, à l'insu du peuple, la tête, îa .direction et la parole pour le peuple lui-même; ils précédaieiîî les colonnes; ils montent à l'Hôtel-de- Ville, où le Gouveroejnent, sans armes et sans soldats, les attendait armé de Li seule autorité morale et du nom de la République. Ils entois- Tent le Gouvernement ; ils le somment avec menaces de leur obéir ou de se retirer; ils désignent plus spécialement certains membres par leurs noms parmi ceux dont ils se défient; le Gouvernement unanime s'aperçoit que ces hommes veMleof. profiter des apparences de cette immense manifestation jh^t imposer à la République des conditions de violence, de communisme, de règne des sectes qu'aucun de ses membres ïï& veut subir; il résiste avec intrépidité et avec unanimité auiî menaces des chefs de sectes ; il les harangue par toutes ses voix, sans exception, il les défie d'accomplir leurs menace?. L'indécision s'empare des factieux à la vue de cette résistance qu'ils n'attendaient pas. Pendant ce conflit dans l'intérieur de l'Hôtel-de- Ville, le peuple, qui croit simplement prêter appui à
la république hoauêle, pousse des acclamations unanimes en faveur du Gouvernement et de ses membres les plus modérés. A ces cris les factieux déconcertés se retirent, et le peuple rentre dans ses foyers, croyant seulement avoir obéi au Gouvernement et prêté main forte à l'ordre et à la République des honnêtes gens.
Voilà toute la vérité et l'exacte vérité sur le 17 mars, dette journée qui a tant frappé de stupeur Paris et la France. On a cru y voir et on a dû y voir du dehors une insurrection colossale des prolétaires contre la bourgeoisie ; cette revue du peuple n'a été, en réalité, qu'une insurrection pour le gouvernement modéré de la République, d'un peuple trompé par ses bonnes intentions et fermement convaincu qu'il venait défendre contre une faction l'ordre républicain et la société!
Où est le crime? où est la faiblesse de la République?
Le 16 avril fut autre chose sans doute ; mais vous allez voir si les masses en furent complices et si, au contraire , ce ne fut pas le soulèvement unanime de ces masses au seul mot de République qui submergea les factions extrêmes.
Les factions communistes et terroristes, désespérées de n'avoir pu faire arborer le drapeau rouge, décréter la dictature' révolutionnaire, indéfinie, ajourner les élections, proclamer le^ gouvernement conventionnel des tribuns d'une seule classe' contre toutes les autres; furieuses enfin de voir les élections^ qui s'approchent et la fin de leurs ambitions exclusives, conspirent ; elles se décident à ne pas attendre que les élections aient donné une autorité légale à la France, à renverser dans la République l'obstacle qui les arrête. Aucune force publique n'existe encore pour les contenir, d'un mot le danger la fait surgir; la garde mobile et la garde nationale se confondent à
notre, voix dans un même élan, la société couverte de cent mille bras fait face avec nous aux factions ; elles rentrent dans i" ombre.
Où est la défaite ?
Même chose au 15 mai, oîi les factions extrêmes de l'intérieur,, s' associant aux démagogues polonais, violent un moment la représentation nationale. Par quelles mains le gouvernement éphémère de ces factions est-il. étouffé? Qui arrête leurs chefs? <}ui venge leur injure ou leur démence ? Les mains de la Ilé- ]-ublique !
M^is les journées de juin, répètent sans cesse les journaux intéressés àfausser la vérité? Ehbieji, non, les journées de. juin furent l'inévitable conséquence non de la République, maisde la révolution. Qu'elles retombent donc avec justice sur la révolution, non sur la République ! Est-ce la République, ou la révolution faite sous les ministres et sous les armes de la monarcliie, qui avait jeté en vingt-quatre b.sures sur le pavé deux ou ti'ois cent mille ouvriers et leurs familles et leurs enfants et leurs vieillards hors des ateliers fermés le lendemain, sans travail, sans salaire et sans pain, sur le pavé de la capitale, çt"q,ui contraignait la société à les nourrir et aies solder d'un «alaire de subside à la misère, sous peine de leur donner la France à dévorer et de créer partout les éléments d'une Jcwqucrie industrielle sur notre sol?L,e momeut où, le gouvernement, national rétabli, il faudrait licencier ces ateliers natio.iiaux par le travail d'abord, puis, par la force,, était prévu,, la République savait parfaitement qu'il y aurait en ce moment émotion, coalition, s,édition, résistance. Qui donc avait formé, pour cela les vingt-cinq mille hommescde cette admirable gardq mobile, qui, à l'inverse de l'armée de Sanicrre, en 1793, fut l'armée révolutionnaire de l'ordre, au lieu de l'nrmée révolu-
tionnaire de la terreur? Qai donc avait recruté^, consené, augmenté, appelé l'armée autour de Paris et de Lyon ? Qui donc la remettait plus forte et plus nombreuse que sous la monarchie BAÀX ordres de l'Assemblée nationale? Qui donc avait fait venir d'Afrique un général républicain pour la commander dans ces journées trop prévues? Qui donc avait mis dans sa main-, vingt jouîs d'avance, soixante-cinq mille baïonnettes et une garde nationale de cent quatre-Tingt mille bomiftes mi ■rései've? On fait un crime à la République des journées île juin, je ne crains pas de défier à cet ég^ard l'Jaistoire toujours véridique, elle dira -qui a prévu, préparé, armé, dirigé, coa>battu de son -esprit deux mois avant, de sa personne, de son désespoir dans le feu de l'événement? Elle dira si ces journées-, qui coûnaissaient bien leur obstaele>, n'oat pas commencé partout par les cris de mort contre les républicains modérés * Elle dira si la Rép^ibliqueet nous nous avons hésité aies abordfer face à face, aveic la conscience de la force et du droit de la République coiatre une-crimiaielle faction. Elle dira enfin si aucuûe monarc-hie pouvait se défendre avec autant d'audace et d'énergie, sans regarder derrière soi ! Vous l'avez vu en 92 aulOaoût,eniS15, en 1830,,en 18ù8, la monarchie ne peut pas -tirer impunéiuent le canon sur une éJiiie"nte» son^anonifoit toujours encloué, ie canon de la République le fut-il? Non-, paixeque sous la République c'est le peuple lui-môme qui le tire pour sa défense ! C'est le peuple qui le tire contre une faction ! Cessez donc non de déplorer, mais d'accuser la République des journées de juin! C'est la République qui était attaquée comme avant-garde de la société tout entière, et jamais la société ne fut mieux couverte, mieux défendue, mieux vengée que par le canon du Peuple !
Mais allons plus avant dans la discussion, puisque ces journaux y reviennent sans cesse, et voyons les garanties que le rétablissement téméraire d'une des monarchies quelconques donnerait à la société, à l'ordre, à la paix ou à la trêve des partis! Dévoilons l'abîme, et osons le sonder tel quetouthorame de sens l'entrevoit le lendemain de votre imprudent triomphe! Est-ce Henri V que vous appellerez? Dieu me préserve de blasphémer en vil insulteur de l'innocence et de l'infortune un enfant devenu un homme par des qualités personnelles qu'on dit éminentes, qui n'a connu de la royauté que l'exil et dont personne plus que moi n'a porté le deuil dans son cœur quand une révolution purement dynastique jeta sa mère et son berceau hors d'un palais ! Non, on connaît à cet égard mes sentiments, le droit des peuples seul a été supérieur dans mon esprit aux hérédités de sentiment et de tradition de famille pour le fils légitime des siècles. J'ai déploré l'usurpation de 1830; mais le peuple n'usurpe rien, lui, tout est à la nation dans la nation, même son trône. Ma's je suppose qu'aujourd'hui, plus justes au moins dans votre versatilité, vous détrôniez le Peuple pour remettre Henri Vaux Tuileries. Vous entendez sans doute quelques heures ces acclamations qu'une iniquité de famille réparée fait toujours pousser aux partisans fidèles de cette réparation. Je les comprends, je les honore, c'est l'expiation de trois exils et de je ne sais combien d'échafauds dont la patrie redoit l'indemnité à une famille royale! mais le lendemain? Entendezvous le murmure et bientôt le mugissement de ce peuple immense de sept à huit millions d'hommes, peu républicains aujourd'hui si vous voulez, parcequ'ils sentent le poids de la République portée par eux, mais républicains frémissants le jour où ils auront perdu la République parcequ'on leur montrera à chaque mouvement de la royauté légitime les nobles,
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l'émigration, le clergé, la féodalité, la contre-révolution en haut avec le jeune Roi dans son palais et prêts à en ressortir tous les jours avec les institutions, les inégalités, les aristocraties, les églises exclusives, les jougs, les humiliations, les revendications du passé ! Voyez-vous les autres dynasties jalouses épier de l'œil et montrer du doigt à leurs partisans chaque geste, chaque sourire, chaque regard bienveillant de la royauté légitime et l'interpréter à ce peuple en conjuration contre ses principes et contre ses droits nouveaux? Les voyez- vous refaire alors avec un succès certain contre Henri V ces mêmes fusions, ces mêmes coalitions d'antipathie que Y Assemblée nationale tente vainement aujourd'hui contre la République? Républicains, Bonapartistes, Orléanistes surtout, les voyez-vous amasser, remuer, amonceler partout comme en 1847, et bien plus qu'en 18/i7, tous les éléments d'opposition jusqu'au communisme et les lancer sans repos contre ce trône jusqu'à ce qu'une seconde et pire révolution de Juillet remportât ce trône ou l'engloutît dans un second 92 ! Dieu préserve dans de telles circonstances un prince innocent d'un trône perfide qui ne serait qu'un tombeau sur un écueil de sa race et de son pays?
Rappellerez-vous la Royauté illégitime avec la femme, l'enfant, la tutelle qui représentent les trois faiblesses des monarchies? Retournez alors les choses, voyez le cri d'indignation des seuls royalistes qui aient avec eux un sentiment et un principe! voyez la colère des masses républicaines dépossédées, la colère du Midi et de la Vendée déjoués, la colère de la guerre civile recommençant avec des éléments mille fois plus incendiaires que sous Chnrette et Larochejucqiielein dans vos provinces légitimistes! Voyez la triple coalition de deux royautés évincées et d'une République une seconde fois surprise, non plus sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville, mais dans les entrailles mêmes du peuple dépossédé sur tous les points du sol? Ce ne serait pas une Royauté qui dévorerait en trois mois cette misérable tutelle d'un enfant et d'une femme, n'ayant pour eux que
lenr sexe, leur âge, mais ni principe, ni tradition, ni droit, ni Midi, ni Vendée, ni noblesse, ni église, pour les soutenir ; ce. serait l'incendie à jour fixe de la Patrie et de la société ! Il peut j avoir de grands citoyens utiles un jour à la République dans cette maison, je n'y connais pas de Roi !
Sera-ce l'Empire? Je ne le discute plus. L'Empire n'est qu'une de ces trois choses : un homme, et cet homme est enseveli depuis trente ans sous le catafalque des Invalides. Un despotisme militaire? et France n'est pas un bas Empire pour le supporter.
Une guerre universelle avec l'Europe? et la guerre aujourd'hui est le contre-sens du monde et du Peuple !|
Que serait donc un Empire? Vous voyez dans vos rues ceux •qui acclament ce fantôme! Ce serait une insufrection prétorienne de faubourgs, un grand 15 mai triomphant d'une représentation nationale avec un chef sans autre titre que son 'attentat? Cela durerait pour la France juste le temps d'être regardé en face, cela s'évanouirait dans une sédition, comme cela serait né dans une émeute de baïonnettes ! Et la démagogie viendrait recouvrir au second flot celte démence qui serait sortie d'elle !
N'en parlons même pas ! On voit ce qui suivrait, et on frémit. Mais C€S journaux disent : nous nous unirons; la fusion ! Eh bien ! la fusion de quoi ? La fusion de deux principes qui se neutralisent, qui s'excluent, qui se combattent, qui se détrônent, qui se proscrivent, qui s'immolent, bien plus qui se flétrissent depuis un siècle? La fusion de la maison des Bourbons avec la famille d'Orléans?
Eh bien, j'admets que l'un de ces principes fasse amende îioûorable à l'autre ; j'admets qu'ils se concertent et se combinent pour régner! Lequel régnera? Ce ne sera pas la branche cadette, n'est-ce pas? Vous ne supposez pas que Théritierlégitime se subordonne à l'usurpateur et grossisse la cour des spo liateurs de sa famille et des flétrisseurs de sa mère ? Ce sera
donc la royauté légitime? Eh bien, de ce jour-là, du jour où la branche illégitime se sépare, rompt avec la révolution son principe pour se rattacher par le vil appât d'une ambition au trône, à la légitimité^ c'en est fait d'elle ; ce n'est plus que la légitimité avec quelques princes de plus dans sa cour. Elle règne, si elle doit régner, à ce titre deprépossessîon légitime et divine, qui est l'antagoniste du droit national, Tinsulte et la menacé au principe populaire ; le charme est détruit, la légitimité s'appelle d^ Orléans au lieu de s'appeler /?o;;r^o?i, et elle retrouve dans la nation révolutionnaire et révolutionnée les mêmes antipathies, les mêmes ombrages, les mêmes revendications républicaines que la monarchie légitime. Elle marche à un second 92, à un second 10 août, à un second 1815, à un second' 1830, à un second 1858, pour avoir trahi à la fois en soixante .•ins deux principes, le principe héréaitaire en 1793, le principe révolutionnaire en 1852 ! Deux apostasies pour un trône î Ni Peuple, ni révolution, ni légitimité, sur le trône ne la reconnaîtiDnt plus.
D'ailleurs les journaux do la fusion savent-ils ce que font ces antipathies coulant avec le sang dans les veines de deux branches d'un même ti-ône, se disputant depuis un siècle pcr fus et ne fus les trônes et les popularités dans un même empire et dans un même palais ? Demandez-le à ces soupçons odieux qui dès le jour du testament de Louis XIV calomniaient odieusement le régent (car on peut calomnier jusqu'au vice) , le monîrèrent sans cesse la coupe du poison dans la main qui devait empoisonner Louis XV, enfant confié à sa tutelle? Demandezle à l'inimitié de la cour de Louis XVÎ, déshonorant Louis- Philippe Egalilc par les imputations de tous les vices et mémo de lâcheté à Ouessant, où il s'était montré brave! Demandez-le aux ressentiments de cepriuce, fomentant pendant quinze ans la révolution dans tous les ferments, dans tous les hommes, dans tous les factieux qui pouvaient embarrasser ou ruiner la branche rivale ; ami de Necker dès que Necker est populaire
210 LE COiNSEILLER DU PEUPLE.
contre la cour, se jetant au tiers état dès que le roi soutient les ordres de l'état, faisant de ses jardins lemont Aventin du Peuple, de son palais le foyer de toutes les inimitiés contre la cour, et vouant sa propre tête à la révolution pour rester fidèle à ces antipathies des deux races.
Vingt ans d'exil et' des vertus personnelles dans les fils de ce prince ne prévalent pas même sur ces dissensions des deux branches. Les princes des deux maisons ne se réconcilient uû moment dans l'émigration que pour s'observer bientôt d'un œil envieux ou hostile. Les antipathies de 1789 se retrouvent adoucies et respectueuses, mais toujours subsistantes en 1814 et en J 815; les uns s'entourent des fidélités, les autres des oppositions et des popularités de la France nouvelle ; les uns sont les princes du drapeau blanc, les autres du drapeau tricolore; les uns sont à Gand, les autres aiTectent de rester à Londres. Les nécessités de situation, les intérêts de maison les réconcilient vainement après 1815 ; le sang est plus fort que la politique, la même lutte sourde recommence de 1815 à 1830 : elle finit par l'exil des uns, par le couronnement des autres. Quelle politique forfdra jamais en un seul sang deux maisons élevées depuis tant d'années l'une contre l'autre? Et si ce traité se signait par la main des représentants de ces deux maisons, combien de temps et comment serait-il ratifié par leurs partisans? par la révolution, par la contre-révolution? Et comment enfin serait-il exécuté par la nation ? ce ne serait que la guerre intestine concentrée dans le même palais, les agitant d'éternelles intrigues, les consternant d'éternelles récriminations, et en ressortant bientôt en factions acharnées pour diviser de nouveau l'Empire. De telles fusions sont les romans des hommes politiques cherchant à reconstruire avec des rêves un passé qui n"a pas pu se tenir debout quand il avait pour lui la puissance des événements et des faits.
Mais lors môme qu'une de ces impossibles monarchies pourra itprévaoir par une fusion contre nature ou par une versatilité
momentanée de la France, ou par une conspiration, ou par une sédition armée, ou par une insurrection de ses provinces^, ou par une fantaisie du peuple ameuté par un nom et portant aux Tuileries je ne sais quel. prétendant sur le pavois d'une multitude vendue, lors môme que cette monarchie de ressouvenir ou de hasard parviendrait à se détendre contre les compétitions des autres monarchies rivales, à force de proscriptions et de prétoriens, comment parviendrait-elle à se défendre contre la grande rivalité de la souveraineté du peuple ? Gomment et avec quelle force couvrirait-elle cette société que la. République couvre partout et invinciblement sur le sol par le pied de chaque citoyen ?
Il y avait, nous l'avons dit, en France depuis 1789 deujs nations, l'une possédant la souveraineté politique, l'autre aspirant à y faire invasion à son tour; pour laquelle de ces deux nations la monarchie se déclarerait-elle? Si c'est pour le petit nombre, elle refait la division et la guerre des classes, là où la démocratie a fait l'unité et la paix. Elle est obligée d'être non pas monarchie, mais tyrannie; non pas démocratie, mai s tyrannie; elle est forcée à enrégimenter autour d'elle le petit nombre pour combattre éternellement le grand nombre , Içr peuple. On sait à quel prix on gouverne ainsi, et on sait combien de temps on gouverne contre une nation avec une classa et une armée vendues à l'intérêt d'un trône. Tes règnes soni d'ui) jour, et la victoire est au nombre parceque ce nombre-Iô. est avec le droit. C'est la guerre civile couvant dans toutes lei5âmes, c'est un camp au milieu de Paris au lieu d'un gouvernement! Et de tels gouvernements ne peuvent admettre ni liberténi représentation, car une page ou un tribun y font faireexplosion à l'âme opprimée du pays. Or comment la France^
même monarchique, habituée depuis soixante ans à penser tout haut, supporterait -elle un an du régime du silence et du mutisme, cet état dt siège de la pensée?
Ou bien la monarchie nouvelle se jettera du côté du grand nombre, du côté des masses, du côté du peuple? Et alors le suffrage universel, mode essentiel du gouvernement des masses, absorbera à l'instant le principe soi-disant préexistant de la monarchie; ces deux principes qui se nient l'un l'autre se neutraliseront en se touchant, et ce sera de nouveau la République !
Est-il un esprit réfléchi en France et en Europe, excepté ces esprits qui jouent avec le paradoxe pour parodier le génie en croyant inventer quelque chose de plus sublime que les vérités ; est-il un esprit sain et mûr qui en lisant notre histoire et en voyant seulement de ses yeux Jes événements accélérés de son temps et de son pays, est-il, dis-je, une seule intelligence qui puisse le nier, que la démocratie est le courant du siècle, des siècles même, du monde moderne depuis le .christianisme? de la France surtout, ce peuple expérimental de la Providence parmi les peuples?
Non, personne de sensé ; je rougirais de le dém.ontrer, le monde s'élargit à mesure qu'il se perfectionne, il s'élargit en proportion de l'humanité tout entière. Tout gouyernement, à l'époque où nous sommes arrivés, qui ne contiendra pas le peuple tout entier ne sera plus une civilisation, ce sera encore une barbarie! Les soldats ont régné, les pontifes ont régné, les aristocraties ont régné, les bourgeoisies ont régné, l'humanité règne; voilà la loi, voilà l'évidence, voilà le fait; pourquoi protester? Dieu a-t-il fait des classes ou des hommes? Et. sans remonter bien haut pour observer le développement rapide de la loi démocratique, rappelons seulement à ces journaux du petit nombre ce qui s'est passé chez nous en un demi-siècle. Les notables, au nombre de quelques centaines, viennent à la voix des rois en 1788 conseiller la couronne qui
les appelle, les états-généraux viennent un an après, au nom des trois ordres de l'état, conseiller d'autorité la couronne. L'Assemblée nationale, quelques mois plus tard, ne reconnaît déjà plus d'ordres de l'Etat, et délibère au nom de la nation, l'Assemblée législative au nom du peuple électoral, la Convention au nom de la multitude unanime ; on essaie de remonter le courant de la démocratie, Napoléon le refoule un moment à force de soldats, la terre les lui dévore; la Restauration transige avec la souveraineté représentative et règne au nom de cent soixante mille électeurs et d'une chambre aristocratique de pairs ; la royauté de Juillet est obligée d'ouvrir le cadre et de partager la souveraineté avec trois cent mille citoyens ! le peuple entier s'insurge moralement contre cette barrière. La réforme électorale, le suffrage universel deviennent le cri de ralliement même des royalistes, complices quinze ans de cette démocratie qu'ils invectivent aujourd'hui : ils voulaient d'elle pour combattre, ils n'en veulent point pour régner. La révolution éclate, il n'y a qu'un mot pour la pacifier et la régulariser. « Suffrage universel, démocratie con-- «quise et' acceptée. » Quelle est la main qui fera refluer cette grande inondation du droit commun? quelle est la main qui arrachera de terre cette racine du suffrage universel ?
Ce sera la nôtre, disent ces journaux téméraires nés euxmêmes du mouvement de la démocratie. Vous l'arracheriez aujourd'hui avec le sabre qu'elle ressortirait demain de chaque sillon. Les peuples veulent les droits qu'ils se sentent capables d'exercer. Voilà la loi, et il n'y a point de violence durable contre cette loi des choses. Tant que la bourgeoisie a été seule capable de comprendre, de sentir, de penser, de choisir, de vouloir, d'exercer sa part de souveraineté, le peuple a eu lui le sentiment de son insuffisance, et il a dit au petit nombre : Régnez! Mais chaque développement de l'intelligence, de la moralité, de la propriété, de l'industrie chez le peuple, a apporté un nouveau flot à cette invasion de la puissance publique. Qui
-'^I^ I.E GO.NSEILLliR DU PEUPLE.
osera dire que le 23 février la puissance publique était légitimement concentrée dans les mains de trois cent mille imposés de la bourgeoisie? Qui osera soutenir que depuis ITSO un flot nouveau, non pas un flot, mais un océan de droits et de capacités politiques nouveau ne s'était pas formé et accumulé derrière la bourgeoisie restreinte, et n'avait pas à son tour son niveau à prendre dans la souveraineté du peuple? Il faudrait pour cela avoir fermé les yeux aux phénomènes du temps qui s'accomplissaient devant nous. Quoi! voilà la féodalité qui tombe, voilà les trois castes qui se confondent, voilà le recrutement qui appelle dans des armées innombrables et sans cesse renouvelées tous les enfants de toutes les conditions sociales clans les mêmes cadres, voilà l'instruction qui est donnée dans la même mesure élémentaire au peuple jusque dans ses chaumières et dans ses ateliers, voilà la propriété du sol qui est devenue acœssible à tous et qui pulvérise le sol en autant de parcelles qu'il y a de mains pour le cultiver, voilà le sacerdoce qui appelle dans ses séminaires et dans ses fonctions, livrées désormais au peuple, les vingt ou trente mille enfants des villages ou des villes élevés par lui dans les mêmes disciplines, voilà l'enseignement primaire, voilà l'enseignement mutuel, voilà récriture et la lecture, ces deux armes de l'intelligence, distribuées à tout enfant gratuitement, voilà les livres et les jouruaux répandus à vil prix sur toute la surface du sol, voilà plus I \oilà l'industrie qui naît parmi nous il y a trente-cinq ans! "L'industrie qui agglomère trois ou quatre millions d'hommes ilans les manufactures, dans les fabriques, dans les ateliers, qui élève les salaires, qui exige des apprentissages intellectuels et des études, qui ouvre des écoles des arts et métiers, qui forme cies capitaux, des épargnes, des fortunes mobilières et petites 'OU grandes, et qui les distribue à ces millions de mains laborieuses ! Voilà la liberté du commerce qui s'empare de ces pro- •:.luits et qui les distribue avec bénéfice sur toutes les parties de la. France et du monde, voilà les voies de communication, rou-
tes, canaux, chemins de fer qui rapprochent les idées autant que les choses et les hommes, et qui créent partout ce contact de l'homme avec l'homme, la plus puissante des électricités l En un mot, voilà un peuple tout nouveau qui sort de terre, qui pense, qui parle, qui s'instruit, qui s'enrichit, qui se moralise,, qui sent sa nature, sa dignité, sa force, son droit derrière vous î Et vous ne voulez pas que la terre les porte, que la souveraineté s'élargisse, que les lois étroites se brisent pour contenir ces éléments inconnus jusqu'ici? Eh bien, voilà la démocratie ! Reconnaissez-la, ou ne la reconnaissez pas, elle n'en existera pas moins. Combinez -la si vous savez et si vous pouvez plus tard avec la monarchie, je ne sais pas ce que le temps nous cache:. mais quant à présent, mais à l'heure où cet océan de la démocratie nouvelle rompt ses digues et se précipite en bouillonnant dans son lit, je ne connais qu'une force qui puisse le pondérer.^ c'est sa propre force, sa souveraineté unanime, incontestée, régularisée, autrement dit la République!
Oui, je ne le crois pas, mais je ne nie rien de l'inconnu,, peut-être au-delà de notre horizon actuel découvrirez-vous un jour une autre loi, une autre force, un autre moyen de gouvernement de cette démocratie ; mais aujourd'hui toute monarchie lui ferait un obstacle, une menace, une inquiétude., une rivalité, un combat; tout combat serait une révolution, nouvelle et terrible. La République consentie par tous, unanime, sans ombrage, sans soupçon, sans institution qui l'irrite ou qui la divise ; la République seuie est assez puissanteet assez légitime pour sauver la société, la propriété, la civilisation de ces assauts et de ces larmes, de ces démagogies et de ces communismes qui sont les bouillonnements de la démocratie, au moment où, pour la première fois, elle se précipite dans le lit de sa toute-puissance. Elle vous a montré ce qu'elle savait oser pour se réprimer elle-même ! Elle a couvert, elle couvrira les droits, les vies, les propriétés, les familles, les religions de tous! mais c'est à la condition qu'elle ne sera pas-
an-ltÔR par des souffles imprudents clans sa plénitude; assez d'épreuves récentes vous "ont montré l'impuissance de la monarchie ! Ce n'est pas seulement la logique, c'est l'expérience qui vous dit que le principe conservateur des sociétés a changé de nom et qu'il s'appelle pour longtemps, chez nous, Piépublique !
Ce n'est donc pas parceque je me suis trouvé un jour jeté par un hasard des révolutions à l'explosion du cri de république, que je défends aujourd'hui de sang-froid ce cri que j'ai poussé moi-même comme si une force supérieure l'avait mis sur mes lèvres, comme le cri de l'évidence qui part sans avoir été médité. Non, ce n'est pas pour cela que je le défends,. Si j'étais convaincu, en conscience, que ce cri n'était pas dans la circonstance le cri du salut public, que je me suis trompé comme tout homme se trompe surtout quand il n'a pas le temps de la réflexion, que mon erreur ne serait que l'obstination de mon orgu.eil, et qu'en y persévérant je sacrifierais mon pays et ma propre justification; je me sens, malgré vos calomnies, assez de vertu civique dans le cœui' pour dire à Dieu et aux hommes :
Je me suis trompé, pardonnez-moi ou punissez-moi, rejetez sur moi seul une forme de gouvernement qui vous perd, et hâtez-vous de reprendre une monarchie qui vous sauve ! Oui, je le déclare à la face du ciel, je me sentirais le courage de le. faire; car, crime pour crime, humihation pour humiliation, le plus grand des crimes, la pire des hontes ce serait de persévérer dans sa faute, et de perdre son pays pour épargner une confession d'erreur à l'infirmité de notre esprit.
Mais, tout en convenant des prodigieuses difficultés de fonder la démocratie dans un pays qui a des siècles d'habitudes dans un autre sol^ il m'est impossible de voir une autre voie que la République, soit vers les progrès d'institution que l'esprit humain invoque à grands cris depuis le dix-huitième siècle, et qu'une nation ne peut accomplir que debout et avec
toutes ses forces, soit vers la préservation de la société et de la propriété compromises dans, toutes ces luttes que chaque monarchie ferait surgir et qu'aucune n'est assez solide pour supporter. Dans l'intérêt des idées à naître, comme dans l'intérêt des choses à conserver, dans l'intérêt du peuple comme dans l'intérêt des classes qui jouissent des droits déjà acquis, je conjure donc les organes de ces monarchies de sacrifier leurs antipathies ou leurs préférences, et de conservera ce malheureux mais glorieux pays la forme de gouvernement qui l'a reçu tout en feu, tout en sang, tout en problème, tout en ruine, quand sa monarchie l'a abandonné par sa disparution subite à tous les hasards! Oui, conservez la République et vengezvous seulement sur les républicains de lB/i8 ! Qu'ils soient coupables tant que vous voudrez, qu'ils soient voués comme ils se sont attendus à l'être à l'injure et à l'ostracisme ; ils ne se plaindront pas ; mais ne repoussez paS;, à cause d'un gouvernement qu'ils ont tiré des ruines à leurs risques et périls poiu* sauver le pays et la société, le seul gouvernement qui vous reste pour remplacer ceux que vous avez vous-même successivement détruits.
Ou si ces journaux, plus pressés de se venger de quelques hommes que de sauver leur pays, s'obstinent à vous 'pousser vers le plus profond des abîmes, Y abîme de l'impossible^ laissez-les à leur rancune, laissez-les à leur colère, et ditesvous en les lisant : ils ne me donnent pour gage de leur conseil que deux monarchies réduites en poussière par leur complicité ou par leurs haines, n'écoutons pas ces prophètes de démolition, ou résignons-nous, nous et nos enfants, à n'habiter qae sur des ruines !
LAMARTINE
Représentant du Peuple.
ALMANAGH POLITIQUE
L'Assemblée nationale s'est séparée le 9 août, jour fixé par le vote de sa prorogation. Elle a nommé avant de se séparer sa commission de permanence Le clioix des membres qui la composent ne représente, comme l'année dernière, ni la défiance, ni l'hostilité contre le Pouvoir exécutif, mais le respect de la légalité, voici leurs Donis :
MM. Henri Didier, général Changaniier, Dufougerais, Sauvaire- Bartbélemy, de Montigny, Berryer, Vitet, Poujoulat, de Melun, H.Passy, Druet-Desvaux, d'Obvier, Gouiu, Bernardi, de Montebello, Bocber, de La Tourelle, amiral Gécille, général Ruibiére, Hubert- Delisle, Boinvilliers, Kermarec, général de Bar, général Grouchy, dû MortemarL
La commission se réunit tous les quinze jours sous la présidence de M. Dupin, et, en son absence, de l'uu des vice-présidents de l'Assemblée. De son côté la montagne a nommé une contre-commission 'de surveillance, qui n'a, du reste, et ne peut avoir que le caractère d'un cercle politique.
Les dernières séances de l'Assemblée n'ont amené à leur ordre du jour que des discussions d'affaires et de détail administratif. Son vote le plus important a été celui qui ouvre un crédit de six millions 'aux travaux du cbemin de fer de Lyon, en réservant à sa rentrée le débat définitif de projet de loi relatif à la concession.
La politique, en ce moment, n'est plus à Paris; elle est dans les conseils généraux qui viennent de s'ouvrir, et dont les vœux favorables ou contraires à la révision constitutionnelle auront nécessairement leur poids et leur influence dans le scrutin parlementaire. L'opinion publique est d'ailleurs dans un état de calme qui touche BU sommeil ; elle agite vaguement, sans se prononcer, les chances et les conjectures de -1852. Une candidature inattendue à la présidence de la République s'est insinuée plutôt que produite dans un journal, c'est celle de M. le prince de JoinviUe; mais elle ne montre encore ni son mandat ni son drapeau. L'adhésion du prince est toujours un f)roblèiue, dont la déclaration suivante, extraite d'une lettre adressée par M. Roger du Nord à M. Ghambolle, au retour d'un voyage à Claremont, éclaircit à peine l'Incertitude.
« Maintenant veut-on savoir mon opinion sur la question dont on •s semble si vivement se préoccuper? J"ai la conviction profonde et « personnelle que si le pays en appelle au dévouement du prince de « JoinviUe, jamais le prince ne fera défaut à la France. »
îln grand procès politique s'est ouvert à Lyon le 5 août, devant le
LE CONSEILLER DD PEUPLE. SlO
deuxième conseil de guerre, sousLi présidence de M. Couston. colonel du 3" de ligne. Il comprenait 51 accusés, en tête desquels iigurail M. Gent, avocat ; les prévenus étaient renvoyés devant la juridiction militaire pour attentat contre la sûreté de l'Etat et affiliation (\des sociétés secrètes. Après vingt-quatre jours d'interrogatoires, le procès a été brusquement interrompu par la retraite des défenseurs, qui se sont retirés, disent-ils dans une lettre adressée au président du conseil, « dans la conviction que la dignité et la liberté « delà défense n'existaient pas.» Il a été repris aux termes de la loi sur, la nomination de défenseurs d'office, l'arrêt a été rendu le 28 août. Quatorze accusés ont été acquittés, sept ont été condamnés à la déportation, les autres ont été condamnés pour un temps plus ou moins long à la détention ou à la prison.
Des troubles ont éclaté dans le courant de ce mois à Laurac, dans le département de l'Ardèche. Une bande d'individus réunis dans un cabaret mal famé a attaqué à coups de pierres les gendarmes envoyés pour surveiller la fête votive de la commune. Au premier bruit de l'émeute, la gendarmerie et la garde nationale de l'Argenlière ont marché sur Laurac, où leur seule présence a rétabli la tranquillité. La cour d'appel de Nîmes a évoqué l'affaire.
Le chemin de fer de ISantes a été inauguré le 47 août par M. le ministre des travaux publics; la cérémonie a été tout industrielle. Les chemins de fer, activés cette année avec une impulsion remarquable, sont déjà arrivés au cœur de la France, ils couvriront bientôt la surface entière du pays de leur réseau de circulation et de vitalité.
Lue grande et imposante solennité a rempli Paris pendant les premiers jours de ce mois d'une agitation pacificfue. La municipalité parisienne, dans la pensée de reconnaître et de sceller par une grande fête internationale les solidarités et les sympathies échangées entre la France et l'Angleterre à l'occasion de l'exposition du Palais de cristal, avait invité la municipalité de Londres et la commission royale de l'exposition, à venir passer quelques jours dans la capitale. Le lord-maire, accompagné des aldermen et des shérifs de la cité de Londres, et les membres de la commission sont arrivés le 3 août à Paris, où leurs logements étaient préparés à l'Hôtel-de- Ville. Le lendemain, le préfet de la Seine les conviait à un banquet splendide auquel assistaient les ministres, les grands fonctionnaires et le corps diplomatique tout entier. Au dessert, lord Granville, vice-président de la commission royale a porté un toast à la ville de Paris. Son discours, empreint des plus nobles témoignages de sympalbiepour la France, a été comme le manifeste de la réconciliation d'idées, de sentiments et d'intérêts qui s'opère dejourenjour entre les deux nations.
Une visite au palais et au Musée de "Versailles, une fête offerte à Saint-Cloud par le président de la République, enfin le spectacle d'une petite guerre au Champ- de-Mars, où les troupes ont déployé dans une série de brillantes manœuvres cette ardeur dans la tenue et cet élan dans l'ensemble qui caractérisent notre armée, ont rempli la semaine que la députalion de Londres a passée à Paris. La
•2=1Q LE COiNSEILLER DU PEUPLE.
population a fait aux liôtes de l'Angleterre un accueil unanime de cordialité et de bienvenue. Le cri de vive F Angle te we qui retentissait paj'tout sur leur passage aura son écho dans la Grande-Bretagne ; elle y répondra par sa presse, par sa tribune, par son esprit public, et cette visite aura, nous n'en doutons pas, la portée et la valeur d'un traité de paix entre les cœurs des deux grands peuples qui s'y sont pour la première fois peut-être rencontrés en hôtes et en amis. Les nouvelles extérieures de ce mois sont sans intérêt de retentissement ou d'urgence. Le parlement anglais sest prorogé le 8 août. La reine dans son discours de clôture a reconnu et salué par de nobles paroles la cordiale entente de bienveillance qui n'a cessé de présider au congrès de nations rassemblé à Londres par l'exposition.
Avant sa prorogation, la chambre des lords avait vo vement le bill contre l'épiscopat catholique. Un grand nombre de ses membres, dont quelques-uns comptent parmi l'élite des hommes d'état de rAngleterre, ont combattu avec énergie celte loi d'intolérance; et, non contents de cette opposition de parole, ils ont voulu protester contre elle par un document solennel qu'ils ont fait annexer aux procès-verbaux de la séance. Le nom de lord Aberdeen est en tète des signataires de cette protestation, qui après une vigoureuse exposition de principes se termine par ces mots :
«Le bill, outre qu'il est Injuste en principe, met en danger la paix et l'harmonie enlre des diverses classes des sujets de la reine, dans le royame-uni, etsurtont en Irlande^ Si celte mesure recevait son exécution, elle pourrait engendrer les maux politiques et sociaux les plus sérieux ; tandis que si elle ne devait pas être mise en vigueur, son introduction dans le livre des'statuts aura contribué à discréditer la dignité du parlement et l'autorité de la loi. »
Celte prévoyance a bientôt reçu l'accomplissement d'une prédiction, un tumulte de meetings caLholiques et protestants remuait quelques jours après l'Irlande. L'agitation n'est pas encore descendue des esprits dans l'ordre matériel; mxais ces tressaillements, avant-coureurs dans ce paj s de fenneuLatiou et d'explosion, dénoncent le péril et l'imprudence de la mesure qui les a provoqués.
L'Espagne vient d'accomplir un grand acte de loyauté, qui est en même temps pour elle un coup d état de régénération. Les cortès ont voté défmitivement la loi concernant le règlement de la dette publique. Elle a sauvé son cré(Ut devant l'Europe en lui prouvant sa bonne foi.
Aucun fait important n'a surgi en Âllemagae. La grande question qui s'élabore dans les conseils de la diète est toujours celle de l'entrée de TAutriche et de la Prusse dans la Confédération germanique avec tous leurs états. L'Angleterre paraît devoir se joindre à !a France pour protester contre ce poids de forces étrangères ajoutées à l'équilibre de l'Allemagne; mais tout est encore incertitude dans les termes et les probabilités de ccile énigme diplomatique. — [\ de SainMlctor.
L'un des propricUdrcs, J, 3IIRÈS.
LE
îîccmtcvc Partie.
IjM^ e^'^nWll'KjS GM'^mW^AlIlL.
Les conseils généraux, en émettant par des motifs divers un vœu imprudent, parcequ'il est trop radical contre la Constitution, ont laissé traiter dans leur sein la question de la royauté ou de la monarchie par les hommes des deux principes. Ne vous en effrayez pas. Traitons-la à notre tour, non du point de vue absolu, mais au point de vue da jour; c'est le seul qui nous domine aujourd'hui.
Qu'importe en effet un débat philosophique entre les deux natures d'institution? Ce n'est ni l'heure ni la question ; si nous nous combattions les uns les autres avec les crimes des rois ou avec les crimes des démagogues, nous aurions trop aisément raison tour à tour, non pas seulement contre les rois, non pas seulement contre les peuples, mais contre l'humanité. Si j'oppose Washington à Louis XV, j'aurai raison; si vous opposez Louis IX, Henri IV, Louis XVI mième, cette victime de son
peuple, à Robespierre, à Marat ou à Danton, vous n'aurez aV sûrement pas tort. Qu'en résultera-t-il ? qu'il y a des royautés détestables et des démocraties sanguinaires! des potences et des bûchers ici, des échafauds là, des hommes partout, nous savons bien ! que les peuples ont été tour à tour corrompus, avilis, égorgés par des rois ou par des démagogues 1 Qui le nie? Que la dénomination du gouvernement ne change rien aux choses dans les premiers temps? qui en doute? Vous vous appelez République ce soir, appelez-vous Royauté demain matin, croyez-vous qu'il y aura un vice ou une vertu de plus en France? Non, vous le savez bien; vous aurez changé l'inscription sur le frontispice de votre pays, mais ce pays n'aura ni grandi ni baissé d'un homme.
Laissons donc ces débats aux philosophes qui ont du temps à perdre, et examinons en politiques chargés de l'heure présente la seule question, vraiment actuelle, qui touche notre temps et notre avenir, la question de savoir si la révolution de février étant donnée, révolution de force majeure, révolution bonne ou mauvaise, juste ou injuste, de surprise ou d'imprévoyance, comme vous voudrez, mais enfin révolution à laquelle ni vous ni moi nous ne pouvions rien'une fois la Royauté en fuite des Tuileries, l'armée immobile, la garde nationale désaffectionnée, les chambres envahies et dispersées par le peuple; examinons, dis-je^, si toutes ces choses accomplies et la France étant ce qu'elle était sous ces décombres encore en feu de son établissement de Juillet renversé, et les partis divers étant ce qu'ils étaient à forces égales et prêts à s'entr'égorger sur ces décombres, la sagesse suprême elle-même, c'est à dire l'inspiration de la nécessité, pouvait donner à la France un autre gouvernement que la République. Voilà toute la question pour nous, et ce sera toute la question pour l'histoire, qui nous jugera dans son impartialité les uns et les autres.
Mais avant de la discuter un mot à ceux qui disent : De quel droit ? en parlant à nioi-n:iême et à des collègues moins rospon-
ss^l'js:; car c'est moi qui leur ai dit : «Gourons à l'Hôtel-deœViUe avant que l'anarchie s'y installe, compromettons-nous, or p5rd®ns-nous pour sauver ce peuple sans chef et cette œ s^câéié sans Roi ; et c'est moi qui leur ai dit aussi deux heures ce après s (Proclamons la République d'interrègne, la Républi- <£ «|?i® provisoire, la République conditionnelle sous notre seule « teâ-pffioîsabilité, sous l'éventualité hardie et terrible pour nous •ŒSSJik id'ôtre avoués ou désavoués, condamnés peut-être com- « ms, des factieux, punis peut-être comme des coupables par la vnc siswrerâl-neté nationale, que nous allons à l'instant évoquer «s pOTyr se donner à elle-même le gouvernement qu'elle voudra, •ac ^&m: sious juger, nous absoudre ou nous condamner. »
O^srl^ â ceux qui nous disent u de quel droit?» je commence fiitr ïéf ©ndre ce que je disais à la tribune au moment même, <l£ '24 [février : « D'aucun droit! ou plutôt du droit du sang «E *5iii'C0iale^ de la société qui s'écroule, du feu qui retentit dans >«s^s2s raes. de l'iucendie qui dévore vos édifices! du droit de «fesit idioyen dévoué, du droit du premier venu qui, passant ^é.'&s^aait une maison en flammes, enfonce les portes et se pré- •a:cr4)iée dans le foyer du désastre pour sauver les femmes, les <T esikiits, les meubles, les vies des citoyens ! »
'Pis d'autre droit à invoquer par moi et par mes collègues ■alacs* ^as d'autre droit de justifier cet acte aujourd'hui! Jœjez-Ie comme vous voudrez, je ne me défendrai pas, je ne ipirstesîerai pas, je n'aurai pas même un murmure intérieur <s®slrEOQUx qui disent : <c II fallait, il faut, il faudra les frapper f&Siiir l'exemple ! » Je me soumettrai à la justice de «mes enne- ■m£&. ^e dirai en moi-même : « Ils croient que j'ai commis un ■•:ECAime, et ils se vengent; peut-être ont-ils raison dans leurs ■rr^^sées, mais moi j'ai eu raison dans les miennes.))
l'<Élk peur l'homme.
âlaîg (pour la politique, je ne répondrai pas avec la même ré^gaation et la même incertitude à ceux qui disent : Vous 3,çï2£ été ides lâches qui avez proclamé la république provisoire
le poignard sur la gorge et pour échapper au supplice immédiat dont le peuple vous menaçait si vous aviez dit non ! Des lâches 1 Y pensez-vous? Des lâches se jettent sans hésiter dans le foyer de fer et de feu où ils arrachent le gouvernement d'une tempête d'hommes à vingt partis anarchiques qui se le disputent en le déchirant, au milieu des coups de fusil et les armes nues dans les mains ! Des lâches (il y a en France et à Paris cent mille témoins de la nuit du 2Ii au 25) ; des lâches qui sont, comme je l'ai été cette nuit-là, portés et repoussés par des bras noircis de poudre et par des gerbes de sabres et de baïonnettes ensanglantés, d'une salle à l'autre, d'une tribune à l'autre, pour recevoir tour à tour les imprécations des uns, les menaces des autres, les applaudissements de ceux-ci, les frénésies de ceux-là, afin d'étouffer les gouvernements de tous les quarts d'heure qui se formaient en opposition à celui que nous voulions faire accepter au peuple, à ce peuple qui ne nous connaissait pas et à qui nous voulions à tout prix imposer une intelligence et une volonté une! Des lâches ! Que les témoins parlent ; ils vous diront que, bien loin d'être menacés ou frappés, si nous avions voulu, si j'avais voulu moi-même laisser la place à l'anarchie, rendre les armes et me retirer de cette compétition tumultueuse (comme un lâche alors en effet), j'aurais fait éclater les salles, les places, les cours de satisfaction et d'applaudissements, et que les démagogues qui voulaient s'emparer du peuple auraient été les premiers à m'ouvrir les portes et à me jeconduire en sûreté et avec honneurs dans ma înaison ! -Que demandaient-ils donc, sinon d'être débarrassés de nous, qnileur disputions le peuple, et de proclamer la convention et le comité de saîut public au lieu de la république nationale et de la souveraineté du peuple? En vérité, les orateurs des conseils généraux se font une histoire à l'image de leur haine et au bénéfice de leurs injures. Elle ressemble à la véi'ité comme la colère ressemble à la justice.
Non, nous n'eûmes pas cette triste excuse de la lâcheté;
nous proclamâmes la république parceque cet interrègne, sous peine d'être une perpétuelle convulsion des partis en armes et de se combler de ruines et de sang, ne pouvait pas s'appeler d'un autre nom que République!
Qa'auriez-vous donc fait, vous qui parlez, si le hasard ou le dévouement vous eût mis pendant ces trois mois, qui pouvaient être trois siècles, à notre place? Quel gouvernement auriezvous présenté à ce peuple qui ne comprend pas les abstractions, et qui veut qu'on lui nomme et qu'on lui personnifie dans un mot ou dans un homme le régime auquel il doit obéir? Où était-il ce régime, ailleurs que dans la souveraineté du peuple, dans la république, ce gouvernement assez populaire, assez unanimement accepté, assez en majorité dans les esprits, assez évident de sa propre évidence pour être proclamé, consenti, salué, obéi en ce moment par la France ?
C'est ici une question de bonne fai, si la bonne foi peut être iavoquée dans la vengeance !
J'interpelle le plus éloquent des amis de la royauté légitime, et je lui dis hardiment : Voyons, qu'auriez-vous fait, vous homme dont le cœur est resté là où la raison de beaucoup d'autres qui vous honorent vous et votre cause n'a pas pu rester avec vous ?
Auriez-vous proclaiîîé Henri V, cette religion de la tradition monarchique personnifiée dans un jeune prince dont le berceau emporté par une tempête a été ballotté depuis ce temps entre 1^ regrets de nos coeurs et les impossibilités évidentes de notr?; esprit? mais je lui dis et je le répète : si la révolution de 18^8 avait eu pour signification et pour solution possible la proclamation de la légitimité, ce n'est pas M. Dupont (de l'Eurej^ 3L Ledru-Piollin, M. Arago, M. Marie, M. Crémieux, moimême qui auraient été portés ou acceptés pour dictateurs momeatanés le 24 février à l'Hôtel-de-Ville, c'était M. Lerryer, et ses amis ! Une révolution dit son nom, dès la première àeurej par les noms de ceux qu'elle place à sa tête. Il n'y
avait pas un de ces noms qui voulût dire légitimité^ Hwâ-voulaient dire avènement de la souveraineté du peuple ms^ démocratie. Où étaient les ministres naturels de la légiû^ mité? où était en France le peuple pour tresser une g£«2^~ ronne à la royauté des traditions quand il venait de mettre em pièces la couronne même illégitime de la royauté de révolutio^alT' <)u'eût été pour la France le lendemain de cette proclamai^îQKv. insensée d'Henri V? Une seconde insurrection du peuple de kitcapitale et des provinces compliquée de la compétition defî-princes de la maison d'Orléans, encore à la tête de cent mine, hommes en Afrique, de la compétition des bonapartistes^ c.r . schisme de la monarchie et de la liberté^ du soulèvement desmasses démocratiques des villes et des campagnes, de Iss.. guerre civile dans la Vendée et dans le Midi? Jeter le nomds-. la légitimité au peuple dans un tel moment, c'eût été jeter l'étincelle dans le volcan; la France éclatait^ cela ne sediscKt^-pa^î
Et vous? auriez-vous proclamé une autre royauté d'Orléanst' une seconde illégitimité dans l'illégitimité même? une régenc^-i inconstitutionnelle dans la personne d'une femme, que vo^gm' accusez à tort d'avoir écartée du trône, que je n'ai écartéç'; que du précipice!
Oui, du précipice, j'affirme le mot; caria loi constitutÎT^^ avait donné la régence au duc de Nemours; une chambre desrdéputés envahie et seule des trois pouvoirs debout ne p^ouvait -donner légalement la régence à la duchesse d'Orléans saiïsr-^ faire une révolution dans une révolution : et cette régence ré^ Tolutionnaire, ce gouvernement d'une femme et d'un enfant,,, cette tutelle en face d'une nation soulevée et d'un trône abattît,,, en face de la question du suffrage universel impossible à reSiîser, impossible à accepter, impossible à limiter par une royauté:révolutionnaire, où étaient ses ministres? Je les, interpelle ici', à leur tour. Je ne les accuse pas de lâcheté, comme on l'a fait, injustement, je les accuse d'impuissance! Où étaient- ils? il*%
•^tSBEÎent de tomber en essayant vainement cette transaction de i^sljdication ! Si la régence ou le couronnement d'un prince «îpféicOTique de la maison d'Orléans avaient été la signification ^ fe«n de 1848, c'étaient M. Thiers et M. Odilon Barrot qui ^^sjiT-à^&tit marché à l'Hôtel-de- Ville, ce n'était pas moi !
'SIoR, ce n'était pas moi! car l'homme est l'homme ! je n'étais gias f^ui de la royauté illégitime, de l'usurpation de famille <;d3^^âO, on le sait ; je n'avais jamais consenti à servir cette «îf'.îîasâe, cette hérésie dans la royauté, dansle droit, dans le ^^aHÎRaent, dans la parenté, dans le sang des trônes, je n'avais S2y.ié3iré ni conspiré sa chute ; au contraire, j'avais couvert par '^^sr 1/atriotisme la constitution contre les attaques inconstitu- •diiaaaelkîs des propres ministres de cette royauté , mais une fois ia révolution arrivée indépendamment de moi, une fois S^^^^srè de cette dynastie illégitime sonnée, ce n'était pas à •aïîiQÎde ramasser dans le sang du peuple une couronne qui par droit du sentiment appartenait à un autre, qui par droit des :|>eœip5e3 n'appartenait à personne, et de la remettre sur la Éête d'une dynastie que mes souvenirs avaient toujours réfiîiâlée.î
Sa. -si nous l'avions fait, ces légitimistes qui se joignent aujourd'hui aux orléanistes pour nous accuser avec une si criante ^EC^Rsé-quence, qu'eussent- ils dit? qu'eussent-ils fait? Coali- ••ses s, l'instant avec les républicains, les bonapartistes, les ^nhSBts des campagnes, le midi, la Vendée, le Nord, où ils doisaïkïcîit, armés d'une révolution déjà accomplie, et d'un suflrage ■^m^'rer-sel déjà demandé par tous les partis et surtout par eiLxïfKÎlvAfs, ils auraient assiégé cette tutelle, cette régence fémi- ^iim^ œs ministres dépopularisés de la maison d'Orléans, séT-am assaut universel, irrésistible, incessant. La démagogie vs-î^&it Inentôt débordé ces partis impuissants, et les 20 juin ■tT^^t^ ks 10 août et les journées de septembre étaient le sort «ssccîfm que notre funeste condescendance aurait préparé à «lae feE>me, à un enfant, aux ministres de cette race se re-
tenant au débris d'un trône de circonstance et d'une régence
de convulsions !
Pensez-en ce que vous voudrez ! Je défie un esprit logique et impartial de sonder las catasti'ophes sanglantes que le couroaliement d'un enfant de la dynastie illégitime ouvrait sous les pas de cette dynastie et de la nation, en face des partis opfK)sés et des monarchies de principe traditionnel et héréditaire.
Enfin auriez- vous proclamé l'empire? cet empire dont ou nous parle tant aujourd'hui ? mais la proclamation de l'empire n'eût été qu'un éclat de rire universel! Kous n'avions m le droit ni la volonté de ressusciter les morts. L'empire, c'est l'empereur ! il est couché tout entier dans le cénotaphe des lavalides. Autant voudrait dire à l'Angleterre de ressusciter Cromwell, ou à Rome de ressusciter César?...
Et comment les légitimistes, les orléanistes, les républicains auraient-ils accueilli cette ombre venant leur disputer le temps, le trône, la liberté? Je vous laisse à le penser.
Non, il n'y avait que la République ! c'était le cri de la réflexion comme c'était le cri des pavés et des sillons!
Mais, dites-vous, il ne fallait pas la proclamer provisoirement d'avance. Il fallait attendre que le suifrage universel consulté la proclamât ! A cela je vous réponds : il ne fallait pas, vous, faire ou laisser faire une révolution ! ce n'est pas moi qui ai fait la coalition, qui ai ébranlé par mes intrigues votre trône de ISSO^ ce n'est pas moi qui ai fa,it la campagne d'agitation par les banquets, ce n'est pas moi qui ai signé l'accusation des ministres! J'ai refusé de prêter ma main à ces ébranlements et à ces assauts contre votre monarchie. Mais une fois la révolution faite et la proclamation de vos monarchies impossibles comme je viens de vous le démontrer, ne pas donner un nom au régime provisoire sous lequel le peuple allait se rallier et sous lequel la révolution allait se calmer pendant les trois ou quatre mois nécessaires à la reconstitution de l'ordre, à la formation de la garde nationale, à la confection des listes électorales, à la pré-
pàration de Paris poui' recevoir la représentatiQn souveraine, c'était ouvrir un interrègne aux partis dans lequel la France se serait inévitablement déchirée et ensanglantée ! Chacun de ces partis aurait voulu donner son nom à cet interrègne, celui-ci la régence, celui-ci la légitimité, celui-ci Bonaparte, celui-là le comité de salut public^ celui-ci la convention 1 celui-ci la terreur, celui-là le communisme ! Savez-vous dans quel nom se seraient résumés tous ces noms ? dans le nom de la plus sanglante anarchie à laquelle la France eût Jamais été en proie ! La candidature d'un homme contre un homme est une agitation, n'est-ce pas? Vous les redoutez ces candidatures, mais les candidatures de sept ou huit partis se comptant par six millions d'hommes et se disputant tous les jours, les armes à la main, le nom du gouvernement futur et prenant leurs arrhes de sédition et de sang pour se l'assurer? Y avez-vous pensé? non. Il fallait que le gouvernement provisoire eût un nom sous peine de ne pouvoir imposer ni ordre, ni calme, ni obéissance, ni patience aux masses des partis en compétition ; ce nom, c'était celui de République! il était réservé à la nation ensuite dans sa force, dans sa toutepuissance de le ratifier ou de le répudier dans sa Constitution î Si c'est un crime d'avoir donné pendant trois mois le nom de République à un interrègne de la nation, nous l'acceptons, car ce crime nominal ne compromettait que nous et sauvait la France d'une anarchie dont nul ne peut mesurer la profondeur!
Et maintenant que j'ai rétabli, après l'avoir fait tant de fois en réponse aux attaques renouvelées des partis, le vrai sens de la République, et que je crois avoir prouvé à tout esprit politique que la France, le lendemain de février, ne pouvait s'abriter ni dans la légitimité, ni dans l'orléc^nisme écroulé, ni
dans l'empire, ni dans un interrègne sans nom, inierrSgiîe ^Ê n'eût été que le vide de tout gouvernement comblé par tsîiias les factions en expectative , examinons avec la même boime ^ si ce qui était nécessaire a été si fatal, et demandons aism SsSaB si la République, quoique si neuve, si jeune, si contraa-iés,, si imprévue, mérite toutes les invectives dont les conseife gûiïé^ jaux de 1851 ont retenti contre elle; voyons si, malgré ses agitations et peut-être à cause de ses agitations mêmes et û&-. Fé^îasticité de ses institutions, elle n'a pas aussi bien méntk in 3a France et de l'Europe que la monarchie quelconque chargf» de reconstituer la société après une aussi complète ré-Wolion ?
Et, pour le prouver, laissez-moi remonter de quelq^ues aïï>-~ nées : y avait-il ou non germe de révolution en France; e'7cvvant dans les profondeurs de la société au moment m, I-a. République a éclaté ?
La révolution elle-même vous répond. Un tel fait se s?©^ pas sans germe, ne se produit pas sans cause, n'est-ce j^îs.^ Une telle agitation, une telle fièvre, un tel frisson, un-, té^. murmure ne parcourent pas pendant tant d'années un j^-t?? sans qu'il y ait des vents et de l'électricité accumulés daïïS.J-s??-. masses. Vous appelez un hasard la révolution de J 8/i8 ? bien r. mais est-ce un hasard que celle de 89? celle de 93? celle èâ^ 1814 ? celle de 1815? celle de 1830? Est-ce un hasard qas-îg'S^ trente tentatives de révolutions ourdies, grondantes, consimescées, échouées pendant vos deux derniers règnes? Vous e® la prétendrez pas. Cette agitation continue des masses atteste assez qu'il y avait de l'élément révolutionnaire en fermentûSî'sgt'i sous le sol. Comptez sur vos doigts, monarchie réformée ds ^^^ monarchie abaissée de 1790, monarchie nivelée en 1791,, lo©-
narchie jacobine et guerroyante à contre-cœur de 1792? monarciiie militaire en 1800, monarchie légitime étayée et garantie par l'Europe entière en 1814, monarchie représentative ti-aditionnelle de 1815 à 1830, monarchie de circonstance, de classe moyenne, d'élection parlementaire, d'usurpation et de complicité avec la révolution de 1830 à 1847. Rien n'a pu tenir, malgré les constitutions, les armées, les choses, les principes impopulaires ou populaires ; les ministres, les parlements habiles ou dévoués, la supériorité personnelle des rois. La monarchie de Louis XVI n'a été qu'une agonie en plusieurs actes d'une royauté expiatoire prenant le plus doux et le plus populaire des princes pour victime ! La monarchie de Napoléon n'a été que la dictature disciplinée, la réaction d'un chef d'armée contre l'esprit humain, contre le génie d'une époque, un Cromwell continental avec plus de grandeur et de gloire et moins de conformité avec le fanatisme de son temps ! un Charlemagne dépaysé si vous voulez, rêvant de faire à la chute des choses ce que Charlemagne avait pu faire à la naissance d'une idée ! Ln règne, non? une halte à main armée dans l'impossible! la tente d'un camp au lieu de l'édifice d'une société!....
La légitimité, malgré l'appui qu'elle trouvait de tous les côtés sur l'Europe, n'a été qu'une lutte perpétuelle entre le j)rincipe populaire et le principe héréditaire, conciliés un jour, se séparant le lendemain; s'étouffant l'un l'autre, conspirant l'un contre l'autre; se vengeant par les carbonari de Berton, dont les complices siègent aujourd'hui parmi nos plus implacables accusateurs!... parles immolations de Ney, de Labédoyère et de tant d'autres, et enfin par cette rivalité des deux branc hes d'une même famille se disputant,
par une popularité jdIus ou moins innocente, un trône qui
devait les engloutir toutes deux!....
Enfin cette monarchie de Juillet, née d'une révolution, morte dans une révolution, interrègne court et agité entre deux révolutions, si vous en exceptez les dernières années où la lassitude semblait avoir gagné l'opposition elle-même et où elle ajournait à la mort naturelle d'un roi vieilli la reprise des hostilités non désarmées, mais en trêve, qu'a-t-eîle été, qu'une lutte presque sans repos, de 1830 à 1838, entre la démocratie et la royauté? qu'a-t-elle vu, qu'une interminable série de sectes, de conspirations, de débarquements, de soulèvements, d'émeutes, de régicides presque consommés, ou de conjurations régicides, de procès, de supplices, de transes mortelles à la société? Lutte à l'Hôtel-de-Ville entre la République et la royauté, qui s'embrassent un moment pour se calomnier, se haïr et se déchirer le lendemain! Lutte honorable mais sinistre de cent mille hommes contre cent mille hommes autour du Luxembourg, pour s'arracher la tête des ministres et pour substituer des cachots à des échafauds ? Lutte contre les sectes communistes ou socialistes des saints-simoniens d\abord, des fourriéristes après, jetant les semences des nouveaux anabaptistes dans les masses travaillées de la sédition radicale contre la société elle-même, par impatience de quelque chose que la royauté ne pouvait leur donner : le droit commun de cité dans le gouvernement. Lutte insurrectionnelle deux fois ensanglantée à Lyon, où des masses égarées par ces doctrines dont vous accusez la République expulsent le gouvernement et l'armée de la seconde capitale du royaume, la dominent seuls pendant de longs jour?, et ne la rendent aux armées du maréchal Soult qu'après des
assauts et des capitulations teintes du sang français ! Débarquements des royalistes dans le midi, et soulèvement de Marseille! guerre civile de la duchesse de Berry dans l'ouest, prolongée pendant de longs mois, étouffée ici, se rallumant ailleurs, redoutée partout, éteinte dans le sang et dans la fumée de la Pénissière ; combattue enfin par la trahison, et punie dans la citadelle de Blaye par uu supplice moral, ou la pudeur même est suppliciée. L'assassinat en masse de Fieschi^ dévoilant dans ses complices des abîmes de haine et de perversité politiques qui révélaient des antipathies sans repos, sans merci, sans conscience dans le fond des sectes ; sept autres crimes de même nature couvant ou éclatant d'année en année et punis par les supplices, dont les victimes, on a honte de le dire, trouvaient une infâme popularité dans leur crime ! Les insurrections de Juin, les émeutes d'Avril teignant de sang le pavé de Paris, tenant la société dans un qui vive perpétuel, faisant élever les forts de Paris comme pour enfermer la royauté dans une citadelle contre les assauts prévus du peuple; les opinions républicaines croissantes, trouvant dans l'opposition implacable des journaux légitimistes une complicité d'agression qui ne pardonne pas, un jour, à votre royauté de Juillet son origine ! Puis enfin la coalition des ministres même et des partisans de cette royauté illégitime se levant contre elle à son tour, agitant six ans la tribune, dépopularisant le trône, prêtant le signal, le mot d'ordre, la parole, l'invective, la délation directe aux oppositions démocratiques, semant la fièvre dans tous les départements par le club ambulant et universel des banquets de 1847, dangereuse variante du club des Jacobins, et donnant un grand vertige à la nation, à une autre intention sans doute, mais au risque de tous les hasards et au bénéfice de toutes les révolutions!... Voilà -ce règne! voilà ces règnes ! voilà cette paix, cet ordre, cette sécurité, cette moralité de nos dernières monarchies! Voilà ce qu'il faut se hcàter de refaire, avec quoi? et comment? je ne sais pas;
mais voilà ce qu'il faut se hâter de refaire à tout prix, au profit des mêmes instabilités et des mêmes crises pour complaire aux conseils généraux !
Eh bien I quel était donc ce principe latent, cette force comprimée, ce droit en souffrance, cette idée, cette passion en conspiration ou en explosion perpétuelle chez nous, chez nous et dans beaucoup de nations voisines, touchant de plus ou moins près comme nous à la nouvelle constitution du pouvoir en Europe?
Vous l'avez nommée sans que je la nomme, c'était la démocratie qui voulait naître, qui était née dans les esprits, qui était née dans les faits, née dans le travail , née dans l'égalité, née dans la propriété, née dans l'instruction, et qui n'avait plus à naître que dans le gouvernement ! c'était laRépubhque!
Non pas, si vous voulez, la République sous ce nom, se débarrassant immédiatement de toute forme monarchique, de toute condition de pouvoir héréditaire; mais c'était la République voulant dire l'unité enfin obtenue de la famille nationale, la suppression de tous les privilèges de cens ou de condition, quidonnaient à quelques-uns le droit degouvernement pari' électorat et qui en excluaient trentre-six millions d'autres; mais c'était l'avènement définitif et complet des masses à la société politique, la noblesse électorale, dernière inégalité de la bourgeoisie supprimée, et tout le peuple anobli en masse par le droit au suffrage, aux affaires, à la politique, au gouvernement, restitué à tous à titi-e spiritualiste et non plus à titre matériel, à litre d'homme et non plus à titre de propriétaire seulement, le suffrage universel enfin ! la vraie République !
LE CONSEILLER DU PEUPLE. f>35
Oui, voilà ce qui travaillait le sol, e qui soulevait depuis 89 le sous-soi, ce qui agitait, secouait, ébranlait, renversait tous les établissements politiques de toute nature monarchique que tous les partis dynastiques essayaient tour à tour d'asseoir et de faire durer. Pouvez-vous croire que tant d'instabilités fussent sans cause? Pouvez-vous faire croire qu'il y ait une perpétuelle oscillation du sol sans qu'il y ait une force comprimée dans les foyers souterrains qui le font trembler ?
Eh bien, cette force comprimée, c'était le droit des masses à l'émancipation totale de l'espèce de servitude politique, où la révolution incomplète de 89 avait laissé trente-six millions d'hommes hors la loi du gouvernement moral et politique de |eur pays ! C'était le besoin sourd et toujours croissant de l'unité nationale et civile, de toutes les classes vivantes et pensantes du peuple divisé, encore après 89, en catégorie politique et en catégorie non politique, en classe électorale et en classe extra-électorale, en citoyens parfaits et en citoyens imparfaits, les censitaires et les prolétaires, les gouvernants et les gouvernés! la dernière aristocratie subsistante, mais la pire ou la moins justifiable des aristocraties, car elle ne reposait que sur la supériorité de quelques centimes de plus sur quelques centimes de moins, l'aristocratie du chiffre au lieu de celle des services rendus, héréditairement récompensés, au lieu de celle du sang, du rang, des mœurs, des habitudes, de l'intelligence : le matérialisme le plus abject en action ! Oui, voilà ce que toutes ces secousses tendaient à détruire, voilà ce que toutes ces révolutions aspiraient à fonder enfin, l'unité du prolétariat et de la propriété; la fusion complète et véritablement spiritualiste de toutes les classes effacées en une seule dénomination, le peuple! le peuple un, égal à
lui-même et souverain de lui-même, par la loi vraiment nationale, vraiment chrétienne, vraiment rationnelle, vraiment fraternelle, par la loi du suffrage universel ! Loi au-delà de laquelle il n'y a plus de loi. plus de révolution, parcequ'elle contient tout et qu'elle fait justice, raison et autorité proportionelle à tous !
C'est cette loi que j'appelle la dèB^ocratie, la République!
Or qui pouvait la donner cette loi? qui pouvait raeeomplir ce grsindjubiié des races ex^lu^s du droit social? Qui pouvait la reconnaître cette souveraineté fondamentale de toute nation arrivée enfin à l'ère de l'unité et de la fraternité de tous les membres de la famille sociale? Qui p©iuvait faire franchir ce grand pas à la nation en un seul jour? Qui pouvait prendre par la main ces masses immenses prêtes, mûres pour l'unité avec nous, et les introduire dans ce vaste lit que les siècles leur avaient préparé, sans que d'autres masses privilégiées qui l'occupaient leur résistassent avec toute la puissance delà royauté dans leurs mains, et par conséquent sous des chocs et des bouillonnements qui risquaient de submerger la société ellemême dans son sang, comme l'avènement du tiers-état avait submergé la France et l'Europe ?
Ce n'était pas la royauté!... Non, ce ne pouvait pas être la royauïé quelconque! Pourquoi? pour deux motifs que vous comprenez avant que je les écrive :
Premièrement, parceque toute roj'a/uté étant éans la laaain du petit nombre, soit que ce petit nombre s'apipelle égilise au treizième siècle, fcodalilé au quinzième siècle, noblesse au dixseptième, bourgeoisie ou propriété après, électeur et chambres privilégiées ensuite, petit nombre privilégié du pouvoir toujours , jamais (et vous l'avez vu), jamais ces petits nombres, maîtres et possesseurs de la royauté, ne lui auraient permis
d'ouvrir le cadre social tout entier aux masses qui venaient les déposséder du monopole du gouvernement et des lois. Ne l'avez-vous pas vu en 1790, quand la noblesse abandonna Louis XVI, ce roi tombé aux mains du tiers-état, qu'il voulait égaler à la noblesse, et quand elle se retira à Coblentz pour protester même contre sa royauté sur cq mont Aventin d'une aristocratie contre l'auti'e?
Secondement, parceque la souveraineté royale, soit qu'elle s'appelle et qu'elle se croie droit divin, soit qu'elle s'appelle, comme vous le faites avec une habile transaction aujourd'hui, de peur de heurter la raison, droit tradîtiomwl, soit qu'elle s'appelle simplement, comme votre royauté de juillet, droit parlementaire, constitué par deux cents députés sans mandat dans une chambre de famille, soit qu'elle s'appelle simplement antiquité et habitude; parceque, dis-je, la souveraineté de droit préexistant, la souveraineté royale, la souveraineté mystère ou habitude, est la négation absolue de la souveraineté du peuple, et que ces deux principes, l'un partant d'en bas et de l'universalité consultée de tous les citoyens, l'auti^e tombant ou imposé d'en haut par Dieu, par le temps, par le petit nombre, sont deux principes qui s'excluent, qui se combattent et qui, mis eu présence sous la royauté, se dévoreraient l'un l'autre, surtout dans les premiers temps où ces deux principes, opposés l'un à l'autre, jaloux et envieux l'un de l'autre, s'accuseraient sans cesse de trahison et de conspiration l'un contre l'autre.
Peut-être pourront-ils un jour vivre sans hostilité dans la même nation; mais ce ne sera jamais le lendemain de leur lutte, de leurs victoires, de leurs défaites ! Si jamais cela est possible, il faudra qu'un long temps les réconcilie !
Mais réconcilie-t-on les contraires ? c'est le secret du destin.
L'unité du peuple était donc l'aspiration des choses, le besoin des classes, la justice, la raison, l'apaisement des inimitiés de castes entre les classes dominantes par l'électorat et le§ masses devenues capables de l'égalité des droits, le cri du temps, la fin des mouvements et des révolutions! et une seule nature de gouvernement pouvait accomplir ce grand fait moderne en 18/18, c'était la République!
Ne cherchez pas ailleurs ! n'accusez ni celui-ci ni celui-là, ni le crime des uns, ni l'imprévoyance des autres, ni l'audace des révolutionnaires, ni la lâcheté des hommes qui se sont jetés entre vous et la révolution pour l'empêcher de s'extravaser en vaines fureurs et pour lui imprimer son courant régulier et modéré ! N'accusez que le sens invincible et logique des choses : c'est lui qui vous a fait République I et à moins que vous ne vouliez vous perdre, c'est lui qui vous fera sagement rester République ! car vous ne déferez pas l'unité de ce peuple accomplie par le temps, le travail, les lumières, l'égalité des partages, la guerre, le recrutement militaire, l'économie, l'industrie, la propriété répartie en vingt-six millions de parcelles ! Non, vous ne déferez pas cette unités qui a rendu nécessaire la République, et si vous avez la témérité de défaire cette unité et ce gage de l'unité tenu par les masses dans le suffrage universel, soyez sûrs que ce ne serait que pour un jour, et que ces membres disjoints et garrottés de la démocratie, retranchés par vous ou vos royautés, se rejoindraient bien vite dans cette convulsion suprême de l'unité et de la souveraineté nationale qu'on a appelée la révolution du dix-huitième siècle et qu'on appellerait peut-être un jour la convulsion sociale du dix-neuvième siècle!...
Mais la France est là; elle écoute, elle veille; elle a remis
les affaires administratives et matérielles des départements à ses conseils généraux ; mais elle ne leur a pas rerais sa politique»- Elle examinera leurs vœux, et les motifs de leurs vœux, et le» conséquences de leurs vœux; mais elle ne leur livrera pas ses destinées nationales et sociales.
Que les bons citoyens se rassurent! la France n'est pas unefédération ; elle est un peuple, et ce peuple, sauvé d'une ruineet d'une anarchie totale par la République, sauvera à son tour la République des vœux imprudents des conseils généraux^
LAMARTINE
Représentant du Peuple^
Màcon, 29 septembre 1851,
AOIANACH POLITIQUE.
<èS>
La session des conseils généraux s'est (Xtrerte dans presque tous' les départements par des délibérations et des T«eu\ éHiis snr la révision €onsiiîutionnelie, dontBOos Doas bornerons à constater le résultat d'ensemble.
Quarante-neuf conseils ont voté simplement le vcou que la Constitution soit révisée conformément à l'article 3 :
Ain. Ardèche. Aube. Aveyron. Bouches- du-Rhône. Calvados, Cantal. Charente-Inférieure, Corrèze. Côtes-du-Nord. Dordogiie. Eure. Finistère, H au te- Garonne. Loire-Iuférieure. Loiret. Lot-et- Garonne. Lozère, Maine-et-Loire, Manche, Haute-Marne, .Mayenne, Menrthe. Moa-bihan. Moselle. >"ièvre. >"ord.Oise. Orne. Pas-de-Calais, Puy-de-Dôme. Sarlhe. Seine- Inférieure. Somme. Tarn, Tarnet-Garonne. Yar. Vendée, Haute-Vienne.
Six ont demandé la révision dans le plus bref délai : Aisne. Doubs, Meuse. Bas-Rhin, Haut-Rhin. Rhône.
Dix-sept ont voté pour la révision pure et simple, qu'ils avaient adoptée l'année dernière ; ce sont les suivants : Allier.. Basses- Alpes,
tflautes-Alpes, Ardenaes, Charente, Côte-d'Or, Indre, Indre-et-Loire, Landes, Marne, Basses-Pyrénées, Haute-Saône, Seine-et-Oise, Deux-Sèvres, Vienne, Vosges, Yonne.
Deux ont rejeté les propositions de révision qui leur étaient soumises : Cher et Saône-et-Loire.
Trois ont refusé ou se sont abstenus d'émettre des vœux politiques : Eure-et-Loir, Drôme et Isère.
Six ont réclamé l'abrogation de l'art. 45 : Ariége, Corse, Creuse,. Haufces-Pyrénées, Pyrénées-Orientales et Seine-et-Marne.
Un, le Vaucluse, a demandé que la Constitution fût partiellement révisée, afin de raflfermir les institutions républicaines.
La question des élections a été agitée dans dix-huit conseils : six veulent qu'elles soient faites dans le plus bref délai ; un, au contraire, qu'elles soient éloignées le plus possible ; trois demandent qu'un grand intervalle de temps soit mis entre les deux élections; trois autres indiquent une époque fixe pour les élections de l'Assemblée; enfin quatre laissent celle-ci maîtresse de faire celte indication.
Le maintien de la loi du 31 mai a été réclamé par TAveyron, le Riaine-ct-Loire, la Marne et la Haute-Vienne. Huit ont exprimé le -vœu qu'elle fût modifiée ; en voici les noms : Bouches-du-Rhône» Côtes-du-Nord, Finistère, Loire-Inférieure, Moselle, Var, Vendée et Tarn.
Le conseil général de Saône-ct-Loire était présidé par M. de Lamartine. C'est sous l'influence de sa parole qu'il a rejeté la proposition de révision totale, qui lui était soumise par M. Schneider, an- ^•cien ministre. Nous citerons ici l'éloquente péroraison du discours ■.de M. de Lamartine :
« J'ai tout dit, messieurs, ou plutôt j'ai tout effleuré sur ces deux questions, objets de nos débats; je ne m'étendrai pas davantage .■î)Our ne pas abuser de votre attention. Mais permettez-moi de finir par un dernier mot : ne poussez jamais vos prétentions de partis aussi loin que les facilités apparentes de les satisfaire. Craignez tout ■des révolutions, même leur sommeil. Je ne crois à aucun danger rapproché : le ciel me préserve de menacer en rien mon pays et mes collègues ! mais ne jetez jamais, soit dans une proposition, soit -cîans une épuration trop profonde, le germe de révolutions futures; car elles finissent toujours par en sortir, si ce n'est pour nous, au moins pour nos descendants. La Répubhque a été un traité de paix. Je suffrage universel a été le gage mutuel; tenons le traité, respectons le gage : là est le salut, là est la seule issue aux difficultés des (premières années de notre gouvernement Nous ne vous disputons pas la République : nous vous l'avons livrée avec bonheur ; mais
LE COxNSEILLER DU PEUPLE. 2/f.T
rendez-la à votre tour à la France quand elle vous en demandera compte. Songez qu'elle est le dernier gouvernement possible qui' reste en ce moment à la société.
«Et si je vous conjure avec tant d'entraînement et de chaleur d'âme à nous accorder ce vote de conciliation, ce vote de paix, au lieu du vote de scission et de guerre que contient, à l'insu de ses auteurs, la proposition de révision radicale, ne vous trompez pas à mes motifs, comme je vous le disais en commençant. Ne croyez pas que ce soil dans le misérable intérêt de mes opinions ou de ma personne. Non, je vous le dis en conscience/ c'est dans l'intérêt conservateur de l'ordre, qui nous est aussi cher aux uns qu'aux autres dans cette enceinte, et je pourrais presque dire dans le pays. Ne dites pas : iî nous prie ainsi dans l'intérêt des fondateurs de la République, qur" tremblent de voir leur œuvre s'anéantir et leur rêve s'envoler, Non, messieurs, si la République, comm.e je le crois, doit traverser péni-- Llement. mais victorieusement, les vicissitudes diverses de ses premières années et assurer l'unité du peuple dans l'égalité civile eî politique d'une sage et régulière démocratie, j'en jouirai sans doute de loin avec la joie du patriotisme, qui n'abandonne jamais le citoyen ; mais j'en jouirai avec un complet détachement de toute ambition et de toute prétention à influer dans ses affaires. Et si elle doit, non pas périr... elle ne périrait que pour un moment bien court et avec la certitude d'une bien prompte et bien triomphante reiiaissance, car elle est l'avenir des gouvernements; mais enfin, si elle venait à succomber momentanément sous les coalitions des partis et sous l'apparente indifférence de ses défenseurs, on dirait de moi, on dirait de ceux qui furent appelés par le hasard à sa naissance, ce qu'on a dit d'hommes qui valent mieux que nous ; « Ils ont trop bien présumé de leur pays ! »
« C'est l'épitapbe de Sidncy et de tant d'autres, c'est l'épitaphe des plus grands citoyens, des plus grands philosophes, des plus grands patriotes de l'antiquité et des temps modernes. Je ne me plaindrais pas qu'elle fût inscrite après moi sur ma tombe.
0 Imitez-moi, messieurs, dans ce complet désintéressement de yous-mêmes au moment de porter un vote si décisif pour le conseil et pour le pays. Oubliez vos ressentiments, vos sympathies, vos regrets, vos espérances même, et ne pensez qu'à vos enfants et à votre pays. »
Des arrestations nombreuses ont eu lieu dans les premiers jours de ce mois. Elles se rattachent, suivant les informations de quelques journaux, à la découverte de comités insurrectionnels, affdiés au comité central européen siégeant ù Londres, qui a pour organe la Voi:^
ikh LE CONSEILLER DU PEUPLE.
du Proscrit. C'est dans le bureau de ce journal que la police a opéré ses premières perquisitions. Presque eu même temps des brigades d'agents de polite procédaient à des arrestations en masse dans plusieurs cafés et hôtels garnis. On porte à plus de deux cents le chiiTre des personnes arrêtées pendant les trois jours qu'ont duré ces perquisitions. Un grand nombre d'entre elles sont des réfugiés allemands et italiens. Tout est encore vague et incertitude sur la nature et la portée du complot qui a motivé ce coup d'état de police. La justice est saisie ; à elle seule appartient désormais la conduite et l'éclaircissement de cette affaire.
A la suite de ces arrestations le préfet de police a rendu une ordonnance qui prescrit à tout étranger arrivant dans le département de la Seine avec l'intention d'y résider ou d'y exercer une industrie de se présenter dans les trois jours de son arrivée à la Préfecture pour obtenir, s'il y a lieu, mi permis de séjour. Cette même ordonnance enjoignait h. tous les étrangers actuellement résidant à Paris de se présenter à la Préfecture pour faire régulariser leur position.
Un décret du Président delà République, rendu le 12 septembre, a mis le département de l'Ardèche en état de siège. Le rapport du ministre de l'intérieur, qui en précède la pubUcalion, allègue, pour justifier cette mesure de rigueur, l'agitation propagée dans ce département par les sociétés secrètes et les attaques réitérées contre la force publique, dont l'émeute de Largentière a donné le signal.
La première pierre des halles centrales a été posée à Paris le 15 septembre par le Président de la République. Le préfet de la Seine, le préfet de police, les ministres de l'intérieur, des finances et de la justice, le vice-président et les secrétaires de l'Assemblée assistaient U cette solennité municipale, qui promet à la ville de Paris mi monument de bien-être et d'uLilité. La cérémonie s'est passée dans un ordre parfait. A ralloculion du préfet de la Seine le Président de la République a répondu par le discours suivant :
« Messieurs, veici quarante ans que l'on songe ii élever un vaste « monument destiné à préserver de l'intempérie des saisons cette « classe nombreuse qui soulirc journellement pour alimenter Paris « de ce qui est nécessaire à son existence ; mais grâce à la direc- « tion éclairée du ministre de l'intérieur, grâce au concours éner- « gique du conseil municipal de Paris et de son digne chef, grâce à « l'Assemblée nationale, cette oeuvre que j'ai tant souhaitée s'ac- « complit enfin.
« La construction de ces halles, véritable bienfait pour l'iiuma- « nité; facilite l'approvisioimemeut de Paris, et appelle un plus grand
« nombre de départements à y concourir. Ce n'est donc pas une « œuvre purement municipale ; car Paris est le cœur de la France. « et plus sa vie est active et puissante, plus elle se communique au « reste du pays.
« En posant la première pierre d'un édifice dont la destination 0 est si éminemment populaire, je me livre avec confiance à l'espoir « qu'avec l'appui des bons citoyens et avec la protection du ciel il « nous sera donné de jeter dans le sol de la France quelques fonte dations sur lesquelles s'élèvera un édifice social assez solide pour « offrir un abri contre la violence et la mobilité des passions liu- « maines. »
Tout le raouvement des esprits est, du reste, tourné vers les éventualités de 1852. Les joiu'naux s'épuisent en solutions et en conjectures; les candidatures à la présidence apparaissent ettàtent, les unes ouvertement, les autres par insinuation, le terrain de la publicité. Celle de M. .le prince de Joinville reste toujours enveloppée d'un nuage de mystère et d'incertitude. Aucun de ces grands courants d'opinion qui emportent et déterminent les événements ne s'est encore déclaré sur le calme flottant et indécis qui est en ce moment la température politique du pays.
L'Angleterre vient de nous envoyer par la bouche de lord Palmerston des augures de paix et d'encouragement sur cette année iS52, qui est, on peut le dire, l'idée fixe de l'Europe. A un banquet offert par ses électeurs de Tiverton, le ministre des affaires étrangères de la Grande-Bretagne sest exprimé en ces termes sur l'avenir qui effraie et inquiète tant d'imaginations :
« Votre accueil, Messieurs, me prouve que je n'ai pas perdu votre « confiance et que je conserve votre amitié, qui m'est acquise, j'ose « l'espérer, depuis seize ans de représentation non interrompus du « bourg de Tiverton. Vous savez que des travaux réclamant toute « mon attention, absorbant tous mes instants^ ont pu seuls pendant « ces années m'empêcher de vous voir plus fréquemment. Toutea fois, aux commotions qui, il y a un an ou deux, ont troublé la face « de l'Europe a succédé un calme qui dénote la paix, quoique, sui- <( vaut l'opinion de quelques personnes, ce calme ne fasse que cou- « vrir les garnies cle dissensions futures.
« Ce n'est pas une tâche facile que celle de se poser en prophète (' politique. Eh bien, quoique beaucoup de monde envisage l'année « 1852 avec aipipi-éhensiQa et alargue, sans prétendre être un pro- « phète, moi je «-ois pouvoir dire que je suis fortement enclin à « espérer que l'année 1852 se passera sans les calamités que plu- « sieurs perôonnestcroierit devoir arriver à sa suite. Depuis quelques
* mois n'avons-nous pas vu l'exemple frappant du peu de fonde- « ment de certaines sombres prévisions ? Lorsque S. A. R. le prince î Albert, avec l'esprit de prévision et le jugement solide mûris par « le savoir et l'expérience qui le caractérisent, conçut la vaste pen- .«. sée de l'exposition prête à être close, combien ne présageait-on «f pas de malheurs, de grandes commotions intérieures, la destruc- .4 tion de la propriété, l'interruption de l'ordre social?
c Eh bien! on peut dire que jamais multitude plus compacte ac- « courue de tous les points du globe ne se trouva agglomérée dans rî une seule ville sans que l'ordre fût un seul instant troublé. Les « bienfaits de cette exposition universelle seront immenses, et de fl tous le plus grand, le plus important, le plus durable, sera la « force donnée par ces communications ^ntre peuples à l'amitié
* entre les diverses nations, gage le plus solide de la paix intema- 4 tîonalc. »
Nous citerons encore ce grand et magnifique hommage rendu par lord Palmerston au caractère politique du peuple anglais :
« Parmi les peuples qui ont été le plus édifiés de l'accueil reçu -« ici, nous pouvons citer surtout nos cousins de l'autre côté de « l'Atlantique. Il n'est pas un Américain comme pas un étranger qui .a n'ait été frappé de l'ordre qui règne partout en Angleterre. Ce « que nous admirons le plus en Angleterre, ont-ils dit, c'est l'or- « dre. On n'y voit pas de soldats, pas de gendarmes, l'arme au
* bras avec des baïonnettes et des sabres pour faire respecter
* l'ordre; mais seulement quelques policemen civils avec de petits « bâtons entre les mains et empressés de nous indiquer ce que nous «i cherchons. »
a Voici ce que j'ai répondu à mes amis étrangers qui m'exprimaient a leur admiration : Ce résultat que vous admirez, nous le devons & d'abord au grand bon sens, à la bonté de cœur el aux admirables a qualités qui appartiennent au peuple anglais; mais ensuite, et plus « encore, nous le devons à ceci, c'est que la justice est bien admia nistrée , et en Angleterre tout homme sait parfaitement que « d'homme .Mîommc la justice est impartialement rendue sans faa veur et sans influence de quelque côté que ce soit. »
L'exposition du Palais de cristal est toujours en effet le grand événement de l'Angleterre ; il absorbe toute sa passion et toute son activité. Cette immense fête industrielle aura été en quelque sorte an interrègne dans sa vie et une trêve dans ses luttes politiques.
La Belgique a eu pendant ce mois sa crise politique. Un projet ûe loi sur les successions, présenté par le gouvernement et repoussé d'abord par la Chambre des représentants, avait amené la démis-
sion du ministère ; mais il ne put trouver de successeurs, et rentra quehjues jours après aux affaires. La loi qui avait décidé sa retraite fut enfin votée par la Chambre ; mais le sénat la rejeta à son tour. Survint alors une ordonnance royale qui prorogea le parlement et décréta la dissolution du sénat. Les élections du nouveau sénat ont eu lieu le 25 septembre ; elles ont assuré la majorité au gouvernement.
L'empereur d'Autriche vient de faire, dans le royaume lombardovénitien, un voyage de pompes et de solennités militaires. Il a visité Milan, Venise, Côme, reconnu les positions avancées des frontières, parcouru le lac Majeur, et présidé lui-même à Monza un congrès des petits princes italiens. Le Piémont s'est ému comme d'un défi de cette démonstration en armes, qui coïncide avec l'abolition de la constitution autrichienne du h mars, décrétée ci Vienne par simple lettre impériale, et avec le rappel du prince de Metternich dans les conseils de la couronne. Au camp de Somma, où l'empereur fait manœuvrer son armée d'occupation, il oppose un camp à Marengo, dont le duc de Gènes commande la petite guerre et inspecte les manœuvres.
La Turquie a tenu l'engagement d'honiicur qu'elle avait contracté en faisant cesser l'internement des réfugiés hongrois quelle couvre depuis deux ans de son liospitalité. Les uns se sont embarqués pour l'Angleterre, les autres pour les Etats-Unis. Kossuth a choisi Londres pour résidence de son exil. Le comte Balhiany a obtenu du gouvernement frMiçais la permission de se rendre à Paris. L'Autriche a protesté jusqu'à la dernière heure contre l'affranchissement de Kossuth, et elle a déclaré dans ses notes diplomatiques, adressées à ce sujet au Divan, rendre la Turquie responsable des conséquences qui pourraient en résulter.
Les événemenls dont l'île de Cuba vient d'être le théâtre ont passionné l'attention de l'Europe. Une nouvelle expédition organisée par le général Lopez avait envahi à main armée, dans les premiers jours du mois d'août, le territoire de l'île. Une première fois le gouvernement espagnol avait usé de clémence en amnistiant ses prisonniers ; mais cette récidive d'attentat contre le droit des gens et l'inviolabilité de son sol lui donnait sur ses agresseurs un droit de rigueur dont il s'est servi avec une terrible énergie. Lopez, en abordant à Cuba, avait divisé les cinq cents hommes qui composaient sa petite armée. Le général espagnol Enna attaqua une de ces escouades, et l'anéanlit presque entièrement après une lutte sanglante. Cinquante prisonniers faits dans cette rencontre furent conduits à la Havane, jugés et fusillés en quelques heures. Près de
vingt mille spectateurs assistaient h cette scène tragique en poussant des acclamations à l'Espagne et à la reine.
La troupe de Lopez, battue et décimée par les troupes espagnoles, traquée par les colons, dont on lui avait faussement promis la sympathie et l'assistance, fut bientôt dispersée et mise en déroute. Lopez s'iCnfuit dans les bois, où il erra quelques jours à l'aventure, mourant de faim et de fatigue, et relancé comme une bête fauve par les chiens de chasse des paysans espagnols. Il fut enfin pris dans une métairie où il était venu demander asile, et dont le fermier le livra pendant son sommeil. Conduit à la Havane le 1" septembre et condamné au supplice infâme de la garrote. Lapez est mort avec un courage digne d'une meilleure cause. L'explosion populaire qui avait éclaté aux JÉtats-Unis à la nouvelle de l'exécution des cinquante prisonniers du général Enna s'est éteinte d'ellemême dès que l'issue de l'expédition a été connue; ce terrible exemple aura pour ainsi dire reconquis Cuba à l'Espagne.
P. de Saint-Victor.
L'un des ijwpriétaires, J. MiRÈS.
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COi^SEILLEPi BU PEUFLF.
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Il y a toujours aprè^Jes révolutions un moment d'indécision et de tâtonnement pendant lequel il est très difficile aux hommes d'Etat les plus attentifs de connaître la véritable opinion en majorité chez un peuple. Cela est naturel dans l'ordre politique et moral comme dans l'ordre physique : on ne voit clair qu'après que la poussière d'un événement est retombée.
Rien n'est cependant plus nécessaire aux hommes qui gouvernent ou qui inspirent le gouvernement que de bien se rendre compte de l'opinion en majorité dans le pays ; rien n'est plus nécessaire au peuple lui-mêjne que de bien savoir ce qu'il est et ce qu'il veut. Rien n'est plus nécessaire surtout aux représentants de ce peuple qui vont parler et voter au nom du pays, afin de ne pas parler et de ne pas voter à contresens des véritables opinions et des vrais intérêts de la situation.
Essayons donc après trois mois de silence des tribunes et après ce long et utile séjour des députés dans leur département, séjour qui les a retrempés dans l'esprit territorial de la France, essayons de mettre sous les yeux de nos lecteurs de toute classe le tableau sincère, non flatté, non assombri de la situation, l.e meilleur conseil à donner aux aveugles c'est de la lumière ! faisons de la lumière, ce sera mieux que de la politique.
Au lendemain de la révolution de Février, il y eut quelques jours, quelques semaines terribles pour l'anxiété d'un homme d'Etat témoin de ces commotions intestines qui se heurtaient dans le sein d'un grand peuple. A moins d'être doué du génie divinatoire de la Providence, on ne savait pas, on ne pouvait pas savoir ce qu'était le peuple français en majorité, ni ce qu'il allait être et faire. Il fallait pour ainsi dire le deviner : énigme effrayante qui fit passer de mauvaises nuits à ceux que le hasard avait jetés les premiers devant le sphinx populaire prêt à dire son mot.
Le peuple français en majorité était-il encore le peuple de 1793, échappé, tremblant, ignorant, furieux du joug qu'il craignait encore qu'on ne voulût remettre sur le cou de ses enfants, prêt à chercher, à la voix de tous les tribuns, sa place dans une démolition universelle, sa liberté dans le sang, sa sûreté dans le crime?
Le peuple français était-il encore la horde héroïque de 1800 se sauvant de l'horreur de ses désastres intérieurs dans l'esprit d'hostilité générale à tous les peuples du Continent et de l'Océan, et faisant de l'Europe une immense ruine pour se consoler de la sienne ?
Le peuple français, dont la révolution de Février venait d'émanc":per h^.rdimeut et d'élever au droit politique les masses
LE COxNSEILLER DU PEUPLE. 251
prolétaires pour les élever insensiblement de là au droit de complète civilisation, de propriété par le travail et de bien-être par la sollicitude de l'Etat; ce peuple allait-il trouver dans ces masses prolétaires, dans ces six millions de cultivateurs, d'artisans, d'hommes attachés à la sainte domesticité des familles, d'ouvriers des usines, des industries, des campagnes, des villes, une armée servile prête à se fanatiser à la voix des Gracchiis d'ateliers et à se jeter à l'assaut de la société et de la propriété pour en saccager un jour les trésors et pour périr de rage et de faim le lendemain sous ses décombres? En un mot, par la démence ou par la raison du peuple français en majorité, la République, résultat inévitable de l'écroulement subit et imprévu de février, allait-elle être la fin du monde ou le rajeunissement et le recrutement du peuple français dans un nouveau code de société politique ?
Telle était la question qu'on pouvait se poser et que nous posions nous-mêmes pendant quelques jours qui semblaient longs^ bien qu'ils aient été courts, parcequ'un doute terrible les remplissait d'incertitudes !
Ce doute fut résolu pour nous et pour le monde aussitôt que nous pûmes sonder de l'œil et de la main ces masses du peu2:)le en majorité et que nous eûmes le temps et le sang-froid nécessaire pour réfléchir sur la situation.
Kon, ce n'était plus le peuple de 1793; pourquoi? Parceque les jougs de son ancien régime étaient brisés depuis plus d'un demi-siècle, qu'il ne pouvait plus craindre qu'l' Eglise, la noblesse, l'émigralion armée, l'étranger ligué avec ses CorwiDis du trône vinssent le lui réimposer à la pointe des baïonnettes» parcequil n'avait plus de panique, parcequ'il n'avait plus de dangers, qu'il n'avait plus de haines, parcequ'il n'avait plus de maîtres.
Non, ce n'était plus le peuple hostile à toute l'Europe, %. peuple ravageur dix ans du continent à la voix d'uij scI^jîS. dont il avait pris l'ambition pour du patriotisme : pourq,îm^ Parceque, depuis trente ans, l'Europe ne lui avait fait aiicos»©' offense ; parceque l'ambition de son chef ne lui avait coûté qïîe. du sang et sa liberté; parceque le peuple français avait GC«Jiaiî-r par les deux représailles des armées de l'Europe ameaég© sur son sol deux fois par les reflux de la guerre, les gloires, îSiâfe aussi les expiations de l'esprit de conquête ; parceque reiîprit i^iO, civilisation, de commerce, d'industrie réciproque, de Q^mt;guit6 des territoires et çles continents par la navigatioD; ïa vapeur sur l'eau, la locomotive sur terre, l'unité humaine îîfc&> nations, lui avaient révélé depuis quarante ans les bénéikgs moraux et matériels de la fraternité des peuples; parcegae Im-. guerre pour la guerre était jugée et réprouvée par son iatfêlî£-; gence comme par son intérêt bien en'.endu.
Non, ce n'était plus le peuple prolétaire de la Jarqrtems'i^' Munster, de Brabant ou de Londres, se ruant à la voix d&se»prophètes de communisme sur les seigneurs, les abbés oiî î-^îbourgeois du moyen âge pour se venger de la tyrannie par Isi démence et pour chercher dans les cendres et dans le saii.g des; farftômes de société sans propriété et sans famille, qm: îs.. brutale ignorance des masses de ce temps de ténèbres pocvsst, seule, un moment, prendre pour des réalités... poiirqîreâl^ Parcequ'il n'y a plus en France ni seigneurs, ni abbés sou-v©— rains des peuples, ni bourgeois ayant des privilèges on âes^ supériorités de droits sur des prolétaires ; parcequ'il n'y a pîuîs que des hommes dans des conditions variées, mobiles, égalcg'' en dignité quoique diverses en professions, en nature de travail, en fortune, en bien et en besoins sur le sol; masses Sciï>ss cesse remuées et égalisées par le libie jeu de ce qui deseeîMS ou de ce qui monte dans une société sans autre privilège giîela propriété, privilège de tous; parceque, depuis des siè-dg^Fç. mais -surtout depuis soixante ans, l'abolition des féodalités 'I-^î
SatR^Môsse, l'abolition des richesses substituées et inaliénables çMtdergé, l'abolition du droit d'aînesse, l'égalité des partages, lâ.t^n« divisée librement en autant de parcelles qu'il y a de OîQîimes pour l'acheter, le commerce multiplié par l'abolition «fes. douanes intérieures et des monopoles, l'industrie multi- ^fefe par l'abolition des maîtrises et des jurandes, la liberté du ÉOLï^lL, la richesse croissant, le luxe, heureux mobile des maaaifâctures, les besoins plus nombreux et plus satisfaits, les cales routes, les compagnies par association, les rentes rÉîat monnayées en coupons pour toutes les mains, les is de la Banque circulant en billets devenus richesse, le CE^iit public et le crédit privé battant monnaie avec la plume qm. signe la lettre de change, les découvertes de la science applisjïiées le lendemain à l'usage public et constituant richesse 3e brevet d'invention, la propriété littéraire faisant d'un ou d'un journal une fortune, la propriété artistique fainn capital, le salaire multiplié et grossi dans mille ate liera divers, au fur et à mesure de la création des nouvelles [^stries; les chemins de fer, les typographies, les télégrahs expositions de produits des métiers et des arts, les éoaieâ agricoles, celles des arts et métiers, les colonisations à Tisâh:iem\ en Algérie, ailleurs, le dessèchement des marais, le d^rkbement des landes, le travail sous toutes ses formes accru âefîâis cinquante ans dans la môme proportion que l'intei- Wgem:-e du peuple, l'éducation professionnelle, l'instruction priasaaire enfin; parceque tout cela, disons-nous, a supprimé le ^£^îétaire et créé l'ouvrier noble du travail ; parceque imst csla a réparti et disséminé la propriété immobibilière (XI Eâ propriété mobilière, la propriété du champ ou la pro- .f%ééâé de l'intdlligence, la propriété de la patente ou la "jg;r«?p«riét-é de l'industrie, la propriété du commerce ou la propi'iéiâ du transport, la propriété du capital ou la propriété du salaire, la propriété au soleil ou la propriété dans le porteêîsjilîe, la propriété du chef de maison ou la propriété des
254 LE COxNSEILLER DU PEUPLE.
gages du serviteur volontaire, la propriété de la maison bâtie, ou la propriété du foyer et des meubles qu'on y porte. Toutes ces propriétés et beaucoup d'autres qui échappent encore à la. constatation ou à l'énumération font que, sur quarante millions d'âmes qui forment aujourd'hui l'état civil de la grande famille française, nous serions bien embarrassés de compter et do désigner un ou deux millions qui ne soient pas aujourd'hui propriétaires, qui n'aient pas leur gage, leur solidarité, leur présent, leur avenir, leur femme, leurs enfants, leur destinée, leur successibililé sur la terre dans la propriété! Où sont les. prolétaires dans un tel peuple pour recrater l'armée des Gracques?.., Je demanderai plutôt où ne sont pas les défenseurs de la propriété? il en sortirait dix de chaque seuil en France aujourd'hui, si de nouveaux Z?«6œî// étaient assez abandonnés du sens moral et du sens commun pour lever l'étendard des masses prolétaires dans le pays de l'égalité, de l'industrie» du travail et de la propriété.
Nous le répétons, un tel peuple ne pourrait être aussitôt ^u'îl se serait reconnu, ni le peuple de 1793 ni le peuple tapageur et soldatesque de la guerre, ni le peuple du communisme ou des sectes prolétaires subversives de l'ordre moral et matériel des sociétés.
Il vous l'a montré trois jours après sa révolution en acclamant l'abolition de la terreur politique et des échafauds.
Il vous l'a montré quinze jours après en acclamant les manifestes pacifiques de la République à l'Europe, et en refrénant lui-même par son bon sens les propagandes incendiaires, chez les peuples voisins.
Il vous l'a montré aux élections de 1848, de 18/iO, aux journées de mai, aux journées de juin, en donnant majorité et force aux défenseurs de la propriété et de la famille républicaine ou royaliste; il vous le montre tous les jours davantage en repoussant de plus en plus, à une majorité immense, tous les hommes d'excès, tous les hommes de Montagne, tous les
bommes d'abîmes, tous les hommes de chimères ou tous les hommes de réminiscences anti-sociales qui essaient de l'enrôî«r contre lui-même! Non, non, n'ayez pas peur, ou n'affiche pas la peur ! on ne fera jamais de la France de 1848 un peuple de buveurs de sang, un peuple d'incendiaires de capitales, encore moins une bande de prolétaires enrôlés sous le drapeau du suicide contre la propriété, qui est leur morale, leur honneur et leur pain !
Rassurez '•vous donc!
«C'est vrai! disent enfin les plus obstinés, convaincus par « quatre ans de respect à toutes choses. Mais ce peuple, sur- « pris par la République prématurée que la nécessité lui a « faite, va être embarrassé dans quelques mois entre les « ressorts nouveaux pour lui de sa Constitution, qui ne jouent « que depuis quatre ans et qu'il faut remonter à l'heure preste crite pour faire accomplir à cette Constitution une nouvelle « période du gouvei nri-nent républicain ou électif. Commen « sorti ra-t- il de ces inextricables difficultés? Comment ne ré- « visera-t-il pas quelques articles de cette Constitution, évi- « demment imparfaite, et qui lui déplaisent? Comment les ré- « visera-t-il sans renverser toute sa Constitution de la même « main et sans se vouer aux révolutions le lendemain d'une « révolution ? comment se laissera-t-il en silence et en paix « exclure au nombre de quatre millions deux cent soixante « mille citoyens de sa souveraineté électorale, si l'on main- « tient la loi du 31 mai ? comment se servira-t-il de cette sou- « veraineté électorale si on la lui rend? comment composera- « t-il l'Assemblée nouvelle? Comment élira-t-il un nouveau « président ou réélira-t-il l'ancien.^ comment résoudra-t-il ce
«problème difficile, impossible selon les timides,, de î?'£.'|.î2» « ébranler l'ordre social et de maintenir cependant sa ^é— « publique, seule garantie possible aujourd'hui de sa scciÈ^és n de la paix publique et de son sol ? quelles sont les dhf-^'3^ « lions générales qu'il montre dès à présent à cet égard i?|E3e « faut-il croire? que faut-il craindre? que faut-il espéreF cSs /^ R peuple? »
Selon nous, et après un examen sur place et bien appj[;Qfl®îâ& du pays, le voici :
Nous vous avons montré au commencement de ce taMs^ns que le peuple français de IH^S ne pouvait être au fond etkg?— quement (car les dates sont des raisons en politique) ni ti.m&riste, ni propagandiste à main armée, ni communiste ccssiw^ comme on dit dans le mauvais sens prolétaire.
Nous vous avons dit qu'il était par nature et qu'il avait étépar le fait, depuis quatre ans, tout le contraire, c'est à dÎT^ z
Un peuple généralement humain par nature,
Un peuple pacifique par intelligence,
Un peuple propriétaire par intérêt.
Maintenant qu'est-il devenu pt^idant ces quatre ans d^CTST-cice de sa liberté de réflexion et d'apaisement?
Nous allons vous répondre d'un mot : Regardez.
"^ Traversez la France de Calais à Marseille, de Strasboisr^ â Nantes, parcourez ses départements, entrez dans une ville c^^ dans un village au hasard, demandez.au premier venu : w Gossiment va le pays? est-on tranquille ici?» on vous repose^» partout : « Le pays ne va pas mal, on est parfaitemenJ tisas-
w: quille, on cultive, on vend, on achète, on trafique, on obéit <£âi!is; lois sans peine; un ordre du préfet, un arrêt de la jus- <atîûe, une prescription de l'autorité locale sont exécutés au <-£ premier signe. On sent qu'il faut un gouvernement à un («peyple, on n'aime ni l'anarchie ni les anarchistes, onne veut ^^9js de bruit parceque cela fait tort aux affaires, et que cha- «a G&a^ étant en repos sur ses droits, veut s'occuper un moment ««de ses intérêts, afin de réparer la stagnation qui suit toutï jours plus ou moins longtemps une révolution ; il n'y a pas « sâe haines bien vives des citoyens les uns contre les au- «©i«s, on ne demande qu'à vivre en paix et à s'entr' aider, « les riches sont empressés d'assister de mille manières les <« i^auvres, les pauvres sont reconnaissants d'être secourus « saas être humiliés, les ouvriers raiï^onnables, quoique fiers <2 d'êXre comptés maintenant pour des hommes dans la Répu- ^£ Mique, sont bien revenus de quelque fanatisme de salaire « forcé et d'organisation arbitraire du travail dont les orateurs •c de clubs les avaient un moment étonnés, ils sont plus <2 attentifs encore que les propriétaires à ce que rien ne trouble « ia. paix publique, parcequ'ils savent bien que quand l'émeute «se iîîontre l'argent se cache et que le pain de l'ouvrier est •s daîîs la sécurité du capitaliste. 11 y a bien encore dans tel «café ou dans tel cabaret sept ou huit oisifs de toutes condi- <aï^s qui parlent de communisme, de socialisme, de partage «des biens, mais leur parole ne renverse pas une haie et ne •« fait pas trembler seulement une vitre ; que pourraient-ils « eostre tout le monde ? on les laisse rêver tout haut: ils rêvent « pl^s bas tous les jours, ils n'empêchent ni de planter un ar- ■iahve m de bâtir une maison. Voilà où nous en sommes ici, ■«et si ce n'était pas de 1852, dont on nous fait un monstre et <i'. <im empêche les plus timides de se fier au lendemain, jamais « «depuis que la France est France on n'aurait été plus transi quille et les affaires n'auraient mieux marché. »
Yoilix le langage que vous entendez partout. Qu'est-ce qwe
cela veut dire pour un esprit intelligent? Cela veut dire que l'opinion de la France est faite, qu'elle a dit son dernier mot et qu'elle le redira mille fois si vous le lui redemandez sous mille formes. Ce dernier mot, le voici : « Je suis désormais « un peuple qui a plus à conserver qu'à conquérir. Je suis mie <( nation encore plus capable de la République, c'est à dire de « me gouverner moi-même, que je ne»le soupçonnais en 1858, « je suis démocratique et non révolutionnaire, j'avais des pré- « ventions malheureusement très fondées contre la République « parcequ'on me la faisait confondre par les souvenirs sinis- « très de 1793 avec un régime de proscription et de sang au- (( quel l'histoire avait donné ce nom bien que ce fût le nom « d'une terreur et non d'une institution, à peu près comme si « on appelait monarchie les dragonnades, l'incendie du Pala- « tinat, la proscription de trois cent mille protestants sous « Louis XIV, ou comme si on appelait religion regorgement « de soixante et dix mille Français par la Saint-Barthélémy. Je « n'aurais point de répugnance très vive contre la monarchie « s'il n'y avait qu'une monarchie sur laquelle tout le monde « fût d'accord, et si derrière toute monarchie il n'y avait pas « de nécessité une aristocratie, une noblesse, une église d'Etat, « une politique de famille, une représentation héréditaire, une <( oligarchie électorale laissant dix millions de citoyens horslaloi, (( une clientèle privilégiée et héréditaire, une faveur qui règne, « une cour qui offense, un parti enfin qui triomphe seul du « reste de la nation et qui, formant bientôt d'autres partis roo- (t narchiques, contraires à la branche régnante, renverse les « trônes en se les disputant et jette la France dans une éter- « nelle brigue de compétiteurs et de factions. Mais comme tous « ces partis existent, revivent, survivent, intriguent, tiraillent (( le pays sans avoir la force de le posséder quand ils l'ont entre « les mains, j'aime mieux les séparer et les dominer tous en « régnant moi-même ; car je suis assez sage, assez résolue et <t assez forte pour me préserver de l'anarchie d'en bas ; mais
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« ces partis monarchiques, eux, ne sont ni assez sages ni assez « désintéressés, ni assez unanimes pour me préserver de l'aie narchie d'en haut!
« L'anarchie d'en haut, voilà ce qui menace aujourd'hui si «je me livrais aux partis monarchiques. Je veux donc, provi- « soirement au moins, rester République, mais je veux que ma « République soit stable, légale, modérée et régulière comme « une monarchie ! »
Ou nous ne comprenons rien aux symptômes de l'esprit public, ou c'est là en ce moment la pensée la plus intime, la plus générale et la plus nationale en France, en haut, en bas, au milieu, dans toutes les larges couches de la société.
Quand on veut connaître la nature d'un sol, on prend une poignée de terre dans la main ici et là dans la plaine, et on l'analyse. La terre entière est composée comme la pincée de poussière qu'on a ramassée. Quand on veut connaître l'opinion dominante d'un peuple, on interroge au hasard dans la foule un riche, un pauvre, un ouvrier, un oisif, un soldat, un négociant, un cultivateur, un noble, un indigent, un propriétaire, un prolétaire, et s'ils répondent tous à peu près la même chose, on a l'opinion dominante d'un pays. Les passants comme nous interrogent ainsi homme par homme, les gouvernements du suffrage restreint interrogent par classes, les Républiques de suffrage universel interrogent par élections. Voyez si par tous ces procédés depuis quatre ans vous n'avez pas partout et toujours obtenu à peu près partout ou du moins en immense majorité la même réponse : « Nous voulons la République modérée « et civilisée, parceque nous ne pouvons pas vouloir autre chose « pour nous sauver et pour nous gouverner entre tant de partis « qui nous menacent. »
Nous le répétons encore : u L'gpoion de la France est