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Et l'F!urop3, comme cala n'était guère douteux, choisit ce que nous préférions nous-mêmes : la paix.
Elle ne pouvait déjà pus choisir autre chose après une attitude si irréprochable et si conséquente de la
République, après un langage à la fois si énergique et si respectueux pour les droits de tous. Les peuples, édifiés de cette modération et de ce respect, n'auraient déjà plus suivi les gouvernements dans une croisade de Sainte-Alliance contre la France, si digne, si calme, si sage, si inoffensive dans sa politique ; et si les souverains avaient voulu y forcer leurs armées, les rois auraient couru eux-mêmes à leur perte. Approcher leurs peuples en armes de la France dans une telle situation, c'eût été approcher le nuage de l'électricité : l'explosion de la démocratie se serait fait en abordant nos frontières. Nous le savions bien.
§VI!
Aussi ne tombèrent-ils pas dans cette faute. Ils regardèrent, sans oser y toucher, surgir, agir, grandir et se constituer la République. Aucune tentative de coalition n'était possible contre une démocratie qui mettait ainsi le droit et les peuples. Dieu et les hommes de son côté. L'Angleterre, pays où la liberté a une voix et où le peuple a une conscience dans le Parlement, ne l'aurait pas pu solder ni permettre, cette coalition. La Prusse, déjà'neutre en 92, n'aurait pas hésité à rester bien plus que neutre en 1848. Les puissances secondaires de l'Allemagne, peu sympathiques à l'Autriche, eussent été retenues parla neutrahtéde la Prusse et de l'Angleterre. Nous n'avions donc à redouter, dans le système que nous adoptâmes, que la Russie et l'Autriche.
L'Autriche? L'Italie, alors soulevée sans nous^ mais au besoin armée et guidée par nous, nous ea répondait.
Restait donc la Russie seule à combattre. Mais nous avions pour auxiliaires contre la Russie alors, la Pologne, la Hongrie, la Valachie,la Moldavie et enfin la Turquie, puissance menacée, mais grandissant sous le patronage d'une nouvelle ci\ilisation qui attend le réveil.
Et d'ailleurs, pour nous attaquer, il fallait que la Russie traversât toute l'Allemagne et la foulât sous le pas de ses armées. Croyez-vous que l'Allemagne, déjà agitée et démocratisée , n'eût pas frémi sous ces colonnes russes, et ne nous eût pas donné des auxiliaires dans ses populations insurgées contre l'omnipotence du czar?
Vous le voyez donc, une fois le manifeste de la République accepté comme base de notre politique étrangère, nous n'avions rien à craindre sur aucun point de notre horizon.
L'événement l'a assez prouvé; si vous y persévérez, il le prouvera dix fois plus encore.
§ VIIL
Or, puisque ce système était bon, bon à la fois pour la paix et pour la sécurité de la République, toiiit autre système était donc mauvais. C'est la conséquence.
Maintenant examinons quelles furent les effets de la France républicaine à l'étranger^ et en trois mois et demi. Les voici :
La Sicile se détacha du royaume de Naples et réclama son indépendance victorieusement.
Le royaume de Naples fit sa révolution, non républicaine, mais constitutionnelle.
La Toscane l'imita, et s'affranchit, non de se3 rapports antiques de famille régnante, mais de sa vassalité intérieure sous le despotisme autrichien.
Le Piémont reçut une constitution hbérale et entraîna son roi à une guerre itahenne, guerre téméraire et intempestive pour le Piémont, très-opportune et très-utile pour la France, qui cependant ne l'encouragea en rien, contre l'Autriche.
Milan et Venise se soulevèrent et combattirent, Milan avec héroïsme d'abord, avec hésitation ensuite, Venise avec héroïsme et constance, pour se démembrer de l'empire et se rattacher à un centre italien.
Rome, remuée depuis 1847 parle pape lui-même, reconquit sa nationalité sur le sacerdoce, abusa de sa constitution, toléra l'anarchie, subit la flétrissure d'un assassinat impuni et honoré dans ses rues, donna l'assaut au palais de son pontife et de son souverain constitutionnel, et se proclama prématurément et impolitiquement république, quand sa nature lui conseillait de rester seulement nationalité et démo-
cralie constituées, par ménagement pour le catholicisme dont elle est la capitale.
L'Allemagne entière se bouleverse, s'insurge, se constitutionnalise et tente de se fédéraliser sur le principe de Vunilé allemande, c'est-à-dire qu'elle ne reconnaîtrait plus d'autre souveraineté que la souve^ raineté collective de chacun des états dont elle est composée : république de nations.
Vienne et Berlin se soulèvent ; les souverains se retirent dans des camps.
La Hongrie s'arme, la Belgique conspire, l'esprit des peuples est en ébuUition ; le monde peut s'allumer tout entier si la France lui prête un brandon. Dieu seul connaît la profondeur des écluses de sang qui vont se rouvrir.
Deux puissances seules, la Russie et l'Angleterre, sont intactes et non ébranlées : l'une, l'Angleterre, sur la base de sa liberté républicaine quoique royale ; l'autre, la Russie, sur la base de son despotisme militaire, car la Russie est un camp.
La France se refuse avec une probité vertueuse et politique à prêter ce brandon à l'incendie du monde. Malgré les sollicitations, les conspirations et les émeutes des démocrates et des démagogues réfugiés de tous ces pays, qui agitent et qui soulèvent Paris tous les jours, la France reste fidèle au manifeste qu'elle a promulgué. Le rôle d'incendiaire de l'Europe ne convient pas aux modérateurs et aux ministres d'une démocratie d'humanité et de paix. La France laisse chaque nation s'agiter, se calmer, se constituer, se
combiner, se remuer selon le flux et le reflux de sa propre nature, avancer, s'arrêter, reculer ou tomber dans la carrière de ses révolutions nationales ; elle croit que la main d'une nation étrangère ne peut jamais s'immiscer dans les aff'aires intérieures d'un autre pays, et que la démocratie même ne s'impose pas.
Ce respect de la France pour les révolutions qui font explosion autour de la sienne impose le même respect à la Russie et à l'Angleterre. Ces deux puissances assistent d'abord comme la France à ces oscillations de l'esprit de l'Allemagne sans s'y mêler. Ce qui est faux périt, ce qui est excessil' est réprimé par l'Allemagne elle-même ; ce qui est chimérique s'évanouit, ce qui est mùr, juste, vrai, triomphe. L'Allemaiî;ne enfante des constitutions comme l'Ilahe, la liberté a fait un pas; elle sait gré à la France de l'avoir respectée dans son sol et dans son indépendance d'esprit germanique.
Voilà notre pohtique des prem^ers trois mois de la République , la seule époque dont le compte puisse nous être demandé.