‹ Le Conseiller du peuple (volume 2)Chapitre 37 sur 103 · XL · texte numérisé non relu

XL

De plus, s'allier offensivement et défensivement avec la république romaine, au moment où le palais du pontife de la catholicité venait d'être assailli à coups de feu et où les meurtriers de son ministre constitutionnel triomphaient impunis dans les rues de Rome, c'était, d'une part, déclarer la République française en complicité d'hostilité contre la catholicité tout entière ; c'était flétrir la France en mettant la main de la France répubhcaine dans la main de ceux qui toléraient les assassins dans un Etat civilisé! Un cri d'indij^rnation aurait soulevé l'honneur de notre révolution mésalliée.

§ XIL

Combattre cl immoler, avec l'Europe, la république romaine , cela ne se pouvait pas davantage sans violer toute logique et toute vérité de situation ; les deux principes de la République française s'y opposaient. Les gouvernements peuvent faire impunément

bien des fautes, la faiblesse humaine les pardonne ; mais, sous peine de mort, ils ne doivent jamais faire de contre-sens, car les gouvernements vivent de vérité. Les révolutions doivent modérer leurs principes, mais elles ne doivent jamais les fausser.

§ XIIL

Qu'est-ce que la République de 1848? C'est une continuation gouvernementale et une application régulière des principes reconnus vrais, bons et sains de la Révolution française.

Quels sont deux des principes fondamentaux de la Révolution ?

1^ L'indépendance et l'inviolabilité de la volonté des peuples dans l'exercice de leur souveraineté et dans leurs modifications de gouvernement chez eux.

2^ La liberté complète des consciences en matière religieuse, l'émancipation de la conscience des peuples de toute tyrannie de la puissance civile en matière de foi.

Ces deux principes, pour lesquels la Révolution française avait soulevé le monde, n'avaient jamais, depuis, été répudiés par elle. Ils étaient encore les deux principes fondamentaux, les deux causes, les deux raisons d'être de la République de 1848. Personne ne le niera, c'est l'évidence.

S XIV

Or, que faisait la République française de 1848 en

allant combattre sans provocation, sans contiguité et sans droit la République romaine par la main de nos soldais? Elle marchait à la fois contre ces deux principes.

Contre le libre exercice de la souveraineté des peuples, et contre leur droit de modifier à leur gré leur gouvernement.

Contre l'émancipation de la conscience des liens ou des chaînes du pouvoir civil.

Elle punissait les Romains d'avoir voulu user à Rome du droit de changer de gouvernement, droit dont nous venions d'user pour la septième fois à Pans en un demi-siècle.

Elle condamnait les Romains à rester à jamais, pour le bon plaisir et pour la commodiié de la catholicité, serfs de conscience, ilotes à perpétuité d'un pouvoir où la conscience et le gouvernement sont dans une seule main !

C'est-à-dire que la République française marchait à Rome contre elle-même, et que la guerre qu'elle allait intenter à ce peuple faible, imprudent, coupable peut-être, mais libre, n'était pas seulement un contre-sens, mais une apostasie en action de tous ses principes. Tous les dogmes de la révolution et de la philosophie française , depuis un siècle , se soulevaient contre une si flagrante inconséquence.

Page 1