‹ Le conseiller du peupleChapitre 7 sur 14 · III · texte numérisé non relu

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pal ; il les prête à la requête vingt fois réitérée du procureur-syndic Rœderer, honnête magistrat, peu agréable à la cour, mais impartialement dévoué à la loi. Le maire fait plus : appelé trois fois dans la nuit aux Tuileries pour couvrir le palais, le trône, le roi, de sa présence et de sa responsabilité, le maire met trois heures à se rendre de l'Hôtel-de- Ville aux Tuileries ; les colonnes insurrectionnelles se forment et cernent le Carrousel. Suivez les mouvements du maire de Paris. Pendant que le directoire de département, Rœderer, procureur-syndic, le conseil général de la Seine, entourent dans les appartements le prince constitutionnel, et donnent avec loyauté tous les ordres de résistance à la grande émeute, les ordres de repousser la force par la force, que fait Péthion ? H se promène en bas sur la terrasse du château avec quelques affidés confidents de son embarras visible; il sent que son rôle officiel de défenseur obligé de la loi et son rôle de complice caché de l'esprit insurrectionnel vont se trouver tout à l'heure en contradiction dans sa personne et dans ses actes s'il reste en otage dans ce palais menacé. Il envoie en secret solliciter du conseil de la commune où siègent ses amis un

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ordre qui le rappelle à l'Hôtel-de-Ville. L'ordre arrive, le maire se retire du palais sur ce mandat de la municipalité. Le commandant-général de la garde nationale est mandé peu de moments après au conseil de la commune ; il s'y rend saisi d'un triste pressentiment et porteur de l'ordre signé par le maire de repousser la force par la force. A peine sur le perron de la municipalité, il est immolé pour effacer de son sang la signature de la municipalité. Deux heures après, le palais est forcé, là constitution noyée dans le sang, le roi prisonnier, l'assemblée législative assujettie, la commune seule règne !

La commune règne sur les Girondins dépassés, sur les Jacobins asservis, sur la Convention ellemême indignée ! La commune envoie à la représentation nationale souveraine des sommations impérieuses tous les huit jours, tantôt par la bouche de Marat porté en triomphe, tantôt par la main de pétitionnaires armés violant ses portes. La puissance de la municipalité indépendante, puis bientôt tyrannique, devient telle, qu'elle commande à son gré à Danton de décimer les prisons par les massacres du 2 septembre, à la Convention de dé-

cimer les généraux, les armées, le peuple ; au comité de salut public de se décimer lui-même par les supplices à Paris, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, partout, jusqu'à ce que de la Convention et la France, lasses de patience et de cruautés, reconquièrent enfin leur liberté et leurs vies le 9 thermidor, en allant chercher au conseil de la commune les tètes de Robespierre, de Couthon, de Fouquier- Tin ville, de Coffinhal, et des quatrevingts membres de la municipalité de Paris.

Souvenons-nous de ces leçons, et faisons-en souvenir le peuple français au moment où on lui propose de recréer l'indépendance, c'est-à-dire la souveraineté des communes en France ; tremblons de retomber dans Jes mômes imprévoyances, ou plutôt ne tremblons pas, mais que l'expérience de cette anarchie des communes soit notre lumière et notre salut. Les nations ont sur les individus ces avantages, que l'expérience n'arrive aux individus qu'avec les cheveux blancs et lorsqu'il est trop tard souvent pour qu'elle leur profite, tandis que les nations toujours jeunes profitent des fautes et des leçons des générations qui les ont devancées, et se préservent ainsi, tout en restant jeunes et fortes,

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du renouvellement des calamités enfantées par les faux systèmes ou par les aberrations des partis. En résumé, la loi à faire est celle-ci :

Nomination du Conseil municipal par le peuple ;

Présentation de cinq candidats par le Conseil mu-

nicipal et pris dans son sein pour les fonctions de

maire ;

Nomination des maires par le gouvernement.

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