‹ Le conseiller du peupleChapitre 9 sur 14 · GS · texte numérisé non relu

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Mais que la sagesse aussi des partis vaincus, relevés par le pays et encouragés par des réactions trompeuses, symbole de mobilité, non de force réelle, les préserve de retomber dans les mêmes fautes !

Un miracle de modération du peuple en février» une aspiration réelle et généreuse de ce peuple à la concorde et à l'unité des classes, leur a rendu non la monarchie perdue, mais une république de fusion, de concorde, de réciprocité et de liberté. Ce peuple a fait avec une spontanéité qui ne sera jamais assez admirée dans l'histoire, le sacrifice de ses exigences extrêmes, de ses misères, de ses démagogies, de ses revers, pour remettre de ses propres mains le gouvernement, mais le gouvernement républicain, aux classes mêmes qui venaient de disparaître devant la révolution : il a dit à ses élus de l'Assemblée constituante :

« Régnez encore, mais régnez avec nous ; régnez

pour vous et pour nous; nous nous fions à vos bons sentiments, à votre sollicitude, à votre justice pour le peuple. Un hasard, une vicissitude des choses humaines nous ont livré un moment à nous seuls le gouvernement ; nous ne voulons que notre part, le droit de suffrage universel ; nous vous restituons volontairement et cordialement la vôtre !

» Régnons ensemble, régnons en frères!. Mais que notre règne commun et fraternel s'appelle république, afin de nous assurer qu'un maître héréditaire ne sacrifiera pas le peuple de nouveau dans son intérêt à une seule branche de la famille nationale! »

Voilà ce que vous a dit le Peuple de février, hommes des monarchies écroulées ! Et voilà ce qu'il a fait en vous renvoyant en màjorité dans ses deux Assemblées souveraines !

Maintenant le tromperez-vous ? ou lui laisserezvous croire seulement que vous le trompez en le chassant par masses de son droit électoral, et en rétrécissant sa République pour la confisquer un jour plus sûrement ?

C'est à vous de voir ; vous êtes les maîtres aujourd'hui ; mais si vous faites tout ce que vous pouvez, m. 9

vous serez moins modérés, moins équitables; moins honnêtes et surtout moins prudents que ce Peuple de février, et l'histoire, en comparant un jour la conduite des deux classes que la République avait réconciliées, dira un jour : « Un traité de paix qui s'appelait la République avait grandi le peuple et sauvé la bourgeoisie. Qui est-ce qui Ta déchiré après Tavoir imploré, acclamé et signé ? Ce ne fut pas le Peuple. »

Que le Peuple reste calme, tolérant, patient, sous le feu des paroles quelquefois justes, plus souvent injustes, toujours imprudentes, qui tombent du haut de la tribune sur la révolution et sur la démocratie. Un parti exalté par ses ressentiments, parti à qui les républicains modérés ont remis la force en main* en abuse momentanément contre ceux qui lui ont rendu l'élection, l'armée, la tribune. Ce parti a un accès de démence qui va jusqu'à la provocation continuelle dans ses journaux. Dès que les affaires reprennent et que la confiance renaît avec le travail, ses journalistes implacables sèment l'inquiétude, l'agitation, les menaces de coups d'Etat, pour tout suspendre et pour défier de vivre un pays qui vivra malgré eux. Ils traitent le Peuple comme les domp-

leurs d'animaux traitent ces bêtes féroces qu'on ne soumet qu'en les privant de sommeil ; ils prennent la nation par l'insomnie ! C'est une mauvaise et coupable tactique. Les années qui suivent les révolutions sont des convalescences difficiles et sujettes à rechute ; il leur faut de l'apaisement et non des irritations. Nous recommandons aux bons citoyens de toujours éteindre et de toujours pacifier; l'avenir nous saura gré de ce sacrifice de nos susceptibilités les plus légitimes. Et nous aussi nous pourrions adresser de terribles représailles de paroles contre ceux qui nous couvrent de sarcasmes et de mépris ; nous brisons ces mauvaises armes et nous en jetons sous nos pieds les tronçons. Nous pourrions mépriser profondément aussi, mais nous ne voulons pas môme de cette représaille du mépris, il nous suffit de l'oubli. L'oubli n'offense pas et il venge mieux, car il efface de la mémoire jusqu'aux traces des injustices et des ressentiments. La République a aboli Téchafaud ! ce n'est pas assez, elle doit abolir les haines entre les classes et les inimitiés entre les citoyens. Ce sont les républicains modérés qui ont donné ce premier exemple, qu'ils donnent encore le second !

Digiti

Point d'émotion, point de réplique, point d'agitation dans le Peuple. Si la République doit périr, pour quelques mois ou pour quelques années, sous le reflux imprudent des classes qu'elle a sauvées en 1848, il faut qu'elle périsse innocente, pure, irréprochable, désarmée, immolée dans son droit et dans sa modération par les armes mômes qu'elle a confiées pour sa défense à ceux qui les tourneraient aujourd'hui contre elle ! Il faut qu'elle renaisse un jour plus forte et plus pure, que safin soit un crime gratuit et prémédité de ses ennemis ! Les causes de Dieu triomphent par leurs martyrs, jamais par leurs persécuteurs.

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