‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 10 sur 40 · RÉFUTATION · texte numérisé non relu

RÉFUTATION

de

QU£LQU£S CÂLOMNI£S GONTR£ LA RÉPUBLIQUE.

L Un écrit clranp;c vient de paraître dans une revue anglaise d'une immense publicilc. L'origine qu'on lui donne ne permet pas de le confondre avec ces iiniombrablos pamphlets anonymes ou pires qu'anonymes par lesquels on divise l'odieux, le ridicule ou la calomnie sur les premiers actes de lu Révolution et sur les hommes qui ToiiL saisie à sa première heure et qui l'ont dirigée et transformée en gouvernement. Une autre revue Française trèsrépandue cL justement accréditée, la Revue Britaniquc^ transmet aujourd'luii à ses lecteurs celle pièce importante. On ne peut la comparer qu'à l'opuscule royal publié par Louis XVIH, en 1817, sur sa fuite de Paris cl sur ses aventures de Paris à Bruxelles en compagnie du comte d'Avary. De pareils livres auUicntiques ou non ont toujours un immense retentissement, ils deviennent quelquefois des documents adoptés de confiance par l'opinion et par rhlstoire. Il importe donc de ne pas les laisser passer sans lixamen et sans rectification.

Voiel tjextucllemcnt la note dans laquelle la Reme Drilanniqtêe explique au public la filiation et le degré d'authenticité de ce curieux document. Nous n'y ajoutons rien, nous n'en retranchons rien, nous laissons à son savant et spirituel rédacteur, M. Amédce Picbot^ la responsabilité cntiore de ses informations.

Ll G0II8I1LLBR DV PBUPllE»

DOCTTI/LSITTS HISÎîOIlIQTTBS.

L£ DEPART I>£ LOUiS-PHiUPP£.

APIlàS LA RBTOLUTION 0£ 1 848.

( Noto du directeur de la ReyueBrîtannîqoe) .

« Le lecteur aura bientôt compris pourquoi Parliclc que nous allons reproduire tcxtuellcmcutct m extenw^ a loute Timporlaoce

d'un document liistorique.

« Les journaux de l.ondres et notre correspondance particulière nous ont confirmé simulianémeiiL l'autlionticité des détails qu'on y trouve révélés pour la première lois. Nous pou^ ons sans indiscrétion dire ici que Tauteur anjjlais est M. Croker, ex-secrétaire de J'amirauté, un des rédacteurs les plus anciens de la grande revue des Torys, la Qi atekly UeviEW, Tory cxallé lui-même, et se déclarant légitimiste ( ce qui n'est pas cire hostile à la dynastie régnante, depuis qu'il n'y a plus de prétendants en Angleterre ) ,

tt Avec ses opinions bien connues. M. Croker avait plus d'une fois, de son propre aveu, jugé sévèrement les actes de Louis-Pliilippe pendant les dix-sept ans de son règne : nuis habitant une campagne dans le voisinage du cbâlcau de Claremont, il a rencontré Louis-Philippe, lui a été présenté, et, en l'écoulant, il n*a pas tardé, comme il l avouc, à modifier son opinion siir le caractère et la politique du monarque exilé... S'étant chargé de rendre compte, dans la Quarterly linnciv, des ouvrages qui forment le texte de son article, M. Croker avait prié le roi et les personnes de sa famille de lui fournir quelques notes. Louis-Philippe lui a communiqué son propre journal. C'est celte communiealion qui prête une authenticité historique aux détails du départ du roi, formant la seconde partie de cet article, la première apparteoant plutôt à la polémique.

tt Notre intention avait été d'abord d'élaguer du récit même de M. Croker tout ce qui répugne à nos propres habitudes de critique j mais en altérant la pensée et les expressions de l'auteur anglais^ nous contractions avec lui une solidarité qu'il ne nous convient d'accepter directement ni indircclemenl.

« Tout en regrettant ce qui pourra blesser ici quelques personnes et quelques opinions, par une comdamnalion souvent trop collective, nous restons fidèles à l'impartialité du recueil dont la direction nous est confiée, fidèles à nos propres jugements sur les hommes et sur les choses, toujours {)rêls, j)ar conséquent, à accorder à tous le bénéfice de notre publicité périodique. Nous

LB COSrSBILLSR DU P8IIPLB*

réfutons d'ailleurs ainsi l'asscrlion de M. Croker, qui croit la liberlc de lu presse bâillonne par la Ucpubiiquc.

M. Groker Iraduii gûucruicmeal en anglais les extraits des ouvrages français qu'il cilet soit (K>ur les réfuter, soit pour fortiûer par ee témoignage ses rotiseigneinenis parficuliers. C'était ua devoir de rétablir le texte de ces citations, sans égard pour quelques légères inexactitudes verbales de la truduction anglaise^ Inexactitudes qu'il faut croire involontaires. Nous espérons que notre propre traduction, œuvre de deux plumes, mais revue et coordonnée par une, sera reconnue aussi exacte que possible par M. Croker lui-même. Nous avons quelque droit de le dire, lorsque nous nous sommes plus d'une lois lait violence pour ne pas affaiblir certaines invectives qui répugnaient à notre style et surtout à nos alleclions sincères pour un de ces noms glorieux, puissants bier, impopulaires aujourd'bui, que nous n'avons pas flagornés hier, que nous n'ins^ultcrions [)as aujourd'hui, »

M. de Laniartine. objet principal de ces caluinnies et do ces invectii}es, supportant tout sans récrimination pourlui-niémc, mais ne sup[>ortant rien pour la Kévolulion qu'on veut déshonorer, a été sommé de répoudre à cet écrit. Il l'a fait dans une lettre adressée à la Uevue UritannifjHe et à la Hvvaa Anglaise. Voici cette lettre : elle formera notre principal article du numéro de mai.

A M. Âmédce Pichol, rédacieur de la. Ikoue linlamiique : 3lousieur et ancien ami,

Si le document que vous emj)ruiilcz à la licouc Anglaise émanait réellement d'une main ou d'une conversation royale, voici ce que j'y répoudrais :

Les coeurs honnêtes ne connaissent pas le Vœ viciisl Si j'ai respecté le roi dans sa puissance, je le re>peele bien plus dans sa déchéance. La majesté a des droits, l'inlortune a des saintetés. C'est dans ce senlimeut (jue je vais examiner le document dont vous cherchez la source si haut. Mais ce senti ment ne doit pas aller jusqu'à laisser fausser des faits hisloiitiu'îs ol avilir des liommes qui, s'ils n'ont pas de place dans les cln ouologiL's rot ules, en ont une qu'ils veulent couscrvci' dans l'estime des bouuétes gens.

Je passe donc sur soixante pages de ce que vous appelez si jus- Ifmcnt iitvcctivi^s et jecroiriiis laire la plus crui'lle olfcnseau prince qui fut roi, si j'en altrihu;n's uikî seuU- ligne à son inspiration. Les princes détrônés oui le droit lro[) chèrement acquis de maudire les révolutions (ju'ils ont faites et de rejeter leurî fautes sur ceux qui ont eu à porter le })oids des ruines de leur trône et de leur gouveriicment écroulés. Mais ces princes ont pour excuse les cj'reurs et les illuAns qui assiégeât les cours^ ils ont pour vcn-

LB CONSEILLER DU PfiVPLf .

gcance le bien quNls ont pu faire, 1c mal qu'ils ont pu cmpcchcr pendant leur règne; ils ont pour asile le silence et la dignité historique (le CCS grandeurs qui ne se dégradent pas même en tombant. Je suis convnîncu que ee prince n*en cherchera jamais d*autrcs; mais en fût-il autrement, cela ne changerait rien à mon langage. Aux imputations d*un roi sur Id trône, je repondrais par la fierté des représailles; aux insultes d*un roi sans couronne, je répondrais encore en nrincliuant.

Passons donc aux faits; ils cxi<;cnt seuls qu*on s'inscrive en faux contre Téer ivuin, quel qu*il soit, qui les a si mal connus ou si odieusement altérés.

• L*écrivain accuse Lamartine « d'avoir évoque et déchaîné, de concert avec les conspirateurs, les insirumcnts de massacre et de pillage en février 1 848 ( pa.^e i 1 ) d'avoir créé un règne de terreur n'admellant d'autre désordre que le sien; d*avoir enrôlé dans la garde mvbife vingt-quatre mille des pires émeutiersou bandits de la révolution ( pn^^c 55 d'avoir eu pour second, lors de l'invasion de la .Chambre des députes, un garçon boucher brandissant un couteau ( page 47 ) ; de n'avoir aboli l'échafaud et repoussé la terreur que parce quUl sentait Savoir mérité pour lui-mcmc, et de n'avoir été tuiniain que por conscience ( page53 ); d'avoir cherché à faire obstacle au départ du duc de Nemours, des princes, des princesses, du roi lui-même ( page 55) ; ilalGrme que des ordres du Gouvernen>ent provisoire étaient donnés, enjoifftiant aux gardcs-côles (V apporter la phi* (jmn Je vigilance à empécîier Pi'vasion dcft fugitifs paliliqvcs; de n'avoir pas donne avis h Louis-Philippe cl à ?cs amis de la sauvegarde que le Gouvernement provisoire leur avait au contraire préparée; un message bien intentionné aurait sans don te, ajonic l'écrivain, pu trouver co prince dons les huit jours de son royal pélei inaj^e. M. de Lamartine ne parîiîl avoir rien fait non-scnk nient pour procurer des moyens de fnilc an roi, mais })oiir lo-^ faciliter au besoin; la faînillc royale ne. vil aucune trace de la prolcciion de M. de I.amarlinc; mais au cdnlrairc. après a>oir .«-ubi une foule de f»erséculi()ns el de dangers sans cxcmjile dar s l'hisloire. à moins de nous re- ])orterau règne de la terreur n** 1 , etc. ( pane (57 ). Pourquoi tous ces sentiments généreux restèrent-ils enfermés dans le sein ou dans le pupitre de M. de Laniarline, el ne fnrcnl-ils révélés que lorsqu'ils ne pouvaient plus servir qu'à la satisfaction de sa vanité per>oniielle?. . . Le roi courait le danger presque certain d'un assassinai; tous les actes publics du gonvcrnement, celle cireul iire envoyée aux ports, ces n»;inil;ils d'nricl lances simultîinément à Paris contre la duchesse d'Orléans el contre les exminis— Ires, tous ces actes, disons-nous, tcudaicnl # pousser la popula-

tion à des violences do ce gonrC; les senlinclics furent doublées sur toute la côte, les routes (jui conduisaient aux ports soumises à une surveillance plus rigoureuse { pages 67, C9 , « Enfin Pécrivain, forcé de reconniiai re les ternies de respect dans lesquels M. de Laninrline pai le des malheurs et mêmes di's fautes du roi, pervertit jusqu'à ce resp 'ct et ratiribue l\ la prudence de la peur qui demande grâce (ravancc à révenlualité des restaurations. »

« Nous soujyçonnous, dit-Il textuellement dans plusieurs endroits, et entre autre page :27, un autre motif ;i ce panégyrique presque sans distinction. M. de Lamartine n'a peul-êlrc pas sérieusement renoncé au jeu des ré\ oliitionsj il a disj)aru dans la vague, mais il p(nil remonter à la surface : encore quelques tours de la roue de fortune, le conUe de Paris peut rentrer au Tuileries, etc. Si la politiijue de M. da Lamartine n'est pas très-profonde, elle est conforme du moins à la célèbre maxime de La \\ochefoucault : « Vivez avec vos amis connue s'ils devaient un jour devenir vos ennemis, ct avec vos ennnemis comme s'ils devaient un jour devenir vos arms. « /M^/o/i/ic, dans ses Vaynffcs p;irle d'un anglaisoriginal (pii,à Uomc, ne nianquait jamais d'ôtersoncliapeau à la statue de Jupiter. Queltprun lui ayant denjandé pourquoi — Qui sait, répondait-il, si ceUe divinité ne pourra pasôtre un jour réinlcgrée dans son teniple? Peut-être alors se souvicndra-l-il de ceux qui auront été polis envers lui dans sa disgrâce? — C*est ainsi que M. de Lamartine ôtc son chapeau à Jupiter, etc. » (page 28) .

Voyons si ces imputations odieuses ou ridicules, en ce qui touche les actes du Gouvernement provisoire relativement à la famille royale, ont d^autrcs foridemenis que Li plus malveillante et la plus i[igratc réerîmination de la part de M. Croker. Voyons H. de Lamartine entre autres, si sptvsialenient ctfé, a créé le désordre du 24 Février, évoqué le meurtre et le pillage, favorisé lei desseins sinistres contre la famille royale, envoyé des ordres pour rarrestation des fugitifs, prolongé leurs anxiétés dans leur fuite, suspendu Pcxéeulion des mesures secrètes et protectrices décrétées par le Gouvernement provisoire pour préserver cette famille d^un outrage, la République d^une honte. Voyous s*il a gardé dans son sein ou dans son pupitre les ordres préparés pour la sécurité du roi ct des princes, et par la faute de qui ce prince a erré plusieurs jours sur la côte de France dans i'apprrliension des pour- Sttîtes d*an gouvernement qui nechcrehait sa trace que pour hâter, protéger et entourer de sécurité et de dignité son départ. Voyons enfin si M. de Lamartine, qui n*avait pas été son chapeau pendant quinze ans à Jupiter régnant dispensateur des dons ct des faveurs du trône, n*a pas ôté son chapeau à la forme tombée, et n'a pas fait tout ec qa*îl était en lui pour enlever tout péril et

LB CONSBILLBR DU PBtJPLB

toute aspérité à la trtsic roule de rexîK Cotait son devoir plus qu*à tout antre acteur de celte Révolution. On va voir pourquoi.

Je rcfablii; les faits et je n*cn cite aucun sans citer en même temps les témoins et sans prot'oqner le témoignage.

n. Ma famille materncUc était attachée, avant 1789, à la ma! • son d^Orléans. Elle en avait reçu des honneurs, des titres des bienfaits dont le souvenir sVtnît transmis en moi avec le sang. Ces souvenirs me commandaient une reconnaissance, contre laquelle le cours des ^générations ne prescrit pas dans les cœurs bien faits. La famille de mon père ne devait rien a ces princes. Elle était dévouée, nu contraire, aux rois légitimes, à leur malheur, à leurs échafauds; elle nourrissait contre la maison d*0rléans ces ressentiments et ces répu<rnniiecs imméritées ( puisque les fautes sont personnelles ) ; m is instinctives, que celte branche rcvolutioiinn'redela maison de Bouibon avait Inspirés aux royalistes.

En âS30. au moment de ravénement nu tronc du duc d^Orîéans, jo srrvais dans In diplomatie. Je ycunis (Péire nommé ministre en Grèce; J*nppris à IVtranger la Révolution de Juillet. Le caractère de celte révolutinu. qui se contentait de prendre un trône au neveu pour le donner à ronrle, me répujxnnit. Je ne voulus pas y tremper, même pnr le silence. Je vins h Paris, je nte rendis chez M. le comte Molé, ministre des aiïnîres étrangères. Je le priai de faire accepter, an nouveau roi, ma démission, a Je reconnais, dis-je, le droit drs nations de changer leurs dynasties, je ne confesse pas avec les faits, mais je ne me prostitue pas à leurs caprices ; je no veux pas ôtrc un parasite de la fortune. »

M. Molé mVngagca « écrire moi-même , si je persistais , une lettre au roi pour lui faire agréer ma démission. Je le fis. Le ministre remit m«i lettre à ce prince, nu conseil. Le roi la lut, loua la convenance des termes, et me Gl dire qu'il désirait me voir. Je remerciai le ministre de la communienlion qu'il me fît de la part du roi. Mais je m'abstins d'aller aux Tuileries ; je quittai la Franee et je voyageai trois ans.

A mon retour, jefns nommé député. Je ne m'associai ni à l'oppoçîlîon nî n In majorité. Je restai isolé pour rester libre, laissant h part toute que tion de dynastie et votant tantôt pour et tantôt contre les projets du pouverncment , selon qu'ils me paraissaient utiles ou nuisibles aux intérêts généraux et permanents du pays. Je m'abstins avec un scri'piile sévère de tout rapport avec la cour, le roi. la dynnslie. Jo irons dos roproolies de ceitc réserve. Ces reproches ne oliangèronl rion u mon ntlitudc.

Denx foi-, d ifis dos oiroojisiances graves, le roi me fil appeler. Dans dos ont lot ions Irôs-lonis , trè^-inf imos et très-bienveillants, ce prince déploya cette rare puissance de parole, de discussion et

MM eomiLLIB DO MUfCS

de stdoction , dont la natore et rexpérienoe Toat doué , poor me déterminer i me rattacher à son govvemoment et à |Nirattre è sa cour. Je fu8 ëmu, reconnaissant, mais infleuble. « J*aarais moins de force, loi dis-je, pour servir mon pays, et même votre gourer* nemeot, si je consentais à aliéner mon indépendance. Les convictions. désintéressées sont quelquefois des appuis utiles pour un gouvernement ; les autres convietîens paraissent des complaisances. le ne suis point hostile, mais je veux rester indépendant,.»

Ili. La coaittton parlementaire, véritable date de Tébranlement de la monarchie, se forma. Cctait la ligne confuse de tous les étéroents les plus incompatibles et les plus dissolvants, de toutes les oppositions radicales et de tous les mécontentements personnels ralliés pour saper, dans une agression commune, la prérogative, constitutionnelle du roi et le ministère de H. Molé. je combattis presque seul, pendant deux ans, la coalition dont je pressentais nettement la portée qu'elle ne sentait pas elle-même. Je défendis gratuitement le ministère Molé sans m*engager avec lui,etblftmant même hautement à la tribune quelques uns de ses actes. La Con« stittttion ne fut défendue par personne plus énergiquement que par moi. Le roi m'en fit faire des remerciements; il m'appela ' pour me les adresser lui-même. Je montrai dans cet entretien la même sensibjii té à sa bienveillance et la même inflexibilité à ses entraînements.

Enfin la coalition triompha. Je la combattis victorieuse, comme je Pavais combattue agressive. Je parlai avec force et obstination contre les fortifications de Paris, prélude de despotisme militaire. Le roi m'appela de nouveau pour me convaincre de la néceasilé de celte œuvre de prédilection de sa pensée. Il me retint une matinée entière ; il me charma par les ressources de sa dialectique, il ne me convainquit pas.

IV. Apres ic renversement du ministère de la ooalition par moi et par les ââi dqiutés constitutionnels, on me conjura d'accepter ma part dans les dépouilles, en prenant un ministère dans la nouvelle administration. Je refusai.

M. Guizot revint de Londres. A son retour et après avoir pris possession de la direction des aiiaires, il me fit Thonnour de venir chez moi, à deux reprises, pour m'engagcr à faire acte d'adhésion au gouvernement, en acceptant une des grandes ambassades qu'il était autorisé à m'offrir de la part du roi. Je le remerciai et je lui dis:« Assurez le roi, que mon intention est de soutenir le nouveau ministère contre les assauts et les ressentiments de la coalition , si die se rdîirme, parce que je crois cette ligue un principe de crise pour le pays ; mais je veux le faire de mon propre mouvement et dans la plénitude die ma liberté. Je ne serais plus libre,

M OOHSIILLM on nOMB

si je me laisisaîs lier par une reconnaissance quelconque envers la couronne; gardei ces ministères ou ces ombassades pour les hom* mes importants que vous aurez besoin de relenir ou de rallier au gouvernement par les liens de cette nature. Je n'accepterai rien. • M. Guizot insista. Il me représenta avec raison que Tîjppui d'un homme politique n'était constaté aux yeux de ropinion , qu'autant que cet homme politique acceptait une solidarité officielle avec le gouvernement. 11 ne négligea rien pour nie convaincre; enfin il ajouta :« Le roi m'oulorise à vous dire que si ces ambassades, les plus liantes qu'il y ait à offrir à un diplomate, ne vous paraissent pas équivalentes à riniporlance du rôle que vous venez de remplir ou niénic aux convenances personnelles de votre fortune, il est f»rét à y ajouter en dignités ou en appointements de surérogation, tout ce qui pourra compléter à vos \eux ces situations. — Je répétai à M. Guizot ce que j'avais dit au roi, c'csl-à-dire que je ne voulais me lier à aucun prix au gouvernement. » Tout fut dit.

V. Je continuai h soutenir, pendant quelques sessions, le ministère contre la coalition qui se dissolvait. Puis le ministère me paraissant s'égarer et reprendre la voie des al/nncs, je le combattis de mon point de vue de démocratie progressive, mais sans aucune affiliation avec l'opposition.

Les choses en étaient là. quand les oppositions parlementaires» débris de la coalition, et les journaux coalisés ouvrirent, en 1847, la campagne de Pagilalion du pays par les banquets. Non seulement je ne m'y associai pas, mais, quoique adversaire de la politique anli-réfor[nistc,aveugleet incorrigible du gouvernement, je parlai et j'écrivis contre celte môlcc des oppositions qui , ne pouvant rien produire de concordant comme ministère, ne pouvait produire qu'uric révolution. Je déclarai que cette agitation sans formule; coiinnunc me pîiraissait confuse, téméraire, extraconstitutionnelle. Je n'assistai à aucun banquet politique dans mon propre département. Je prostestai contre ceux de Dijon, de Chàlon, d'Autum. (Voir mon discours et mes articles de septembre et octobre 18i7). Je ne parus qu'au banquet personnel et littéraire qui me fut offert par mes concitoyens de Màcon , à la condition que le maire de la ville et moi nous aurions seuls la parole. On j)eut lire mon di'-eours; partout on y verra que j'y combats les tendances anti-réformistes du gouvernenicnt ; mais en insistant sur la nécessité et sur la possibilité de ramener ce gouvernement au vrai de sa situation par l'action parlementaire, sans l'ébranler ni le renverser par une agitation désespérée.

Revenu à Paris quelques jours avant le 2i l'évrier, je persiste dans la même ligne. Je demande seulement, avec M. Duvcrgicr

U 60!l8llLLn DU mpu

de Hanranne el les hommes qui voîent s*amonoeler Toragc, que le gooTernemenl vide le conflit en présentant une loi sur le droit de réunion contesté alors aux députés rux-mémes. Le gouvernement a*y refuse. ^Je me range alors du e6té des députés et des pairs qui refasenl de céder sans loi le droit de réunion h Tarbitraire des ministre». Nous sommes ahandonnés par rojiposition elle-même. On renonce à.toute acte de protestation. Tout semble fini. Cependant Tagîtalion s*aecroll; Topposilion; la garde nationale et le peuple prennent pour mot d*ordre le cri de Vive la rifirmei L*lnsorrectiou« vague et divergente, paraît apaisée par un changement de mintsière, sous la presse d^un soulèvement, le 93 au soir. Étranger à tons les éléments dont Pinsurreetion se compose, et ne sachant les événements que par la rumeur publique, je me rqouis de l^apaisement de l*émotion populaire. L*événement dn boulevard la réveille. Paris est couvert de troupes ; la nuit fait trêve au combat ; je crois comme tout le monde le gouvememenl armé de forces surabondantes et maître de la situation.

La 24, à midi, on vient m*annoncer que la Chambre des députés est menacée d*étre envahie ; quoique malade, je m^y rends pour partager le sort ou le danger de mes collègues; les troupes a*Ottvrent ou se replient ; les chefs, sans ordres, hésitent k prendre sur eux la direction que nul ne leur donne; la garde nationale intervient entre le peuple et Tarmée, le roi se retire avec su Tamille ; la Chambre est forcée; plus de royauté dans Paris, plus do gouvernement dehors, plus de ministres dedans, plus de constitution nulle part, plus de forces militaires pour couvrir la représenta lîon nationale; le peuple en armes dans rcnccinte; la duchesse d*Orléans exclue de la régence par la loi imprévoyante de son beaupère, sans titre légal par oonséqnent pour revendiquer le gouvernement; le duc de Nemours, réf^i de droit, mais ne pouvant même faire valoir son titre, et se bornant àconvrir eou rageusement de sa persounc sa belle-sœur el son neveu ; le président de Tasrembléo mis en joue et expulsé pnr la vîolinm de son siège; les députes se retirant dans FimpoMiiilitéde délibérer constitutionnellenient; deux des pouvoirs politiques anéantis; le troisième envahi et asservi ; des orateurs a la tribune, ou sur leurs bancs, demandant d*urgcncc un gouvernement provisoire; moi, immobile, muet, spectateur de cette scène de ruine, réfléchissant en moimême sur le meilleur parti à prendre pour saisir cette anarchie et sauver des dernières calafttroplies cet empire. Voilà liltérniement ma situation à deux heures après midi, le 2 i février 1848. Je réfiéchis, je suis appelé par mon nom à la tribune; je n'hésite plus, j*y monte, je me prononce d^inslinct et dVirgencc pour la eréatîoB immédiate d'un gouvernement do nécessité, d*un gouver-

uiyai^ed by Gc(6gle

iiO

LB COIfSBIL|.B& DU PfiUPLI.

ncment provisoire chargé d'étanf^cr le sang, de contenir i*anarchie, de gouverner la crise, de prendre les mesures de salut public, de consulter la nation, de renvoyer la souveraiiielé abdiquée et perdue à sa sourc^', la Nation, el de préserver la sociélé par la seule main assez forte pour le faire, par la main <lu peM[)Ie lui-même.

Voilà mon rôle exact et complet avant et pendant les journées de Février. Une fois la Con^lilllUon renversée soua le trône d'un roi qui n'avait pas su la défendre, y avail-il en France un homme politique, un citoyen plus libre que moi de tout engagement, de tout lien, de toute dépendance dVsprit ou de cœur envers la dynastie d'Orléans ? Je le (leinnnde à toute homme de bonne foi, je le demanderais au prince lui-même.

J'avais passé cpiinze ans à réserver celte indépendance aux dépens de toutes mes ambitions, de toutes mes fortunes politiques. Je mY'lais refusé obstinément aux avances du roi et de ses ministres ; je n'avais voulu avoir aucun rapport avec les princes et avec la cour; je ne connaissais la duchesse d'Orléans qu(* par la rénomméc,par rintérêl qu'elle inspirait à tous et par ratlt ndrissemcnt sur ses infortunes; convaincu le 2 i Février, à deux heures, que la proclamniion tardive d'un gouvernement d(î femme et d'enfant serait la per péluilé d'une révolution irritée par ce faible obstacle et qui l'emporterait trois jouis ou trois mois après dans les flots de sang, avais-je le droit de sacrilier une nation à un attendrissement? Avais-je une couronne à donner à tel héritier de branche illégitime, contre tel autre':' Avais-je l'obligation de reconstituer une dynastie de 1850 contre nue dynastie de 1815 proscrite? Etais-je riiomme-li|;e (rnne usurpation ou d'une légitimité? Non. Je ne devais de dynastie à persoinie; el je dirai plus, moi qui n'avais jamais désavoué mes ri\s|)ec!ue»ix souvenirs pour l'enfant proscrit en iSôO, si j'avais eu une dynastie à donner, ce n'est pas à la branche illégitime que j'aurais restitue la propriété vacante d'un trône.

Mais il était évident pour moi qu'il ne fallait restituer tout qu'à la souverainclé itnprescriplihle de la nation.

C'est ce qui lut fait, non par moi , mais par le cri du bon sens et du salut public.

Quel droit l'écrivain auquel je m'adresse, a-t-il donc de me contester une liberté de <h-tcruiinalion, qui ne relevait que de ma conscience et non de lui.

Maintenant suivons l'écrivain dans ses souvenirs sur la route da roi vers la côte d'Ani;Ietcrre et voyons de quelles persécationa comparables à celle de la ierreur i , selon ses expressions, la République a^esl souillée envers sa famille et lui!

Voyona a^U esl vrai que la révolution, acluirnée contre un prinoe

Ll CONIBILLBR DU PtUFLI.

lit

fogilifel contre une famille innooente, se «Ht déshonorée enTera • It majesté, la vieillesse, Tenfanee, le malheur, le sexe, par des sévioes qui rappellent les profanations du sang royal à d'autres époques? Voyons si In dieiatenri de Février ont oberché à iaira ebstacle au dépari du due de Amours, des prUteet, det prineeeeesj des enfante^ du roi îni-mémef Voyons e'ilê ontdomié ki ordres tes fhu senères fnmr empêcher Févadon des fngU^xf Voyons st Lamait' fins, enlne autres, est coupable de n'avoir pas dmwé avis au roi de la sauvegarde qu'U anait demandée au gouvernement pour ce prince par un meseage bien intenOmnéf s'il n'a rîm fait pour proeurfr au roi des mogens de fuUef Voyons si ces sentimeuls généreux restèrent enfermés dans te sein ou dans te pupitre de Lamartine f et s'il n'en a parlé dppiUs que pour In satisfaction de sa voMité ptrsmnettef (Page 8 du réeit.) Voyons enfin H tous les actes de ce gouwmcment^ cette dreulaire envoyée aux poris^ ces mandats d'arrêt tancés à Paris contre ia duchesse d'Orléans et centre les cx-imnietree ne tendraient posé poumr la populace au» vUtlenees et à faire courir nu roi le danger presque certain «fini assas^inni? elc,^ etc* Quand on imprime de pareilles occupations pour T A n^lct erre, à trcnle mois des événements et à quelques lieues de Paris, il Auit trop compter sur la ercdulitéde TAn^ieterre et sur le silence de Paris. M.nis la France ne doit pas se laisser dcnatlirorn ce point dnns sa révolution devant TEurope. Si Técrivain est mal informé, il faut qu'il apprenne; s*il est le calomniateur d*une nation, il faut qu'il soit démenti. Il ne lésera pas par des assertions, ntais par des faits et des témoignages. Voici les faits et voici les témoins.

Vil. Aussitôt que les quarante-lmit premières heures de Tcxplosion et de la confusion révolutionnaires, heures pendant lesquelles le goavernement, englouti dans le foyer de rHùtel-de-Ville, était sans communication avec Tcxtérieur de Paris et uniquement absorbé dans ses efforts pour arrêter le san<;, éteindre le feu, assurer les subsistances, renouer les fils de Tadministration, recréer un ordre instantané, se faire reconnaître et obéir lui-même, furent passées; le gouvernement s'occupa du sort du roi fugitif et de sa famille. 11 savait déjà par des confidences vagues que la duchesse d'Orléans, protégée par des députés couraj^eux, par quelques officiers fidèles de sa maison', par quelques citoyens dévoués et par le jîéfiéral Courtois Uii-mcmc, nommé commamlant de la garde nationale, avait trouve un premier asile aux Invalides ; que cette princesse était partie de lïi nuitamment avec soji fils sous la garde de M. de Montesquiou j on supposait qvic c'était dans l'intention de rejoindre le roi; on ne voulut pas s'en assurer d'une manière plus précise dans la crainte d'ébruiter la résidence temporaire de celte princesse, de contrarier les mesures que ses amis

uiyiii^ed by CiDOgle

Lt COMSRILLBR DO PBU»tl«

• prenaient sans doute pour son ineoffnUù et pour son départ défini* tif ; on détourna les yeux et Pattention publique pour laisser 8*aecompUr sans inquiétude et sans obstaele le voyage d*une femme et de ses enfants qui n'inspiraient que respeel et douleur à tout le monde. Quelques voix dans la foule qui entouraient le gouvernement demand.iient, sans intention de yiolenoe^ qu*on sVmparàtde la famille royale et qu'on la retint en otage jusqu'au dénoùment de la révolution, par mesure de sûreté contre les entreprises da dehors. Le ^oiivcrneinoni fit taire énergiquement ees voix mal inspirées. II déclara à plusieurs reprises devant des centaines de te* moins qu'il ne voulait point d'une prudence d'état qui serait une cruauté envers des innocents et une humiliation pour un grand Peuple. Non-seulement il ne fut point question à l'Ilélci-dc-Villo de lancer des mandats d'arrêt contre les menibres de celte famille, de les poursuivre sur les routes, de leur fermer les frontières et les ports ; mais, au contraire, le gouvernement se félicita unanimement de ee qu'aucune malveillance du Peuple, aucune indiscré» tion de zèle, ne remettaient entre les mains de la révolution, des personnes royales ou des personnages ministériels, contre lesquels il n'avait ni le droit ni la volonté de sévir, et qu'il eut été peut-être embarrassé dans les premières heures de remettre en sûreté ou en liberté (1).

i On me commiinique à Tinstant une pa{;e do Yffheoirê du Gouverné'

mtnt provisoire. Cetle histoire, qui ne parnît certes pns écrite dans une intention (le m ilvcillanco contre moi, contient ccpehd.inl la plus élrançe, el Je la croiii la plus involontaire impulalion <|ui ait ja<nai!» rejailli sur mon nom par suite de je ne sais quelle aberration de faits, de sens ou de mémoire.

Voici celle page:

« Le 27 février, on informa le (jouvcrncmcnl qne la duchesse ti'Orlëans était arrêtée à Mantes. M. Jules de Lasiejrie accourut à rHùlel-ilc-Ville pour obtenir un ordre d'élargissement Tous les memliresdu gouvernement y consentirent, un seul eaeepté Celait M. de Lamartine, a Le peuple seul disait'il, a le «Iroil de prononcer. « Aux in^tancc-^ <t(> M de f,r»sicyi ie il répondit: «Lesilutdn paysrepose sur mapo|)iilaritc, je ne veux pas la risaucr.» (le fut Af. Atbert qui, par une ctialeureuse intervention, décida M. de Lamartine à se relàclier de ses rigueurs, »

Et plus loin, après luie citation conf rouvre d'nne soi-disant conversation à ce moment eulrc l'envoyé de Kiissie* M de KisuclefFet \\. de Lamartine :

« M. de Lanirtine proposait, ditH'écrivain si mal informé, de mettre en arrestation la princesse, et il'atiendre les circonstances pour la garder ou la relâcher; ses collègue-! refusèrent,»

Répondre à de pareils renversements de sens et de faits serait aussi puéril à moi que de rép;>ndre à raccu«alion d'avoir pré.nenlé le drafieau rouge» le fusil à la main, k rHôiel-de-VilIc. pendant que je le repoussais, ou «Ta* voir demandé qu'on élevât la (7nillotine sur la place de la Révolution pendant qne je rédigeais rabolition de l'échnfand. C'est mes collègues, aux ministres pré>>enis, aux témoins el aux fait» de repondre. On n'a qu'À lire le récit ci-tlessus, el à évoquer les témoignages cités, vivants et présenta •B ti grand nombre autour de mol • tout est là.

LB CONSEILLER DO PBOPLB. 113

Ce ne fut que boit ou dix jours après que je fus informé d*OD mandat contre les ministres émané d*un magistrat de Paris, à mon insu et h Tinsu, je crois; de tons les membres du gouYOroement. Je me bâiai d*appcler ce magistrat pour i*interroger sur ce mandat et pour lui recommander de le retirer sans bruit et de ne donner aucune suite h cette mesure, contraire à nos vues. Ce magistrat m*cxpliqua la cause do cet acte, formalité judicaire émanée de la cour de justice, formalité sans opportunité et sans valeur ; il pensait comme moi, et il me donna Tassurance qu*ll allait étouffer dans le silence et dans Tinexécution, un excès de xèle, une mauvaise habitude de parquet sans fondement et sans polititpe. Jamais à ma connaissance, il ne fut question de mandat d^arrét contre la duchesse d*Orléans, j*en entends parler pour la première fois dans le récit de Pécrivain de Londres ; une pareille idée eût soulevé tous les esprit et tous les cœurs comme le mien ; jamais aucun ordre de fermer les routes, les frontières,, les ports, aux personnes qui se retiraient de France, ne fut donné par le gouvernement. Par quelle inconséquence le gouvernement qui abolissait les échafauds aurait-il pourchassé des victimes? et quelles victimes?...

Il y a à Paris cent témoins et à rassemblée nationale plusieurs amis dévoués de la duchesse d^Orléans ; ils peuvent dira s*ils n^ont pas été aptielés par moi an plus fort de la crise, non pour leur arracher le secret des asiles quMls avaient donnés, mais pour leur offrir les moyens d*assurer, de concert avec eux, la sortie de France des princes, des princesses et des enfants, objets de leur respeetaeux dévouement. Voila la vérité sur cette partie de Taccosation.

VIII. En ee qui toocbe le roi, la reine et les personnes de la laniille d*Orléans qui s^ctaient retirées de Paris le Si février au matin par la route de Saint-Cloud, le gouvernement enfermé a l*Hdtel-de-Ville et dans Paris était sans nouvelles. Les communications n^élaicnt point rétablies, Tadministration révolutionnée partout n^était recréée encore nulle part ; les rumeurs les pins diverses arrivaient à rHôtel-de-Vitle ; les uns disaient que le roi 8*é* tait retiré dans le Nord, les autres dans la Normandie ou dans rOoest^ qu^il avait replié les troupes et se disposait à marcher sur Paris, les antres afTirmnîont qu'il s'était embarqué au Hàvre on à Boulogne, et qu'il était déjli à tendres. La plus complète incertitude régnait les premiers jours sur ses intentions, sur son sort et sur ra direction. On ne tarda pas à apprendre qu'il avait pris la roule du clmlcau de Dreux et qu'il y attendait vraisemblablement les résolutions du gouvernement. Quelques heures après, ou apprit confusément qu'il était reparti de ce dernier asilp et qu'il cherchail

SOUS un déguisement à se rapprocher de la côte, dans rintention sans doulc de se réfugier en Angleterre.

Le gouvernement dans la première séance régulière et intériewe qu'il eut pu avoir jusques-là au milieu des tumuUueuses aiïluences à rHôlel-de-VilIc, se posa alors pour la première fois la question delà conduite qu'il avaità lenirà l'égard du roi détrôné, il n'y eut qu'une voix comme il n'y avait qu'une convenance et qu'un sentiment : éviter à la révolution une occasion, un prétexte, un danger de se flétrir à ses propres yeux et au yeux de l'histoire par tine apparence de rigueur, de }K'rsécution, dMrrespecluosilc même envers le prince qui avait gouverné la I rancc, envers sa famille ionoeente, envers l'infortune, l^aisser fuir le roi, prêter même secours et dignité à sa retraite du sol français, garantir sa personne de toute violence, de toute insulte, ses biens personnels de toute confiseation, le faire escorter et embarquer s'il venait à être déooavcrt avec la vigilance d'un gouvernement humain, avec la déoenee d*an peuple qui se respecte dans l'homme qui fut son chef. Telles furent les résolutions, telles les paroles unanimes ; pUis de cinquante témoins de cette séance les entendirent et sont là pour les attester.

L^exécotion voulait des prudences et des ménagements eitrémes avec rémotion do Peuple partout débout, partout armé et dont rirréfiexion. au premier moment pouvait confondre les égards avec la trahison. Rien ne fut écrit. Je me chargeai seul et personnellement de toutes les mesures confidentielles de leur nature qui devaient assurer Taecomplissement des vues d*humanltédiigouvememenlet la préservation de la sùreCédu roi et del'bonneurdelaViation.

« J*ai une grande popularité en ce moment, dis-je à mes-eollègnes, je prends sur moi de la compromettre et de la perdre au besoin avec bonheur pour éviter un grand péril et une grande honte è la révolution, si elle venait à manquer à ce qu'elle se doit h elle» même en manquant aux sûretés et aux égards qu'elle doit au roi détrôné. Je prends la responsabilité, s*il y en a, toute entière. Je ne crains pas d*encourir les soupçons et la colère de ce Peuple, pour lui épargner plus tard un regret et un embarras. Je vais clH(rcher les traces du roi là où elles doivent être connues. Je vais choisir des personnes sûres et dévouées pour les envoyer sur son passage, pour respecter son incognito s^'l n*est pas révélé, et pour se montrer en cas de nécessité avec un caractère officiel, s'il est besoin de protéger les fugitifs contre une émotion du Peuple.

• Ce n*est pas assez : dans leur fuite soudaine, le roi etsa famille sont partis, dît-on, dépourvus d*Argent, il ne fiiut pas qu*une famille qui fut royale en France, arrive ii l*Btranger dans le dénuement d*ttne hospitalité mendiée, nous lui ferons passer dans qucl-

LB CONSEILLER DO »BUPLB

qucs jours sa fortune, mais cnallcndant, il fautdcsfondssuflîsants pour assurer Icdcparl, rarrivéc et l'exislancc du roi dans Icscjour qu'il aura choisi. Donnez ordre verbal, ici, au minisire des finances d'ordonnancer une somme de 300,000 fr. (ju'ii liendra à ma disposition pour cet usage, afin (ju'il n*y ait pas ufie hennî de retard entre le mo.nenl où je découvrirai Pasile du roi et le moment où je ferai parlir m(>s commissaires sur ses Ir.ices.

Cela fut fait. M. (joudechaux est là pour attester l'existence de cet ordre. Je quittai un moment rUôiel-de-S iile. Daiis la soirée, je rentrai chez moi ; je fis appeler deuxlioujmes fermes, courageux, libéraux et respectueux h la lois pour le trône, portant l'un et Tautre un nom ai^reabie au Peuple et non sus|)ect à la liberté, M, Oscar de Lafiti/cld; et M. Frrdiiiand de LaUeyric ; je leur communicjuai la mission de vrai ))alriolisme et d'humanité dont je les chargeais; ils acceptèrent, hi leur adjoignis deux honunes de mon intimité personnelle, d'oj)ini()us indépendar»t<'s et de sentiments Irés-élevés, dont j'étais sûr commede moi-même, >l.de Champeaux, ancien officier de la garde royale, et M. Dargaud, att !ché par moi au cabinet des alfaiiTs étrangères ; je letir donnai Tordre de se tenir jour et nuit à nja «lisposilion, afin de parlir à la miiuitc }>our le lieu que je leur indiquerais suivant l'itinéraire du roi, quand je serais parveim à le connaître ; je rédigiuù et signai leurs instructions; je fis cliargerma voituredevoyane, et je la tinsaveclasomnic nécessaire (50,000 fr. ), à la disposition de ces commissaires. Cela fait et la nuit venue, je sortis, cl je me rendis accompagné de M. Champeaux chez M. de Montalicct^ ministre de la maison du roi, et ami de ce [)rince. Je savais que le roi avait écrit de Versailles et de Dreux à M. de Monlalivet pour quehpies dispositions personnelles. Je ne doutais pas ce que ce ministre n'eût des confidences plus explicites des intentions du roi qu'il connût sa retraite ; je lui fis part des dispositions du gouvernement provisoire et des miennes; je lui communiquai les mesures que je venais de prendre pour faire suivre et protéger au besoin contre toute insulte, la famille royale ; je le conjurai de s'ouvrir avec une pleine confiance à moi et de nie révéler la retraite de Louis-Philippe. « Vous voyez, lui dis-je que je ne crains pas de me compromettre pour cette œuvre de salut pour le roi et de dignité pour la France, poisque je viens moi-même, seul et nuitamment, m*exposer aux soupçons du Peuple en recherchant un entretien avec le ministre consent du prince contre lequel ce Peuple est animé en ce mo* meot* CSette démarche hardie, dans une telle ciroonstance, doit TOUS être un gage de nn aineérité. •

IX. M. de Montalif et, qai avait montré tant de oonngeet tant de cèle d^faunumité iai-mème en 1830, pour épargner nn remords

LE COMSBILLBE DU PBUPtl.

à son pays, à Tcpoquc du procès des tninislrcs, parut vivement louche de mon procédé; il nrassnra qu'il était jiisqnes-Ià dans la raème ignorance que nioi sur la roule ultérieure du roi et sur le lieu où il se dérobait aux regards; il nie promit de ra'informer aussitôt que des rcnseii;nemonts précis Tauraient instruit luîmcme de Ja retraite du roi, ne ujctlnnl à cela d'autres réserves que celles qui lui seraient commandées par discrétion obligatoire dans le cas où les ordres du roi lui interdiraient de rien révéler.

Ceci se passait le troisième jour après la révolution accomplie à Paris. Je rentrai chez moi on attendant d'heure en heure un avis de M. de Montalivet. Je m'abstins avec grand soin pendant cet intervalle de faire faire aucune recherche personnelle dans les lieux ou je présumais que la famille royale pou\ ait s'être cachée, craignant avec raison que cette recherche du gouvernement, bien qu'elle n'eût pour objet que le salut de celle famille, ne rcvélat trop sa retraite et ne donnât lieux à des émotions et à des pressions populaires que nous voulions au contraire éviter k tout prix aux fugitifs.

Le sixième jour, ne voyant arriver aucune information de lf.de Wontalivet, et Madame de Montalivet étant venue ellc-ménic me oommuniquer ses anxiétés d'esprit sur ce qui pouvait arriver au roi dans sa fuite : a Le roi, lui dis-je, s'expose en ne faisant pas révéler, à M. de Montalivet el à moi sa rcii aite. 11 serait dangereux ou pénible que cette retraite fût découverte par des hasards malheureux ou de fureteurs oflicieux; le piys peut s'alarmer poarsa sûreté nationale d'une résidence plus prolongée sur son territoire, on peut soupçonner dos intentions d'agression contre la Révolution j au nom du prince que vous aimez et du pays, dont je sais que M* de Montalivet est un citoyen irréprochable, meltezmoi sur la voie et laissez-moi faire partir les hommes sûrs et prudents qui sont chargé de pourvoir honorablement à tout. »

Madame de Montalivet nraiBrma encore que son mari n'avait du rien apprendre de positif sur la demeure du roi. Je pensai que ee prince craignait peut-être de devoir quelque chose au gouvernement révolutionnaire ; quNI préférait sans doute devoir tout à la discrétion de ses amis et à la Providence. Je compris ces raisons; je crus entrevoir que M. de Montalivet lui-même avait ordre de ne rien révéler à ceux que le roi regardait sans doute comme ses ennemis. Je respectais ces susceptibilités de la dignité et du malheur 3 je n'insistai pas et je prévins toute recherche ultérieure.

Deux jours après je fus informé des circonstances plus précises derévasiondu roi. Peu m'importait comment la famille royale était en sûreté, pourvu qu'elle n'eût eu à subir lii poursuite, ni iasulte.

LS CONSEILLEE DQ PSCpLI

ni capUvilc par le fait de la France. Je fis remetlre le 50,000, fr. au trésor, décharger ma voiture, et je remerciai les commisaircs du dévouement quMIs avaient accepté inutilement, mais booorablement.

Tels sont les détails auihcnliques de ma conduite personnelle et de celle du Gouvernement provisoire, relativement au départ du roi. On voit que les témoins ne manquent pas pour me démentir, si Fccrivain veux en consulter ; on voit, de plus que ces tq* moins sont tous ici -j on voit de plus, encore, qu*ils ne fpnt pas choisis parmi les ennemis du roi ni biçn loin de sa personne ; on pour répondre catcgoriqucmenl à Téerivain, que M* de Lamartine ne garda, ni dans son sein ni daot son cabinet, les bonnes intentions du gouYcrnement et les siennes propres, quand à la liberté, à la sûreté, à la dignité de la sortie da roi du territoirt; on Toil enfin que, si les mesures prises à cet ^rd ( meaurêa qui ne pouTaleni élr« ébruitées sans causer une émotion an moins pénible autour de la famille royale) n*eurent pas Tcffet que le gouvernement et M. de Lamartine en attendaient, ce n^est pas à M. de Lamartine ni au gouvernament qn*il Ciut s^en prendre, mais à la susceptibilité très digne et très*naturelle du roi lui-même et à la disêrétion peutrétre exccsaÎTet mai) obligatoire, de son ministre et de son ami*

Du moment ou le roi refusait de laisser eonnallra son asile pour y recevoir les sanf-conduils, les sûretés et (es respects m4pao qu*one nation sans colère, un goovernemcnt sans haine, nn minia* tre attentif et des commissaires bien-veillants lui offraient, qu'a* valent à faire le gouvernement et M« de Lamartine ? A feriner lai yeux et à éviter autant qu^il dépendait d*eux, qu'une indiscfétian on une supriae ne compromissent malgré eux VineognU^ d*on# évasion qui ne devait être quHin départ.

A qui récrivain d^outre-mqr persuadera*t*il« aprè) ce qii*on vient de lire, que si le gouvernement, à demi-ipformé et ponvaQi rétro d^avantage, avait voulu fermer lea routes, murer les oôtes, surveiller les embareatlons, émouvoir ses agcnta at les popult* tiens autour de la retraite probable dq roi, il n^eût pas pu, en hnit jours, apporter obstacle an départ de la famille royele? Maie in* dépendamment de tout sentiment de respect de soi-même et da malheur, du rang, de TAgeetdu sexe des fugitifs, en supposant un gouvernement de sbires et d*inqnisiteurs au pouvoir, pourquoi M. de Lamartine et le gouvernement humain el de «ang-froid dn Février Taurafent-ila fait? Que pouvait*il en revenir d*ntile ou de glorieux à la patrie ou à la République? Le gouvernement voulait^ il rouvrir la prison du TWiiplis, ou reposer devant une nation généreuse et pure Thorrible question d*un %i janvier ? Ah ! si cela lait honte i penser k ceux qni le réfutent, cela devrait fairo hor-

iid

rcur à supposer à celui qui récrit. L'écrivain d'oulrc-mcr «c reporte à des années et à des actes dont nous sommes séparés par abîmes de temps, de sang et de larmes. Il ne connaît pas la France, il n'est pas de son époque; le fantôme de 1793 lui est apparu! Qu'il le cliasse el qu'il se rappelle qu'il parle de 1848! S'il y a eu des faiblesses el di's égarements h celle dernière, ce nefurent du moins que des faiblesses de cœur el des égarements d*humainilé!

X. Et si celte conduite de Lamartine et du gouvernement fut telle quant aux personnes de la famille royale couvertes par le gouvernement, de réserve , de discrétion, de facilités de retraite el de silence, elle fut telle aussi quant aux bfens.

Aussitôt que rauloritc, perdue dans le sang , eût été ramassée, reeonquise et reconstituée d'urgenee et de néeessîté dans le tu* multe de l*Hôtel-de- Ville et dans la fumée des coups de feu, le gouvernement , aidé par rimmensilé des bons citoyens , envoya arrêter le sac de fteuilly ravagé par des bondes qui ne sont que réeame des révolutions, cl préserver les Tuileries et les maisons royales des désordres qui menaçaient les propriétés nationales et les propriétés personnelles des membres de la famille royale. On vint plusieurs fois du dehors poser devant le gouvernement la question de la confiscation politique des deux ou trois cent millions de biens possédés par une maison royale, adversaire née de la République, el pouvant, par des masses de fortune si disproportionnées aux fortunes des simples citoyens, donner des inquiétudes à la liberté et acheter au besoin le pouvoir suprême, en corrompant réieclion ou en soldant ropinion. Le gouvernement s'y refusa avec un impassible respect du droit commun. « Résolus à prterver pour tous le droit sacré et fondamental de propriété héréditaire, nous ne voulons pas, dirent ses membres, décapiter la propriété personnelle même dans la personne, des prétendants momenlanément écartés, non proscrits. Un principe meurt par une seule exception, quelles que soient les raisons spécieuses qui la motivent. Nous voulons que le principe de propriété vive et survie dans intérêt des familles à tous les changements de forme dans les gouvernements. La démocratie n^est que la pro» priété mieux assurée et plus accessible à tous. Une confi^catioo serait un contresens k la démocratie. Nous préviendons pendant quelque temps, par une prudente tutelle , Fusago de guerre civile qui pourrait être fait de ces revenus et de ces capitaux accumulés dans des mains hostiles, mais nous n*y toucherons pas et nous les restituerons comme un dépètauroi et à sa fiimille,aussitêt que la crise sera traversée et la nation reconstituée dans sa souveraineté. • Cela fut dit textuellement et cela fut fuît. Nous nommâmes deux hommes irréprochables et que le roi lui-même aurait aecep*

Lfi CONSEILLER DU PSUPLI.

tés, (l'abord M, LherlHltc ^ puis sur son refus, 3/. Vaem, admîoistrateur des biens royaux. Ces noms élaient une garantie d'incorruptibilité pour la nalion, de bieiivci!lantc impartialité pour le roi. Nous lui fîmes donner l'assurance sonveiit répétée ainsi qu'à ses enfants, qu'aussitôt après la réunion de l'Assemblée constituante^ ses revenîîs el ses biens lui ser.iient remis inléf^ralemenl.

XI. Si l'écrivain d'ontre-nuT veut s'ob-^liner maintenant à douter de CCS actes et de ces paroles, nous lui nommerons les gén raux. les aides-de-camp du roi, les cliargés d'allaires do France à Londres, les personnages dt' son inlimilé la [)lus imjnédiale venus plusieurs fois à Paris, pendant les mois de mars el d'a\ ril, et chargés d'exprimer, en ex|)rimant d'euv-nicmes h Lamarlini', I.i justice que le prince exilé lui-même rendait alors aux égards el aux sentiments de ses prétendus persécuteurs. Aujourd'hui il est de bon goùl à Londres comme à Paris, d'invecler un homme inutile et d'accuser une terreur de fantaisie qui n'a ni confisqué un centime, ni empnsonné un citoyen, en six mois de tonle-jtiiissance. Mais il v a un lendemain de vérité, même à ces lendenjains de l'oubli. Les lieuns emportent ni les faits ni les témoins. Ce sont des témoins et des f;iils que nous opposons aux oublis de l'écrivain d'oulrc-mer. Le cabinet de riiùtel des all.iires étrangères a entendu à ce sujet des paroles qui ne me permettront jamais de croire à la sûreté de la n»emoire de M. Croker. On ne remercie pas par tant d'organes ceux qu'on se réserve de flétrir devant l'avenir.

XII. Je n'irai pas plus loin dans l'examen de cet écrit. Je craindrais que la plus involontaire récrimination contre Técrivain d'outre-mcr ne fît rejaillir une peine de plus sur l'exil. Ce n'est pas pour demander grâce aux rclonr> éventuels de fortune que je reliens nia reclificalion dans les limites d'une simple discussion des faits; c'est pour faire le sacrifice de mon émotion même, au malheur et à l'ostracisme, les deux puissances que je vénère le plus parce qu'elles sont des puissances dcsanuécs, des toutespuissances sur le cœur.

Et quelle grâce aurais-je à demander à la dynastie de Juillet, si jamais pour son malheur elle revenait affronter el provofpierde pires révolutions sur le tronc de 1850? Ce n'est pas moi qui lui ai offert ce trône ou qui l'ai engagé à y monter à la place d'un pauvre exilé! Ce n'est pas moi qui ai mendié ou même accepté une seule de ses faveurs î Ce n'est pas moi qui ai lait la coalisation parlementaire contre cette dynastie que je ne préférais pas, mais que j'acceptais. Ce n'est pas moi qui ai précipité le roi du trône en 184-8. Je ne me suis jeté dans l'événement qu'après que le trône était brûlé aux Tuileries et que la royauté de I8Ô0, enlouréc la veille de cinq cent mille soldats ndèics cl d'un gouverne-

iiO LE CO.NSEILLfik OU PEUPLE.

iiioiit en apparence invincible, s'exilait trollc-mcme au bruit du cauon de Paris. Ce n'est pas moi qui Tai poursuivie dans sa r^' truite ou insultée dans son exil !

Mais c'est moi qui ai dit à la nation, après la révolution accomplie : « Sauvez-vous vous-même sous le grand droit de nation *'t sous la grande souveraineté di» tous ! mais snuvcz-vous sans crime, sans spoliation, sans offense nu*mc à la pillé. Soyez République provisoire trois mois pour vous reconnaître et vous consulter, soyez ensuite ce que vous inspirera et que la volonté nationale proclamera de meilleur pour vous j el en attendant, soyez irréprochable envers les vaincus, et montrez au monde une République innocente que tout le monde aura le dioit de haïr, mais que personne n'aura le droit d'iiicrimincr ! Vous aurez fait faire ainsi un pas d'un siècle à la démocratie. »

C'est là mon crime, sans doute, aux yeux de Técrivain d'outremer; il aimerait bien mieux que la République naissante se fût souillée, sous notre inspiration, par des sévices, des outrages au malheur, des persécutions, des barbaries, et ne pouvant trouver CCS actes sauvages en nous, il les invente. Notre grand crime, je vais le lui dire, c*est d'avoir préservé la révolution de tout crime! Mais malgré le plaisir qu'il se promet de me voir denjandcr grâce un jour à la dynastie de 1850, je lui promets, moi, de ne demander grâce de ce crime-là ni à lui, ni à la dynastie de 183U, ni à la République, ni à l'histoire ! Il faut qu'il en prenne son parti, je vivrai et je mourrai dans l'inipénitence finale, et je ne cesserai de répéter à la République ; « Votre force est dans votre innO' cenre. Restez irréprochable et vous serez impérissable! Quelle est la monarchie récente qui puisse en dire autant? «

Quoi qu'il en soit de cet acte si tardif d'accusation, nous persistons à croire qu'il nVmane pas de la source si haute à laquelle on le fait remonter. Si les révolutions involontaires, inattendues, sans préméditation et sans colère, comme celle de 1848, sont tenues d'être magnanimes, respectueuses et même consolatrices envers les royautés victimes de leurs propres fautes et envers les ftmillles royales, victimes plus inooceotes encore des fautes de ces royautés, les princes précipités ou descendus d'eux-mêmes du trtee et relègues temporairement , sans aucune autre injure que celle de la destinée , dans un honorable et spicndide esil , sont leniis de leur côté à la justice de leurs griefs et k h décence de leur malheur. La République de 1848 n'a pat manqué h son devoir , le prince ne manquera pas à sa situation. L'histoire les regarde Tuii et Tautre | ils se souvici dront , pour leur dignité mutuelle, qu*îls sont en face du temps.

LAMARTINE

Heprétefitmt du Peuple,

IM CONSEILLER OU PEUPLB. i2i

Page 1