‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 9 sur 40 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ALMANACH POLlTiQUE.

Le principal événement de ce mois a été la réclcctioa des rcpréscnlants condamnés par le jury de Versailles.

La ville de Paris avait à faire trois élections, en remplacement de MM. Considérant, Boicbot et Rallier, condamnés par conlu* macc à la déportation.

Les candidats des deux oppositions républicaine et socialiste rcU' nies élaient MM. Carnot, Vidal et DefloUe.

M. Carnot est, comme chacun sait, Paneien ministre du Gouvernement Provisoire. Sa eandidatureétait représentée comme une proleslalion contre la nouvelle loi d'enseignement.

M. Vidal est un socialiste de eabinet, qui a rempli les fonctions de secrétaire h la commission du ï^nxembourg. Sa candidature était représentée par son parti corainc une revendication de la libre discu>«sion des idées.

M. Deflotte est un lieutenant de vaisseau, transporté à la suite des journées de juin, rendu à la liberté par la dernière amnistie partielle du président. Sa candidature était soumise aux électeurs comme une demande d'amnistie générale pour tous les transportés.

Les candidats des diverses fractions alliées au parti conservateur étaient MM. Lahitle, Fernand Foy et Honjean.

M. Lahitle, ministre actuel des affaires étrangères, est un général d'artillerie qui s'est acquis de la répulation dans sou arme par ses talents.

M. Fernand Foy est un ancien pair de France, fils du général qui a jeté une si brillante popularité sur les idées de libéralisme.

M. Bonjean est un avocat à la Cour de cassation qui s'était fait remarquer par la solidité de ses études dans les divers travaux de kl Constituante.

Les deux partis se sont pnîsenlés au scrutin avec une grande discipHne. La bataille a été vivement disputée. Les électeurs ont volé partout avec un empressement qui témoigne de leur religieux attachement à leurs devoirs. La République n^a pas mal jugé du pays en lui remettant le dépôt de ses destinées. La France 8*eii montre de plas en plus digne par son enthousiasme à voter* U prouve aax derniers détracteurs du saffrage universel qu^il en comprend toute Timportance. Il conquiert la RépoMique de nou* veau en la pratiquant ainsi. Il apprend une fois déplus à PEurope qa*il prend sa souveraineté au sérieux. Nous nous applaudissoni

LE CONSKlLLEa DU PEIPLE

ée ce premier résultat, tout en rcgrellanl pour nos propres idées que des noms plus modérés dans le sens républicain ne soient pas sortis des élections.

Les deux partis, dans cette concurrence pacifîquc du suffrage, aesont suivis pas à pas au dépouillement du scrutin.

L'opposition dedivcrses nuances, diversement caractérisée dans les noms de MM. Garnot, Vidal et Deflottc, n'a remporte la victoire que de quelques voix sur le parti de leurs adversaires.

Cette élection a paru troubler, au premier moment, certaines imaginations; nous croyons que le» frayeurs se sont beaucoup eiagéré la signîfiration du scrutin. Ues milliers de citoyens, travailleurs, propriétaires, commerçants, pères de famille, dcfensears intrépides au besoin de la société contre toutes les insurrections, ont toqIu en votant de passage pour la République la plus avancée, voter simplement poor la République. Pour peu que Ton veuille fuiredanssa pensée le recensement des votes sérieux, réfléchis, quidéterminent i IHiris dansun sens ou dansnnautre la nuyorité, on verra que tel vote peut signifier : opposition à la promlscoité de TEglise et de TEtat; tel vote, opposition à la politique française amenée par la force des choses, à monter la g^rde devant la porte de Tinquisition; tel autre vote, opposition à de prétendues velléités de cousp d*état qui n^ont jamais eflDeuré notre esprit, mais qui troublent encore les nuits de certaines personnes jalouses de la République jusqu'à Tinquiétude. De tous ces votes sérieus, réfléchis il n*y en a pas un qui puisse vouloir dire : désordre, car Dieu merci, grâce au bon sens public, le désordre sera toujours une minorité à Paris : les élections du mois de juillet dernier Font suffisamment prouvé.

Des paroles malheureuses, des redites de nos mauvaises journées ODt pu encore être prononcées dans des réunions électorales par des clubistes de profession. Mais ces paroles tombées sur des es* prits refroidis, s'éteignent d'elles-mêmes dans rindiSerence de Tauditoirc. Les ouvriers commencent à comprendre que Tordre est encore poor eux la plus certaine de toutes les propriétés ; car Tordre, c'est le travail.

Deux représentants, MM. Michel (de Bourges) et Bancel, sont accuses par le ministère public d'avoir prononcé des paroles factieuses dans une réunion électorale.

MM. Michel ( de Bourges) et Bancel déclarent à la tribune que leurs discours qui traitaient une question parement métaphysique d'économie ont été mal interprétés. Ils invoquent à l'appui de leu r assertion le témoignage de leurs collègues présents à la réunion électorale, et après examen, les poursuites sont abandonnées. IL Quinze départements procédaient en même temps que Paris

ut CONSBILLBft OU nUPLM*

à la rééledioD de leurs représeotanls révoqués par Parrét de Ve^* sailles.

Leddparlcment derAllîcr nommai t M. Dufoorf candidat conseil valeur, le déportement de TArdèehc, M« de la Toun*tle, candK dat conservateur; le département de l*Ariège, le général PeIel,eaiH diiat conscrvoteiir; le dé|Hirtenieul du Clier, MM* deVoj;uéet Poisle-Dc'gruiigcs, conservateurs; le département delà Loire* M. Angicsis, eonscrvalciir ; le département des Hautes-Pyréiiées, H. Goulard, conservateur*

Le département de l*lsère nommait M* Dupont de Bussae, candidat de l*op|)osition; le département de la nuute-Loire» M. Mal' gne, candidat de Tupiiosition; le départA*ment de Loir-et-Cher, M. d*Etcbcgoyen, eondîdat de Topposition ; le département de là Nièvre, M. G.imlion, canditlatde l*opposiiion ; le déparicmcot dtt Bas-Rhin, MM* Gérard, Vidât, Valcntin, Laboulayn, Hochstuhl^ candidats de Poppoidlion } le dépiiiicment de Sa6ftc-el*i^ire, MM. Madîer de Monijao, Buvîgiiicr, Esquiros, Charasstn, Char^ les Daîti, Honnequin, candidiils de Topposition ; enfin le diéportement de la Hanto-Vîeniie, M* Diieoux, candidat de l*oppe»ition^

Dans d*autres départements, Télection était partagée entre les deux partis. Dans le Var, M. Siméon, candidat conservateur, passait au scrutin à c6té de M. Clappicr, candidat de Toppa^tion, cl dans le Haut- Rhin, M. Dolfus, candidat avancé, triomphait h edté de MM. Migeon et Berebeicr, candidats conservateurs*

Partout les électeurs ont montré le méine empressement; partout ils ont sincèrement pratiqué, avce one entière conliance dan» la République, Icurdrolt de souveraineté* Le parti exalté a perdu des voix h ces élections ; le résultat du scrutin bien interprété pouvait donc rassurer les esprits.

Néanmoins, le président de la République a vu un symptôme alarmant dans le déplacement de la majorité à Paris* Il a cru de^ voir agir de rigueur contre oneopposition de scrutin*

Le c.-ibiiict est modifié* M. Boiroche remplace au ministère de rintérieur M. Ferdiii.ind Barrot. Le ministre tombé est envoyé à Turin en qualité d'ambassadeur. M. de Royer, avocat général, prend la direction du parquet de Paris.

Le ministère ainsi régénéré présente à PAssemblée législative deux décrets : {K>nr rétablir l*inipôt du timbre stir les jour^ naux et doubler le cliifîre du cnutionnement, Taulre pour proroger la suspension du dro'tdc réunion et remettre au pouvoir lafaeultéd'interdirelesréunionscleclorales dangercuscsà la tranquillité»

Comme nous craindrions d'altérer la pensée des niiuistrcs en analysant leurs projets, nous allons laisser à ces projets eux-mêmes la parole*

ÈM COlISBItLfiR DC PEUPLE.

' * Messieurs, dit Pcxpo^édps molîfs, le gouvernement ne sauirait se dissimuler qu^unc partie de la presse a subi\ depuis la rc- Tolulion de Février, une Iransformation grave. Elle s\*st occupée ' uo peu moins de poliliquc; beaucoup plus d'organi^atioa soeMe* f te

• CW un devoir pour nous de eombattre ce mal, de protéger • h République et nos inMilutions contre ce danger. Nous y parviendrons sans rroouHr à des pénalités nouvelles. Mais il faut du moins que Inexécution des lois en vigueur soit psrfailement assurée. C*est pour rendre eerliine eetle Oxéeut'on de< lois pénales que le eautionncment des journaux a été Institué. Qu*csl-ee en effet que le eautionnement, si ce u^est la garantie de la répression; et qui ne voit que eelli* garantie, pour être clicare, doit être pro> portiontiée lout i la fuis à la mohiplieilé des délits qu*u;i journal peut commettre, au préjudice qn*ils peuvent causer aux citoyens, enfin au péril que la presse politique, c*est-à-dirc la prcssp des partis, fait courir à la République et llla société?

• AnjourdHiui cette garantie est insuffisante. En effet. d*après la loi du 9 août 1848, le cautionnement a été réduit h !24.000fr. pour Paris; il descend à 18,000 fr< pour le plus grand nombre des journaux de défKirtempnl. Nous vous demandons de Téleveri des chiffres qui assurent loui à la fois la pereeplioft des amandes encourues, le recouvrement des frais et le payement des dommages et intérêts. Assi*z fort pour donner des garanties réelles au pays et à la justice, te cnolionnement maintiendra mieux Péerîvaln dans les limites légales, le rappellera sans cesse h la prudenoe, et rendra moins souvent nécessaire Pappel aux tribunaux.

» Aux chiffres prè^. le projet que nous vous présentons est b reproduction presque tf*xtuelle de la loi du 9 aoâl 1848.

» Elle consacre les mêmes excefitlons et fait varier aussi le cantionneroent suivant que la périoilicité du journal CMt plus ou motos fréquente et suivant que la ville ou il est publié lui fournit un nombre plus ou moins gi and de leeteurs.

t A ceti'-gaid «'pendant, nous vous demandonsd^innoversurnii point, et d^assimiler, a raison de son importance politique, le département du Rhône au département de la Seiiie.

» Ce remplaren'.ent ronplet delà loi du 9 août 1848 permettrait d*en réclamer Tabrogatlon pore et simple ; Il convient d^abrager en même temps celle du 91 avril 1849.

» Tels sont les motifs de la première partie du projet que nous afvons rhonneur de vous soumettre.

• Ce projeideloi propose aussi le rétablissement du timbre sur les journaux, et en étend ^application è d'autres écrits politiques.

• Lasitoftlioo de nos finances et lespi-tueipes d*égiilitéquisont fai

U CONSIILLBR DU PIOFU*

base de la Consîtation exigent que tous les eitoyens coneourenl aux charges de PElat dans la proportion de leur fortune et en raison des avantages que leur proenre leur industrie.

• Nous sommes tons convaincus de la nécessité de ramener dans nos budgets Téquilibre entre les dépenses et les revenus* Mais sachons bien que nous n*arriverons à ce but ai désirable, qu*en faisant appel dans une juste mesure à toutes les forces contributivea du pays.

» En affranchissant de Timpôt du timbre les journaux j cl par cela même Tlndustrie des annonces, qu'ils exploitent avec bénéfice, le décret du gouvernement provisoire du 4 mars 1848 a créé en faveur de la presse périodique, un privilège exorbitant dont aucune considération ne saurait légitimer le maintien.

9 Nous vous proposons de soumettre les journaux à un timbre fixe, quelle que soit leur dimension. Ce droit serait de 4 c. par feuillQ sur les journaux et écrits périodiques publiés dans les départements de la Seine, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne et du Rhône, et dans les arrondissements qui renferment une ville de 80,000 âmes et au<dessus.

» Les journaux et écrits périodiques payeront un droit detimbre de 2 c. par feuille dans toutes les autres localités.

» Si ce nouveau système est moins favorable au Trésor, nous pensons qu*il renferme les garanties d'une meilleure publicité*

• Pour que la loi ne soit point éludée, pour en rendre Tapplication plus équitable et plus complète, nous vous proposons de soumettre à riinpotdn timbre toua les écrits non périodiquea traitant de matières politiques ou d'économie sociale, et ayant moins de dix feuilles d'Impression.

• Ces mesures atteignent un double résultat : d'abord elle ajoutent à notre budget des recettes un revenu qu'on ne peut évaluer à moins de 6 millions. Ensuite, elles sauvegardent la société contre de détestables doctrines, en pesant ^rtout^ur les mauvais imprimés que l'on répand à bas prix dans les villes et dans les campagnes, ou ils propagent les préjugés, entretiennent les erreurs, excitent les passions et corrompent la conscience publique.

I» Les autres dispositionsontpour but d'assurer la répression de la fraude et de déterminer les peines encourues pour chaque contravention*

» En raison de la nature de ce projetde loi, nous demandons à rAssemblée de vouloir bien le discuter d'ui^goice*

» IV.Voici maintenant l'exposé des motifs du second projet de loi, présenté par M. Baroohe, sur les réunions électorales :

» Messieur8,cen'e8tpointuneloinouvelle que nous avons l'honneur de vous apporter I nous vous proposons de persévérer pen-

danl un an encore, dans une mesure législative que vous avez adoptée le iOjuin 48i9.

» A cette époque, en présence des circonstances graves dans lesquelles le pays était enf]fa;^é. vous avez autorisé le pjouvernonicnt, J>endanl l'année qui suivmil la promulgation de la loi, à interdire les clubs et autres réuuiou*^ publiques qui seraient de nature à compromettre la sécurité publique.

» La loi ajoutait qu'avant IVxpirationdc ce délai d'une année, il serait présente à TAssemblée nationale un projet de loi qui, en interdisant kîs clubs, réglerait rcxercice du droit de réunion,

« Le moment est-il venu de retirer au gouvernement Tautorisation que vous lui aviez accordée ?

m Est-il possible, dans les eirconstanees actuelles, de préparer et de soumettre à votre examen le projet de loi sur la réglementation do droit de réunion ?

« Nous nfliési^ons pas à dire que nous ne le pensons pas ; nous croyons, an contraire, que la prorogation de la loi do IOjuin i 848 importe essentiellement aa maintien de Tordre el de la paix publique.

» En présentant la loi de 1849, le gonvernement avait manifesté Tespoir que les progrès des esprits et des mœurs et les babitudes de la vie constitulfonnolle rendraient inutile, après respiration d^ine année, la facolté qu'il sollicitait.

» Nous Yoos le demandons avec douleur, mais avec confiance, cet espoir n^a-t-îl pas été déçu ; et si quelques doutes pouvaient rester à cet égard, la déplorable et récente expérience qui vient d^étre fake dans une série de réonions pnbliques ne devrait-elle pas les dissiper complètement ?

« Il est donc indispensable, selon nous, non-senlement de maintenir encore la facolté accordée par la loi do 49 join 1849, mais même d*en déterminer la portée d*une manière précise et ferme, sor une matière grave, c*est-à-dire en ce qui toncbe les réunions dites âee(ora!e$,

t» Toutefois, à cet égard même, nous ne voos proposons rien qui ne fût dans Tesprit de la loi de 1849 et dans la pensée de ses aatenrs; mais nous vous demandons d'exprimer cette pensée dans un texte explicite.

» Nous vous proposons de dire que les dispositions de la loi seront applicables aux réonions électorales qoi seraient de nature à compromettre la séeorité publiqoe.

Noos voos demandons, non-scolement poor armer le gouverne* ment, mais ponr prévenir, par on salutaire avertissement, le retour des scandaleux excès dont noos venons d'être les témoins, nnos vous demandons de dire on termes exprès dans la loi qu'elle

LE CONSEILL£k DU PEUPLE,

s*applique aux réunions élcetorales qui. seraient de nature à oompromettre la sécuritc publique.

• Vous oMiésitcrcz pas, nous Tespérons, à adopler le projet de loi que nous avons rhotineur de vous soumettre, en présence des désordres qui, dans de prékndues réunions cicolorales, viennent dVfliger si profondément la eoneience publique.

» Jamais peul-ét re on n*a vait vu attaquer avee tant d^audaee, dans des réunions publiques, tout ee qu*U y a de pUts saeré au monde, la propriété, le respect de ta loi, la morale, la religion elle-même.

» £t vous le.«avcsy messieurs, contre drparrilsrxcèf^ les lois répressives sont trop souvent impuissantes par la difficulté de constater judiciairement les délits qui peuvent se conimetire.

» 11 ne faut pas qu'un pareil scandale se renouvelle à I*occasion des élections diverses qui pourraient avoir lieu. Pour le réprimer^ le gouvernement fera son devoir; il n*hésitera pas à user cnci^* quement de tous les moyens que la loi aura mis à sa disposition, ikiis il ne peut rien sans vous; aussi croil-il être assiiré qu^ll obtiendra votre concours pour une œuvre qui intéresse à un aussi haut degré le maintien de Tordre public*

» La loi que nous avons rbouneordevous proposer a un earaetère d*urgence inoontestable.

■ Des élections nouvelles peuvent avoir lieu prochainemenli et il importe que le gouvernement puisse s^appuyer, pour la répression des abus, sur la pensée de TAssemblée, manifestée dans la discussion de la loi nouvelle.

» 11 ne faut pas surtout que Tannée k la quelle sont limités les effets de la loi de 1849 expire sans qu^une décision définitive ait été prise par TAsseniblée*

• Il faut enfin que dans le cas o& contrairement à notre pensée4 TAssemblée croirait que le projet de loi indiqué dans Tart. 3 de la loi de 1849 pour r^ler le droit de réunion, doit lui être pré* senté, sa décision intervienne assez têt pour que ce projet poisse lui être soumis en temps utile. »

• Sous ces divers points de vue, la discussion nous parait «ly fente. Aussi prions-nous TAssemblce de vouloir bien d*abord déclarer cette urgcnee. •

V. L%irgcnce, éloquemment combattue par M. Pascal Doprat. ▼ivement appuyée par le ministre est mise aux voix et adoptée à une puissante majorité. MM* Lamartine, Dufaure, Cavaigoae, Gustave de Beaumont se sont levés oontre Turgenee aux deux épreuves*

« Néanmoins ces lois de eîroonslance ont attristé les esprits libéraux delà majorité. Elles rencontrent dans les bureaux une vigoureuse opposition* Pour les uns elles sont des impuissances

L£ CONSEILLËA OU PEUPLE.

rédigées en nrliclcs; pour les autres elles sont des anaclironismes. Voici la dcclaralion de M. de Lamartine : a Je n^apporlc pas ici Tcsprît d*oppo$ili(Hi^ au contraire : je suis convaincu que depuis ta révolution de Février un {gouvernement naissant et difficile a plus besoin de concours que de résistance, et je suis disposé à lui prêter force toutes les fois qu'il le dcm.mdrra dans son véritable intérêt. Je ne lui attribue «.'onc pns de colère, de mauvaise intention et de violation de la Constitution dans ces projets. Je croîs que ^C8t moins dans une pensée d*acca parement politi(|ue que le gouver* neqoent prcscnleceslois,quedans une pcnséesociale,cVst-à'diredans la peoséede couvrir la société menacée par des systèmes inouïs qui s*atlaqucnt aux fondements mêmes de la sociabilité humaine. Oui, è^est une pensée sociale, je le crois, qui a pié')crupc le gouvernemctit, mais seulement c'est une pensée mal inspirée; e*est une pensée qui v« eonire le but que te gouvernement se propose!

• Quel est le mal du pays en ce moment? Le mal du pays, e^est un réve^ un caudiemar, une démenée momentanée et Irèsdreonserite^ qui croit pouvoir refaire avec des mots Tmovre des sièeles, des hommes et de Dieu. Quelle est la source de cette ma* ladie qo^on appelle le socialisme radical et subversif dans certaines parties de nos populations, bien moins nombreuses, bien moins folles qu*on ne le dit? La source, RIessirurs, e*est Tignorancc! Quel est le remède à Pîgtiorance? La lumière vraie, le raisonnement, la discussion. Qui porte quelquefois les ténèbres, mais bien plus souvent la lumière? Cest la presse, e*est le joomalisoM, c*cst la controverse. Toute loi qtii tend à restreindre ce rayonnement de la pensée est donc une loi qui tend h laisser subsister Terreur daus Tesprit du peuple. Il faut multiplier, pu con^ traire, les facultés de créer le bon journalisme.

» J*ai été d*avi8, avce TAssemblée constituante, qu'en suppri* fliiant les cautionnements exagérés, les entraves, le timbre sur les journaux, on leur fit néanmoins déposer un cautionnement épil seulement au maximum de Pamende que la loi impose à leurs délits, afin que ta justice du pays ne fût pas trompée et qu*îl n'y eût impunité pour personne; mais j'ai été et je suis encore aujourd'hui contre ces lois soinptuairds de la presse, qui, en élablisspnt des cautionnements et un droit ruineux de timbre, font un privilège pécuniaire aussi injuste que dangereux du droit de publier sa |»ensce, et j'ajoute que de telles lois sont toujours î Ifompées.

» Qu*est-ee que la presse. Messieurs, e^est le rayonnement qu*on ne peut inlererpter, e*est Talr qu^n lic peut emprisonner, c>st rélément insaisissable qui échappe à la longue à toute main fui eroit le tenir, e*cst la puissunee qui, depub un siècle, rtm^

U COMSBltLta M PRVPLt,

et transforme le monde, qoi nous a faits ce que nous sommes, qui a fait à son insu la République elle>méme, ear la République, au fond, qu*cst-ce autre chose que le dernirr mot de la pressé? Eh bien! la République constituée, affermie, régulière, armée comme aujourd'hui^ pourrait-elle sans contre-sens et sans parricide se remettre gratuitement en guerre avec cette puissance qui a renversé tous les gouvernements qui ont prétendu se retourner, non contre se^ excès, mais contre son libre u8age?Vous ne le ferezpas, si vous êtes bien conseillés. Vous écarterez ce premier projet, comme inutile et dangereux au gouvernement, à qui il a été, avec plus lie zèle que d*intelligenee, inspiré par les impatients de Tesprit d'ordre et de conservation.

» Je passe au second projet. Je suis par principe, par réflexion et par expérience teiiemcnt contraire à l'existence permanente fies clubs, que je n'hésite pas à les déclarer incompatibles avec toute nature de gouvernement, excepte dans leur période révolutionnaire. C'est rattroupemcnt illimité à domicile! cVst la fièvre perpétuelle avee des accès et des redoublements tous les jours, au lieu de la santé et du travail organique du Peuple; c'est la convulsion, au lieu du mouvement et du jeu régulier de la vie nationale! 11 n'y a pas de peuple, et moins encore le Peuple français, qui pût supporter un pareil régime sans cire précipilc tous les trois mois dans les séditions et dans le marasme. Il faut opter entre les clubs et la République, c'est évident; quant à moi j'ai opté pour la République en ordre, et je conjure la commission, qu'elle qu'elle soit, d'accorder au gouvernement la prorogation de la loi qui les interdit.

» Mais quand aux réunions élecloralcs, qui ne sont pas les capricieuses ai^italions de tels ou tels agitateurs, cl qui sont l'exercice même du la souvcrainolé électorale on action, qu'on les règle, qu'on prévienne leurs (ic>oidrc.s, qu'on en proportionne les jours de durée, le nombre, pour les rendre inoliensifs à la sécurité publique, je le crois faisable et plausible; mais qu'on les irilerdise, qu'on les remette à l'arbitraire d'un prclct, qu'on porte la main d'une police |)arliale ou inintelligente sur le foyer de l'élection et des carjdidatures, je supplicia commission de ne pas s'y prêter. 11 y aurait là alteutat au principe du suffrage libre et éclairé, quels que soient ses inconvénients temporaires; il y aurait danger même dans l'avenir. Tant que les réactions se bornent à réagir contre le désordre, et que ce ne sont que des rcllux de l'ordre, même exagérés, il n'y a pas péril grave, et ces réactions ne louclient qu'aux circonstances et passent avec elles. Mais quand il y a réaction contre les principes mêmes des gouvernements et des institutiouSf alors les réactions sont à crainirc; car après qu'elles sont

IB CORSBILLBR OU P8UPLB.

passéeSjClIes provoquent etelies prcpami la plaeeaaxrévololioiiii» Malgré ces éloquentes protestations, la majorité des eommissaireSt nommés dans les bureaux, est favorable aux projets du ministère.

Mais au dehors, ropinîon publique et Tunanimilé des journaux dévoués à la politique ministérielle protestent fortement contre la résurrection d*un impôt odieux frappé sur la parole. Nous sommes donc autorisé de penser que cette législation rétrogade ressuscitée des mauvais jours de la monarchie subira de nombreux changements a Téprcuve de la discussion*

VI* Au milieu de ces» grandes agitations de l'opinion publique, nous mentionnerons seulement pour mémoire la petite agitation en sous-ordre de la place de la Bastille* Un agent de police avait enlevé les couronnes d'immortelles pieusement déposées sur les tombeaux des victimes de février. Cette mesure avait produit une certaine irritation dans la population toujours inflammable des faubourgs* L'agenI de police était révoqué. Quelques jours après, des soldats indisciplinés allaient en corps porter des couronnes sur la place de la Bastille. Cet acte d'indiscipline était puni. Enfin, le dix mars, jour de l'élection, le préfet de police faisait retirer les couronnes des grilles ou elles étaient suspendues et les faisait jeter sur les soubassements de la colonne. Un bataillon delà gendarmerie mobile protégeait cette opération.

VII. A la suitedeccM préoccupations électorales cl dcces conflits puérils de police autour des tombeaux, PAsscmblce législative distraite vote la première lecture du chemin de fer de Paris à Avignon, rejette le projet de banquecantonale présenté par M* Mauguin, vote un impôt sur la rente et actions de rente cl discute rapidement une troisième lecture de la loi de renseignement.

Cette troisième lecture s^ccouleau milieu do P indifférence avec un faible murmure d'amendements précipités les uns sur les autres, ( t emportés les uns nvec les autres par l'impatience de TAssembléc. La loi est définitivement votée, et par une singulière contradiction, un des évéques qui avait le plus activement pré* paré, débattu, amené, noué ce prétendu pacte de réconciliation entre le clergé et r£tat, Monseigneur de Langrus, refuse au dernier moment son vote à cette loi qui est en partie sa création* Voici Tcxplication qu'il a cru devoir donner de son abstention à voter :

« Dans le vote définitif de la loi de renseignement mon nom se trouve parmi ceux des membres absents au moment du vote.

» La vérité est que je me suis abstenu de voter, parce que d'une part, je demeure favorable à la loi dans les limites tracées par mes discours, et que, d'autre part, en présence des opinions

Irès-diverscs que je connaissais personnellement, dans Tcpiscopat, j*ai craint que mon vote ne parût un blâme indirect envers une partie de mes bonorablcs collègues. »

• TeUsonI les oiolifs de mon abstention. Je desavoue tous ceux qa*on pourrait me prêter d^aitlenrs. •

VI] I. Pendant i|ue les électeurs français discutaient paciliqne> ment sur des noms propres les principes qui doivent régir la République, TEurope gravilait de plus en plus vers le système de paix qui est désormais la ncecssité de toutes les nations.

A la suite de notes amères échangées entre la Russie et TAnglcterre, cette dernière puissanœ consentait à lever le blœus de lu Grèce et è accepter un arbitrage.

La Suisse a la sagesse d*éviter des complications européennes «■ prenant elle-même rinitiattvc d'éloigner de ses frontières les réfàgîés qui pouvaient menacer la tranquillité des antres États.

Enfin le Pape, après avoir été looxtêrops balloté de résoloUon en résolution, de velléité à retourner à Rome en velléité à rester à Portict, annonce olBciellement aux nations ctthollqites qa*il rent trera après la semaine de Pâques aa Vatican.

IX. A mesure que les esprits se pacIGent de plus en plus, la littérature reprend rimportance qu*clle anra toujours cbex an people aussi éminemment littéraire que le peuple français.

L'Académie a eu aussi des élections vivement dispotées entre deux partis à peu près ^aox, qni ont recommencé cinq fois de suite le scrutin sans vouloir se faire aucune concession.

Un parti politique inspiré par H. Thiers portait la candidature de M. de Montaicmbert, auteur d'un romao de piété Intiilé SaiiU^ EHiobeth d$ Hongrie.

L'autre paHi, inspiré par M. Guisot, portait M. Nisard, auteur estimable de qnelqoies ouvrages de critique.

Un autre parti enfin, exclusivement dévoué « la poésie» portait la candidature de M. Alfred de Musset.

Aucun candidat n'ayant pu réunir la majorité des voix, Félec^ tion a été renvoyée au mois de novembre*

Mais au moment on l'Académie ne pouvait pmmilr à décerner rimmortalité officielle à aucun élu, le théâtre se relevait de sa lér thaigie.

M. Ponsard introduisait la tragédie en pleine févolution française, et habillait en beaux vers, religieusement écoutés, les grin-ï des vérités de la République.

On annonce d'un autre oôlé, k la Porte-Saint-Martin, une de ces grandes fêtes littéraires comme la Grèce en donnait aux olym^ piadcs le lendemain des grandes journées de la liberté.

La littérature ainsi comprise est une haureuie diversion à pfctfs des 4isciiMions de parti.

LB CONSEILLER BU PEtPLE. fO ,

Déjà George Sand avait ouvert une issue aux bons sciiliuicnls populaires dans sa charmante idylle du Champi,

Si, au lieu de surexciter des cupidilcs dans les masses, un s'atUicbait à y réveiller de nobles idées, la France serait non-seulement la plus libre mais encore la plus noble de toutes les nations.

Il ne suffît pas de donner un bien-être h la France, il faut encore lui donner un esi)rit. Qu'on nous permette de le dire ici avec loulc la réserve qui nous est commandée dans notre situation, c'est à ce apostolat intellectuel que s'est dévoué M. de Lamartine.

Il s'est attaché surtout, dans son dernier volume du Pasné^ Présent et de l'Avenir de la JicpubliquCj à donner la signification exacte de la révolution de Février, à montrer au Peuple ses grandeurs, ses intérêts ^ à lui tracer le progauime géoéreux et patient de ses ilestiuées*

lUlUXELLES

TupOQrapftk de J. A. JOOST£NS, Imprimeur-ÊdUvur^

35, Chaus»ttc et Faubourg Laekcu.

CONSEILLER DU PEUPL

JOURNAL

M. A. DE LAMARTINE

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