‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 12 sur 40 · EUGÈNE PELLETAN · texte numérisé non relu

EUGÈNE PELLETAN

ALMANACH POLITIQUE

An moment où nous écrirons ces lignes, le nom de M. Eugène Sue sort du scrutin, ouvert une seconde fois par Toption de M. Vidal pour le département du Haut-Rhin. C'est une victoire pour la République de subversion et de menaces, ce n*est pas une défaite pour la République de paix et de concorde, écartée de de réiection par les partis extrêmes dans le nom de M. Dupont de FEure. Ce n^est pas elle qui a manque à la lutte, c^est la lutte qui lui a manqué.

Voici, en quelques mots, les inddents qui ont imposée aux élee* tous las deux candidatures rivales de M. Eugène Sue et de M* Le* clerc. Quelques journaux avaient d*abord mis en avant le nom de M. Dupont de rfinre/ Cette candidature qui personnifiait la sagesse et la modération de la République fut cassée fiar le vote du eooelave socialiste, dictature âeetorale sortie des aecIanNitions confuses des clubs. Il proclama celle de M. Eugène Sue. Le candidat modéré était M. Leelerc, négociant honorable, étranger aux partis et signalé à la sympathie et an suffrage du parti de Tordre par sa courageuse conduite dans les journéies de juin où son fils combattant à côté de lu! sur les barrioades, tomba sous les balles des insurgés. La candidature de M. Leelerc fut une improvisation électrique et spontanée de ^opinion publique. VUman iMarah proposait, ou pltttét décrétait aux électeun de la candidature de M. Fernand Foy. Ce nom, lancé dans la discussion, fut dès le premier jour rejeic par le parti légitimiste. On put craindre qu*il ne disséminât les votes au lieu de les rallier. Le nom de M. Leclere surgit alora inopinément comme un mot d^ordre de conciliation et neutralité. Quelle fol inspiration ou la suggestion de cette candidature? Quoi qu*il en soit, elle circula bientôt dans Paris avec rélan et la propagande d'une acclamation qui se multiplie par elle même. Descfunités spontanés de représentants, de génies nationnaux et de journalistes, la désignèrent officiellement au choix des électeun. L'Union électorale, débordée, dut bientôt ab-

tW CONSBllLBft DV PBOPIB.

cliquer devant celte maitirestalion soudaine, abroger son premier décret, provoquer le désbtcmcnt de M* Foy et écrire sur ses bul* lelins le nom de M. Lecicrcsotis la dictée impérieuse du cri public. La popularité de ce nom semblait d*avance victorieuse par sa soudalnelé, par son élan même. Le scrutin a trompé ces espérances : M. Eugène Sue a obtenu 128,007 sulTrages; SI. Leclcrc, i 4 9,425 M. Eugène Sue sera proclamié le 2 mai représentant du Peuple.

Deux lois capitales, celle du chemin de fer à Avignon et ôdle de la déportation, ont rempli et passionné de leurs débats le mois parlementa iro.

La question du chemin fer de Paris à Avignon, de cette grande ligne que M. de Lamartine a appelé, dans son discours : le détroit des Dardanelles des chemins de fers européens, s*cst représentée pour la seconde fois à TAssemblée législative. — 8, 9, 40, H, li, avril. — Deux systèmes, Texécution du chemin par TÉtat ou par une compagnie, et deux projets, la concession à une compagnie unique ou la section de la ligne entre deux compagnies, dont Tune s^arrcterait à Lyon, et Tantre irait de Lyon à Avignon, divisaient 1rs opinions dans rAsscmhlce. La plus gravcde ces deux questions, relie de rcxécution par PEtat soutenue avec conscience par M. Grévy et coniballuc par M. Léon Faucher, est reprise le lendemain par M. de l^amnrline, qui Télève du terrain de devis et de cbidres sur lequel elle s^agitait à la hauteur d*un point de vue polîliqnc. Autrefois, M. de Lamartine était partisan de rcxécution par rÉiat, maïs la situation n'e<l plus la même ; IVmprunt est impossible, le trésor découvert, l*impol accablé croulerait peut-cire sous la surcharge d*un centime : lui demander les frais d'une si colossale entreprise, ce serait loi demander la ruine et la rente et Pépuisement du contribuable. C'est donc ouvertement et sans regrets que M. de Lamartine sacrifîe ses anciennes préférences à Taccomplissement immédiat d'une œuvre qu'il considère comme la résurrection du crédit, comme la loi vivante du travail. Entre une question de procédé cl une mesure de salut public, il n'hésite pas. Ici M. de Lamartine prédit pour ainsi dire, mais avec la précision du chitTrc et l'infaillibililé du calcul toutes les victoires de cette grande campagne de travail sur la misère, le chômage, l'oisiveté, sur le communisme enfii^, qni n'est que le délire de ces maladies sociales. Il y voit le rv\ n\ en sursaut des grands capitaux endormis dans les coffres de la Banque, leur dilTusion instantanée et universelle sur toute la surface du sul, l'iiupulsion rlonnée h toutes les niachines, ;i tous les ateliers, h loules les mains d'œuvre qui, de près ou de loin se rnltaclieiit aux travaux d'un clienn'n de fer, la ré[)aiiition d'un loup; et iiumeusc salaire distribué entra 400,000 ouvriers et uUanl du même coup féconder ragricuUure

LI CONStlLLER OC PEUPLE.

de 40 départements, enfin la paix en action entre la propriété et le prolétaire, entre le capital elle salaire, 3'unissa ni pour fraterniser dans un bien-être réciproque.

L*orateur conclut par cette péroraison saisissante :

« Messieurs, je lisais il y a peu de moments dans un écriyain moderne, dans un grand réformalcur, dans Luther, un mot, (|ui m*a vivement frappé et que je me suis promis de vous rapporler toul ehand pour ainsi dire, à cette tribune, je lisais ce mot : Le ecBiir humain est une meule qui se broie elle-même quand on ne loi donne rien h moudre. Eh bien, ce que Luther disait du cœur humain est mille Ais plus vrai encore d'un peuple en révohition.

» Vous aves la sagesse, voua avez la vertu, j'ose le dire et la France Pa eue avec vous, de ne pas vouloir donner à ce peuple en révolution son pays à déchirer, la société à détruire, TEurope à eonquérir dans des flots de sang, donnez-lui an moins ce que la nécessité commande : le sol, la terre, le fer à boyer, la France à rendre ce viable, ce grand canal naturel entre les Indes et l*Oocidcnt h creuser et Inactivité nationale à faire renaître d*on liont de la République h Taufre.

» Alors messieurs, par ce faible, par ce généreux saeriflee que nous aurons fait des systèmes sur Tautel dé notre patrie, nous aurons remporté* saehes-le bien dans ee moment, la plus belle, la plus grande, la plus utile de toutes nos victoires, la victoire sur Toisivetc, la victoire sur la misère est la victoire sur Toisiveté et sur la misère, sachez-le bien, c*est aussi la vietoiresur les factions. •

Conformément aux conclusions de ce discours, TAssemblée rejette dans la même séance le principe de raehèvcment par TEtat du chemin de Lyon. Mais le lendemain un amendement présenté |)ar M. Darblay, demandait h TAssemblée la continuation provisoire du chemin par l*£tat jusqu'à Ghâlons. Cétait lui demander rajoumement, la temporisation, rincertitude et livrer à TAllemagne le transit de TOrient et de la Méditerrannée dont elle lance déjà la ligne d*Ostende à Trîeste. M. Bcrryer réfute aveo sa vigoureuse éloquence ses systèmes d'abandon et de pusillanimité qui ruinent Ta venir de peur de gréver le présent, et raroendement de M. Darblay est rejeté par TAsoemblée. Mais contre l'avis du gou« vemement et de la commission, elle vote le lendemain la division des concessions et le partage du chemin de fer entre deux compa* gnies. Ce vote Inattendu ajourne la discussion. Elle sera reprise lorsque le ministre des travaux publics aura préparé les cahiers des diarges des deux compagnies distinctes.

La nouvelle loi sur la déportation s'est présentée deux fois dans le oours de ce mois devant l'Assemblée. La commission proposait deux des lies de l'archipel des Marquises , 111e de Nouka-Riva el

Li COmilLLBE DV PBOm»

nie de Waithau, pmir lieux de déportation. Elle établfosall dmix degrés de pénalité. Dans le premier la déportation ne devra être que la rélégallon dans 111e désignée parla loi : dans le seoond la prison suivra le eondamné danssa proscription etsaperposera pour ainsi dire la eaplivité à IVniU Le projet demandait d*abord la détention dans une forteresse : mais an amendement en subitiuant à ce mot eelut d'sncelfilé farH/Ue a élargi la lettre et adood Tesprit de la loi* La diseussion a été vive, passionnée, irritée parfois, e*était nne lutte autour d*une arme que les uns voulaient aiguiser et les autres briser ou raecoureir*

MM. Farconnet et Victor Hugo ont combattu le projet dans la première délibération. La parole de M. Farconnet semble faite pour plaider les causses de la compassion et de la mansuétude, fille a le don de la sympalble et elle va au cesur parée qu^elle en sort. Son discours, ému et fervent comme une Interoession, a touché et attendri TAssemblée. M. Victor Hugo a ouvert la lutte avec une éclatante et vigoureuse éloquence. Il accuse la loi de remplacer la mort de TéeSafaud par Tempoissonnement du climat et de joindre inutilement les tortures de la captivité aux tortures de Texil* Le ministre de la justice et la commission s'attachent dans leur réponse à démontrer la légalité de cette pénalité progressive. Ils attestent, par des renseignements que confirme Ta* mirai Dupetlt Thouars, la salubrité du climat des Iles Marquises.

Le seconde lecture de la loi s'ouvre quinse jours après et remplit quatre séances, tour h tour agitées et solennelles. M. Jules Favre propose d'abord de substituer h la déportation le bannissement h temps et à perpétuité| mais ratUcisme brillant et acéré de de sa parole éblouit l'Assemblée sans la convaincre.

L'article de la loi qui relègue les condamnés aux lies Marquises, à 4,tt00 lieues de la France, amène M. de Lamartine à la tribune, li n'y monte pas dans une pensée d'opposition; car il voit dans la déportation un progrès de la loi dans la clémence, une correction vraie et humaine de Téchafaud : Thistoire constate qu'elle a effacé la mort de tous les Codes où on l'a inscrite. Mais s'il n'accuse pas la déportation elle-même, il accuse la terrible distance où le projet de loi Ta reléguce et qui multiplie le châtimenl de toute rimmen-' aité des mers qui la séparent de la patrie. Il se demande si cette traTerséede é,{H)0 lie nés ne creuse pas un abîme infranchissable entre le proscrit et sa famille, cette partie souffrante, et innocente de lui-même, et si la loi ne perd pas sa moralité en tranchant ainsi d'un seul coup tous les liens qui le rattachent au pays, en lui enlevant avec sa famille le seul débris d'affection qui lui reste pour envelopper son isolement cl réchauffer son exil. Les mur* mures de la minorité avaient déjà plus d'une lois interrompu ces

eonsidératîons développées avec un calme et une modération scrupuleuse. L'orateur avait gardé devant Tardcur de ce débat passionne le sanf^-froid d'une pensée philosophique et lu sérénité d*un sentiment religieux. Alaià if» assecDbtée$ ont leurs beurra de parti pris et d'intolérance.

Peul-ctre la majorité se méprit-elle et crnt-elle voir un acte d'opposition dans ce qui n'était qu'une ins[)iralion de charité, nonseulement humaine, mais politique. Quoi qu'il en soit, bientôt la parole de M. de Lamartine tomba dans un lurauile d'interruptions et d'apostrophes qui lui reuvoyaieot sa peasôe à peine énoocct en falsification ou en ironies.

« Je m'étonne, Messieurs, s'écria l'orateur, que les juges aient si peu de patience en pensant à la patience que devront avoir les suppliciés. » Les applaudissements éclatent et couvrent les murmures, mais bientôt l'orage recommence, et M. de Lamartine dut rendre la parole à ceux qui la lui arrachaient : « Je voulais discuter, dit-il, vous voulez combattrej je m'y refuse pour ne pas nuire à une cause d'humanité. * Cependant avant de descendre de la tribune, il se rappelle et il raconte à l'Assemblée la scène d'enthousiasme et d'ettusion religieuse qui suivit à l'Hôtel-de- Villc l'abolition de la peine de mort : » Les hommes qui eurent l'inspiralion d'accomplir cet acte, dit-il, se félicitèrent devant Dieu, ils s'embrassèrent, ils se dirent : Quels que soient l'avenir et le sort de la République, la République n'eût-clle que ce jour, elle aura du moins un beau jour, car elle aura payé son tribut à l'humanité, elle aura payé son tribut à Dieu. » 11 demande à l'Assemblée Sicile éprouvera ce même sentiment et celtejoie de conscience quand elle aura volé la déportation à 4,b00 lieues de la France^ « Votre loi, dit-il, est préjugée par ce senlimerjt. »

Le vote qui suit ce discours consacre l'article capital du projet de loi, c'est-à-dire la détention dans l'île de Wailhau des condamnés pour les crimes politiques punis de mort jusqu'ici par le eode pénal. »

3lais le lendemain l'Assemblée rachète sa rigueur de la veille par un vote de paix et de conciliation. La commission proposait d'appliquer la loi, non-seulement à l'avenir, mais encore au passé. Cette rétroactivité de la loi, soutenue par la commission et le ministère, a été combattue par M. Odilon Barrot dans un discours animé de ce feu sacré d'honnêteté qui est l'àme et le cœur de sou éloquence. L'Assemblée s'est rendue h cet ardent appel à sa justice, et elle a désarmé la loi de ce coup en arrière qu'on voulait lui faire porter.

Mais comme si la majorité eut voulu rendre à la rigueur ee qu'elle venait de donner à l'indulgence, elle rejetait le loidevudii un amendement de M. Ueurticr, qui demandait d*écrire dam la

iSO IB COKSBtLLBft D0 MUPLB.

loi la eonsolatioQ à côté do châtiment, en y consacrant iedroif pour les familles des condamnés d*ailer les rejoindre dans leor exil* M. de Lamartine est encore venue assister de sa fiarole cette cause de clémence et de pitié : • Toute législation, a-t-il dît, en rappelant une crainte exprimée par le ministre dq la justice sur rimprudeneb des dévouements que cette concession poorrait foire surgir, toute législation qui en pareil cas se prétend plus sage que la nature court grand risque de devenir une législation contre nature. » Puis il a rappelé que la Russie elle-même ouvrait la Sibérie aux* héroismes et aux dévouements domestiques, et qtt*ii toutes les époques les gouvernements avaient laissé pénétrer dans la prison du condamné sa famille, et avec elle la consolation et la résignation de sa captivité.

(Jn incident inattendu a un moment menacé de changer en lutte politique, cette controverse de morale et de sentiment. M. de Mornay, qui avait succédé à la tribune à II. de Lamartine, a cru devoir lancer contre lui une accusation inattendue, a Convient-il bien, s*est-il ccric, à M. de Lamartine de parler d'humanité quand on a. comme lui, concouru au bouleversement de la société? • lntcr|)ellé directement, M. de Lamartine a demandé la parole; un silence frémissant a accueilli sa présence h la'tribune. On s'attendait à une réponse armée de tout l'élan et de toute l'irritation d'un premier mouvement. La passion circulait déjà dans l'Asseniblée et enflammait les esprits^ mais M. de Lamartine Ta éteinte d'un mot de sang-froid et d'abnégation.

« Messieora, a-t-il dit, rAssen^blco, je l'espère, no se trompe pas au sentiment qui me rappelle inopinément à celte tribune. Je ne veux pas abuser d^une minute de son attention dans un intérêt personne! et la distraire pour un homme d'une grande cau<e d'humanité. Mais le jour où il conviendra à cette Assemblée, à la voix ou sur la proposition de l'honorable préopinant ou de tout autre d(^ discuter ici à fonds, l'histoire des grands événements qui ont alD'géou transformé à deux époques cette société, je serai prêt. •

« Je l'ai dit ici, je le répète : me, me adsum qtdfeci, et ce que j'ai fait je ne l'ai pas fait par dureté de cœur, par inhumanité, par insensibilité, par cette légèreté cruelle dont semble m*accu8er le préopinant, mais je ne veux pas dîscutereonlrelui en ce moment l'histoire. Ce n'est pas l'heure. Mais je suis prêt à le faire sans réticence le jour ou vous voudrez ouvrir le champs-clos et ouvrir la lutte rétrospective, prêt à accepter tout eniicre la situation que j'ai assumé et qui me sera faite dans ce grand débat, h mettre ma conscience à découvert sur celte tribune; à entrer dans les circonstances et dans les inotirj, et à recevoir sabs remords et sans peur le jugement de mon pays. •

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» Mais il est un mol que j(3 n'accepterai pas et qui est le scnl qui mail nippiîlc à la tribune. C'est le mol iV inhumanité applique àunacle qu'il n'est pas riieure de discuter devant celte Asseniblép. t

» Messieurs, si à travers ces bouleversements terribles que nous avons tiaversés, si après les afflictions de toute nature qui ont pesé et qui devaient peser sur ceux qui bravaient les événements pour en alléj^er le poids à leur patrie, si, dis-je, il y a quelque consoialion, quelque soula^Mniieut intérieur contre celte injustice cl ce discrédit qui entourent depuis (pjcîquc temps les honmies qui se sont dévoués, alors en sachant d'avance la responsabilité et le prix du dévouement ( motivcnicnt ), oui, c'est une consolation au moins pour moi, pour eux, d'él. e sorti, malgré les insinuations contraires, d'éti'e sorti les mains pures de toute proscription, de toute perséculion, de tout sang de ces événements, et bien plus d'en avoir fait sortir le Peuple, la démocratie, la République irréprochables, pui's pai- un l)onheur supiéme des taches, des crinjcs, des sévices, dont ces beaux noms avaient été flétris à une aulrc époque. ( approb. et appt. )

Apres ces paroles, M. du Lamartine, se détournant de cet incident de lutte et de colère, est rentré avec calme dans la question de paix et de charité.

Les débats de la loi sur le chemin de fer de Lyon et de la loi sur la déportation ont rempli toute Tattcntion et tout l'intérêt du mois parlementaire. La discussion du budget a cependant suscité quelques questions importantes*

Le chapitre des fonds secrets à su;;géré à M* Jules Favre un de ces diseoufs de polémique roinistértelle et de critique politique dont cette discussion était le texte, et pour ainsi dire TanniTcrsaire dans les anciennes Âsseroblées. Un incident provoqué par ce discours a amené M. le prcdident du conseil à démentir solennellement la véracité d*un fait raconté par quelques journaux et dont Icbruitavait attristé et scandalisé les bonsciloyens. On disait que le président au retour d*une revue qu*il venait de passer à | Vincennes, avait été accueilli à la barrière du Trône par une ânettle, non de violences, mais de cris et de gestes injurieux. M* le général d*fluu t ptiul a affirmé qu*ancunc insulte n'avait été adressée au président. Entre la version de quelques journaux mal informés et le témoignage occulaire de Thonorable général, ThésHafion n*cst pas permise, et Topinion publique doit accueillir ce témoignage eomme une réparation d^honncur à Tesprit et à la dignité de la population parisienne.

La discussion du budget a été encore, signalée par deux votes. Sur la proposition de M. Morin, TAsseniblée a retranché une somme do 300»000 fr. sur les secours accordés aux condamnés

Li eoMaBUiii DU pBvnt.

politiques; sureellede M«de MallevUle, soutenue par MM. Bcrryer el de Lamartine, elle a accordé une subvention de 60,000 fr« au théâtre Italien. M. de tamartîne a chaleureusement plaidé la causo de ce théâtre, qui a Importé en France le génie musical de Tltalie el les chefs-d^œuvre de ses maîtres. Il a répondu aux objectiona de dimes prélevées sur la province pour payer le luxe théâtral et les plaisirs aristocratiques de Paris, que la France républicaim» reconnattrait toujours raristoeratie des arts, el que si c*élaît un blasphème contre la France d^appeler Paris la capitale dictatoriale de sa souveraineté, c*était une vérité et un bienfait pour le pays dV reconnaître el d*y nourrir le foyer fécondant de sa civilisation et de ses arts*

La discussion du budget se poursuit en ce moment. Elle occupera encore les premières séances du mois de mai.

Ce mois a eu un jour néfaste pour Tarmée el pour la France : une terrible catastrophe a décimé le 1^ bataillon du I !• l^r, au moment où il traversait en sortant d*Angers un pont suspendu sur la Maine. G^esl sous la pluie et le veni d\ine tempête que le passage commença. L^ouragan agitait le pont par de violentes secousses; Tordre avait été donné de rompre le pas, mais Tlmpulsion de la bourrasque était irrésistible; elle diassail la colonnq derrière elle et poussait ses rangs les uns sur les autres. Au moment où la première file alteîgoait le rive, un craquement borri* ble édàta sous les pas du bataillon engagé presque tout entier sur le pont; les piles de la culée droite s^aiïaisèrent et le tablier du pont s'abaltit sous les vagues avec la charge d^hommes qui rencombrait. Ce fut un poignant spectacle que celui de ces malheureux soldats entraînés dans rabime comme sur la pente d*un précipice, écrasés par les éclats du pont qui s'écroulait sur eux, surnageant un moment en poussant des cris de délressé et disparalsiani bientèt par groupes entiers sous les flots. La population se jeta au secours de cet horrible naufrage avec une généreuse ém*iIation de dévouements et d^béroïsmcsj mois la tempête aem** liait complice de celle tragique fatalité. Li^ barques de sauvetage lancées contre Touragan n*oat pu sauver qu^une partie des V ctimes. Près de deux cents hommes ont péri. Cet affreux désastre aura été plus meurtrier que la prise d'une redoute. Les malheureux soldais échappés à la mort ont été recueillis et soignés par les babilans d'Angers avec une cordialité fraternelle. Le président de la République est venu lui-même passer la revue funèbre du bataillon décimé et lui apporter les regrets et les consola» ions de la France. La ville d'Angers a fait aux victimes de toucbaoles et solennelles funérailles. L^Assembiée a voté des secours à leurs familles; des souscriptions, chargées de recueillir les dons de la douleur et de la reconnaissance nationale, se sont

LB CONSEILLEO DU PEUPLË

mireiies de toutes parts. La France entière a porte ce deuil do l^rmée comoïc un deuil de famille, de fraternité et de patriolisme.

Un événement européen domine toutes les nouvelles eitérieure.i de ce mois.

Le pape est enfin rentré dans Rome. Son retour ouvre une re* traite honorable et large k notre armée, enfermée|depuis djx moia dans rin/ranehissable impasse d^une situation contradieloirc. Elle dénoue sinon IHivenir, du moins Turgeoce de la question romaine. Puisse eette restauration être entre Pie IX el son Peuple un paete de poix, de eoooorde el de réconeiliation?

Cest le 7 avril que le pape a qutllé Portici, précédé sur son passage par le eorps diplomatique, comme par le cortège de ta catholidlé européenne* Le roi de Naples Ta occoiupagné jusqu'à rexlréme frontière de son royaume. Le voyage s*cst fait lentement à travers les ares de triomphe, les feux dViifiee, les sérénades et toutes les pompes des fêtes italiennes. Le pape descendait de voiture à chacune des églises qu*il rencontrait sur sa route et y faisait une station de bénédiclions et de prières. Enfin, le 4â avril il rentrait solennellement dans Rome par la porte de Saint- Jean-de-Latran. A la droite de sa voiture, à cheval, était le commandant général de Tannée française. Une escorte de dragons et de chasseurs français ouvrait la marche. L^infanterie formait la haie sur son passage. Le corps diplomatique et le clergé romain attendaient le pape sur le seuil de Saint- Jean-^e-Latran, où il est entré pour donner au Peuple ses premières bénédictions de retour et de réconciliation; en sortant de la basilique il monta dans un carrosse de gala traîné par six chevaux, et le splendide eort^e parcourut lentement les rues de la voit*, papale qui aboutit à la Basilique de Saint*Pierre, au milieu d^une foule immense courbée sous la bénédiction du pontife. La grande porte de Saint- Pierre i^ouvrit à deux battants pour le recevoir. Les soldats français, échelonnés des deux côtés de Timmense basilique, présen* talent les armes, le genou en terre, le saint-père prit place sur son trône : un Te Deum solennel d^actions de grâces fut chanté ; puis les tambours battirent aux champs, les fusils s^abattirent sur les dalles au commandement militaire. Fermée plia le genou, le Peuple se prosterna et la bénédiction du Saint-Sacrement fut donné solennellement au pape, à Rome et au monde par le doyen des cardinaux Pie IX, descendant ensuite de son trône alla baiser le pied de la statue séculaire de Saint-Pierre, revêtue des ornements pontificaux, et il monta au Vatican, accompagné parle général en chef, représentant la France qui lui en ouvrait les portes.

Les premiers jours du retour de Pie IX ont été remplis par les réceptions et les présentations solennelles du corps diploma^ ^ ,

tique et des officiers de rarmée française. , ^«'^'^^ ^^^â^^

lA COMSfiILtIA PU VMrUli

Le pape parait h la fois looehé et surpris de ^attitude respeetuouse et di$nie de nos soldais* Le saHeademaîo de sob arrivée, il est ailé à l*iroproviste et sans escorte visiter et bénir nos blessés dans leur hôpitaK

Le Piémont aoeomplit pacifiquementi dans Tacoord d*an parlement sagement progressif et d*aa ounistère patriotique, Pcrayre de sa transformation eonstitationnelle. Une loi, pi^sentée, par M. Siocardi et odoptée par les deux chambres, vient d*aboUr les ]>ri vi lègcs ecclésiastiqaes*

Depuis le départ de H. Bnlwer de Madrid sur la sommation dn due de Soto-Hayor, les cabinets de Londres et de Madrid avaient interrompu leurs relations. Cette rupture est à son terme, PEspa* ^ne négocie en ce moment sa réconeiUation avec TAngleterre, et tout porte à croire que la paix diplomatique sera bieniftt condua entre les deux nations.

Le démêlé de TAngleterre avee la Grèce est passé, pour aiasî dire de la diplomatie militaire dans la diploouitie litigieuse* Le baron Gros, notre envoyé à Athènes, négocie avee M. Wyse, le ministre britaniqae, le concordat de cette créance qui a pris la guerre pour contrainte de sa liquidation. Le gouvernement Gree jren discute pas les chiffres, iaais il se refu^ à la payer avec l'hon» neur et la dignité nationale. De là des difficultés et des compliea» tiens incessantes que pourra seule dénouer rassistanee- énergique et dévouée des puissances protectrices. Le^ dernières nooirelles annoncent que les confiérruees ont produit le résultai suivanl :

« La Grèce payera 60,000 drachmes à titre d*indemnifté et drossera au gouvernement britannique une noie d*eienses et vingl et une salves du haut de Taeropole au pavillon britannique. • Le cabinet grec hésite à se soumettre à cet arbitrage.

L*unité allemande, cherchée et poursuivie depuis deux ans par tant d*opérations diplomatiques et pariementaires, s*aglte dans une indicible confusion de plans, de projets, de systèmes et d'anla» gonîsmes; La Prusse, en prenant cette question sons son patronage. Ta rendue suspecte à rAutriche. Le pariemeni qui dîsenle à Esfurth depuis un mois cet Etat fédéral rutrtM sur lequel s*esl rabattu le cabinet de Berlin, siège donc dans un cercle de répul«* •ions et de défiances. Ses deux chambres ont voté la Constitution sans discussion, mais il est déjà question de le proroger indcfinimeol et TAutriche propose de lui substituer un congrès i^cnéral de tous les Etats allemands qui devra remanier le pacte fédéral et reconstituer P Allemagne. Il est impossible de donner le mot clair el formel de cette situation ardue comme un problème et confuse commis iint; agitiation. C*est au temps qtt*U appartient de le trou* ver et de le résoudre.

JOURNAL M. A. DE LAMARTIMC.

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