‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 15 sur 40 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ALMANACH POLITIQUE

Il n'y a eu véritablement dans ce mois-ci qu'un événement politique : la nouvdic loi électorale qui remanie le suffrage uni* versel.

Celle loi a vivement préoccupé les esprits. Elle louchait au plus grave problème de la République. Elle révisait le droit de souveraineté, et, par cela même, devait naturellement retentir jusque dans la dernière conscience du pays.

I^a loi est votécj mais ropinioii publique csttoujours intéressée à connaître les moliis qui ont poussé les uns à accepter, les autres à répudier cette suppression à i'iniprovisle de quelques millions d'cleclcui'S.

rs'ous allons donc mettre consciencieusement , impartialement, sous les yeux du public, une aualyse rapide de la discussion, pour que le lecteur puisse saisir d'un coup d'œil la véritable signification de celle métamorphose du droit de suffrage.

Le Conseiller du Peuple avait désapjjrouvé la candidature de M. Eugène Suc aux dernières élections. 11 voyait à ce choix d'une théorie extrême , un danger pour le parti même de la République.

Et en effet, peu de jours après le triomphe du candidat socialiste, la veille même de Tannivcrsairc du A mai, dans les préparatifs de cette félc du suffrage universel, le 3/oHt7eiir enregistrait dans ses colonnes cette réponse officielle au scrutin du 24 avril :

tt Le ministre de rintérieur vient de former une commission chargée de préparer un projet de loi sur les réformes qu*il serait nécessaire d'apporter à la loi électorale.

* Cette commission est composée de MM. Benoist d*Âzy, Bcrryer, Beugnot, de Broglie , Buffet, de Chasseloup-Laubat, DftrUf Léon Faucher, Jules de Losteyrie , Mole, de Montalemberl, de Montebello, Piscatory, de Sèze, le général de SalDt*Priest, Thiers, de Vatimesnil , représentants du peuple.

• La commission doit se réunir demain au ministère de t*inlé* rieur pour commencer immédiatement ses travaux. »

Cet article jeta la stupeur dans les esprits. Cliaeun cherchait à pénétrer sous le laconisme des mots, la pensée du pouvoir. On remarquait «vec inquiétude que les dix-sept noms choisis pour signer les premiers, on ne savait encore quelle épuration du suffrage, étalent presque tous des noms dMrritation contre la République. Aucun dos hommes qui ont donné des gages h Tesprit d*ordre et de conelliatlon à la fois, MM. Passy, Lamoricière, Gustave de Beauroont, Odilon Barrot, de Tracy, n*a valent été appelés k tempérer la nuance trop vivement tranchée de la commission. Les affaires reprenaient une nouvelle activité ; les étrangers affluaient à Paris. Les passions désarmaient sous rirréslstible influence du temps, ce grand pacificateur des démocraties. On regardait donc avec une certaine appréhension cet appel , parti d^en haut, à de nouvelles difficultés et à de nouvelles colères dans le pays.

IB COMSULLBR DU KDFLB

La oomiittssion des dix-sept eommença son travail , et, après quelques séaDoes 9 remit au ministre do rintérienr les diverses combinaisons qu'elle avait trouvées pour raturer en partie le suffrage universel.

Le ministre approuva le travail de la commission, le transforma en projet de loi , et le présenta à i*Âsscmbiée nationale pour être immédiatement voté.

Voici par quelles raisons le ministre cherchait à légitimer, dans son exposé des motifs, ce vote de précipitation :

« Noos croyons céder au plus impérieux des devoirs eu appelant l*attention de rAstemblce sur Tétat de notre législation électorale*

» Le pays s^en préoccupe- avec anxiété $ Tincertitude de notre avenir politique pèse sur tous les esprits , arrête les transactions, suspend Tessor de Tindustrie, paralyse les développements du commerce et déprécie les denrées au grand préjudice des cultivateurs. £n présence des cvéments qui s*accompIissent sous nos yeux, on se demande si les principes sacrés que la Constitution proclame dans son préambule trouve dans la loi électorale une protection suffisante.

» Nous ne le croyons pas, messieurs; nous regardons cette loi comme défectueuse sur bien des points , et nous n*hésitons pas a penser que ses imperfections entrent pour beaucoup dans les appréhensions qu'inspirent aux plus fermes esprits les chances du suffrage universel.

» Rien de fixe, rien de certain ; les listes électorales sont formées par une sorte de commune renommée ; et dans tous les centres de population agglomérée , le sort de Télection dépend d'une masse flottante d'électeurs étrangers aux sentiments de la localité, indifférents à ses intérêts, éloignés eux-mêmes de leur famille, de leurs relations ordinaires , livrés ainsi sans défense à toutes les séductions, à tous les entraînements, pouvant enfin créer dans divers lieux et suivant les passions du moment, des majorités de hasard.

» Il est urgent, il est possible de conjurer ce danger. »

Et pour conjurer ce danger, le projet de loi proposait de n'inscrire sur les listes électorales que les citoyens domiciliés depuis trois ans dans la même commune.

Le domicile était constaté, non pas par la preuve légale inscriti; au code civil, mais uniquement par la preuve ûscalg de lu cote personnelle.

La loi exemptait cependant du domicile triennal le soldat sous les drapeaux, qui continuait de voter à sa commune, et le fouctionnaire qui votait au lieu de scâ^fonctious.

uiyiii^ûd by G(5ogle

hE CONSBItUR OU FlUPftl.

Le fils domicilié depuis trois ans chez le père, le sularié domicilié depuis trois ans chez le patron , étaient électeurs sar simple certificat du maître ou du patron, sans être astreints à foarmr la

preuve de la cote personnelle.

Enfin, Tadministration était tenue d^inscrire d*oiBce sur la liste électorale les citoyens portés sur Tctat imposable, qnl n*aeqailtaient pas cependant la cote personnelle.

Telle était Técouornie générale de ce projet de loi qui supprimait d^uti trait de plume quatre millions d'électeurs , et créait dans la nation universelle une nation à part que M, de Lamartine appelait, avec raison, une aristocratie de domiciliés.

Cette loi chassait du scrutin la classe ouvrière qui , dans Tétat actuel de Pindustrie, ne peut avoir d^autre domicile que le chantier du travail : domicile variable comme la commande. II relirait au prolétariat le droit de représentation. Il ressuscitait la séparation politique des classes que la sagesse du gouvernement provisoire avait abolie. Il brisait cette admirable unité du peuple qut? la Révolution de Février avait à tout jamais consacrée par l^unite de suffrage.

Après avoir lu à TAssemblce ce projet de correction au suf? frage universel, le ministre demanda une discussion d'urgence.

Al. Michel (de Bourges) monta à la tribune pour combattre Turgence, et dans la chaleur de l'improvisation, oublia que la modération de langage doit toiijours être Téloquence de la rairon.

L'urgence fut votée. L'Assemblée réunie dans ses bureaux nomma une commission composée de MM. Berryer, Léon Faucher, Piscatory, de Valimesnil , Jules de Lasteyrie, de Broglie, premiers parrains de la loi , et ensuite de MM. de TEspinasse, Bocher, Boinviliers, Baze, de Laussat, de Martigny, Léon de Maleville et Gombarel de Leyval. M. Combarcl de Leyval était le seul opposant qui eût fait à la loi quelques objections de détail.

La commission retranche légèrement quelques articles du projet ministériel, élargit le domicile de la commune au canton, supprime la condition de la majorité absolue pour Télection des représentants , et adopte la prestation en nature comme preuve supplémentaire de domicile.

La commission nomme M. Léon Faucher rapporteur,' et à la séance du 47 mai, M. Léon Faucher lit son rapport à TAssemblée. M. Léon Faucher commence par déclarer, ce qui n'est pas très-exact, qu'aucune constitution n'avait encore proclamé en France le suffrage universel et direct. Il continue ainsi :

« Le gouvernement pense que notre législation électorale est défectueuse et dangereuse. Nous partageons cette conviction au

LB CONSEILLER DU PBUPLBé

pîas haut degré. Le gouvernement a jugé le moment venu de réviser et de corriger le système électoral. A cette tentative, qui nous paraît à la fois morale et politique, nous croyons que TAssemblée ne doit pas refuser son concours.

• La loi du 13 mars reconnaît et consacre Tobligation du domicile; mais elle rend en mémo temps celte condiiion illusoire en la réduisant à une simple résidence de six mois. Il en résulte que l*électeur peut voler successivement dans plusieurs départements pendant le cours d'une même législature. On mobilise en quelque sorte le droit de suffrage au lieu de rattacher au foyer de la famille et de le fixer. La loi semble provoquer Télecteur à une existence nomade. Elle lui donne la Icnlalion de s'enrôler dans ces combinaisons de parti qui peuvent, à un moment donné, et au moyen d'une population flottante, créer, ainsi que le fait remarquer Texposé des motifs, dans les villes importantes , des majorités de hasard. •

Quatre jours après le dépôt du rapport , TAssemblée nationale éUit appelée h diseuter cette grave question de vie et de mort pour le suffrage universel.

Après un discours incisif de M. Lagrange et un discours modéré de M. de Flotte contre Purgence, TAssemblée passe à la diseassion immédiate de la loi à une immense majorité.

Le général Cavaignae occupe le premier la tribune; il avait asses glorieusement défendu le suffrage uniyersel contre la sédition, pour avoir cet honneur. Après avoir démontré que dans ses Idées le projet de lot viole la Constitution, le général ajoute :

« Je dis <|ue Totre loi est dangereuse ; oui , dangereuse è beaucoup à*ésnâBm Pendant trente-cinq ans , les hommes politiques qui ont dirigé le pays ont imaginé ce qn^ils ont appelé le pays légal. En îfêSO, le pays légal a fait une révolution ; en 1848, la minorité du pays légal défendait le droit de réunion ; en dehors du pays légal, malgré la majorité du pays légal, la masse des citoyens, la nation a Uài une nouvelle révolution.

• Il liât tirer un enseigtfement de ces révolutions : e*est que la création du pays légal est un fait souverainement injuste et dangereux : le pays légal a bien pu combattre le pouvoir ; mais jamais on ne Ta vu le fortifier ni le soutenir; derrière lui venait la masse des citoyens composant la nation et disposant de hi force véritable.

• Eh Men! cette fiction du pays 1^1 , que la révolution de février avait sagement ftit disparaître pour la remplacer par le suffrage universel, cette fiction du pays légal , votre projet de lo| va la rétablir; é*est là ce qui m*efihiie ; car, en fermant ainsi à la masse des citoyens la lutte électorale, on otivre la Uce aux mau-

vaiscs passions. Ce qu'il faudrait faire , ce serait d^acceplcr nettement, franchement Je sulTra^^e universel. «

M. Victor Ilugo succède au général Cavaignac. II glorifie dignc^ ment la plus haute pensée du Gouvernement provisoire, et avec celle éloquence qui est la splendeur de la raison, il continue ainsi celte magnifique apologie du suffrage universel :

« Oui , la grande sagesse de cette révolution de Février, qui prenant pour base de la politique TEvangile, institua le suffrage universel, sa grande sagesse, et en même temps sa grande justice, ce ne fut pas sculenicnt de confondre et de dignifier dans l'exercice du même pouvoir souverain le bourgeois et le prolétaire ; ce fut d'aller chercher dans raecablomenl , dans le délaissement, dans l'abandon , dans cet abaissement qui conseille si mal , l'homme de désespoir, et de lui dire : espère! l'homme de colère, et d(» lui dire : raisonne ! le mendiant, conmie on l'appelle, le vagabond, comme on l'appelle , le pauvre, l'indigent, le déshérité, le malheureux, le misérable, comme on l'appcUe, et de le sacrer citoven !

» Voyez, messieurs , comme ce qui est profondément juste est toujours en même temps profondément politique le suffrage universel, en donnant à ceux qui souffrent un bulletin, leur ôte le fusil.

« Il y a un jour dans l'année où le gagne-pain, le journalier, le manœuvre, l'homme qui traîne des fardeaux, Thonime qui casse des pierres au bord des routes, juge le sénat, prend dans sa main, durcie par le travail, les ministres, les représentants, le président de la République, et dit : La puissance, c'est moi \

» Il y a un jour dans l'année oii le plus imperceptible citoyen, où l'atome social participe à la vie immense du pays tout entier, où la jilus étroite poitrine se dilate à l'air vaste des affaires publi- <jues, un jour où le plus faible sent en lui la grandeur de la souveraineté nationale, où le plus humble sent en lui l'âme de la patrie.

» Or, qu'est-ce que tout cela, messieurs? C'est la fin de la violence, c'est la fin de la force brutale, c*est la fin de rémeute; c'est la fin du fait matériel, et c*est le commencement du fait moral» C'est si vous me permettez que je rappelle mes propres paroles, le droit d'insurrection aboli par le droit de suffrage. »

Le discours de M. Victor Hugo soulève dans TAssenihlée une profonde émotion. M. Jules de Lasteyrie, membre de la commission, remplace Toratenr k la tribune. Voiei le passage le plus satU lant de son discours :

« Après février, nous nous sommes dit : la société est en péril, les dangerssociaux sont immenses ; il faut faire taire tout esprit de paHi, il faut défendre la société.

LB CONSBILLBa D0 ^BUPLB.

» GofDmenl I on a dît que le pays nous avait recemmenl donné QnaTis ; mais tobs oubliez donc les faits ? 11 y avait trente représensanis k nommer.

» Il y avait trente représentants h remplacer qui nous apparte* naient à ropposilion ; il y en a dix qui n^ont pas ctc réélus ; et, en même temps, si on calcule par le nombre des départements, plus de la moitié des départements n*ont pas réélu les membres de

ropposilion qu'ils avaient élus auparavant.

• Tout à rbeure, M. Vicror Hugo vous disait que tout allait pour le mleux,que le travail reprenattson activité, que rindustrie et le eommrrce renaissaient au moment où la loi a été proposée. Si M. Victor Hugo avait raison, nous aurions tort ; mais comme il a tort, nous avons raison, n

M. Pascal Duprat relève le débat; M. Canet s*approrondit dans une discussion savante; qui montre pas à pas avec la logique pa* ttente du jurisconsulte les diverses incompatibilités morales de la loi avec la Constitution.

M. de Montalcmbert succède à Canct. La pensée du discours de M. de Muntnlembert est tout entière dans le passage suivant :

» Je vous demande, Messienrs, si, en présence du progrès flagrant du socialisme, vous voulez rester impuisants silencieux, si vou^ ne voulez apporter aucun remède nu progrès du mal tel que jevîensde vous signaler? £li bien non! quand h moi, je soutiens .que vous ne le devrez pas, et je suis sûr que vous ne le voudrez pas. Il faut donc faire, au mal qtii croît tous les jours, la guerre la plus énergique, la guerre que permet la Constitution, par tous les moyens que ne réprouvent pas la Justice, Thonneur et les lois qui nous gouvernent.

• Pour résumer ma pensée dans un seul mot, je dis qu'il faut recommencer rexpédition de Horue à l'intérieur, qu'il faut entreprendre contre le socialisme ({ui nous menace et qui nous dévore, une campagne comme Texpédilion de Rome.

n De même qu'on a entrepris l'expédition de Rome contre une République qu'on cherchait à rendre solidaire de la République française, il faut entreprendre une guerre sérieuse contre le socialisme, qu'on cherche à rendre solidaire de la République et de la Constitution. «

M. de Montalcmbert avait avancé, à la fin de son discours, une insinuation à mots couverts contre le général Gavaignac. Le général releva fièrement l'iusinualion.

« En 1848, dit-il, j'ai défendu le suffrage universel odieusement attaqué. Aujourd'hui, je le défends encore. Vous avez eu tort de dire qu'il y avait quelque chose de changé dans mon attitude.

EnTin M. de Lamartine monta à la tribune, et, du premier mot,

LB CONSBILLBR DU PBUPLB»

il éleva la question dans toute sa hauteur. Il écarta du pied les passions, les colères, les épigrarames, les inveclives dont la route de la discussion avait été semée. 11 avait plus que personne peutêtre dans l'Assemblée le droit de défondre le suffrage universel. II l'avait conquis en février contre les factions qui voulaient proclamer la dictature de Paris. Il Pavait conquis une seconde fois pour la présidence, une troisième fois pour la convocation de l'Assemblée législative lorsque TAssembiée constituante, déjà popularisée^ voulait prolonger ses pouvoirs.

M. de Lamartine rejeta d'abord du débat toutes les questions brûlantes de constitutionnalitc, de résistance légale.

« Messieurs, dit-il, en abordant cette tribune pour combattre l'article i" et rarliclc 2 de ce projet de loi qui renferment, selon moi, la loi tout entière, il m'est impossible de me défendre d'une pensée pour ainsi dire personnelle, mais qui est en même temps une pensé générale. C'est ce retour étrange, messieurs, sur la siluatioii d'hommes qui ont fait pendant trois mois tous leurs elTorts, et des efforts souvent pénibles, pour faire accepter et même défendre le suffrage universel contre des masses qui auraient préféré le monopole et la dictature; d'être obligés^ dis-je, de venir faire aujourd'hui les mêmes efforts pour défendre le suffrage universel contre des classes que, selon moi, il a sauvées, et contre des majorités qu'il a instalées et qu'il a créées.

» A gauche^ Très-bien ! très-bien !

» M. DE LAMARTINE. Avec la réscrvc que la gravité de la situation où nous sommes commande, j'écarterai de mes lèvres nonseulement toute espèce de personnalités si déplacées dans ces questions oà B*agite le sort des empires, mais j'en éearterai même toutes les paroles imprudentes qui pourraient, en tombant, écla* ter en agitations ou en catastrophes*

n Non, messieurs, je ne parlerai ni de vlolatioii intentionnelle de la Constitution, ni de résistances par le lefàs de Timpôt ; je ne pronooeerai aueune de ces fiaroles périlleuses qui ne dotrait jamais retentir que dans les situations eitrémes, ou plutôt qui ne doivent jamais tomber de la tribune; car, quand le moment esl arrivé, elles ne sortent que trop atec révidence d*ane explosimi non préméditée; non, je ne chercherai ces motifo que dans le sen» timent général, sincère, de-bonne fol, avoue avee un grand courage de discussion, avec une grande audace, quelquefois, à cette tribune et dans d^autres réunions, ainsi que dans les feuilles qui représentent les différentes opinions de cette Assemblée; je les chercherai, ces motifis, où ils sont, selon moi, ^ns un double sentiment que je vab définir, et dont Teiamen sera mon discours tout entier. Ces motife, en les scrutant profondément, non pas seule-

HNDtdans Tesprit et dans les paroles des membres de la commis-< non et des dix-sept, mais dans fesprit, je le reconnais, d*une pat^ tie dn pays, bien mal éclairée, bien mal inspirée, les voici » llmpàtience du mieux et Texagcration do maU VoOà les deux mo* ti6 qui vous ont fait présenter ce projet*

4 £t si TOUS n*avfes pas un nuage entre lliistoire et tous^ il tous serait impossible de ne pas voir ce qui, pour moi, est évléeat aujourd'hui, c^est qu'en nous pr^entant une proposition pa* ittlle à cette heure, entendons-nous« dans eeCte forme, avec œtte précipitation, avec cette ui^ce, au milieu de cette agitation, que toprovocations dont tous êtes innocents, mois qui se produisent tous leK jours, cependant, dans les feuilles qui s'honorent de vos pstionages, susdlent dans le pays, en nous présentant une proposition pareille, tous cédex a une de ces impatiences fatales dont je vous parlais tout à Theure qui ne tous perdra pas, je Tespère, je serab bien Iftché qu'une livolution vint punir les gouTcrneméats de ehacune de leurs fautes | Thistoire ne serait plus alors qu'une série de catastrophes et une continuité d'anarchie, mais qoi, enfin jettera dans le scinde la popuUtion, exclue du suffrage aniverself un ferment, un ressentiment^ une désaffection qui ac^ erdtra immensément la faiblesse et les difficultés de TOtre gouTcracment. Voilà toute ma pensée* ^

« Eh bien cette impatienee^ messieurs dont je tous parle, toulez-Tous me permettre de dire en scrutant TOtre pensée du même regard dont j'ai si souTcnt scruté la mienne, d'oà elle Tient, Je m*eu vaisTous ledire* Elle Tient, selon moi, de deux choses : d'une exagération Tniiechezquelques*utts,|effrayéecfaes beaucoup, d'une exagération habile calculée et systéniatique dans certaines parties de ropinion. ( Trèa-hien f )•

» Et que vous dit*on, cautinua-i-il< pour justifier cette Impatience? Vous l'aTCX entendu hier dans les réehunatlons d*uii de tos orateurs que certes, aucun de nous ne pourra accuser d*hypocrisie ni même de modération. Que dit-on? Il faut attaquer, il faut pré* venir, comme disait Charles X, la conspiration du socialisme* »

» Certes, si quelqu'un est à son aise, à cette tribune, en parlant du socialisme, permettez-moi de tous le dire, c*est moi; je l'ai tu STantvous; je Tai vu de plus près que vous ; je l*ai conabattu avant vous, avant la révolution, pendant la révolution, depuis la révolution; mais ces combats encore que j*ai eu b livrer contre lui et que vous ignorez, ces combats^à ne m*ont pas rendu ii^uste et ne m^ont pas donné contre un nombre quelconque de mes collègues ledroitd*absurdité et de calomnie. ( Très-bien à gauche )•

« Le socialisme, ravex-vous défini? Si tous lepermettex^ je vais vous le définir comme je le comprends*

ut GONSBILLER OU PBUPLS.

• Je reprends et je dis que je vais vous définir le soeialisme eommeje le comprends, comme je Tai étudié, avant vous, et peutêtre plus profondément, que irous, et comme, je n*en doute pas, avant peu de temps vous le comprendrez vous-mêmes. Il se compose, selon moi, et ici j'appelle toute Tattention et Timpartialité de rAssemblée, il se compose de trois éléments parfaitement distincts.

9 II se compose de ce que j'appellerai cet éternel jacobinisme^ qui est le grief permanent^ douloureux, envieux, quelquefois pervers, qui, dans tous les pays, à toutes les époques de notre histoire, sous toutes les formes de gouvernement, a surgi, a gémi, a éclaté du fond de certaines parties des populations souffrantes, laborieuses et envieuses, en raison même du bien-être, de Tégalité dont elle ne jouissaient pas assez dans Tordre social. Voilà un de ses éléments.

« Le socialsime se impose, en deuxième lieu, des théories, des utopies, j'allais dire des chimères qui ont été bien des fois, et par moi et par l'honorable M. Thiers, et par des hommes qui représentent admirablement votre pensée, débattues, définies, comibattues, anéanties à cette tribune j le règne des chimères, qui ne possède jamais la pensée d*un peuple tout entier, mais qui est, pour ainsi dire une maladie local^ exceptionnelle et temporaire, d'une partie de la population chez un peuple.

» U se compose enfin, et en troisième lieu, de quelque chose de vrai, de quelque chose de réel, d'appréciable^ de palpable, et je dirai d'honnêle, de légitfane et de saint; il se compose, dans sa bonne partie, de toutes ces tendances d'équité, d'élite, d'assistance, de fraternité réciproque de fusion des classes, dVgalisatioa possible, sans altérer les bases de Tordre et de la société, non par des conditions de fortune, mais par des conditions d'accessibilité au travail, au bien-être. (Apphiudissements à gauche).

9 £t si Thonorable M. de Montalembert et ses amis nous parlent des deux premières parties du socialisme que nous répudions , je lui dirai avec une confiance qui ne date pas d'aujourd'hui : Vous seriez trop naïfs si vous attribuiez de bonne foi une importance révolutionnaire, comme celle que vous nous signaliez hier à cette tribune, h ces deux parties du soeialisme qui ne trouvent pas une voix dans celte enceinte pour protester.

» Eh quoi! que dirais-jc à M. de Montalembert et à celte majorité qui applaudissait hier h ses paniques, quoi, vous poaves sérieusement menacer la France, la France sensée, la France propriétaire, la France industrielle, la France commerciale, la France où la propriété a pénétré, s'est enlacée jusque dans les dernières racines du sol , sur la surface d'un pays qui a 2G millions de propriétaires , vous eroieriez qu'une pareille France ,

ut C09SBIC.LBB OU PlUFiE.

une France en paix , une France debout , altenttve dans deux ans à ce qu'elle va faire , attentive à son propre sort , qa'elle va tirer de I*arne électorale , qu'elle ira donner la victoire à qui ?

» A eette minorité imperocplible et répudiée qui ne trouverait pas dans Penceinte de ces 7tM> représenlants du pays une seule voix pour protester ?

• Non , dans un pays comaie la France , dans un pays où les hommes, à quelque côté ou à quelque opinion qu'ils appartiennent, ont le courage, et, quand il le faut, l'héroïsme de .leur pensée , vous n'avez pas besoin de dire : Nommez*vous 1 S'il y avait des hommes dans cette enceinte qui confessassent les doctrines que nous répudions ici, ils se seraient levés d'eux-mêmes. » (Mouvements en sens divers. — M. de Lamartine garde quelques instants le silence).

Après avohr prouvé que ce n'est pas contre ce danger chimérique que la loi est dirigée , mais bien contre la désaffection da pays, M. de Lamartine ajoute :

• Permettez, je ne veux pas laire un discours d'opposition, ee n'est pas le moment de souffler sur des charbons ardents qu'on peut nous jeter h cette tribune ; c'est le moment de les éteindre , et cependant c'est le moment de réfléchir ; mais, je le demande aux membres de la mn jorilé les plus inlrcpidcs pour offrir leur nom et leur responsabilité dans la signature de cette mesure , eh bien ! je le leur demande, s'ils lisaient dans dix ans Phistoii c d'un gouvernement qoi s*appelle République démocratique, c'est-à-dire République unanime, ne laissant en dehors aucune classe de ci* toyens dans TEtat^ ou le pouvoir exécutif serait occupé par un homme que j'ai honoré le premier, que j'honore, que je défends , que je défendrai dans les prérogatives de son pouvoir exécutif , mais enfin par un des noms des trois monarchies qui se sont prétendus à d'autres époques appelés à gouverner exclusivement la France ; ou les ministres sont tous ou presque tous des hommes connus, comme la majorité elle-même, par leur peu de sympathie antécédente pour la réforme complète , pour l'admission unanime des citoyens dans le cercle de l'élection souveraine; où les journaux privilégiés , remarquezi'le bien , ceux dont on ne bâillonne pas la bouche, ceux dont on ne saisit pas la main dans la rue , sont remplis tous les jours , je le dis , non pas seulement à ma profonde douleur à moi , non pas seulement à la profonde douleur de tous les amis modérés et sages de la République , mais « j'en suis sûr, à la profonde douleur de la majorité elle-même, dont quelques-uns se vantent d'avoir le patronage en se déshonorant; où tous ces journaux, dis-jc, ne seraient pleins que de conspirations en plein jour contre le gouvernement républicain et démo-

il GONSRflLBl DV FBVVIK*

cratique , où ils prêcheraient tous les Jours la mise en question do ces feibles et récentes bases que nous avons instituées pour porier notre sodété nouvelle , oâi Ton présenterait et dans ses feoiUes et dans ses théâtres le nom de Monek , de Monck , remarques-le bien , Tidéal des traîtres; où Ton présenterait, dis-je, dans ces journaux, sur vos théâtres, le nom de Monck à Tapplaudissement de ce peuple pour lui faire , pour ainsi dire , respecter d'avance , admirer et honorer la pins infâme des trahisons... » • H. ooDBLts. Qui a4-il donc trahi?

V. DB LAM&RTiNB. « Il a trahi la République. Je ne sors pas de ma pensée pour répondre à rhonorable interrupteur, je la poursuis. Il me demande ce qu^a fait Monck : ii a fait è mauvaise intention ce que vous voudriez foire sans mauvaise intentiez, avce irréflexion , depuis sept à huit mois , sous le gouvernement de la République | il a éliminé^ il a expulsé, il a épuré avee un soin inflexible et Tarmée et tous les gouvernements civils des protinces qui dépendaient de lui , tous les républicains , afin d*y mettre les arrhes et des gages à la monarchie. Je soushaite que , dans deux ans, vous fie me demandieB pas , monsieur, ce qu'avait fait Monck.

» Je disais que , dans un gouvernement où on verrait toutes ces choses , où on verrait de plus la dernière , celle qui les dévoile tontes, qui, selon moi, leur donne leur signification la plus authentique , une commission de diz-vept membres émanes d*une seule réunion de cette Assemblée , prendre hardiment l'initiative d'une loi qui va décimer, mutiler, retrancher, déchirer une partie du droit même sur lequel nous reposons tous ; je dis que si vous Usiez dans quelques années l'histoire d'un gouvernement et d'un pays pareil , mais vous n^auriex pas deux pensées , mais vous vous dires naturellement à vous-même ) Qui trompait-on donc ici?

» On se dirait avec raison : Mais de deux choses Tune , ou ce pays était complètement aveugle , ou ce pays était convenu avee hii-méme de faire une révolution par réticence.

» L'honorable M. Faucher me disait, en entendant mes der« nières paroles s « Noos nous glorifions de cette initiative, et nous » nous en faisons honneur. » 11 pouvait s'en dispenser, je l'avais dit moi-même^ J'honorerai toujours dans mescoUègocs les convietions fermes, l'initiative courageuse que je me sens à moi-même. Je ne les ai pas accusé de faiblesse , de déshonneur, de trahison • je ne les accuse que de témérité, et je vais essayer de vous lo prouver en quelques mots , si VOUS voulez m*aeeorder un moment encore. (Parlez ! parlez !)

• Messieurs, je suis peut-être mieux placé qu'un antre pour

lA GOmBlLLBE AP MOFUf

dire k mon pays , pour dire à mes honorables collègues de tontes les parties de celte Assemblée ce que c*est que le suffrage unÎTersel, et eomment, selon moi, cette révolalion de Février, que vous accusez tous, et dont le poids pèse, en effet, comment, dis-je, cette révolution aurait été sans issue, si elle n*avait pas eu Tissoe du suffrage universel*

» Vous le saves , depuis de longues années, cela ne date pas du ^ février, comme vous voudriez le faire croire; depuis de ion^ gnes années il f avait un travail sourd dans ce pays-ci , il y avait une antipathie symptomatique , malheureuse, funeste prélude des des guerres intestines et des séditions les plus dangereuses entre le parti prolétaire et le parti propriétaire de cette grande et magnifique société. L^CMivre de i789 , si belle cependant, ne s'était pas totalement accomplie : elle n'avait pas foit entrer, corrigée surtout comme elle Tavait été , comme vous voulez corriger celie-ci , corrigée, dîs-je , prématurément et trop violemment, elle n'avait pas fait entrer toutes les classes dans le cercle de la souveraineté et dfi droit électoral.

» Le suffrage universel a été le pacte d^alliancc entre ces deux classes de la société , dont la division ne pouvait faire que le mal commun de la civilisation et de la patrie ; c*est à Taide de ce suffrage universel constituant la souveraineté complète quoique r^ulariséc de tous , que vous avez calmé à Tinstant les agitations, les colères , les antipathies d'une de ces classes de la société contre Tautre, et aujourd'hui que cette œuvre était à moitié accomplie, à moitié acceptée , vous rendez , non pas le droit d'insurrection , ce droit qui , certes, n*aura jamais que ma malédiction sous quelque prétexte qu'il se présente^ mais le droit de murmure, mais le droit de grief à une partie de cette population , et vous voyez là de la prudence , et vous ne voyez pas que c'est là recruter précisément pour ce camp du socialisme mauvais, du socialisme envieux, jaloux, destructif de la propriété, mais vous ne voyez pas que c'est là recruter pour ce malheureux camp social , que c'est là témérairement, comme on le fît à Rome à une autre époque , rendre à cette partir ignorante , et ignorante parce qu'elle est souffrante , de votre population, un grief, un murmure, une plainte, un mont Aventin! (Vive approbation à gauche). Oui, c'est un mont Aventin que vous créez témérairement , follement, à un peuple pour lequel nous croyions l'avoir détruit ! (Trèsbien !)

» Messieurs, s'il ne s'agissait que de réglementer le suffrage universel , je serais avec vous , et j'y serais encore pour toutes les parties de votre proposition , bien qu'elle me semble intempestive et iaopportune,,qui auront pour objet d'épurer des indi^itésy

des incapacités comme celles qu'on signalait hier h cette tribune; mais, quant à relranclior une partie , un million , deux millions , un citoyen, ^si vous voulez , de son droit, de Tunaniniité lc{;ale , du droit général , sans acception de fortune , de condition , de situation sociale ; quant h aiïaiblir ainsi la base même, la seule base qui nous reste de l'autorité et du pouvoir en France, et peut-être en Europe, jamais, jamais je n'y consentirai.

» Messieurs, permettez-moi de vous le dire en finissant : vous cherchez le remède bien loin , et il est prés de vous. Vous cherchez le remède dans des épurations, sinon violentes, du moins téméraires , sinon ineonstilutionnelles dans la lettre , du moins bien imprudentes dans l'esprit ; et vous avez le remède bien plus près de vous j)our guérir, non pas seulement ces plaies du socialisme qui a déjà passé sur la France, sans laisser, pour ainsi dire, de traces sérieuses dans les imaginations du pays , mais encore celte grande opposition qui s'accroît, qui va s'accroître de jour en jour davantage, et qui, par un nullion ou deux d'électeurs , <jue vous allez retrancher, va rejeter contre vous dans l'urne du scrutin des millions et des millions desuilrages. Voilà la vérité. (Assentiment à gauche).

» Savcz-vous où serait le remède? Il serait la où aucun gouvernement , où aucune majorité triomphante ne s'est encore avisée de le chercher 5 et ne fût-ce que la nouveauté du fait , si j'étais de la majorité du nombre, comme je suis souvent de la majorité de cœur et de main, je voudrais essayer de cette politique et de cette invention nouvelle j la voici:

» Je voudrais que le gouvernement, pour la première fois , sorti de sa source , fidèle à son origine, ne rougissant pas de cette origine, et ne déchirant pas violemment dans les mains de ses propres mandataires le mandat en vertu duquel il existe (vive approbation à gauche), je voudrais que le gouvernement restât fidèle, simplement fidèle jusqu'au scrupule, jusqu'à la naïveté, puisqu'on a prononcé le mot, à l'esprit même de son origine et au mandat qu'il a reçu de poursuivre paisiblement, légalement, mais constitutionnellement la carrière courte ou longue qui lui a été assignée pur la Constitution.

» Voilà , selon moi , quel serait le meilleur remède à CCS agitations; voilà, selon moi , ce qui vous ramènerait des millions de voix, plus sûres, plus constantes et plus fidèles que ces voix que vous voulez recruter aujourd'hui (très-bien!). Je voudrais qu'au Heu de regarder sans cesse et d'appeler les yeux de ce peuple vers des horizons nuageux, et par là même suspects à la sagesse de ces populatieiis, je voudrais que le pouvoir et la majorité et TopiniOB conservfttrieo dans la Republique, qucles feuilles et les organes

LB CO.NSEILLEa OU F£UPL8*

qui dépendent d'eux, au lieu de regarder toujours vers les Tuileries, regvirdassent plus souvent vers celle modeste demeure de Washington, vers ce Mont-Vernon , dans laquelle le premier président de la Ucpublique américaine repoussa toutes ces olTres d'accroissement de pouvoir, de dcciminalion de pouvoir du peuple, de prolongation illégale du sien , que des amis téméraires coninjc vous, venaient sans cesse lui oflVir, et où il conquit, au lieu d'un pouvoir précaire , la liberté pour un monde tout entier, et Timmortalité pour son nom. (Vive approbatiou et applaudissements répétés à gauche).

» Messieurs , ne vous y trompez pas ; si je conjure le gouvernementcl la majorité d*adoncii', par tous les amendements compatibles avec la situation actuelle et j)ar leur inilialive, la loi qui vous est proposée, si je les conjure de respecter scrupuleusement la Constitution dans sa forme, dans son esprit et dans sa lettre; si je conjure le pouvoir exécutif de ne voir d'honneur pour lui et de salut et de force pour le pays que dans la Républi(jue, ne vous trompez pas au sentiment qui me fait parler ainsi: ce n'est pas pour couvrii' ce que Ton appelle les républicains de la veille, du jour au lendemain , de la sauvegarde de la République ; non , croyez-le, c'est pour couvrir ces intérêts sacrés de la conservalion, de la civilisation , de la proj»! iété et de la société, qui nous sont communs avec vous; car, enfi/i , nous ne sommes pas des ilotes dans noire pays ; c'est pour les garantir de ce vertige qui semble les saisir en ce moment , et qu'on semble se plaire à aggraver à celte tribune et ailleurs; c'est pour les prémunir contre ces passions conservatrices , qui dépassent en ce moment leur but.

« Sachez-le bien , il ne s'agit pas pour nous de misérables questions de prééminence dans la majorité ou dans la minorité , ni de revenir à ce pouvoir précaire dont nous avons assez bu le calice pour en être dégoûtés à jamais ; non, il s'agit, je le répèle, d'intérêts plus sacrés. Quant à nous, noire sacrifice est fait; je parle pour moi , le mien a élé fait du jour où , dans une tempête que je me rappellerai élernellenjent avec douleur, car je ne l'avais pas provoquée, comme on Ta dit , je me suis élancé à une tribune comme celle-ci pour saisir quoi? une révolution qui pouvait se convertir à l'instant en anarchie , en démagogie, et pour la fixer avec vous , avec l'Assemblée constituante, en république permanente , stable et modérée. (Nouvelle approbation à gauche).

n Je sais assez qu'à toutes les grandes oscillations des sociétés comme celles-ci, il faut des victimes émissaires, des expiations , des épurations , de ceux-là mêmes qui ont été les n>odérateurs des événements j eh bien! satisfaites par nous ce besoin de touslcs temps.

M CONSBIUAft 1>U WWËMf

» Si ce n*e8l qoe le nom de républicain qu TOa$ embarmae $ s*ii ne 8*agil dans celte enceinte que de se dupuler le timon de ee vaisscan-gonTernement, naviguanl avec tant de pdne et an mi- •lieu de tant d*écaeils, ne pensez pas à nous , jetes-noos à la mer , jnais sauvei le vaissean de la République ; car le vaissean de la fiépnblique, selon moi, est le seol qui puisse saaver la sociëlé dans le port que nous roulons tons. (A gauthe. Très-bien I).

» Puisque je suis monté à. cette trlbnne, et puisque j*ai dit ma pensée tout entière , sans insulte , on me rendra celte justice, à la majorité, à la commission et au gouvernement , je ne veux pas en descendre sans la dire aussi tout enti^ au peuple, h ce peuple qui a écouté autrefois ma fiiible voix.

^ Oui, je lui dirai hardiment aujourd'hui , sans risquer une popularité qoe je n*ai plus , sans appeler une popularité que je ne prétends plus reconquérb, je lui dirait O peuple agité par tant d*incertitudes , par tant d^incrédulité , par tant de secousses , par tant de provocations ; 6 peuple qu*on entretient ainsi entre Tirritalion et le marasmci comme si le génie vaincu de la monarchie ^agitait encore sous ses ruines , semblable au feu souterrain du temple qui dispersaitles travailleurs ! si vous avcs autrefois écouté avec déférence ma voix qui vous a bien conseillé, grandi , élevé au-dessus de vos passions, aidé à vous vaincre vous-même , la plus belle des victoires , et qui ne vous a laissé vous souiller et vous déchirer que le jour où vous Tavez étoufTée pour écouter vos flatteurs et vos corrupteurs... (A droite: Très-bien! très- bien !) ne les écoutes plus aujourd'hui quand ils vous disent de répondre au droit souverain de votre reinaésentation nationale par le droit fatal et exécrable d*insurrection... »

Voix à àrmlfi^ Comment I le dtfiit d'insurrection...

«• jLi iptaiaTaR na la iIOSTICI. Ce n'est pas un droit !

m. DB unARTiNB. « Je m^étonne qu'un ministre de la justice , quija entendu les deux épithètcs de latal et d'eiécrable dont j'ai inractérisé ce droit , a^y trompe !

' » Je sens Xrôp la solennité, je sens trop la gravité du temps pour qu*une interruption, quelque mal fondée, quelque malveillante, quelque obstinée qu'elle puisse être, m'empêche d'achever jeî une pensée toute loyale. (Parlez ! parlez!) »

» N'y repondez pas, disais-je au peuple, par ce prétendu droit exécrable, fatal, d'insurrection; ni même, ajoutais-jc, ni même par ce prétendu droit d'agitation ; encore moins par ce refus d'impôt qui ne serait, selon moi, que Tinsurrection à domicile, que la guerre civile portée au foyer de chaque citoyen. (Très-bien ! très-bien !).

» Non; nV réponda pas, lors même que voire représentatioB

LI CONSBILLCK DU PBi;Pl.t«

TOUS paraîtrait se tromper; il y a des retours de sagesse aux erreurs des assemblées, il nV en a poiot aux malheurs des insurrections ! (Très-bien ! très-bien !).

■ Vous marchez entre deux haies d'ennemis, dont les plus dangereux pour vous ne sont pas coux qui vous retraiicheraient, peut-être témérairement, quelque portion de votre droitdc souveraineté, mais bien ceux qui vous cnj^ageraient à Texai^érer et à le pousser jusqu'au désordre et jusqu'aux guerres intestines, unanimement exécrées dans ce pays par tous les partis. (.Marques d'assentiment).

• Ne prêtez pasde terrain, ne prêtez pasde prétexte à ceux qui en abuseraient contre le droit sacré, contre le droit sauveur de votre souveraineté unanime. Vaincus, la République périrait avec vous. Vainqueurs, vous seriez entraînés peut-être à des excès qui flétriraient, pour un siècle, votre cause. (Bravos à gauche).

» Vous avez commis des fautes ; vous avez eu un tort, un tort bien condamnable, bien funeste, à la première cpo(inc d'installation du pouvoir dans cette enceinte j vous avez fait, ou du moins une partie infime, égarée d'entre vous a fait la honteuse journée du iS mai; et les fatales et exécrables journées de juin.

» Souvenez-vous-en , et expiez les aujourd'hui par les ombrages , les uns légitimes, les autres exagérés, que ces excès ont motivé contre tous, dans le sein du pays indigné! Montrez que vous n*étes plus le peuple du 15 mai ni du 23 juin, mais le peuple du fi février, nous aidant à dompter Y0us*iiiêiiie la démagogie ! et le pcnple dn 16 avril et de ces immortelles âeetioosde 4848, qui ont sauvé el fondé, à runanimité, la Républiqae régulière, civilisée, nationale, irréprochable comme vos ctears el comme vos droits! (Trcs-bîen!).

• Renonces désormais à tonte pensée de violence; désarmez vos ennemis, si roos m sves, de vos torts el de la eraînte qvHIs ontdtt peuple! C*esl ainsi que vous anres vaincu par voire débite même, et que vous vous assurem la victoire définitive en vous réservant pour toute arme la justice et la patience! La juslice, qui donne Topinion, el la patience, qui donne le temps, ces deux élémento invincibles de lacause des pen pies ! (Braves unanimes à droite el à gauche).

• El puissions-nous, messieurs, puisson»-uoos dans deux ans dire k ces détestables agitateurs de toutes les nuaiioes, avec inten* lion deloutes les nuances (mouvement), à ces détestables pessimistes qui semblent se complaire à agiter le peuple, à prophétiser le IrooMe pouf le faire naître... (Très-bien ! très*bien !) qui sembienl tenter la sagesse du pays, comme si cette sagesse était un reproche pour eux? puissions-nous dire, dans deux ans, à ces agitateurs d*une autre espèce qui semUenl vouloir prendra la H-

Il ceN8BiLi.BK OU vgonx.

berté en flagrant délit pour avoir le droit de la sopprinHer et ^ ki punir.», (lùram!)* puissions-nous leur dire, après deox années passées dans le eabne, et en entrant ou en isortairt de oetle enesîiite* au gré du suffrage universel :

» Vons eves élé trompés dans vos prophéties ; ▼dot avei été déçus dans vos espâranees; vous ayez donné rendes-Tons à In tempête, mais la tmpéte a élé plus sage que vons, elle ne viendra pas. 9

(Applandissemcnt et bravos prolongés 3 roralenr reçoit de non* brenses lëUeitations. La aéanoa est snspendne pendant près d^one denû-benre).

M. Barodie répond à M« de Lamartine. Il fiit à la tribune de longues citatbns du CoHMàllÊr duPeuple^ pour prouver que M. de Lamartine reeonnaissait des inoonvénients de détaits dûis reser* eice du snffirageoniversel. Ces inconvénients existent assnrément, ropinion publique doit les signaler* mais VAmuMéa ne peut leo corriger oonstitntionneUement qu*à Tépoque légale, et dans le» formes voolnes pour la révisbo de la Constitution* Le diseon» de M. Bambe ne fiiit avane^ ni reculer le débat.

On attendait avee in^tienee le discours de M. Tbîen*

M» Tbiers est Toraleur le plus éminent de la miyorUé ; on at« tendait de sa bouche Targument décisif qni avnit pn porter In commission des dU«eept k mutiler le anffnge nnivcîml. Cet argument le void }

» Blaintenant, ces bomaes que nous avons exclus, est-ee le» pauvrssP Ce n'est pas k pauvret e*est le va^bond qui souvent, par des moyens Ueites ou illieites, gagne des salaires considéra-* bles, mais qui ne vit pas dans un domicile à Jni appartenant, qui se bâte, quand il est sorti de Tatelier, d^iUer au cabaret, qui ne met aucun intérêt à son domicile, aueun. Save9*voua pourquoi ? Paroe que souvent il n*a pas de famille, ou qudquefois, quand U en a, il ne sintéreise pas à radie qu*il habite.

Il y a une quantité de ces vagabonds qui ont des salaires cou- •idérables; d'autres qui, par des moyens illidtes, gisent suffisamment pour avoir un domidle, qni n*en veulent pas avoir. Ce sont ces bommes qni forment, non pas le fond, mais la partie dangereuse des grandes populations agglomérées ; ce sont ces bommes qui méritent ce titre, Tun des plus flétris de Thistoire, entendesvous, le titre de multitude. Oui, je comprends que certains hommes regardent beaucoup de se priver de cet instrument, mais les amis de la vraie liberté, je dirai les vrais républicains redoutent la multitude, la vile maliitude quia perdu toutes les républiques. 4e comprends que des tyrans s^en accommodent parce qu'ils la nourrissent, la chàUent et la méprisent; maïs des républicnina

LB CONSULLIl DO PEUflM

«hérif la mttUilade et la déindre! ce sont de tes répaUiaitiis, ce sont de maoTais rêpablicaiiis.

» CeaoQl'des répnUicainsqui peuveol ctnnaitrc lotîtes les pro^* ISendean da socialisme, mais qui ne connaîasent pas l'histoire. Voyes*la à ses premières pages, elle vous dira que cette misérable moltîittde a livré k tous les tyraas la liberté de toutes les républiques. Cest eelto multitude qui a iirré à César la liberté de Rome pour du paifi el du cirque.

• C'est cette multitude qui, après avoir «ocepté en échange de la liberté roroaioe du pain et du cirque, égorgeait les empereurs ; qui tantôt voulait du misérable Néron et Tégorgeait quelque temps après par les caprices aussi changeants sous le despotisme qa*ils ravaîent été sone la république; qui prenait Galba et regorgeait quelques jours après, parce qu'elle le trouvait trop sévàe; qui ▼oubit .débaucher Othon, qui prenait Tignoble Vitelhus, et qui, n'ayant plus le connge mime des eombatSi Uvra Rome aux Aar« bores.

t C*est cette vile mullitude qui a livré aux Médicis la liberté de Florence; qui aenUoUaade dans lasage Hollande, égorgé les Witt, qui étaient comme vous te saves les vrais amis de la liberté ; c'est cette vile multitude qui a égorgé Bailly ; (fui, après avoir égorgé Bailly, a applaudi au supplice, qui n'était qu'up abominable assassinat, des Girondins; qui a applaudi ensuite au supplice mérité de Robespierre, qui applaudirait au vôtre, au nôtre ; qui a accepté le despotisme du grand homme qui la connaissait et savait la soumettre; qui a ensuite applaudi à sa chute, et qui, en iSlS, a mis une corde à sa statue pour la faire tomber dans la boue. •

M. NAPOLÉON BONAPARTE, de sa placc. Ce sont les royalistes.

M. Jules Favre avait précédé M. Thiers à la tribune, et, dans undiscours incisif, avait mis à nu la pimsée secrète du parti le plus exalté de la majorité.

M. Grcvy se chargea de répondre à M. Thiers, et, avec cette puissance de logique de déduction qui fait de M. Grévy le premier dialecticien de rnssomblée, il avait parfaitement prouvé les nombreuses antithèses de la loi avec l'esprit de la Constitution.

Mais le discours qui devait peut-être le plus complètement faire réfléchir les esprits et les faire rentrer dans la voie de la vérité, était le discours de M. de Flotte.

Appelé à la tribune par une provocation de M. Thiers, M. de Flotte a déclaré que le pouvoir en France ne pouvait appartenir ni au parli rétrograde que \é pays connaissait trop, ni au parti avancé que le pays ne connaissait pas encore. C'était entre ces deux idées extrêmes sur le terrain de la République, de la Constitution, de la modération, que le gouvernement devait marcher.

tl CORSIItLIR DIT ^llf»L«.

Ce dîMSours calme, grave, éleTé, modéré, produit sur l*A$seiif-

bléc une vive impression.

Le débnt se trainc encore dans des redites, dans des personnalités, des duels d'injures, de scandales, et après une discussion de ffuinze jours, rÂsscmhléc vote la loi électorale, sans vouloir admettre une seule atténuation. Un membre consciencieux de la majorité, M. Vesin, avait présente un amendement; la majorité le frnppc d'interdit, et sous le coup de celte contrainte morale, il vient balbutier à la tribune une sorte de rétractation*

Le lendemain, M. Léon Faucher lit un rapport sur If» pétitions que la loi électorale a provoquées dans le pays.

Deux mille signatures ont approuvé la mutilation du suffrage universel. Cinq cent mille signatures Tout désapprouvée. M. Léon Faucher propose de donner raison aux deux mille signatures, et déférer aux tribunaux une partie des pétitions contraires.

L^ass emblée vote les conclusions du rapport.

La politique extérieure n'a à enr^istrcr ce mois qu^un grave événement : le rappelle de M. Drouyn de THuys. Nous pouvons être assurés que la paix du monde n*en sera pas troublée4

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LE

JOURNAL

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M. A* DE LAMARTINE

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