LA PAIX PUBLIQUE A TOUT PRIX
BBS IMPATIBfICBS DB GOOTBIklVBMBNT (I)
Nous l'avons dit, les fatales journées de juin 4848, la manifestation du 13 juin 1849 , furent les impatiences d'une partie du peuple de Paris et de quelques hommes qui . ne sacliant rien attendre du temps et de 1î) raison publique, voulurent faire violence à la force des choses, et succoaibèrenl heureusement, comme succombent toujours ceux qui luttent avec Pheure de Dieu.
Disons-le avec douleur ; les tentatives hâtées, prématurées, irréfléchies, que les hommes qu'on appelle chefs de la majorilc. d'accord avec les chefs responsables du gouvernenicnt, paraissent vouloir faire, avant le terme légal, pour revenir sur la Constilur tion, sont des impatiences mal inspirées qui feront réussir, peutèlrc, un jour ou deux leur ressentiment, et qui feront succoin)>cr pour de longues années mêmes leurs bonnes pensées.
Hélas ! notre histoire récente n'est pleine que des ruines entassées sous Dps pa^ paf le résultat dp ces iucorrigibles impatients de Tordre.
Que fut le 40 août 1792? le contre-coup aggravé et multiplié par les girondins et les jacobins des inquiétudes et des alarmes que les impatiences de Téraigration, du parti de la reine et du parti de la révision de la constitution excilèrqnl dans la masse crédule et irritée du peuple. On sait la fir).
Que fut le 51 mai, qui précipita, proscrivit et tua les girondins^ Le résultat de Timpaticnce et des témérités de ce parti impatient d'accuser, de renverser, de proscrire des adversaires-faibles de nombre, mais à qui les accusations mêmes dDunèrcnt la popularité ctlaforise. Louvet, Barbaroux, Brissot, Lasource, Isnard, curent
(1) La prémwlationdela loi turles maires dont une décision imprévue de l'Assemblée vient de prononcer rajournemenl, a rcUrdé la publication de cet article écrit sous l'iropressiou et dan» l urgence du vote de la loi éieciorale. Nous n'hésitons pas à le rétablir tesloellemeiit. Un conseil d'appaisemeal «t de sagesse adressé au peuple sur une question au»! grave, aussi générale et aussi permanente par sa nature même que la tékm% du wSinge universel aura loujoursion à propos et son opportuoitt;,
IB €01ISBULBR DU PBUPtB
hâte de se défaire ptr la parole' ei par des actes de majorité, des hommes qui les inquiétaient dans TAssemblée ; ceux-ci s*ea défirent le 51 mai par ic tribunal révoiaiioniiahre* ia France pourtant était et devait ôtre bicntèt girtmdÎHe. Mais les girondins n*attendirent pas la France et son heure. Ils furent perdus par les pensées mô.ncs qui leur auraient assuré lie triomphe un an plus tard*
Que fut le 9 thermidor? Le résultat de Pimpalience de Robespierre et du parti jacobin, qui, non content de gouyerner et de supplicier la 'Franoe par la main obéissante de ses proconsuls, voulut encore arborer une dictature plus personnelle, étouffer jusqu*au murmure de ses complices duns IWssemblée, et devancer, par rinsurreclion et parla proscription, les niuiiidres symptômes d'iiidôpciulaMcc et d*(iumaniic cntrcnus dans la Convention.
Que fut le 18 fructidor (leçon, hélas! bien rapprochée, bien signilicalivc et bien analogue à ec que nous cni revoyons)? Le 18 fructidor ne fut pas autre chose que le résultat de Timpatiencc de quehines représentants jeunes et téméraires et de quelques généraux étourdis qui, non contents d'avoir une majorité d*ordre et de raison eontre les jacobins anéaniis, voolurent encore con-r spirer contre la Hépublique et improviser une monarchie de réaction. La Hépublique cuhnée et assoupie se réveille devant ce fantôme de restauration hors de propos, et rejette les impatienta andelà de TOccan sur les rivages de la Guyane.
Que fut le 18 brumaire? Le résultat de Timpatience ambitiease d*aii soldat heureux et popuUire, qui, ne pouvant pas supporter d'égal aux yeux dc sa patrie, 8*insurgca contre la libiM'lc, voulut faire de l'ordre personnel au lieu d'aider à refaire l'ordre national, confisqua la constitution, ajourna d'un siècle le progrès du peuple et dc la raison humaine, éblouit l'Ëurope, la ramena deux fois au cœur de la France, abdiqua sur des millions de cadavres et mourut captif sur un rocher.
Que fut la chulc de Charles X en 1850 ? M. dc Chàleaubriand cite dc ce prince un mot que le dit : ce fut une iiTipiilience. « Les libéraux conspiraient contre moi j les idées libérales gagnaient du terrain. J'ai voulu les prévenir. Voilà tout. « C'est l'histoire en effet des journées de juillet. Un parti iuipaiient des dilTicuItcs du régime constitutionnel, empressé de revenir en arrière, dan» l'intérêt, pensait-il, de Dieu et du roi, entoure ce prince, lui fait peur dc la pente où la conslilulion l'entraîne, de rélection qui était cefiendant loin d'être universelle alors, de la presse, des journaux, des doctrines, et lui dit : u Devancez vos ennemis, ou vous allez périr. » Chartes X les écoute, il croit en conscience éviter rabîme, et il y eourt !
• £t entiu, qu'est-ce que i84S? L'impatience d*ua roi cuivré dc
Ll CONSBILlBft DU PBUrLB*
ses SBcoès faciles tant qo*il ne sort pas do eaorant modéré de la démocratie, pour le remonter ou pour roccumuler trop fort en lui résistant avec bravade. Ses orateurs lui demandent, à ta Cbam* brc des pairs, de mettre les armées françaises en complicité avec le Sonderbunds véritable guerre intentée à la liberté de eonscienoc des peuples* A la Chambre des députés, ils soutiennent ses résistances à tout élargissement du droit de suffrage ch^ctoral; ils le flattent dans la pensée de faire les fortifications de Paris et de rendre le trène inexpugnable en rentournnt de forteresses et de canons contre les insurrections futures. Ils lui consciltont df^ dédaigner Topinion qui murmure, les masses qui se désuireciionnent, de rossorrersa majorité acquise et ses troupes fidèles autour de lui, de refuser même Texamcn légal du droit de réunion, de se bâter d*unir son sang au rang des Bourbons (rKspagne, dans une pensée dynastique, sans s'inquiéter des intérêts nationaux de la France, à qui ils font perdre le pivot do la paix du monde en provoquant hors do propos la haine de rAnglelerre. lx> monarque, impatient de reprendre Pallitudc et la base de Louis XIV, ne veut ni entendre ni attendre* II tombe dans un éblouissement sans pouvoir accuser personne, excepté le VH*tige, de ravoir poussé. •
Tous CCS exemples me reviennent en mémoire en lisant, en écoutant, eni voyant ce qui s'écrit, se dit, se fait depuis deux mois dans le sein du parti des impatients de Tordre, dans la majorité et dans le gouvememenf . Il y n malheureusement un nuage entre eux et riiistoire d'bier. Ils no la voient plus. Je voudrais chasser ce brouillard avec mon souffle ou avec ma plume, et les forcer à entendre et à lire pour les forcer il réficcliir et à s'arrétei*. Ces hommes sont en petit nombre; lïcaucoup d'entre eux sont des hommes de bien, des hommes d'une haute portée d'intclii'^once, des hommes dont je comprends les pcnsécs comme si j'étais de leurs intimités politiques, des hommes qui ne conspirent pas dans le sens adject et coupnble du mo', des hommes qui ne yenlent vraisemblablement au fond que les choses que nous voulons presque tous, c'est-à-dire rasseoir, régulariser, consolider un ordre social attaqué trop proftindémenl par les radicaux du progrès, et créer un nouvel ordre politique stable avec des conditions de légitimes améliorations pour les classes non possédantes, et de légitimes conservations des droits acquis par les classes plus nombreuses qui poss«'denl. En politique, je ne calomnie jamais mes adversaires, car je ne veux pas les perdre, i^ais les ramener.
II. Voilà, je n'en doute pas, ce qu'ils veulent au fond tous, h Texccption de quelques implarabies qui voudraient risquer d'abimcr la France pour la satisfaction do leur coterie, et perdre
1,E COMS£ILLBE DU MCPUif
la patrie pour se venger du passé l Ceux-là sont si peu nombreas qu'ils ne comptent pas. Ce sont les suieides politiques; il n*y • ni loi, ni raison, ni patriotisme contre eux.
Mais la niasse de la majorité et sa téle veulent à peu près ce que je dis là, c'est-à-dire ce que veulent également la masse et la téte du parti républicain. Qu'est-ce qui sépare donc ces meneurs de la majorité de nous ? C'est riropalienec! L'impatience qui trouble Tesprit, qui altère le jugement, qui confond les heures, qui précipite les mesures, qui cueille avant le temps, qui déconcerterait Dieu lui-même, si la Providence pouvait être déconcertée, en jetant la perturbation et la confusion à travers la marche lente et régulière de ses desseins.
IIJ. Et d'où vient celte impatience? De trois choses : manque de foi d'abord dans l'opinion, cette providence d'en bas j de la peur ensuite, cette mauvaise conseillère de tous les partis ; de î'irrcflcxion enfin, ce vice du caractère de la nation.
Que se disent ces hommes de panique, oublieux déjà de tous les nii racles qui les ont sauvés depuis le âi février 1848 Mis se disent :
« Il n'y a pas d'intervention continue de la sagesse et de la bonté suprême dans le ^gouvernement des sociétés. II n'y a point d'instijict socini qui empêche les sociétés humaines de périr. It n'y u point de loi de la gravitation pour le monde moral et politique qui rallie aulonr d'un centre éternel (la raison publique) les volontés anarchiqucs cl les inlêrêls contradictoires des classes cA des individus, et qui les force à prévaloir sur l'état sauvage ou sur les anarchies dont les vices et les passions humaines menacent sans cesse et partout l'ordre social ou politique. Si notre petit intérêt, ou notre petite idée, ou notre petite secte, ou notre petite politique, ou notre petite passion, ne triomphe pas sujourd'hui ou demain, c'en est fait du monde; Dieu ne peut sauver lo monde que par nous et par les moyens que nous comprenons î «»
Ceci est purement le blasphème innocent d'un fou qui se croil au niveau et au lieu et place de la sn^^ossc organisatrice, conservatrice et rénovatrice suprême de Tordre social. Ce blasphème étonne surfout dans la bouche d'hommes qui usurpent le monopole de parti religieux. C'est une religion bien étroite que celle qui ne voit rien au-delà de sa propre sagesse.
IV. Ils se disent ensuite : « Voyez le suffrage universel; c'est nnc marée qui monte et qui dans deux ans va submerger nous, nos biens et nos idées. Voilà un choix socialiste ici, voilà un choix terroriste là ! Voilà un suffrage ultra-républicain dans tel département, voilà un suffrage anarchique dans tel autre ! Voilà un journal, voilà un discours, voilà un eiub, voil) un cabaret»
|;E COMBBILLBft OU PBUPLI»
sortent des voix folles oa exécrables ; voilà un régiment qui tote de Iravers, voilà un iauboorg on un hameau qui votent sans savoir quoi I Voilà un homme ou une coterie qui se déplace de notre majorité dans TAssemblée et qui va porter sa force dans telle on telle question à une idée contraire à la nôtre! Qu*allonshous devenir, quand ces craquements successifs et désordonnés de notre petite machine léjtislative auront amené la dissolution de notre parti dans TAssemblée? Nous n*avons que le temps nécessaire pour mettre à paofit ces avertissements, pour contraindre ia raison publique à s*lnféoder à nous tout seuls* pour comprimer de nos petites mains tous les organes de celte pensée qui nous abandonne et qui nous effraie, pour tourner TAssemblée, le gouvernement et Tannée contre les Institutions populaires et i^publicaines, pour refaire vite et d*urgence un gouvernement de force physique contre un gouvernement d*oplnion et d'action morale. Prenons le désespoir pour conseil ! N'attendons pas Theure qui va nous dévorer! Attaquons à visage découvert, et, s'il le faut, à maift armée, les avant-postes de la Constitution f Faisons la guerre de Rome (c'est-à-dire la guerre contre-révolutionnaire) au dedans ! Révisons, pendant qu'il en est temps, l'œuvre que nous avons faite il y a trois ans, et effaçons-en tout ce qui nous trouble et tout ce qui nous déplaît, tout ce qui nous dépasse ! Renouvelons de l'histoire des Ginmâinê cette fameuse commission des 2â qui jura de sauver la patrie, qui exdta les ombrages de la Convention tout entière, qui fit fermenter le Peuple, et avorta de tout, mais qui n'avorta pas de la terreur. »
V. Hommes de plagiat qui ne savent imiter que des avortements et des mesures surannés ! 11 y avait, il y a cependant une grande chose à inventer pour ce pays-ci, c'est la probité constitutionnelle, qui, en respectant la loi, la rend respectable aux autres, et qui, en se confiant à la raison d'un grand peuple, l'c!ève à ses propres yeux, et lui fait prendre foi dans sa sagesse et dans sa souveraineté!
Et d'où viennent ces impatiences et ces paniques? Si elles ne viennent pas de la mauvaise foi, elles viennent évidemment de Tirréflexion.
Quoi! vous VOUS impatientes et vous faites trembler la France de tous ses membres, parce que dans une cleclion partielle de quarante représentants (au scrutin de liste! mode absurde, trompeur êt unanimement répudié quand il sera temps), parce que, dis-je, dans une élection de quarante reprcscnlanls, la majorité n'a prévalu que de dix au lieu de prévaloir de tous ? parce que Paris tiraillé, provoqué, cajole pour donner sa voix h des noms • commandés par vous, a préféré (imprudemment selon moi) la
LE COiNSSlLLSa DU PEUPLE.
donner h des noms pnlronis par des comités socialistes? parcè que Saonc-ct-Loirc a donné six représcn unis à la Montagne? j)arcc que, sans le savoir et sans le vouloir, tel ou tel autre départenient aveuj^lé par le scrutin de liste a donné mandat à lel ou tel radical dont il ne connaît pas niême les idées, et qu'il deslitnera de sa confiance le premier jour où il aura parlé? Quoi î il faut réviser, avant l'heure conslilutionnellc et par coup d'Etat parlementaire, la République, parce qu'une Assemblée pi'u sympalhique à la Ré[)ublique ne compte que se|)t cents rcprésciilants dévoués à Tordre social sur sept cent cinquante ? Quoi ! vous croyez que dans dcuv ans la Fraîice avertie, attentive à sa propre destinée, debout partout pour son salut, pour ses foyers, pour ses familles, pour ses propriétés, pour sa morale, pour sa civilisation, va envoyer sept cent cinquante radicaux socialistes, terroristes, anarchistes, pour lui faire son sort? Mais vous supposez donc que la France a perdu à la fois tout intérêt et tout bon sens? Mais vous avez donc oublié tous les actes d'instinct, d'énergie, d'unanimité, de prévoyance, de. sagesse, d'ensemble, de protestation armée ou désarmée contre le désordre, l'expropriation, le meurtre, le bouleversenient socicd qu'elle a d'elle-même accomj)li à heure fixe toutes les fois cprellea vu le danger de prés cl qu'elle a été sommée d'y pourvoir, ou par son propre mouvement ou à la voix de quehiues hommes? Mais vous poussez donc rirréfioxion jusqu'à l'ingratitude envers ic cici et jusqu'à la calomnie envers votre nation î
TI. Pernïettez-moi de vous faire rélléchir, non pour vous accuser, mais pour vous rendre le sang-froid nécessaire surtout à des hommes d'Etat.
Où en étiez- vous, vous, hommes d'Etat des monarchies écroulées sons vos mains ou sous vos pieds? où en éliez-vous, vous grands ou petits propriétaires du sol? où en en étiez-vous, bourgeoisie tombée inopinément entre les mains du Peuple le 24 février 18i8 au soir? Voyons, souvenez-vous, et récapitulez!
Le tronc aux Tuileries? brûle par la main d'une insurrection sans obstacle !
Le roi et la dynastie? l'un en fuite, l'autre protégée par le malheur et par le dévouement de quelques anus aux Invalides.
La Chambre aristacratique des pairs? dans l'impossibilité de se réunir, et intercef»tée par l'insurrection victorieuse.
La Chambre des députés? deux fois envahie à travers un inutile rempart des troupes sans direction, qui s'était ouvert devant lo Peuple.
L'armée? immobile, sans chefs, attendant l'ordre du pays poiur se rallier à lui seul.
LE CONSEILLSa DU PEUFLl
Le gouvernement? sortant , sans autre droit qne l\irf]jonce et sans autre litre que le dévouenu iit. des iultcs et de raoarchic vaincue à son foyer de rilùlcI-dr-Villc !
La eapitale? livrée sans force publique au peuple scnî.
La ^ardc nationale? annulée dans son aciion par le caractère exceptionnel que lui donnait son mode de recrutement trop exclu- Mvement J)i)ni <;('(>is.
Les dépai U inents? tous insurges au clief-Iieu cl ayant iniprovisé des administrateurs révolutionnaires.
L^adniinistration ? abattue, anéantie, anarcliiqnc partout!
La paix et la guerre? à la merci de ijU( hjues hommes dont un appel à la propa*^ande armée pouvait ouvrir des écluses de sang sur la pairie et sur toute l'Europe!
Le Trésor? presque à vide et eliarj^é par le gou ver ncuicnt précédent de 900 ruillioiis à payer en deux mois !
L'impôt? voionlaire ou tari sur toute la surface de la France.
La dette publique ou le crédit? pouvant étie anéanti ou par la banqueroute ou par les as^^ij^nals, si le g(iuvernement avait fatalement prononcé un de ces deux mots de ruine.
Les lois, les propi ictés. les vies des citoyens? en interrèpine forcé pendant les trois mois de la dictature du Peuple, et n'ayant d'autres garanties que la raison, riniinanitc cl le respect des hommes à qui ce peuple conscnlail à obéir!
Vous étiez à la merci de celle tliclalurc révolutionnaire du Peuple, et si cette dictature avait voulu se prolonger connue des partis extrêmes le lui commandaient, elle l'aurait pu sans doute, et la France, justement soulevée, iraurail reconquis ses suprématies àur Paris que dans «les llols de sang!
VII. Voilà le tableau vrai, exact et non assombri de la situation de ce peuple et de vous et de nous il y a vingt-six niois!
Et maintenant, voyez par quels degrés, d'abord escarpés et difficiles, puis faciles et insensibles, celte nation que vous accusez de s'abandonner clle-men^e est rcmont^'-e au point d'où vous voulez la précipiter dans l'inconnu, sous prétexte qu'elle ne remonte pas assez vile. Elle est remontée... — A quoi? à la monarchie? Non • mais à l'ordre républicain, à la démocrulic gouvernementale et organisée.
En une nuit, celle du 2i au 21) févi-iei-, nuit dont vous ne connaissez ni les ténèbres, ni les convulsions, ni les périls, elle se donne un gouvernemeni î illégal, révolulioniiaire. sans droit, sans unité, pitoyable, exécrable, accu^able, si vous voulez! Tout ce que vous voudrez! J'en étais, je dois le livrer à vos injures; il s'y attendait en vous couvrant de son corps contre l'anarchie. C'est parce qu'il s'y atle^idait, c'est parce qu'il s'y dévouait sciemment,
LB COaSBILLBR DU FBOP&B*
qu^il y aura peot^re quoique retour de justice pour lui dans VHîs* toîrc. Le temps n^emprunte la voix de personne pour juger ; il juge sur des services, et non anr des injures. Mais enfin, ce gon^ vernement avait ce mérite au moias dMire on gouvernement. Un gouvernement, quel qu'il soit, est toujours un immense avantage sur l^anarchie.
Voyez ce Peuplesîcalme, si discipliné, voler audevant de l'obéîs^ sance.
Il fraternise avee Fermée, écartée un moment de la capitale par prudeneeet par respect pour elle, quoi qu'on en ait dit.
L'Indiscipline et la dissolution de cette armée sont prévenues. Le gouvernement la recrute au lieu de la lieeneieri il sent que PAssemblée souveraine en aura bientôt besoin pour la France.
La garde mobile, destinée h la répression soudaine des insurrections populaires, est formée en quatre heures des éléments mêmes qui pouvaient agiter le plus Paris. Son sang, trop peu apprécié, h écrit aux journées de juin ses services à la société, et le salut de la capitale sur les pavés de toutes vos rues.
L'échaland révolutionnaire estaboli aux applaudissements d'une révolution sans obstacle.
Pas un citoyen, en troia mois, n'est proscrit ou jeté dans les prisons pour cause d'opinion*
Les relations pacifiques sont rétablies aveedignité entre FEurope et nous, La guerre de coalition devient imposable. Or, la guerre c'est la tyrannie révolutionnaire an centre, les emprunts forcés et les tribunaux de sang à Paris. La paix malntenne écarte tous ces dangers extrêmes de l'intérieur.
La représentation légale et universelle est évoquée en trois mois dù fond du pays, et vient s'emparer sans résistance de la souveraineté qui lui est due, etqui lui est préparéeet restituée pour la dictature du Peuple.
Cette représentation , qui offusquela démagogie des ateliersDationaux et de quelques dubs, triom|)he deux fois, le Itf mai et le 23 juin, par la main du Peuple, de la garde mobile et de Tarmée, des factions désespérées qui l'attaquent.
L'Assemblée constituante se donne quelques mois d^nn gouvernement militaire et délibère en paix une Constitution.
La Constitution est proclamée sans une résistance, en France.
Le gouvernement militaire se retire avec loyauté et remet le pouvoir II un pouvoir exéeutif présidentiel nommé par le suffrage imposant du Peuple.
Les lois s'élaborent, se votent , se corrigent, se font obéir. Les dubs, ce seul obstacle permanent à Taetion d'un gouvernemeai régulier en France, disparaissent devant la loi.
L'armée, formée par le Gouvernement provisoire du 24 février, se complète et se dévoue à Tordre intérieur, premier besoin dc la patrie et première gloire de ceux qui représentent la force publique.
Le président nomme et modifie ses ministres avec la liberté dc mouvement du gouvernement le mieux affermi et le plus enraciné au pouvoir.
Le suffrage universel , une troisième fois interrogé , nomme une Assemblée législative où une immense majorité donne des gages si surabondants à Tordre, que la révolution même en est iin moment menacée.
La sagessé nationale modère cette majorité même et la force à se contenir patriotiqucment et prudemment dans le cercle du salut eommun : la Constitution. Les lois organiques se font. Les aiSaires reprennent leur cours.
Cette Constitution a des imperfections et des vices. Une faculté de révision permet d^attcndre et de les Corriger sans révolution !
Voilà où voUs en étiez il y a deux ans et quelques mois ! Voilà où vous en êtes aujourd'hui. Voilà les nssîscs successives d'ordre et de gouvernement que la France, armée du suffrage universel, a jetées en si peu de temps dans ses fondations vides, où plutôt dans Tabinie d'une révolution.
Et vous vous plaignez ? Et vous vous défiez ? Et vous ne savez rien attendre? Et vous vous méconnaissez, ou vous feignez de méconnaître les degrés nombreux d*organisation sociale , politi* que, gouvernementale, que vous avez remontés du néant vers l'ordre nouveau? Et vous voulez compromettre par des impatiences irritées, folles ou criminelles , tout le terrain que la société a reconquis par la sagesse et par la raison du Peuple, pour replonger votre société et vptre pays dans les problèmes de Tinconnu et les tempêtes des contre*révolutions ?
£n vérité, les masses que vous accusez tant, et dont les délires « sont plus pardonnables parce qu^ils sont plus aveugles , ont plus d'instinct et plus de prudence que vous ! Elles souffrent comme tout souffre pendant une crise de révolution et de transformation complète ] mais elles ne demandent pas qu'on les rejette dans la fournaise des révolutions pour les soulager de leurs souffranees ; • elles se résignent au temps, elles demandent des améliorations en avant, et non des catastrophes en arrière; elles se disent : Laissons jouer péniblement, puis régulièrement les ressorts encore neufs et embarrassés du gouvernement républicain ; ne brisons pas l'instrument de nos progrès nécessaires ; donnons de l'espace, du calme, de la liberté, des années à la République ; en loi demandant trop de progrès en un seul jour, nous mettrions en poussière l'instrument do la démocratie! Eh bien! dites>vous de
L8 COKSBILLBB DQ VlOf Ll«
même : Donaoïu du temps à la GoostitutioD. Eo lui demandant trop d^ordre et trop de stabilité en un seul jour, nous briserions le seul Instrument d*ordre que les événements, et Dieu qui les mène« aient laissé dans celle période à la soetété.
VUI. Que la loi cleclorale, dont le principe seul , k n^rage univemîj devait être inséré dans le corps de la ConstilulioQ, et dont les dispositions- réglementaires devaient rester en dehors, soumises aux corrections de Texpérience; que la loi électorale, dis-je, soit susceptible. d*cxceUenti!S et même indispensables modifications, cVst ce que je suis loin de nier. Personne, j*ose le dire, n*en a avant moi pressenti et énumeré les vices en ce qui touche surtout le scrutin de Hste* Le jour où il fut discuté pour la première fois, je protestai contre ce mode en termes qui sont restées dans bien des mémoires ; je dis : % Ce n'eit plus là le suf' frage unwenct, édairé^ itUelUpnt et consâetieieux du Peuple g eVst le suffrage de la cabak au lieu du suffrage de la nation; c*est Vé* leeiùm des ténèbres^ c*cst Téleetion de la guerre avUe, La France ne le subira pas trois fais» »
Dans un écrit récent, et cité aujourd'hui par tous les journaux les plus implacables contre la République et contre moi, j*ai énu«> mcré les principaux vices du suffrage, non pas universel , mais désordonné et confus , trop légèrement jeté dans la Constitution par FAssemblée constituante ; j*ai indiqué les principales corrections qu^il y aurait k y apporter selon moi, comme garantie de sincérité, de lumière et d*ordre, il i*époque de la révision légale de la Constitution. J*ai posé ces principes que je rappelle ici au Peuple.
IX. Le droit d'être représenté est, sous une démocratie, le titre de tout citoyen.
La Republique ne reconnaît pas de castes privitégiées ou de castes subordonnées ; le droit de suffrage doit donc y être universel.
Mais la .société ne jette pas les droits à croix ou pile. Elle en règle la jouissance ou Texercice. Elle demande des garanties à tout citoyen qui se présente pour les exercer.
Sous la monarchie , ces garanties sont matérielles, La aociétc demande comme signe de' capacité électorale un cens, un impôt, une quotité de proprictc possâée par rélccteur. Le droit d*bomme y est subordonné au droit et au titre do propriétaire, de contribuable.
Sous la République, la société demande des garanties aussi, mais ces garanties sont toutes morales ou intellocluelles. La société n*cxigc aucun cens, aucune propriété, aucun impèt, mais elle a lo droit d'exiger des conditions d'âge, comme vingt-un ans ou viugtpinq ans^ des eonditions d'intcUigenae» comme do savoir lire el
Il COaSBILLBA DU MDPLI;
écrire ; des èwicUlioiis de bonne vie et mœarsî comme de n^avoir élé flétri par aiieuoe privation jurkiiqnc de vos droits civils $ des eondii iuns de us ti«iialité,de résidence et de domicile^comroc gartnlit de solidarité avee le groupe de nation, de départemeni ou de com« niuiie,ausein dcsquelsvous exeteezvous votre actedesottveraineté«
J*ai examiné d'avance dans ces écrits, étirai engage les esprits qai Yeuleni bien s'entretenir de ces sujets avee le mien , à examî" ncr la nature de garantie quMI sera Imd plus tard d'exiger du suffrage universel sous la République, pour réj^uluriser et perfec* tlennereonstilutionncllcment ce grand droit qui les contient tons.
J*ai posé, j'ai essayé même de tésoudrc les questions, ie na me suis pronoiieé énergiquement que contre ie mode trompeur et cor« rupteur du srutin de liste par déparlement. J'ai fait prévaloir an* tant qu'il était en moi le mode sio<;ère, lumineux et consciencieux de la Uominatioo d*un représentant par circonscription électorale de quarante-cinq mille ou de cinquante mille âmes. J'ai montré que la vérité et la responsabilité étaient là. L'électeur connaît le candidat ; le représentant est responsable devant l'électeur. L'es* prit local est satisfait dans son exigence juste et raisonnable. L'esprit politique a assez d'espace pour. n*ctre pas absorbé par l'esprii local. i*ai recommandé'ce mode* qui a toitjmtrs été le mien, aux méditations du Peuple et de ses représentants. Je crois profondé* ment que ce mode et ces garanlles.résolveBl le problème du suffrage universel, et le rendent aussi conservateur et mille fois plus puissant que l'élection restreinte par des conditions de cen$ à un petit nombre d'électeurs privilégiés, corruptibles et enviés.
Mais j'ai dit textuellement, dans cet écrit comme h la tribune : Ces améliorations à votre système électoral doivent être méditées * deux ans, et faites constitutionnellement et non révotntionnairement.. Je respeete, de In Constitution, jusqo^à ses défauts, tant qu'il n'est pas permis de les extirper sans porter atleînle à la Constitution elle-même. Le mal de toucher à la Constitution est mille fois pire que le mal de supporter quelques années de plus les inconvénients d'une mauvaise réglementation du suffrage électoral. Subir la mauvaise réglementation du suffrage électoral, c'est un atca'moicment; mais toucher révolu t ion nairement à la Constitution, c'est une révolution! Nous sommes à peine sortis d'une révolution, et nous nous précipitons dons une série de nouvelles révolutions! Dieu et le Peuple nous ont ramenés au boni. Ce bord est escarpé et raboteux encore, mais enfin il est solide, il est un rivage, il est un asile, il est un continent nouveau où la société, sauvée d'un naufrage, peut s'asseoir, défricher, construire, se régulariser démocratiquement et vivre ; nous quitterions ea bord atteint si miraculenscinent et avec tauit
fie peine et d'efforls, pour nous rejeter de nouveau dans les flot^ d'une mer sans fond ! Que des insensés le fassent, s'ils Tosent? Quand à moi, je retiendrai de toutes mes forces TAssemblée, la nation, la société sur le sol précaire, mais perfectible et coosoli'' dable, de la Constitution républicaine!
X. Et je dirai aux imprudents qui, après avoir amené, sans le voir, la monarchie à la révolution du 24 février dont ils m*accusent, voudraient encore amener la Republique à une nouvelle catastrophe : Vous avez une patrie, des familles, des femmes, des enfants, des propriétés, des foyers, des commerces, des indus-^ tries, des professions comme nous j vous voulez, comme nous, garantir toutes ces choses saintes contre les invasions des barbares du dehors et du dedans, dont vous vous effrayez au-delà même du danger réel et du nombre bien exagéré de ces barbares de la civilisation j vous voulez pouvoir vous défendre et défendre cette société dans ce qu*elle a dMmmuablc et d'incontestable contre ces agressions stupidcs ou violentes dont les échos précurseurs ont retenti ici ou là dans quelques feuilles ou dans quelques ras« scmblemenls démagogiques; vous voulez que la société, le gouvernement, le peuple et vous, soient debout et armés un cerlaiiï temps pour faire face avec énergie, avec toutes leurs forces morales et matérielles, à ces assauts des forces destructives de la famille et de la société civilisée ? Eh bien, sur quoi la société, le gouvernement, le peuple et vous, peuvent-ils être debout et armés de la force légale, morale, matérielle, nécessaire aux grandes et victorieuses répressions? Sur un droit évident, n'est-ce pas ? Un droit, c'est la base de toute force ! Or, quel est votre droit aujour- * d'hui? un seul : la Constitution î Le droit préexistant et divin des monarchies héréditaires, tombé du ciel et brisé en poussière depuis un siècle, est détruit dans le préjugé des peuples qui l'adoraient autrefois; le droit des gouvernements, qui existe toujours, s'est déplacé : il était en haut, il est en bas; il est dans la volonté consultée et expriiiK'O du peuple entier. C'est là que nous Pavons retrouvé aussi rationnel, aussi puissant, aussi incontestable que Fautre. Ce droit a parlé! Il a nommé, h runanimitC; une assemblée constituante chargée par lui de lui refaire, en son nom, une nouvelle base de gouvernement à la place de son ancienne bas6 écroulée. Cette représentation, la première d'un peuple entier, la plus investie de sa confiance, de son mandat, de sa force, a ébauché une Constitution et Ta mise en mouvement par la main de ce peuple. Cette Constitution contient, mal à propos sans doute, mais enfin contient dans son texte une loi électorale dont la réglementation, sous la forme de tcrutin de liste^ est la duperie du Peuple el le triomphe certain des cabales. Cette loi a un besoin évident d'être
LS C02(SBaLBA DU PBCFLB
révisée; tous les partis honnêtes sont d'accord pour que réicction soit honnête cl sincère ; mais si vous, parti conservateur, ou même parli hostile à la République, vous sapez vous-même sous vos pieds et sous les pieds du Peuple celle Constitution, ce contrat social qui est votre seul litre comme représentants ou comme président, comme gouvernement, comme minisires, comme commandants de la force armée, que répond rcz-v dus à ce Peuple £atier quand il vous demandera qui vous êtes ?
Lui répondrez-vous : Nous sommes les plus nombreux dans une chambre? Nous sommes les plus audacieux aujourd'hui parco que nous commandons à qualre cent mille baïonnettes? Nous sommes les plus forts? Nous sommes un 18 fructidor monarchique? nous sommes une conjuration ficureuse? Nous sommes ua coup jd'Elat? Nous sommes une révolution?
Mais ce Peuple vous répliquera à son tour : a Ah! vous êtes une révolution ; eh bien ! nous aussi alors nous sommes, nous avons été une révolution! Nous ferons encore une, deux, trois, quatre révolutions ! et nous verrons qui s'usera le plutôt d'une commission, d'une majorité ou d'un Peuple! Nous avions abdique tout droit insurrectionnel entre les mains de la Constitution, nous nous étions désarmés à jamais nous-mêmes de tout droit révolutionnaire ! Vous nous rendez ce droit fatal en déchirant le pacte commun! Il n'y a plus d'autre droit que celui du plus fort! Le plus fort aujourd'hui, c'est vous j et vous êtes forts de quoi ? des armes conslitutionnelies, de l'Assemblée, de la majorité, de la présidence, de l'administration, de Tarmée que nous vous avons confiés nous-mêmes sur la foi de la Constitution. C'est vrai ; usez, abusez de votre force aujourd'hui, nous userons et dous abuser rons de la nôtre demain ! »
Quelle situation vous faites-vous devant ce Peuple qui se croirait le prétendu droit de vous parler ainsi ? Vous êtes une majorité nationale, vous seriez une conspiraliou victorieuse et un parti odieux et méprisé !
Que la Providence de la société vous préserve de pareille^ pensées !
Mais dites-vous : « Qu'est-ce que la République elle-même? et qu'éJiez-vous, vous, dictateurs du gouvernement provisoire sortis d'une émcule, et sans autre droit que celui d'avoir marché à l'Hôlel-de-Ville après la chûle d'un trône et la dispersion d'une chambre, et d'avoir dit au Peuple : Nous prenons le gouvernement de Pinlcrrègne? Où était votre droit? »
Je réponds : C'est vrai, nous n'en avions aucun, si ce n'est celui de ranéantissement soudain de toute constitution, de toute autorité, préexistante^ cl de la nécessite d'un gouvernement quelconque
pour régulariser vite une révolution inattendue, et pour cleindre rinccniiic d'une guerre civile ; nous n'avions d'autre droit que celui du premier venu courageux qui entend des cris, qui voit du feu, qui aperçoit la flamme sortir d'un édifice, et qui brise la porte pour voler au secours; nous n'avons jamais prétendu avoir d'autres di'oils, nous n'en all'ectons aucun, nous reconnaissons que tous les jours, ii toute minute, chacun des li-entc-six millions d'habitants dont la Uéj)ublique se compose pouvait nous dire : « A quel litre nous gouvernez-vous? a îSous avons répondu vingt fois ; tt A aucun litre. iNotre gouvernement est une usurpation sur l'anarchie; quiconque ne nous obéit ])as volontairement est en droit de nous désobéir, et si nous ne rendions pas le pouvoir diclatoi ial dont le hasard nous a investi, le jour même où il ne sera plus nécessaire à la paix publique, nous serions des voleurs du Peuple et d'indignes usurpateurs des droits de la nation. «
Nous avons reconnu plus; et quant à moi, je le reconnais tous les jours encore, comme je l'ai dit au Peuple le 24 février en entrant à l'Uôlcl-de-Villc : je reconnais que la nation représentée aujourd'hui par son pouvoir légal que nous lui avons préparé, retrouvé el restitué, a tous les jours le droit de nous citer à sa barre, de nous demander pourquoi, à quel titre, de quel droit nous l'avons gouverné pendant une dictature illégale de trois mois ; pourquoi, de (juel litre, de quel droit nous l'avons préservé d'une pire anarchie, recoastitué en Peu[)le, et convoqué un vaste comice électoral pour retrouver et recomposer son pouvoir .souverain ; oui, je reconnais que la nation a le droil de m'interrogcr, de me juger, de me condaniner, de me châtier pour ce crime de l'avoir gouvernée et peul-élre servie sans son aveu ! Je m'y suis toujours attendu, et si elle le fait, je pourrai parfaitement me justifier devant Dieu, mais non pas devant elle; je baisserai la tète, je dirai dans ma conscience : « J'ai bien fait de servir ce Peuple sans en avoir le droit, mais ce Peuple fait icga' letnciit bien aussi de me punir pour l'avoir izouverné sans titre.
XI. Mais voyez cepedaul la dillerencc entre le gouvernement ' provisoire gouvernant révolutionnaircment, et rAssembIce législative altenlanl à la Constitution pour gouverner par coup ' d^£tat. Celte dilTérence est dans un seul mot : le gouvernement provisoire n*a surgi qu'en l'absence de tonte constiluiion existante écroulée le malin dans une révolution ; l'Asséniblée lé;;islativc existe en vertu et par une constitution dont elle émane. Le gouvernement actuel n'est qu'un acte personnifié de la Constitutiou existante! L'un était une fatalité, l'autre serait un attentat.
Et8Î on me dit : « Mais le gouvcrnemr^nl provisoire avait fait Itti^Béme sa fatalité, la révolu lion d'où il soi lait j je répuods pac
1M CCmSBIUlft MT MV»it« 18$
ttn serment, la main levée devant Dieu : — Non ; c*est un faai ténoigoage! Il y avait sans doute à riIôtcl-de-Villc des révolutioimaires de parti pris, sortant des vieilles conspirations cl de llosiirreelion} mais il n*y avait, en masse, que des citoyens aussi innocents, aussi affilés que voos de la révolution de la veille !
11 n*y a donc aucune similitude entre Tautorité dictatoriale as* samé^ à défaut d'autre autorité, pur le gonvernement nrovisoîre et le coup d*£tat contre la Constitution, qui serait accompli par un gonventemcnt, par une majorité et par une assemblée constitutionnelle, inveslis du pouvoir en vertu d*une oooslituiion nattonale. L*un servait sans mandat, Tautre conspirerait sans conscience et trahirait sans excuse; Fun ramassait le ponvoir tombé pour le rendre, Tautre déroberait le pouvoir confié pour en faire un larcin personnel.
XII. « Alais, disent encore les impatients, la nécessité est le droit suprémci vous Talléguez vous-même en faveur de la dicta* turc de février : nne assemblée législative, une majorité, un gouvernement et une armée n'ont-ils pas le droit que sept ou huit hommes se sont arrogé le â4 février? » — Oui, sans doute et mille fois plus; mais c'est à la condition que ce droit soit évident comme la nécessité elle»inémc, et que le danger soit tel qu'on ne puisse sauver son pays sans violer un jour la légalité. Le Salu$ Populi mprema fex est la loi suprême, mais c*est la loi des jours suprêmes aussi. £n ctes-vous là? Un gouvernement est-il renversé en débris sous vos pieds? Aves*vous à choisir entre nne dictature et ranarcbie? Non.
XllI .Les gouvernements et les majorités qui ont voulu prendre cette loi du salut des peuples pour excuse onttoujours dit que la crise où ils se trouvaient était suprême, cl leurs coups d'Etal ont toujours eu pour précurseurs les alarmistes. La recette est vieille comme la maladie. Toutes les fois qu*on a voulu persuader a un peuple de changer ses institutions, on a commencé par lui dire : Tes institutions sont perdues.
L'histoire est un curieux répertoire de ces pièces à tiroir jouées au Peuple avec les mêmes mots et par les mômes acteurs, quand on a préparé contre la Constitution, soit au profit des jacobins, soit au profit des royalistes, ces surprises qu'on appelle des journées ou des révisions, selon qu'elles s'acconiplissenl sur une place publique ou dans une commission d'inspecteurs de la salle de Clichy. La tactique que les journaux cl les réunions emploient depuis tiois mois dans la ligue contre-constiiulionnellc dans leurs feuilles et dans leurs paroles, est exactement la même lactique que celle dont les journaux et les réunions monarchiques de la réaction se servirent contre le Direcloir$ en i7U6| tactique
ut COj($£ILLBa OU.PfiUPLB.
qui amena, à force de provocation et de folie, la mesure fatale et illégale aussi du 18 frufiUdor, celte dernière proscriplioa des
royalistes.
Relisez les fcuillesdu temps commejeviensdelefairc moi-même; assistez, dans les Mémoires du temps, aux conciliabules de Clichy, vous croirez lire les journaux provocateurs de i850ctassist€r aux séances politiques de meneurs téméraires de telle ou telle réunion d'aujourd'hui. Ce sont les mêmes mots, les mêmes imprécations, les mêmes chimères de force, la même impatience d'en finir, les mêmes alarmes habilement semées dans le Peuple pour le surexciter par le désespoir à se roloiirner contre son gouvernement républicain, les mêmes armées menaçantes de l'Europe montrées, grossies a rhorizon pour faire croire à la nation qu'elle va être dévorée par la coalition et par l'émigration, les mêmes carresses aux généraux, les mêmes séductions employées sur eux, les mêmes adulations au sabre, les mêmes complicilcs liées avec cerlains membres du gouvernement lui-même contre leurs collègues, les mêmes tanta* tions de prolongation, d'importance et de pouvoir à Barras l la même recherche d'un Mouky cet idéal des traîtres, comme je l'ai nonmié, olTert pour émulation h Pichegru ou à Willot; la même élimination de tous les officiers supérieurs républicains ou de tous les administrateurs suspects de dévouement, quelque modéré qu'il fût, à la République; enfin, le même système de dénigrement et de calomnies contre tous les hommes qui ne professaient pas haine et fureur contre la Révolution.
« Faites émigrer les capitaux, prenez le Peuple par la stagnation des affaires, dites-lui qu'il n'y a de blé et de pain qucsous la monarchie, contrefaites et dépréciez les assignats, déclamez contre Paris, poussez au marasme, dégoûtez le soldat, semez les soupçons entre les olïicicrs, favorisez la désertion partout ailleurs que dans l'armée du Rhin dévouée à un général complice, *> telles sont les instructions que les comités contre-révolutionnaires du dehors et du dedans transmettent littéralement au Monk français.
H Harrassez le Directoire, divisez-le en deux fractions rivales, refusez-lui toutes les lois de finances, d'assistance, de travail pour le Peuple, montrez par le fait en cachant le complot que toute réalisation de bicn-clre national est impossible h la liberté! Ayez pour divise deux mots que vous répéterez sans cesse et que vous vous ferez envoyer des principaux centres de la France par tous les échos des 54 journaux dévoués à votre ligue contre le pouvoir républicain. • Ces deux mots d'ordre, les voici : Jl faut que cela finisse par Vépée ou par le canon ; — il faut un gouvernement stable, avec le mot gouvernement héréditaire sous-cnlendu. ' Ne cfQircz- vous pas lire les feuilles ctceouter les réunions d'hier.'
iM consBiun m piirn.f. 187
XIT. Que ré8all«4*if de ces impatiences et de ce reflux decon- Ire-révohrtîoo ? Voiislesa?es« Le gouTernementrëpnblfcaiii modéré, le seol possible tiers, comme il est le seul possible aujoard^hui* appuyé sur nmmeitse majorité du Pleople en France, se lassa d*étre ainsi provoque, assailli, par une conspiration (pri n^atait de fom que dans la plume de ses Journalistes et d*éeho que dans les eandliabiiles, sur ses bancs aux Ctfi^-cmft et dans ses salons; il se leva mie nuit, répondit à une conspiration par une autre, élimina deux de ses membres liés avec ses ennemis, rédiçea trois rtfio/tf fîons âB g ow b et iM me ni, Tune qui annulait un frand nombre d^élnctions, Tautre qui déportait près de cent représentants , la dernière qui proserirait M journalbtes; il fit une proclamation au Peuple, un appel à Tarmée et aux généraux républicains en France et hors de France 5 Tarmée , républicaine par essence et par patiotisme, répondit par un cri unanime de secours à la République menaeée ; pai> un général, pas un officier de 1792 n^héslta entre son drapeau et celui de la défection h la patrie. Le parii des impatients ne réussit qu^à donner un aceès àe colère à la République adoucie , des lois de 1er an gouvernement républicain, des pontons, des dé^rts et des exils à ses téméraires provocateurs. Voilà te triste exemple donné au présent par le passé. Que Dieu prévienne è jamais le retour de pareilles représailles !
XV. Mais que ht ëagesse aussi des partis vaincus, relevés par le pays et encouragés par des réactions trompeuses, symbole de mobilité, non de force réeUè, les présenrederetombcrdansles mêmes fautes!
Un miracle de modération du Peuple en février, une aspiration réelle et généreuse de ce Peuple à la concorde et h Tunité des das* ses, leur a rendu non la monarehie perdue, mais une République de fudon, de ooncorde, de rcdprodté et de liberté. Ce Peuple a hii avec une spontanâté qui ne sera jamais asseï admirée dans rhistoîre, te sacrifice de ses ex igcnœs extrêmes, de ses misères, de ses démagogies, de ses rêvera, pour remettre de ses propres mains le gouvernement, mats le gouvernement républicain, aux classes mânes qui venaient de disparaître devant la Révolution ; Il a dit à ses élus de FAssemblée constituante : » Régnez encore, mais régnez avec nouai régnez pour vous et pour nous; nous nous fions à vos bons sentiments, à votre sollicîtude, à votre justice pour le PcspICé On basard, une vidsstritde des choses humaines nous ont livré un moment h nous seuls le gouvernement ; nous ne voulons que notre part, le droit de suffrage universel ; nous vous restituons Tolontaireroent et cordialement la vdire ! •
R^nons ensemble, régnons en frères 1 Mais que notre règne comoNin et fratemd 8'np])oIle République, afin de nous assurer
LB GONSSILLSII DU PlUFLI*
qu'un maître hcrédilairc ne sacrifiera pas le Peuple de nouveau dans son intérêt à une seule branche de la famille nationale! »
Voilà ce que vous a dit le Peuple de février, hommes des monarchies écroulées ! Et voilà ce qu'il a fait en vous renvoyant comajo* rilé dans ses deux Assemblées souveraines !
Maintenant le trompcrcz-vous? ou lui laisscrez-vous croire seulement que vous le trompez en le chassant par masse de son droit électoral, et en rétrécissant sa République pour la confisquer un jour plus sûrement?
C'est à vous de voir; vous êtes les maîtres aujourd'hui j mais si vous faites tout ce que vous pouvez, vous serez moins modérés, moins honnêtes et surtout moins prudents que ce Peuple de février, et rhisloire, en comparant un jour la conduitedes deux classes que la République avait réconciliées, dira un jour : * Un traité de paix qui s'appelait la République avait grandi le peuple et sauvé la bourgeoisie. Qui est-ce qui Ta déchiré après l'avoir imploré, acclamé et signé? Ce ne fut pas le Peuple. »
Que le Peuple reste calme, tolérant, patient, sous le feu des paroles quelquefois justes, plus souvent injustes, toujours imprudentes, qui tombent du haut de la tribune sur la révolution et sur la démocratie. Un parti exalté par ses ressentiments, parti à qui les républicains modérés ont remis la force en main , en abuse momentanément contre ceux qui lui ont rendu Télcction, l'armée, la tribune. Ce parti a un accès de démence qui va jusqu'à la provocalion continuelle dans ses journaux. Dès que les affaires reprennent et que la confiance renaît avec le travail, ces journalistes implacables sèment l'inquiétude , l'agitation, les menaces de coups d'Etat, pour tout suspendre et pour défier de vivre un pays qui vivra malgré eux. Ils traitent le Peuple comme les dompteurs d'animaux traitent ces bêtes féroces qu'on ne soumet qu'en les privant de sommeil j ils prennent la nation par l'insomnie ! C'est une mauvaise et coupable tactique. Les années qui suivent les révolutions sont des convalescences diflîcilcs et sujettes à rechute ! il leur faut de l'apaiscmi nt et non des irritations. Nous rcconmiandons aux bons citoyens de toujours éteindre et de toujours pacifier; l'avenir nous saura gré de ce sacrifice de nos susceptibilités les plus légitimes. Et nous aussi nous pourrions adresser de terribles représailles de paroles contre ceux qui nous couvrent de sarcasmes cl de mépris ; nous brisons ces mauvaises armes et nous en jetions sous nos pieds les tronçons. Nous pourrions méj)riscr profondément aussi, mais nous ne voulons pas même de celle rcprésaille du mépris, il nous sufiît de l'oubli. L'oubli n'offense pas cl il venge mieux, car il efl'acc de la mémoire jusqu'aux traces des injustices cl des ressentiments. La République a aboii l'é-
chafaud t ce n^îest pas assez , elle doit abolir ies haines entre les citoyens. Ce sont les républicains modérés qui ont donné cepre* micr exemple, quMls donnent encore le second !
Point d'émotion, point de réplique, point d^agitatioa dans le Peuple. Si la République doit périr, pour quelques mois ou pour quelques années, sous le reflux inprudent des classes qu*elle a sauvées en 4848, il faut qu*cllc périsse innocente, pure, irréproeha* ble, désarmée, immolée dans son droit et dans sa modération par les armes mêmes qu*elle a confiées pour sa défense à ceux qui les tourneraient aujourd'hui contre elle! Il faut qu'elle. renaisse un jour plus forte et plus pure, que sa fin soit un crime gratuit et prémédité de ses ennemis ! Les causes de Dieu triomphent par leurs martyrsi jamais par leurs persécuteurs*
EepHientani du Peupk.
ALMANACU P0L1TIQU£.
lum.
1. Les grandes journées parlementaires ont leur lendemain d'affaissement et de fatigue. Les débats sur la loi électorale semblent avoir épuisé Taltcntion et Tiatérêt de rAssemblce. La session de ce mois a été en [grande partie absorbée par les lois de détails et les questions secondaires. Nous résumerons d'abord rapidement les rares séances marquées par un incident ou une discussion politique.
La loi du 19 juin 1849, qui ferme les clubs et réglemente les réunions électorales, a été prorogée d'une année par T Assemblée — 6 juin. M. Bancel a combattu la loi, mais avec celte modération de la pensée et de la parole qui est la dignité des oppisitionsj il a prolesté contre les blasphèmes sociaux et religieux dont le rapport accusait la tribune des clubs. On ne discute pas plus, s'estii écrié, l'origine de la propriété et la famille, qu'on ne discute son père, sa mère ou sa sœur. Soutenue par M. Boinvilliers, le rapporteur de la commission, la prorogation a été volée par TAssembléc à une immense majorité.
Le lendemain, la loi sur la déportation présentée à la sanction déiiiulivc de TAssemblée était pour la seconde lois désarmée pur
IM CONSfiILLEB DU PEUPLIi
elle de sa rigueur la plus directe et la plus terrible, la rctroaclîvîté; la commission ne lui proposait pas expressément d'abroger son vole de clémence, elle lui demandait de le retirer et de s*abiitenir. La parole de M. Odilon Barrot avait été Tinspiration et rélan de cœur de Tamnislie décrétée par rAsscmblée; celle de Bf. le général Fabvier en a été la confirmation et la sauvegarde. Il a rapftelé à T Assemblée qu'il n'était pas permis de retirer ou de regretter les arrêts de clémence, de justice, et que rancienne royauté respectait et tenait la parole de grâce qu'elle avait donnée même par erreur. « Elevez-vous, a-t-il dit, à celle dignité de souverain que la nation vous a donnée. Vous avez laissé tomber de cette Assemblée la non-rétroactivité : c'est une parole de clémence, vous ofTenscriez la majorité souveraine en la retirant. »
àous l'impression de ce généreux appel, TAsscmblée sanctionne la non-rélroaclivité de la peine de la déportation.
Trois jours après, TAssembléc, conformément au rapport de sa commission, écarte par un refus dédaigneux de discussion le projet de loi qui lui demandait des secours pour les blessés de la révolution de Février. MM. Ferdinand de Laslcyrie et Pascal Duprat l'adjurent en vain de ne pas renier dans son origine la République qui est, depuis deux ans, le nom de la France, le titre de la souveraineté nationale, le droit et le mandat des deux pouvoir» sortis de son principe. Les ressentiments de la majorité l'emporlont sur l'évidence de la justice et de la sagesse politique, elle refuse par 372 voix un secours qui, magnanimement donné, sans récriminations et sans aigreur, eût été une offrande généreuse à la conciliation. Nous regrettons ce refus, nous regrettons surtout qu'il ait été signifié en paroles de rancune et de colère; mais il ne dépend pas du vote d'une Assemblée de déshonorer rhistoirc. La- France n'aura jamais à rougir de la République qui l'a sauvée^ nr de la Révolution qui lui a décerné sa propre souveraineté.
If. Lei juin, M. Achille Fould présente h l'Assemblée un projet de loi ayant pour but d'augmenter le traitement du Président de la î\épubliqueet de porter ses fraisde représentation à la somme de 2SiO,000 fr. pnr mois. Le ministre, dans son exposé des nu>tifs, s'attache d'abord à justifier la légalité de sa demande. <« U rappelle que lorsque l'Assenjbléc constituante porta les frais de repnîsenlation dn Pouvoir exécutif au chiffre provisoire de 600,000 fr., elle réserva à l'Assemblée législative le droit d'clever celle allocation si elle était reconnue insuffisante au niveau des nécessités de représentation et des charges de munificence el de charité attachées h la première magistrature de la République. Cest pour subvenir h ces charges dont les mœurs et les habitude;* du pays font des devoirs que le Gouvernement propose à I'A^h^qi^
fcB CO.\S£lLL£a DU PEUPLE.
bice d'augmenter le traitement du Président. L'épreuve de plu* d'une année a démontré son insulBsance, celte insulBsancc amoindrirait aux yeux du pays et de l'étranger la haute position qu'il occupe ; clic fermerait forcément ses mains aux innombrables infortunes qui, de tous les points de la France, s'adressent à lui comme à la bienfaisance personnifiée de la Patrie, elle le réduirait à l'impuissance de faire le bien. C'est donc avec confiance qaé le Gouvernement s'adresse au sentiment et à la dignité de. l'Assemblée, il ne lui demande d'ailleurs que de continuer ce qui s'est fait depuis 18 mois, et d'imposer à l'Etat des charges d'utilité publique auxquelles il ne serait ni juste, ni constitutionnel, ni jiossible de conserver plus longtemps le caractère de sacrifices personnels. •
II était digne d'une grande Assemblée d'accueillir ce projet avec une large et unanime spontanéité, de traiter cette question d'argent en question de dignité nationale, de patronage institué des arts, et d'en faire aux yeux du pays un témoignage éclatant d'ao cord et de bienveillance réciproque entre les deux pouvoirs. Ccpendarit on put craindre un moment, soit l'hostilité d'un refus, soit l'humiliation d'une réduction mesquine qui n'aurait pas seulement marchandé la position, mais encore la dignité du Président. La majorité de la commission, nommée par rAsseml)lée, se prononça en effet contre le projet de loi, en exprimant la crainte qu'il ne décernât au Président temporaire de la République la liste civile d'une royauté déguisée, et que les 2,000,000 fr. demandés par le Gouvernement ne fussent, en quelque sorte, les arrhes d'une prolongation de ses pouvoirs. Cependant elle transige avec le projet et adopte un amendement qui ouvre au ministre des finances «* un crédit extraordinaire de 1,600,000 fr. pour les dépenses faites* en 1849 et en 1850 par suite de l'installation du Président de la République. » C'est cet amendement diminutif du chiffre cl du raraclère du crédit demandé par le Gouvernement que M. Flandin vient proposer à TAssemblée dans son rapport, traduction lo}'ale et respectueuse des ombrages et des scrupules constitutionnels dont il est Porganc.
L'Assemblée semblait indécise, et cette indécision réagissait depuis quelques jours en inquiétude sur l'opinion. On craignait en cas de refus un conflit entre les deux pouvoirs, une rupture peutêtre, et cette crise ofHcielle, excitée par les sommations et les menaces imprudentes de quelques journaux, troublait l'imagination publique à peine remise des agitations de la réforme électorale. Les diverses réunions de l'Assemblée s'étaient convoquées à plusiears reprises pour tenter de grouper la majorité autour d'un smcodcment de concilia ùoa j mais chaque parti avait apporte sou
Ll CtiNSSMABIl DU nV9tt
objecHon, sa réticence ou sa réserve. La discussion s ouvre le 25 juin, dans Flncertitude absolue des votes et des volontés.
On s'attendait à un soulèvement de passions, d'incidents et de personnalités. Cette attente a été heureusement trompée. Aucun scandale de paroles n'a dq^dé la discussion, el c'est PopposiUon qui conseille tout d'abord à l'Assemblée, par la bouche de son orateur, M. Mathieu delà Dr6me,la dignité dans l'assentiment comme dans le refus. « Si vous accordes, dît-il, ne marchandez pas ; si vous refuses, n'humiliez pas. *
Au début de la séance, M. Fould vient prolester de la loyauté du projet de loi. II déclare qu'il ne cache ni équivoque, ni arrièrepensée; àussi le gouvernement n'a4-il pas hésité à adopter un amendement patroné par les chefs delà majorité, dont la rédaotion défie et réfute toutes les fausses îoterprétalions. Cet amendement attribue au gouvernement la somme de 2,100,000 francs h titre de crédit extraordinaire sur le budget de 4850, pour frais de la présidence de la République. La réduction qu'il opère sur le premier chiffre du crédit est insignifiante, mais il n'engage m sa permanence, ni l'avenir.
MM. Mathieu de la Drème, Paul Sevaistre et Hnguenin combattent successivement le projet de loi dans son amendement et dans son principe. Mais il est des questions qu'il vaut mieux résoudre par le vote que par la parole. L'Assemblée, impatiente d'abréger et de conclure, ferme les débats et demande le scrutin. Un dissentiment s'élève sur le droit de priorité des amendements. Rf . de Dampierre, membre de la commission, demande que le vote décide d'abord de l'amendement ministériel ; M. Barochc insiste pour que celui de la commission soit le premier mis aux voix. Une imposante majorité s'élève contre la réclamation du ministre.
Cette décision de l'Assemblée est interprétée comme un symptôme de défaite pour le projet de loi. La majorité se dissout et se débande à vue d'œil; la cause semble perdue, quand une intervention inattendue et soudaine vient rallier les voix éparses et changer les chances du scrutin. M. le général Changarnier apparaît à la tribune.
« Messieurs, dit-il, l'honorable M. Mathieu de la Dronrie nous a donné au commencement de la séance un conseil que je tiens pour excellent el que je voudrais vous voir suivrai c'est de ménager les susoeptibilitésdes partis. Mais quand un gouvernement a pris tant de précautions pour isoler la question, pour réserver l'avenir, je déclare ne pas comprendre certaines difficultés de forme.
» Que l'honorable M. de Dampierre et ses amis me permettent de te leur dire, ils veulent accorder l'intégralité de la somme de-
LE COKâEILLfiA DU PEUPLE
mandée ; eh bien, pcrmetlcz-raoi de vous conseiller de la donaer simplement, noblement, comme il convient à un lm .hkI parti.
« Une discussion qui no serait qu^une chicane de mots hors de proportion lasserait bientôt rAsseniblée, etquant à moi elle m'iuspirerait une fatigue que je surmonterais péniblement.
» Je supplie T Assemblée, j^adjure TAssemblée de clore ce débat et de s'en tenir à ramendemcnt accepté par le ministère. »
C'est sous Timpression de ce coup d'état parlementaire, pour ainsi dire, que T Assemblée vote le projet de loi à la majorité de 354 voix contre 308.
m. Le reste du mois parlementaire s'est écoulé dans l'insignifiance et dans le vide. Ce n'est pas que Tordre du jour n'ait amené quelques projets sérieux d'amélioration et d'initiative; mais la discussion, ce souffle de vie des idées, leur a manqué. Nous mentionnerons rapidement ces travaux secondaires de TAssembléc par leur résultat.
Hjuin, — Le projet de loi rclafîf au timbre des effets de commerce, des actions industrielles et des obligations de ses départements est adoptée, mais l'Assemblée se déjuge sur les tranferts des rentes qu'elle excepte de la taxe dont clic les avait frappés une première fois. Elle cède en cette circonstance aux représentations de M. le ministre des finances qui lui démontre que son premier vote a fait baisser les fonds français et reporter les transactions sur les fonds étrangers.
— ^ juin. — L'Assemblée discute et rejette en riant le projet de loi d'impôt sur les chiens. Ce vote de gaieté et d'ironie se trouve être un vole de raison et de sagesse. L'impôt sur les chiens tant de fois proposé depuis vingt ans serait à la fois un impôt de luxe, c'est-à-dire un impôt mauvais et stérile et une dîme sur le cœur du pauvre, une loi somptuaire d'affection et de sentiment,
— iS juin. — La loi sur les caisses de retraite est adoptée, TAssemblce, dans la même séance, rejette une proposition de M. Nadaud, sur les associations ouvrières.
Les derniers jours du mois ont été remplis par les premières délibérations sur l'important projet de réforme hypothécaire développé par M. de Vatiraesnil et sur le projet de répression du délit d'usure présenté par M. de St-Priest. La même séance du 28 juin a été signalée par une décision grave et inattendue de l'Assemblée. Le ministre de l'intérieur lui demandait de ne pas retarder plus longtemps la discussion de la loi sur les maires. La majorité a fait cette fois défaut au ministère : elle a prononcé contre l'urgence réclamée par M. Barochc. Ce vole équivaut à l'ajournement indéfini de la loi.
• lY. Des bruits alarmants ont couru dans les premiers jours de