‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 18 sur 40 · CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS

SURLICARACTÂM D8 tk FEAKCIBT DB SES E^VOLUTieNS.

!• Dieit qui est la suprême perfection et qui n*a pu créer ses CBuyres qa*è sa propre image, parait leur avoir imprimé à toutes une lendanee au perfectionnement, qui les rapproche (autant que cela est permis à la créature) de ce type toujours entrevu et jamais atteint de perfection relative, auquel sa bonté leur a ordonné, par riostiact du bon, par la raison ensuite, d^aspirer et de tendre comme à raooom plissement de leur loi. Ce mouvement \ crs le mieux, qui s'appelle vertu pour les individus, s'appelle politique pour les états. Quand il se généralise et s'élève encore davantage, il s'appelle civilisation et religion pour le genre humain. L'ordre social, qui nous apparaît aujourd'hui comme le plus parfait, est celui, où l'homme pratiquera le plus de vertus, et apportera le plus de dévo4ment de soi-même à la société dont il est membre, soit dans le cercle de la famille, soit dans le cercle de r£lat, soit dans le cercle plus complet et plus vrai de l'humanité ; où la société politique conférera le plus de droits, de services, de moyens du perfectionnement moral et de bien-être matériel à l'homme ; et enfin où la religion, dernière fin de tous les efforts et dernière expression de tous les progrès de la créature pensante (puisque la création se résume en Dieu), rapportera au Créateur le plus de lumière, le plus de vertu et le plus d'adoration. On voit assez qu'à nos yeux toute individualité aboutit à la nation, toute nation à l'humanité, toute l'humanité ù Dieu, et que le dernier mot de toute politique et de toute civilisation est Religion.

11. Mais avant que les peuples aient la conscience plus ou moins éclairée de cette sublime destination des sociélcs, et se sentent travailler de ce besoin divin de mettre leurs lois sociales d'accord avec leur nature morale et avec leur vocation parfaite, il faut qu'ils soient parvenus déjà à cet âge de raison et à cet état de croissance avancé, où la nationalité constituée, les frontières acquises, la sécurité de l'Etat et des citoyens complète, la paix fréquente, les mœurs adoucies, la propriété, Tagriculturc, le commerce, lesarls, i'exercicQ de la pensée, et de longs loisirs, substituent le senti-

|.fi CONSElkLCft au PEUPLE

lucnt de la vie intellectuelle. et morale au pur inslinct de formation et de conscrvatrpn physique, première période des nation^. Le besoin de la vérité est le plus sublime et le plus insatiable des besoins de Thomme, mais c'est le dernier. Pour l'éprouver, il faut déjà que riioinmc soit complètement homme, c'est-a-dire qu'il soit rétrc pensant. l|.a pensée est le sens parfait, mais le sens tardif de rhunianité. L'esprit humain a son âge de puberté. Cette puberté de l'esprit n*a pas des passions moins orageuses que celle du corps. L'une veut créer» IViutre veut transformer» Cest l'âge des l'cvolulions.

III. De ces révolutions, il y en a de plusieurs sortes. Les unes ne sont que dos migrations de peuples qui viennent envahir des territoires nouveaux et refouler des populations trop jeunes ou trop vieilles pour défendre leur sol j des invasions qui donnent l'empire à des races neuves; des conquêtes qui asservissent des nations à Tcpée d^un conquérant j des transmutations intérieures de pouvoir qui renversent d'anciennes dynasties pour en inaugurer de nouvelles; des chanj^ements dans la forme de gouvernement ; «les familles qui s'étendent et deviennent tribus; des tribus qui s'nl lient cl deviennent fédérations; des fédérations qui se concenirent cl deviennent nations; des chefs ambitieux qui violent, Tépéc ou Tor à In main ces conseils souverains des peuples, appelés ncpubliqucs ; des rois qui chassent des prêtres qui découronnent des rois; dos théocraties, des monarchies, des aris'.ocralies, des démocraties qin* se succèdent les unes aux autreseommc desvajiues ou des formes vaincs, s;ms apporter aucun changement fondaniental à la substance même des idées et des mœurs de Tiiumanité, et dont les oscillations alternatives ne semblent correspondre qu'aux mouvements physiques de croissance ou de décadence des j)euples, aux passions des hommes qui se disputent l'empire, et à la mobilité inquiète de l'élément humain» Ce sont les révololioiis de faits.

IV. Les autres sont des révolutions de pensée, des explosions d'idées, de dogmes, de croyances nouvelles, qui, tantôt importées de loin, comme de célestes «ot/iW/cs, par des révélateurs divinisés, tantôt découveries et professées par des sages, tantôt déposées et comme incubées dans l'esprit d'une époque, sans qu'aucun dieu ou aucun homme leur donne son nom, écloscni lentement ou éclatent tout à coup, s'emparent, comme une cpidénMC intellectuelle, de toutes les volontés, et sefontplaceàtrawrs les bouleversements et les ruines des religions, des institutions, des nationalités préexistantes, jusqu'à ce que le dogn>e nouveau, l'idée nouvelle, culteou loi. Dieu ou Peuple, règne sans contestation dans le monde. Telles furent les révolutions religieuses eisooiales'que les téaèbres

da passé ou le loinlain de la distanoe foisse^l eotmoir i Thistoire dans les Indes, en Chine, en Egjrpte, en Pene« en Grècie, en Jadée, è Rome; telle fat la ré¥olalion qne le Christianisme opéra dans le monde romain, depuis son appsrltian jasqaik sa possession in« contestée de TOccident; telle fnteeile par lamelle le mahométisrae balaya et purifia ridolfttrie et le polythéisme dans «ne Immense partie de TOrient; telle fut ou sera, si nons ne noos ^mponspas, la Révolution française, révolution paraH devoir être la date de TAge de raison dans les Idées, dans les loiS| daiM les gouvernetnents et dans les cultes de rarenir.

¥• Dans ses desseins anssi, dont il nVst pas permis k l%omme de sonder les profondeurs, Dieu parait avoir assigné à elnqae grande branche de la lamfilie hwaMine, appidée nation, son inraetère et sa fonction dans ce gmnd travail des rérolillions, qui sont comme les périodes de croissance physique el morale de fhuraanîlé, les mrads de Tarbre social ! fin sorte qu*ao0uii peuple n'étant, d*uoe manière absolue, supérieurauz antres, maïs tous ayant un titre ^1 à Tamouret à la pravideuee du Créateur, ehacmi ë*cux, cependant, parait entrer seal en seène à une eertaine époque, dominer un moment le monde, lui imprimer l'impolslon et se ahai^, pour aiasi dire, d*aooomplir l'œuvre de peirfeetlonnemeat sur la terre, sans que cette siri>linie fonetion, dont 11 est passagèrement investi, doive lui inspirer ni sentiment de supîérlorité, ni orgueil ; car Dieu appelle et eongédie tour à tour les peuples et les fait passer suceessivement du preanler au dmiler rang des nations, comme pour leur eascigoer« par ees vielsiitudes; qtf ils ne sont rien par enaHnémes, nais tout par Ifidée qu'ils représentent, 4|u!ils sèment on ^ils eervent dans les plans dfvins. Confimiément à ce rôlc; que le souverain distrâboleur des destinées leur assigne, ii donne à chaque peuple un caraelère spécial, qui est comme la révélation de sa nature et le signe de sa voestlon* Et 'de même qu^l suscite dans k seÎD de chaque peuple un certain nombre d'hommes supéneuTB et manifestés par réUotion du génie, pour éclairer, dominer, entraîner leur sièele dans ses voies, il semble susciter aussi parmi rbumanité certains peuples, manifestés par l'élection de leur grandeur, pour éclairer, dflwiîneret entraîner le genre humain. Cest ce qu'on appelle ia destinée, qui n'est, en effet, qu'un des noms de la Providence. C'est ainsi que ces divers génies des peuples, se dessiiMinl à grands traits et à distance, dans leur eivilisation, dans leurs monuments et dans leur histoire, leur donnent à chacun la forme, le sens, IMndividualité qui dislingue leoars ombres dans les lantèmcsdes temps.- €*est ainsi 4|ue l'Egypte nourrit dans ses mystères et dans ses colosses, le fènleéo h théocratie^ que hi Grèce, toute lotsUeetuelleet pids^

Ll- COmULLIR DO PBVFLI*

santc sur de petits territoires, par la seule action du sentiment et de la pensée, fait rayonner dans ses démocraties, dans ses académies cl dans ses temples le génie de la liberté, de la parole et des artsj que Rome, ce camp aux tentes de pierre, ne cesse d'enrôler et de lancer son peuple en légions, à Taide desquelles son génie, le génie de la guerre, sape en Europe, en Afrique^ on Asie, les murailles des peuples, efface les frontières, éclaire les barbaries, prépare les fusions du genre humain ; que la Judée exalte en elle, au milieu de ses rochers et de ses servitudes, le génie lyrique de Tespérance obstinée et de la rédemption symbolique des nationalités; que les peuples de TArabie, à la voix de Mahomet, se sentent possédés du génie de Tadoration nure, et se font les missionnaires armés de Tunité de Dieu qui donne en récompense à leur foi et à leurs armes le tiers du monde alors connu; que l'Espagne obéit, à travers TOcéan, au génie de la propagande catholique et du fanatisme qui lui fait découvrir, ravager, convertir ou supplicier des continents tout entiers, que TAllemagne, terre de la reflexion et de la conscience, se lève la première à la voix du génie de libre pensée et de la réformation des cultes; que TAngleterre, île de navigateurs, de guerriers et de commerçants, suit Tinstinct de la colonisation quila répand sur toutes les mers et ressemble au génie cosmopolite du monde moderne, chargé de propager Tunitc du globe par Téchange des intérêts, des langues, des civilisations et des idées; c'est ainsi que la France, enfin, terre d'amour, d'héroïsmeet dedésintéresscment, semble appelée à éblouir tourà tour les peuples par les armes, par le génie, par la liberté, à capter .Tamitié et la popularité de Tunivers, à conquérir les âmes plus que les territoires, et h avoir pour fortune dans Tlnstoire, et pour signe distinctif entre les nations, le génie de la sociabilité. Chacun de ses peuples paraît recevoir tour h tour, dans l'œuvre du perfcclionncment général, une tâche conforme à sa nature, à sa situation sur le globe et aux mystérieux desseins de Dieu. Plus ces desseins sont grands, plus le rôle du peuple qui le^ acoompiil grandit dans le temps et dans la postérité.

C'est à la clarté de ces vérités générales que j'essaie de comprendre et de raconter l'histoire de la Révolution française et la nouvelle période de celle Révolution que nous accomplissons depuis 184S.

VI. La France est cette partie de la Gaule qui s'étend du rivage • de la mer du Nord au pied des Alpes, du Rhin aux Pyrénées et de l'Océan à la Méditerranée. Ainsi deux chaînes de montagnes, grandes arrêtes du globe, deux mers et un fleuve encadrent ce site d'une nation. Entre ces frontières, qui semblent tracées par . la main de la naliirey plus encore que par Tépée de la guerre ou

LB QONSBILLIB DU FlUfLE.

par le eomiias àt la politiqac, des plaines, des groupes ou des chaînes de montagnes aux pentes adooeies, des eollines ealtivables, des valides larges, arrosées, fertiles, sous des climats divers, depuis les neiges étemdlesjusqu*à réternel printemps, présentent leurs différentes expositions au soleil, leur sol varié, leurs sénés de provinees, leurs sites de villes, h Tiiabitation, à la culture, au oonunerce de l*homme, ci produisent, par une gradation continue et insensible de température, de rouesl à Test, du nord au midi, tous les fruits de la terre, depuis le froment jusqu*è la vigne, depuis ie lin jusqu^à la soie, depuis le sapin boréal jusqu*à Torangcr des tropiques. Des eaux courantes et intarissables, vastes suintements des Alpes d*un cété, des Pyrénées de Tautre, des groupes et des plateaux intérieurs partout, en s^accumulant par rincllnaison douce des pentes dans les principaux bassins, s*y sont creusé des lits de fleuves. De ces fleuves, les uns, comme le Rhin, la Gironde, la Seine et la Loire, glissent lentement vers TOeéan; les autres, comme le Rhône, se prccipitent avec rimpulsion continuée des torrents des Alpes dans la mer intérieure du midi. Ces rivières ou ces fleuves sont navigables presque jusqu^ leurs sources, et présentent des routes lentes, mais larges et gratuites à tous les transports, soit pour remonter de la mer au cœur du pays, soit pour descendre du cœur de la France à ses ports. A Tembouchure de ces fleuves, ou à leurs confluents avec d^autres courants d*eau, de grandes villes se sont assises comme dMlesmémes : Lyon, au nœud de jonction entre la Saône et le Rhône ; le Havre et Rouen, au dégorgement de la Seine, ou li la limite où la marée de POoéan se confond avec ses flots; Nantes, au point où la Loire est une mer intérieure; Bordeaux, ou la Gironde porte vaisseaux I Marseille, o& le Rhône se répand dans le golfe du Lion : Brest et Toulon, ces deux capitales de nos flottes, au fond de deux rades Immenses qui abritent nos arsenaux de nos armements j Strasbourg, comme une sentinelle armée qui surveille le cours du Rhin.

Les autres villes secondaires sout nées de cet instlnd irréfléchi, mais continu, qui porte les bommes à se grouper selon les temps et selon les moeurs, tantôt sur les hauts phiteaux inaccessibles à des voisins ambitieux et protégés par des défilés ou par des remparts, tantôt dans les principaux bassins, au bord des fleuves ou des riviihfes qui attirent les habitations humaines ; plus souvent à remboucbure et au confluent de plusieurs vallées, au pied de chaînes de montagnes et à rentrée de vastes plaines. La raison fondamentale du site de toutes ces villes est visible presque partout a TcBil du géographe, du eommerfant, de Tagriculture, du militaire on du politique. La capitale seule de la France,

SIO

éeartce du centre, prWéè de mer et de grand fleuve, dëcouTerte de monlagncs; exposée att nord » l^inyaaien, n^ayant ni dans sofi eîel, ni dans ses eaux, in dans son dimst, ces sédoolions des lieux qui rctîènReiit rhomaie, ne 8*explique pas par la nature.

. Ce fut vraisemblablement une première halte du peuple conquérant du nord sur un sol gras au milieo des eaux; Paris se fonda où ib s'arrêtèrent 'et grandit depuis parée qa*il s*y était fondé. Le site de Rome est aussi inexplicable pour les dominateurs de rilalie. Les nations ont leurs vioes de conformation comme les

• hommes ; ces irrégularités ne sont des mystères qu*à Tinfirmité de noire intelligence qui ne voit pas tout. Quoi qu'il en soit, ce site défectueux de Paris, comme capitale d*on vaste empire, ré- ])ond peut-être anx nécessités de surveillance et de défense plus rapprochée dn territoire an nord oà rien ne couvre la nationalité. D^Ueurs le eentre géographique n*est pas toujours le centre do vie d*un peuple. Rome était à Textrémité, Constantînofrfe an bord, Londres est la base de Tempire; Paris, comme le eœor dans le trône de l*homme, né bat paa an centre, mais tm peu haut et un peu air flanc de la France, peotFétre poor en mieux sentiret pour en .mieux diriger tes membres et leur imprimer le» impulsions et les mouvements*

VIL La hunille dliommes qui peuple ce territoire se compose anjottrd*bnl de to rénnion de plusieurs race successivement greffées sur le vSgonreox trône celtique ou gaulois, et qui, vîviiléee toutes par la même sève nationale, gardent cependant dans funité de patriotisme les diversités d*aptitades, de caractères et de génie. Chaque province est un peuple et tons ces peuples ne sont qtt*unê nation ; alluvions diverses de différents sangs et de différents sîèdes, déposées dans le bassin commun de le France et qui n^ forment cependant qu*an même sol. C*est de cette diversité concordante que réralte cette ressemblance générale dans les sentiments et cette variété dans la physionomie de ce grand peuple. G*est de là aussi qu*émane cette intarissable fécondité d*bommes propres à la religion, à la guerre, a la navigation, h l'éloquence, aux arts, au gonvemement, et 'c*est le secret de ce phénomène qui montre la France toujours rajeunie et toujours prête, sous les circonstances les plus dissemblables, à sortir vietorlense et renouvelée des crises intérieures on extérieures oè périssent souvent les nations. En sorte que si rétemité de Rome était dans le petit nombre et dans Tunlté jalouse de ses citoyens, réternité de la France est au contraira dans la diversité de ses éléments nationaux, dans la facile accession de race, étrangères, et dans la perpétuelle infusion de sang nouvean qui retrempe et vivifie sa population. La race italique et lombarde y déborde du

LB COMSBILLBE OU PBUPLB^

haut des Alpo,*; et répand en passant son {^cnic méridional, actif et lumineux dans la Provence, dans la vallée du Rhône, dans le Dauphiné et sur les deux rives de la Saône, jusqu^au pied des montagnes qui séparent la Saône de la Loire ou qui flanquent rimmensc plateau de la Bourgogne. Ces provinces enfantent les hommes passionnes, poétiques, éloquents, habiles au nianienieiit des aiïaires humaines, comme les Grecs de la Gaule méridionale. Le Jura, la Franche-Comté, TAlsace, population helvétique et germanique, mêlée de sang romain et de mœurs espagnoles, produisent les hommes ])robcs, libres, réfléchis, rêveurs, propres à la méditation, enclins à la méditation, enclins au surnaturel, faciles à l'enthousiasme, purs de cœur comme les eaux de leur Hhin, nuageux d'imagination comme les sommets de leurs montagnes, enracinés profondément au sol comme leurs chênes, frontières vivantes, intrépides au feu, murailles d'hommes postés par le génie de la nature devant les défilés de la patrie. Les Lorrains, camps toujours sous les armes, les Vosges, autre bastion naturel, défendues par uue population du nord à la fois pastorale, industrieuse, soldatesque, unissent la turbulence des Flamands à Tinlrépidité des Alsaciens. Plus loin, les plaines de la Flandre; cette Lombardie du nord, labourée et défendue par des tribus diverses, souvent conquises, mais conservant le sentiment fédéralif et Pindividualité municipale, associe dans ses mœurs la dignité inquiète d'un peuple libre à la soumission facile d*un peuple incorporé. Champ de bataille de la patrie française ces provinces portent ses places fortes, nourrissent ses camps, recrutent ses armées. Inépuisables en sol, en industrie et en peuples, la guerre semble les engraisser, au lieu de les appauvrir. La Normandie, riche en sol, en pâturages, en fruits do la terre, en bestiaux, en chevaux, en industrie, en hommes j race agricole, traflquante, avide de sol et d'or, entreprenante, litigieuse, conquérante, plus ambitieuse de la terre que d'idées. La Bretagne, race primitive, héroïque, sacerdotale, féodale, imperméables aux mœurs étrangères ; côté de granit fondée par la Providence sur une longue zône de notre littoral; peuple ou plutôt tribu, fidèle au temps, rebelle aux nouveautés, immobile sur terre, aventureuse cl intrépide sur mer. Au delà, Bordeaux, ville romaine par son génie et par son forum, moderne par son commerce. Après Bordeaux et Bayonnc, les longues falaises qui étagent les flancs septentrionaux des Pyrénées, depuis Bayonne jusqu^aux plaines de Toulouse, de Narbonne, de Montpellier, population raclée, alerte et brave comme les montagnards, poétique comme sa nature, chaude comme son ciel, impétueuse comme «es toirreaUj mais légère, facétieuse, exagérée, chimérique, plus

LE CONSEILLER DU FEIIPLB

jalouse d'être regardée qued*ê(re respectée; le sérieux /ui manque^ c'est Pimaginalion de la France, la gracieuse mais ctcrnelie jeunesse d*uno nation ! Telle est la ceinture du sol français.

Si de la circonférence on fyénètre au centre, on y parcourt les immenses plateaux de la Bourgogne, peuplés d'une race qui s'est laissé civiliser, jamais expulser par les conquérants ; peuple martial entre tous, sans besoins, sans commerce, sans luxe, sans goût et sans aptitude pour les arts qui cfTéminent les ân>c5, au rœur franc, mais froid, sceptique, sans enthousiasme, parce qu'il est sans imagination, âpre comme le fer qui abonde dans les veines de ses montagnes; de toutes les passions humaines il n\i que la guerre et la gloire. L'inlolligence y est universelle le génie rare; cYvst surtout le soldes héros. A droite» les vastes plaines de la Champagne, terre froide, aride et sans physionomie, race slagnanle, indiislrieusc et douce, luttant avec un sol ingrat et avec un site exposé aux ravages de la guerre; du génie français elle manifeste surtout la nationalité. Aganchc, Icsgroupes monlagneux de TAuvcrgnc et des plateaux adjacents : leur race inexpugnable a vu passer h ses pieds tontes le; invasions et toutes les conquêtes, sans se laisser ni déposséder ni altérer par d'autres races. Forteresses naturelles entre la Loire, la Saône, k- Rhône et la Seine, elles sortent avec des armées pour balayer les plaines envahies. Au delà, les larges et longs plateaux du milieu de la France, dominés par l'Auvergne et s'élendant d'un côté vers Bordeaux, de l'autre vers Paris, vieilles terres celtiques peuplées de rliéncs plus que d'hommes. Les descendants de l'antique population gauloises, y cultivent la terre y élèvent des troupeaux, y forgent le fer, y recrutent des soldats patients et sobres; c'est la charpente centrale, osseuse et forte du grand corps de la patrie. La Tourrainc, Italie de la France, jardin abrité par ces mamelons et arrosée par la Loire, se ressent du voisinage et de Pinfluenc'C d'une capitale. Longtemps province, capitale elle-même, peuplée, bâtie, policée par le passage des cours et des grandes féodalités, son peuple nombreux, riche, élégant et brave, imprégné des mœurs de la chevalerie, ressemble à une colonie toscane sur le sol français. Paris enfin, la capitale et rilc-de-France qui l'entoure de plaines grasses et iatarissabies en froment; véritable Lalium français.

Le peuple de ccMe zone centrale, endurci plus que policé par le frottement des grandes masses entre elles, n'a ni l'élévation do la taille, ni la noblesse mâle des traits, ni la dignité rustique, ni rélégance naturelle, ni le génie inculte des races du midi, du "^ nord, de l'est ou de l'ouest de l'empire. Sa physionomie a uu >araclère d'ialelligencc vulgaire^ d'irréfleuoD^ d'audaee et de pro^

LS CONMIILU DU PBVPIB.

vocation, qui frappe, étonne <A parfois offense Fœil derétranger. On croit voir une race autrefois servile, longtemps oorascc par le voisinage des oours et par le poids des grands, qui se venge de son avilissement par son insolenee, et dont Textérieur respire plus la révolte que la liberté.

Quant à la capitale clie-mémc, sa population c^est la France tau te entière* Elle y fond perpétuellement toutes ses races, toutes ses physionomies, tous ses caractères, dans une population nomade, multiple, uniforme et pourtant sans cesse renouvelée. C*est rOcéan commun où tous les affluents des différentes races des provinces viennent se mêler, se confondre, se neutraliser par hur contact, et former par leur assimilation ce qu*on appelle le ^cnic de la nation, génie dont le trait distinctif est de réunir tous l3s génies, et de faire tour à tour et souvent tout a la fois, de la France, le peuple de la guerre et le peuple de la paix, le peuple de la pensée et le peuple de raclion, le peuple de tradition et le peuple de rinitiative, le peuple de la raison et le peuple du pré» j igé, le peuple de la cour et de la monarchie, et le peuple de la révolte et de la liberté ; tout selon rbeure; race de Tà-propos. génie du moment, sujets, de la circonstance, ouvriers du temps ! propre h toute œuvre pourvu qu*e]le agite son activité et remue le monde. Peu|rfe superstitieux sousses prêtres, soldat sous ses cbefe, eourtisan sous sos rois, conquérant sous ses héros, penseur sous ses écrivains, réformateur sous ses philosophes, dé« roagogwie sous ses tribuns, faisant cependant éternellement planer sur cette mobilité de sa forme les trois traits permanents de sa nature : le courage, le bon sens de lui, tour à tour la terreur, ou 1 amour, maïs toujours le centre d*activité morale de TEurope mo* deme. D*aulres furent plus politiques, d'autres plus artistes, d*autre8 plus navigateurs, d'autres, plus patients dans leurs desseins, plus heureux dans Thistoire; aucun ne fut plus aimé des nations. Le cœur de TEurope, c'est la France !

VIII Ce peuple semblait avoir clé façonné par la nature et par le temps à toutes les formes de civilisation et de gouvernement. Pastoral, agricole, fédéralif, républicain, théocratique avec ses rlruides; municipal et civilisé avec les Romains; féodal avec les Francs qui Tavaicnt conquis sans le dénationaliser, partagé en petites monarchies par les fils de Clovis, réuni en puissante unité par la main colossale de Charlemagne, brisé de nouveau comme les tronçons de la couronne de son successeur, reformé lentement en féodalité par les Capétiens, démembré, conquis, reconquis, acheté, vendu, hérité, troqué, tantôt par les armes, tantôt par les héritages; chacune de ses grandes provinces échappe, revient, adhère ou odwppe encore au centre national, sans qu'il soit pos*

âl4 LE GONSBILLSB VC MUFLI*

sible de savoir pendant des sîèdes oè sera ee centre définitif et laq«ielle de ces puissantes vassalités enipertera Tempire avee elle. Elles se subordonnent enfin une a ane et lentement à la monarchie féodale, mais en gardant ehaenne de son antique liberté des prétentions, des privilèges, des immunités, des vestiges qui résistent longtmps secondaires, les évéques, les abbés, l^église ajoutent par leur ind^mdanee et par tour inviolabilité à cette anar* due* La France a mille trônes au lieu d^un* Los rois sont suzerains plus que rois 5 les seigneurs, vassaux plus que sujets; la France, fédération plus que nation. Le Peuple seul est serf plartout ; état intermédiaire entre Tesclavage «t la liberté* Les rois enfin s'allient an Peuple sons le nom de communes et s^cn font un appui contre les grands. Les Croisades, guerres de barbares insensés qui veulent venger un Dieu en répandant le sang des bonimes, ruinent les seigneurs, déelment le Peuple, enricbissent et fortifient les communes, popuhirissent les rois, forment Tesprit militaire. Le protestantisme, né en ÂUemagne des vices et des excès de la cour de Rome et de sa milice monacale, lutte en France contre le calbolîcisme corrompu et sanguinaire de Tltalie importé par les Médieis* Les guerres civiles aguerrissent le Peuple et forment des héros. La liberté religieuse commence b naître, Charles IX Tétouffe dans Timmense assassinat de la Saint-Barthé* lemy. Henri, IV, né pour être le vengeur de la liberté de conscience, la trahit pour un trène, et la vend à son ambition. Hardi soldat, rusé politique, adoré de la France parce qu'il a les vioès français, transfuge de sa foi, il change d^amis comme do cause, apporte un état de plus à la couronne et donne à la France la paix, mais la paix de l^apostasio et de la servitude à Rome. Après lui, un ministre roi sous un roi imbéeilo, Richelieu; à la lois prêtre et tyran, abat les tôtes qui dépassent le niveau des sujets d'an trône, impose la terreur du sceptre et de Téglise, refoule ta maison d'Autriche, consolide Tunilé nationale et prépare le sol et tes Ames à la monarchie absolue* Louis XIV hérite de ses attentats et de ses services. Idole plus que roi, et adoré d'abord de lui>-méme, il est VAttgmte de la France, grand, parce que tous étaient à genoux autour de lui, fort de la lassitude de l'empire, nœud d'un temps qui finit, d'un temps qui commence. La guerre qu'il fait par ses généraux laisse tomlwr sans effort entre ses mains les places et les provinces échappées des mains de l'Espa* gne. Il n'a qu'à recueillir les dépouilles de la monarchie univers selle de Charles-QWnt qui se dispersait en ruines avant lui. La nattire lui donne un long règne comme pour lui laisser le temps de cimenter fortement l'unité monarchique. Son bon sens limité^ mais juste, lui inspire, le choix de ses ministres. Richelieu a créé le sol, Colbert orée l'administration.

LS COMCIILIK DO nVPM»

Le génie de la France se développe dans une longue paix et semble une double émanation de la royauté et de réglisc. Racine, Bossuct, Fénelon, Molière, Condé, Turenne, Vauban, Lebrun, de Sévigné, entourent son trône de sainteté, de vertus, d*héroïsme, de gloire et de grâces. On dirait la floraison d*une nation au printemps d*un règne. Tous les peuples ont de ces vé* gétatious accumulées qu*on appelle leur siècle, avant lesquelles tout parait stérille, après lesquelles tout parait épuisé. La vie de Louis XIV a le bonheur dVn marquer un. La nature même d'intelligence avec la monarchie, semble flatter son règne en lui prodiguant les grands hommes. Il ne voit en eux que des ornements de sa eoor et des reflets de la majesté royale. Sa grandeur n^est que la dimension de son égoïsme. Ses prêtres sanctifient jusqu'à son orgueil, en divinisant son titre de roi. Gomme les Césars, â qui Rome élevait des temples de leur vivant, il se laisse persuader sa propre divinité. Sa faiblesse d'esprit dde à Win* aion de sa grandeur. Il a la conviction de la supériorité des rois tor le reste de rhumanité. Il se met lui-même hors de la loi et hors de» moears. Il étale ses adultères, il consacre ses viœs, il les fait adorer. Il croit lidre asses d'iionneor à Dieu en se déclarant le vengeur de son ^lise. Sa faiblesse â*esprit prosterne sa Vieillesse aux pieds d\ine fémme artifideuse et de prêtres impérieux. Itose feit, leur inspiration, le tyran des consciences, Tin^ quidteur de la foi, le perséenteur des cultes dissidents. Il veut éM le glaive du catholicisme dans h main de Dieu. Il proscrit du royaume, il dépouille de leun biens, il emprisonne, il torture tout ce qui se refuse à professer le même culte que le roi ; il fait de la oonseienee un crime, et veut que le dogme soit uniforme comme la loi. Il meurt à cette œuvre, laissant la France appauvrie, odieuse, chenoelante, et la postérité indécise entre Tadmiration de ses premières années et le mépris de ses derniers jours. L'autorité de cette théocratie royale de Louis se défend jusqu'à la mollesse et jusqu'au cynisme du trêne sous la régence du duc d'Orléans, son neveu. Le siècle de Louis XIV semblait avoir vieilli la France avec son vieux roi ; la légèreté du régent semble la rejeter dans les débaudies de la jeunesse. Un règne de soixante ans sous l'insouciance pacifique et voluptueuse de Louis XV, l'a* vilit à ses propres yeux, l'abaisse au ddion, mais laisse naître, grandir et régner les idées; la liberté qui doit la régénérer s*approche. Elle commence à briller dans les livres et dans les académies comme le erépuseule d'une nouvelle aurore ou comme les premières lueurs d'un volcan*

LAMARTINE, Beprisenimi du Pnqik.

(La suite au numéro de Septembre).

IM COHSBULBE 5U pbovlb*

ALMANÂGH POLITIQUE.

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