CONSBIl&BR DV PtVflMp
tour h tour en France! IjCS ans n^ontrlls pas été assez abrutis pour erier t Vive la ffuUbtine ! d^autres n*ont-iIs pas été assez insensés pour crier liier Vive Vinqumiim ! Pourquoi donc ne 8*en trouverait' îl pas pour crier Vive la servitude! vive Papostasie ! vive ia honte!
Oui, il s*en trouverait 'an besoin; mais hélas ! détournons les yeux du temps qui suivrait celte prétendue solution. Elle déchaînerait plus de tempêtes que République et TAssemblée consti* tuante n*en ont conjurées depuis trois ans»
XV. Raisonnons» Vous élesun grand Peuple^ mais si vous êtes grand par les initiations et par vos audaces d*actions dans le monde, vous êtes grand aussi par vos découragements, grand par vos mobilités, grand par vos soudains et ineoncevables retours sur vous-même. Vous étonnez TEurope par vos timidités d*esprit, comme vouis Pétonnez par votre courage de soldat. Vous aimes les grandes entreprises, mais vous n'y persistez pas du premier coup. Vous ouvrez de grandes routes, mais vous revenez sur vos pas. Vous dites de grands mots et vous faites de petites choses. Vous êtes le Peuple des principes et le Peuple des inconséquences. On vous admire et Ton ne vous comprend pas !
Une révolution qui pouvait être terrible vous a surpris le 84 février. Vous aviez joué comme des enfants avec elle. Vous Tavcz laissé foire, vous l*avez applaudie à la presque unanimité. A peine a-t-elle été devant vous, que vous en avez en peur comme le magiden tremble devant le fantôme qu*ll a évoqué. Heureusement Il 8*est trouvé d*autres magiciens qui ont transfiguré le fan« tême et qui vous ont présenté la République libérale, morale et civilisée de 1848, à la place de la Révolution sanguinaire et spor liatrice de 4793. Vous vous êtes jetés, sauvés, abrités entre les bras de celte République transformée! Vous n^avez pas péri et rien n*a péri parmi vous qu'un trône.
XVI. Mais une révolution est toujours un écroulement. Elle a . toujours ses retentissements, ses contre-cou ps , sa poussière , ses pa-?
niques, ses crises financières, ses crises du cnsdit, de la eonfianee et du travail. On n*a pas à la fois le mouvement et le calme, la tempête et la sérénité I Un temps est un temps, il faut le prendre comme il est. Tout soulTre en ce moment dans les rouages et tout gémit dans les membrures du bâtiment pendant que les flots le battent et qn*ils portent les passagers au port.
Au port? Vous } êtes, tous y touchez du moins si vous savez le reconnaître, et y jeter votre ancre. Si vous vous rejetez par aveuglement ou par impatience dans la pleine mer des coups d*Etat ^ des cévolotions par contre-révolution, n*aecosez qqo irous dans vos prochains et inévitables njiuf rages.
LE COMSBILLER DU PBUPLS
XVII, Vous voulez, dites- vous, plus des tabilité dans les pouvoirs exécutifs, pour donner plus d'horizon à vos allaircs industrielles et plus dV'chéancc h vos entreprises? Bien, personne de sensé ne vous dit le contraire. Il faut condescendre à la nature d'un temps qui a dans ses intérêts matériels le contre-poids de ses idées, d'un pays qui veut à la fois penser, marcher et travailler; mais vous avez votre sort dans vos propres mains. Dans deux ans vous demanderez par l'organe de votre majorité et de vos représentation naturelles que la Constitution soit révisée dans le sens de vos instiiicis laborieux, commerçants, propriétaires. I/Assembléc eonstiluantc, nommée par vous, fera droit à ces instinct et à ces intérêts léi^itiuics dont clic sera l'expression, puisqu*eUa émanera de vous-nicmcs !
Vous êtes contents du gouvernement, du président actuel, je suppose, vous trouvez que le nom de Bonaparte, que moi j'ai cru dangereux à une Bépublique naissante, comme tentation perpétuelle à Pusurpalioii de la souveraineté représentative, vous trouvez que ce nom a quelque chose de traditionnel, de martial, d'imposant, (le prestigieux, qui donne quelque éclat et quelque consistance à un pouvoir exécutif encore faible et contesté par des excès de mobilité démocratique? Tous désirez, je le suppose encore, renouveler ou prolonger la période constitutionnelle de ce pouvoir? Je ne dis ni oui, ni non; cela sera peut être bon, peut-être mauvais, cela dépendra de Theurc et de l'homme, de la marche républicaine ou contre-républicaine qu'il aura suivie d'ici-là. Demain sait ce qu'aujourd'hui ne sait pas. Mais, si vous le voulez alors, vous le direz, et si vous le dites haut et net par la voie de vos opinions et de votre représentation Constituante, votre Assemblée constituante dira comme vous, et ce que l'Assemblée Constituante aura dit sera fait, n'en doutez pas. Car la France est militaire sans doute, mais elle est encore plus représentative, si la représentation dit oui, l'armée ne dira jamais non ; et si la représentation du pays dit non, l'armée ne dira pas longtemps oui. Je suppose donc que dans deux ans la France ait le désir raisonné de donner plus de stabilité à son pouvoir exécutif et de faire marcher plus ferme, plus droit, plus régulièrement sa Constitution qui chancelle quelquefois, et sa République qui va plus vite que son pas naturel ; que se passera-t-il, et comment sortira de la nécessité, celte solution naturelle que vous allez perdre, en croyant la saisir avant son moment? Le voici selon moi.
XVIII. L'opinion en France est la véritable souveraineté, insaisissable, mais irrésistible, sachez-le bien, comme le destin. Appcl.«!Z-vou8 royauté ou république, monarchie ou démocratie,
LB C0II8BILI.be DU PBUPLB
Icgitimîsmc ou orlcanîsme, bonapartisme ou socialisme ! Appelez-vous comme vous voudrez, le nom n'y fait rien. L*esprit public est roi en France. Voilà une vérité.
L*csprit public donc dans dix-huit mois dira : Je veux que la Constitution soit corrigée, tout le monde alors dira comme I*esprit public^ rAsscmblée nationale comme tout le monde, maigre les factions, les coteries et le> partis. Rien ne résiste au courant d'une crise d'opinion dans un pays comme celui-ci. CVst le pays de récho, comme aurait dit Pythagorc. Il n*y a qu*une voix, quand la voix vraie a prononcé le mot du temps.
XIX. 1/Asscmbléc coustituaatc arrivera à Paris avec les pleins pouvoirs du Peuple.
Elle sera républicaine, parce que la France aura eu cncoredeux ans h réfléchir et que la réflexion qui démontre Timpossibilîté de trois restaura lions en concurrence de droits est pour la République autant que rinstinct du Peuple.
5îaîs elle sera républicaine modérée, car le pays, les affaires, la prudence, le temps, démontrent que tout gouvernement violent ou extrême est illogique dans un peuple qui répugne avant tout à la guerre civile et au suicide. £lie revisera la Constitution sur trois ou quatre articles.
1<» Elle rétablira la vérité du suffrage universel, Tunité dedroils et la paix entre les classes, en rétablissant le suffrage universel froissé et mutilé par la loi qui vient de le violenter et de le scinder.
2<* Elle épurera le suffrage universel des éléments réellement vicies ou trop flottants qui le dénaturent. Elle établira le vote a la commune ou par groupes rapprochés de communes. Elledétruira l'exécrable système de l'élection par scrutin de liste qui aveugle systématiquement les yeux pour égarer la main.
5° Elle fera peut-être deux Chambres au lieu d'une, maïs à titre égal ; un sénat électif à la place d'un conseil d'Etat qui occupe la place d'un pouvoir sans en avoir Tact ion. Je dis moi-njcme en soutenant en 1848 l'unité de Chambre, que je ne défendais ce système que pour cinq ans, et pendant la période révolutionnaire où une Chambre souveraine est obligée de prendre à tout moment la dictature. La dictature ne se divise pas.
i*» Elle examinera les dispositions de la France, le gouvernement plus ou moins heureux, plus ou moins républicain du pouvoir expirant, et elle décidera si elle veut ou non effacer de la Constitution de 1848, l'article qui interdit la rééligibilité; elle examinera en outre, si elle veut ou non, prolonger la durée constitutionnelle des présidences» pendant les premières années de la République.
Si elle se décide pour la rééligibilité et la prolongation de la
M CORBBILLIR BV MWLI
première magîstratare^ elle est souveraine, die nommera un pouvoir esécuUf Intérimaire, et elle eonvoquera le pays à réieclîonda nouveau président.
Si le pays nomme Bonaparte, il am ainsi sanctionné sa Gon* stitation révisée, et donné à son pouvoir exécutif uneoodfirmation eonstitutionncile toute paissante pour raffermissement de Tlnstitotion républicaine.
Si le pays en nomme on autre, le président se retirera comme se sont tetirés à Pexpiratron de leur dictature forcée ou de leur pouvoir légal, le Gouvernement provisoire, la Commission ezécutive, le général Cavaignac, TAssemblée constituante, et la République conservatrice sera fondée.
Voilà une solution ! solution du bon sens public! solulion par la Constitution, solution par Popinion, solution par la loi et parle ^tttrioUsme ! Pourquoi en réves>vou8d*aatres? Il ne faut pourcela ni trahison, ni violence, ni coups d^Etat, ni corruption de Tarmée, ni 18 brumaire, ni 19 mai de la baïonnette, ni appel téméraire aux révolutions. Il n*y faut que deux cboses : un peuple exerçant sa souveraineté la main dans une urne, et un citoyen désintéressé et comprenant la véritable grandeur civique dans le président actuel delà République.
L*un et Taolre peuvent se rencontrer pour fonder ensemble la souveraineté pratique de la nation, et pour donner â la République le seul sentiment qui lui manque ; le sentiment de sa praticabilité et de sa durée.
Les paroles que le président delà République vient de prononcer è Lyon, send>lâit attester (ce que j*ai toujours préjugé de son sens élevé et de son honnêteté d*ambitlon) qu*il comprenait ainsi le grand réie que la République lui a offert et que son nom lui a rendu facile. Si ce nom a porté ombrage eux républicains prudents, si leur devoir a été de prémunir la nation contre un entraînement de gloire qui pouvait compromettre la liberté; ce nom aussi, il faut le reconnaître et je Tai reconnu, pouvait prêter de la force au maintien des institutions libres dans le commencement. Le Peuple vit de souvenirs et de préjugés. Ce nom entourait de préjugés et de souvenirs le berceau de la République. Les hommes d*Etat bien Inspirés se servent de tout, même d^un danger, pour enraciner les institutions quMIs veulent laisser à leur siècle. Le nom de Bonaparte peut être un péril ou un salut selon Thomme. Qu^il choisisse entre les battements de main d*une caserne, et Testime sérieuse et durable de la postérité.
XX. Tout fait croire quMI a dioisi le beau rêle, le rôle de la probité d*ambition, le rôle d*abnégation si on la lui commande, le rôle de d^intéressement si on le lui indique, le rôle de tuteur lé-
IM COHSIlUn Ml raivLs.
gai de la liberK sHl lui est conUnaé, le rèlc de citoyco, enfin, lé premier, le seul râle dans une République.
• Jè serai tout entier au pays, quelque chose qu^il exige de moi, abnégation ou persévéranee. Des broils deeoup d^Etdt peut*étre sont Tenus jusqu^à vous, mais tous n*y avez pas ajouté foi et je TOUS en remereie. Les surprises et les usurpations peuvent être le réve des partis sans appui dans la nation^ mais TéliB de six mit* lions de suffrages exéeute les volontés du Peuple et ne les trahit pas.*. Moi-même, s*il le faut, je me souvkaidnii de sacrifier toute ambition personnelle. Mais d*un autre côté, si des prétentions coupables se ranimaient et menaçaient de troubler le repos de la France, je saurai les réduire à Pimpuissanee ea invoquant encore la souverainelé du Peuple, car je ne reconnais à personne le droit de se dire son représentant plus que moi! »
Il n*y a rien h dire & de telles paroles, il nV a qu*à les admirer et en prendre acte dans la mémoire des hommes de bien. Un mol seulement est de trop dans ce discours, ^est le dernier. Nul no peut en effet se dire plus représentant de la souverainelé du Peuple que le président de la République, dans Tordre de ses attributions, e*est-à-dîre, dans la sphère du pouvoir exécutif et dans les limites de pouvoirs et de temps fixées par les lob qui loi ont donné son- titre. Hais la Constitution et le Peuple n*onl point noinméen lui un dictateur, ils ont nommé un magistrat» Qo*il a'te souTlenne aussi. La France ne s^est aliénée à personne. Si des eireonstaneee comme celles dont il parle survenaient, elle reprendrait elle-même sa dlçtature. Il y a quelquNin en France de plus soavmin que son premier magistrat lui-même, c*est le pays qui le nomme on qui le révoque, c*est sa représentation, cV»t sa Gonstitntion, e*e8l la République (1).
LAMARTINE, JieprcâenUmt du Pe^ilt*
(1) La suite de Partiele de M. de Lamartine publié dans le noméro de juillet {Qnuidéraiions fur h mwière de la Fnum et de m fMutUmi)^ est remise à un prochain numéro.
LB CORMItLIR DU KVMJTI
ALMANÂCU POLITIQUE.