AOUT
L^érénenieal de ee mois 6it le voyage du pr^idefit. Les inquiétudes qu*il avail excitées se sont dissipées •dTelles-méines aux premiers eris des populations et «ux premtôres paroles du président. Celte revue des vœux et des volontés de la France s*est résumée dans une immense aoclamatlon .à la I^SpublIque. 1/Assemblée peut jouir en paix du repos qu'elle s^est accordé. Son interrègne est rempli par le pays tout entier. La situation est d'ailleurs parfaitement calme, et la prospérité s*aeorott sous toutes les formes du erédity de findustrie et du travail.
Le vote delà loi sur la presse a fermé la session politique de PÂssemblée. Le i7 juillet, elle décide, sur le rapport de Bf. de Montalembert, qu'elle ae prorogera pendant trois mois, du ii août au 11 novembre. Ans termes de la Constitution, une commission de permanence* doit remplir les vaeaneesr)>arlementaire8, et perpétuer Taction el la vigilance de TÂssemblée pendant son absence. Plusieurs iistes, dictées et calculées par fesprit de parti, cireulalent depuis quelques jours et divisaient Topinion publique. L*Assemblée les écarte toutes, et exprime dans vingt-cinq noms impartialement choisis, sa ferme r&olution de respecter et de maintenir la Constitution. Voici, par ordre de suffrages les noms des montres qui forment la commission de permanence :
MM. Odilon Barrot, Jules de Lasteyrie, Monnet, général Saint- Priest, général Changarnier, Mo(é, général Laurislon, général Lamortcière, Beugnot, de Mornay, de Montebello, de Lespinasse, Creton, général Rullière, Yésin, Léo de Laborde, Casimir Perrier, de Crouseilhes, Droet-Desvaux, Combarel de Leyvai, Gamon et Chambolle.
Le lendemain même du jour ou les derniers noms de cette liste sortaient du scrutin, un incident inattendu qui menace un mo« ment d'éclater en «rise et en conflit entre les deux pouvoirs, sur^ git dans TAssemblée. Le MmUieur du Sotr avait publié la veille un article où la liste des vingt-cinq membres de la commission de permanence était signalée comme «ne déclaration de guerre de TAssemblée au président, et comme réclald'uneli08titiRtéetd*une déflance depuis longtemps mal contenues.
Une menace qui affectait presque un accent officiel terminait ee réquisitoire d'invectives. « Que croyez-vous, s'écriait l'auteur de rarticleen s'adressent aux représentants, que croyez^ous que répondraient les 6,000,000 d*élccteurs qui ont nommé Louis-Napoléon s'il leur disait demain; • Entre le président et l'Assemblée, choisisses. »
M C01I6BII.LBE DU PIUm#
C*68t oet article qae M. Dopont de Busne Tteot porter à la lri« bune et lire à TAssemblée indignée. 11 condut en demandaDl aœ enquête parlemeDtaire pour atteindre derrière le gérant dn joarnal l*aateur et, 8*11 y a lieu, rinspirateur de eet outrage contre la repr^entation da pays. M. Joies Favre se lèreet somme le ministère de 8*expliquer« Les ministres gardent le silence; TAssemblée commenoe à s*émou?oir de cette impassibilité comme d*ua a?eu dédaigneux de complicité. M. Joies Fam reprend la parole ; il ùit remarquer que le Manûmt d» Soir est an nombre des Jour» naux dont le imnistère permet la Tente dans les rues, que ce pri- Tîlégn accordé aux insultes contre le pouvoir parlementaire est d*un sinistre augure. « Le silence dn ministère, dit-il en terminant, serait un acte de trabison ; il prourerait qu*ll n^ sur ces bancs que pour déserter ses devoirs et trahir son pays. •
L*éinotion gagnait de plus en plus TAssemblée ; tous les regards élaient tournés vers le ministère comme posr interroger sa conscience dans son attitude. Après Taceusation directe de M. Jules Favrc, le silence D*élait plus possible. M* fiaroebe se d^de enfin è le rompre; mais sa réponse irrite encore l*anxiété de TAssemblce. Il déclare que le cabinet n^aceepte la responsabilité d*aueun journal et qu^ll attendra, en dehors de tout débat, la décision de l'Assemblée. On Tinterrompt pour lui demanderpourquoi il laisse vendre le Momêeur du Soirf Le ministre répond que le droit dé venie a été accordé h ce journal depuis longues années, et quH n^est pas dans sa pensée de le lui retirer.
Ces dernières paroles, oà l'Assemblée croît deviner les réticences d'une complicité, soulèvent une explosion d'accusations et de reproches. M. Eaae s*élance è la tribune, il s*écric que par la faute du ministère la question vient de changer de face, qu'elle n'est plus judiciaire, mais politique, qu'en face de la conspiration d'Insultes et de calomnies ligu& contre l'Assemblée, de l'impunité et du privilège dont elle jouit, on a le droit de se demander si le ministère n'est pas lecomplice d'une odieuse et d'une flagrante usurpation. Dans sa pensée il se trame un complot contre le pays, contre l'Asscniblée : il condut en lui proposant de se retirer immédiatement dans sesbareaox, et de nommer une commission qui fesse, séance tenante, un rapport snr les mesures d'urgence qu*il convient d'adopter en de si graves circonstances*
La crise était urgente, et de la parole elle allait passer à l'action. L'Assemblée, entratnéc par l'indignation de son outrage, semblait prête à frapper un grand coup de souveraineté parlemantaire; mais M. Barodie remonte à la tribune, et cette fois sa parole solennellement loyale et accentuée par la consdence, vient lever tous les doutes, dissiper toules les défiances, et édairdr une si-
LE CONSBILLBR DU PBUPLE»
tuation dont roLscurité faisait tout le mystère. « Le ministère, on refusant de repondre aux interpellations qu'on lui a adressées, a cédé à une impatience de dignité blessée par les injustes accusations dont on ne cesse de rassaillir. Il ne palrone aucun journal et
11 acceptera comme une culpabilité la moindre preuve de complicité ou d'inspiration dans les attaques dirigées contre l'Assemblée.» . « Messieurs, poursuit le ministre en appuyant sur ses paroles «ommc sur les termes d'un serment, notre seul vœu, noire seule préoccupation de jour et de nuit, c'est le maintien du gouverncmcrjt tel qu'il est, sans aucune modification... si le gouvernement se montre si susceptible quand on l'attaque, c'est parce que sa conscience est pure, c'est qu'il peut du haut de cette tribune, dans la Chambre comme hors de la Chambre, affirmer que ceux qui disent qu'il a le projet de sortir des limites de la Constitution le calomnient.... Les coups d'Etat seront impossibles, tant que les hommes qui siègent sur ce banc feront partie du gouverDemcnt de la République. »
A cette déclaration si précise et si solennelle, l'Assemblée répond par un éclatant témoignage de retour de confiance. Elle vote l'ordre du jour pur et simple.
La discussion et le vote du budget de 1851 , du rétablissement de la censure des théâtres et d'un projet de loi qui modifie les clauses de concession des chemins de fer de Tours à Nantes et d'Orléans à Bordeaux, ont occupé les dernières séances. Le projet de formation d'un camp, de revues et de parades aux environs de Versailles, dcvaitétre sounus à l'Assemblée, mais il a été abandonne par le gouvernement sur l'opposition de la commission et de son rapporteur, le général Oudinot.
T/Assemblée s*est séparée le 8 août, deux jours avant la prorogation légale.
IL Quelques jours après la dispersion de TAssembléc, le président de la République quittait lui-mcme Paris, pour visiter les départements du centre et de l'ouest de la France. Ce voyage a vivement préoccupé l'imagination publique; il a eu ses historiographes et ses pamphlétaires j nous n'en serons que les rapporteurs impartiaux et désintéressés.
Le président de la République est parti de l'Elysée le lundi
12 août, par le chemin de fer de Lyon, accompagné de MM. les ministres de la guerre, des travaux publics, de l'agriculture et du commerce; il est arrivé le soir même à Dijon, après de courtes stations à Tonnerre et à Sens. Nous ne sommes pas de ceux qui cherchent l'expression de l'opinion publique dans les clameurs de passage des ovations officielles, mais d'après les correspondances, même peu favorables aux institutions républicaines, le cri de Vive
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la Républiquel a suîvî le cortège à travers toute la Bourgogne, arec runanimité et Télan d'une manifestation nationale. A Dijon, ic président a passé la revue des troupes de la garnison. De la ii csi allé à Fixin, petit village de la Côte, où un ancien soldat de l empire, M. Noizot, a élevé à l'empereur Napoléon un monument de souvenir et de culte militaire. M, Noizot, entraîne par un sentiment d'amilié, a mêlé à ses reracrciments et à ses fchcitaUons de bienvenue, une demande d'amnistie en faveur de M . Gumard, ui> des condamnés du 13 juin; le président a répondu que le droit d'amnistie n'appartenait qu'à l'Assemblée, et qu'il ne pouvait accepter que la mission de faire exécuter ses volontés.
A Châlon, le président a passé en revue la garde nationale. H est arrivé à MÀoon, le U a trois heures. Là encore l aeclamatioii à la République a couvert et déborde tous les autres cris.
Le iendemaiu, le président faisait son entrée h Lyon au milieu d'unimmcnseconcoursde populations, aux cris mêles et confondus de : Vive la République • vive le présidcnll Sa première visite a etc à la eathédrale où il a entendu une messe célébrée par 1 archeveque: de là il est allé sur la place Belleeour où rattcmlaient sir cent^ vieux soldats dc l'empire, revêtus de leurs anciens uniformes. Après cette revue du passé, un banquet lui acte otreri a raôleWe-YiUe. C'est en réponse à Pallocution du maire quil » prononcé le discours où rejetant cc>mme une cabmm^^ conscience " d'Etat, il s
Le présideni a passe aeux jours u — '"^'ir/ . ^
bals, les visites aux écoles et aux ateliers, une fele militaire a laquelle assistait le général La Marmora, envoyé par le roi c e bardaigne pour le complimenter à son passage, ont rempli toutes es heures de son séjour. L'accueil de la population ne s est pas dementi. Sympathique et respectueuse pour le premier magistrat au pays, elle a constamment fait éclater dans ses acclamations son dévouement à la République. Le langage du président a cudureste dans tous les discours qu'il y a prononces un accent signibcatif de loyauté et dc franchise. ^ . d«-««
Le passage du président à Lons-le-Sauliiier, a Dole et a Besaneon s'est fait à travers des ovations toutes républicaines. Un d^ plorable incident a marqué son séjour à Besançon. Avant dc se îiîndrc au bal que lui offrait la ville, le président a voulu visiter un bal populaire. Des clameurs hostiles ont éclate a son entrecdans la saUeVct il a été enveloppé par une foule compacte qui l a un moment séparé dc son escorte. Ses officiers qui l'avaient suivi ont été obligés dc tirer l'épée pour le dégager de cette émeute de bruit et .de désordre. Userait injuste de faire retomber sur la population
(le Besançon la responsabilité de cet indigne scandale j les coupables sont des ouvriers étrangers au département et au pays. Sept d'entre eux ont clé immédiatement arrêtés.
De la Franche-Comté le président s'est dirigé vers TAIsacc et la Lorraine. 11 a visité successivement Mulhouse, Colmar, Strasbourg, Nancy et iMclz. De tous les points de ces patriotiques contrées un seul cri sVst fait entendre, celui qui Ta suivi dans tout son voyage comme un mot d'ordre national : V^ive la République î
A Strasbourg encore, le président a hautement proteste de sa foi et de son dévouement h son mandat constitutionnel. A un banquel offert par la chambre de commerce de cette ville, il a prononcé CCS paroles empreintes d'un profond sentiment de devoir et de probité politique.
« Placé par le vole presque unanime de la France h la téte d'un pouvoir légalement restreint, mais immense par l'influence morale de son origine, ai-jc été séduit par la pensée, par les conseils d'attaquer une Constitution, faite pourtant, personne ne l'ignore, en grande partie contre moi? Non, j'ai respecte et je respecterai la souveraineté du peuple même dans ce que son expression peut avoir de faussé ou d'hostile. Si j'en ai agi ainsi, c'est que le titre que j'ambitionne le plus est celui d'honnête homme. Je ne connais rien au-dessus du devoir. «
Le président est rentré à Paris le 28 août. Il doit repartir le 3 septembre pour aller à Cherbourg assister aux manœuvres et aux grands exercices maritimes de l'escadre.
111. Une grande existence vient de s'éteindre. Le roi Louis- Philippe est mort h Ciaremont, le 26 août, entoure de sa famille et dans toute la plénitude de ses facultés intellectuelles. Depuis quelques mois sa santé déclinait de jour en jour ; le voyage qu'il fit en juin dernier à St-Lconard avait semble arrêter les progrés de l'affaiblissement qui consumait lentement sa vie. Mais bientôt le mal reparut avec d'effrayants symptômes ; la science se déclara impuissante, et le 34 les médecins l'avertirent qu'il touchait à sa fin prochaine. Le roi reçut ce terrible avertissement avecunecalme et religieuse résignation. Ses dernières heures furent remplies par ses devoirs de chrétien, ses adieux el ses eonseîls suprêmes à sa famille. Il eut même la force de dicter encore une dernière page des mémoires de sa vie. C'est dans la nuit dnW que Pagonie commença. H est mort le lendemain à huit heures du matin, âgé de 76 ans, iO mois et 20 jours.
Une mort qui est un deuîl intelleetuél poor la France, vient d'affliger la littérature. M. de Balzac a snceomlié, le 19 août, h une longue et douloureuse maladie. Depuis trois mois il était rentré en France^ il revenait d*un voyage en Russie o& Oavait épousé
LB GONSBILLIft DO FIUMB
ane femme longtemjis aimée, qui a été rinsptration întîme el se* erète de ses plus beaux livres. G*esl au seuil de la vie de bonheur, de sérénité, de loisirs et de maturité féconde que ce marlago ouvrait devant lui, que la mort est venue le prendre el Tenlever à son couvre : œuvre immense, quoique interrompue, et qui grandira encore dans revenir cette perspeeliveet cette lumière des monuments du génie.
IV. Uùe cause étrange vient de se présenter pour la seconde fois devant le parlement anglais. M. de Rothschild, élu depuis trois ans par la dté de Londres, avait été repoussé de son si^ de la chambre des communes par Tobligation de prêter serment sur l*évangile et sur la /bt d^ti» eriit chrélièn^ formule contraire à sa religion et à sa conscience. Le ministère avait promis de présenter aux Chambres Tabolition de ce serment qui proscrit do la vie politique toute une classe de citoyens, mais la Chambre des Lords ayant repoussé par deux fois ce bill de tolérance, M. de Rothschild, fort du mandat de ses électeurs, s*est présenté à la barre de la Chambre des Communes en demandant à prêter serment sur rÂnden Testament, comme sur le livre de sa foi et de sa conscience. La discussion s^est immédiatement engagée. Sîr Robert Inglîs, le représentant le plus absolu et le plus inttexible du puritanisme anglican, a énergiquement réprouvé Tadmission de M. de Rothschild, soutenue par M. Hume au nom du grand prineipede la liberté des croyances. Le débat s^est traîné pendant trois jours dans d^inextricables arguties de secte et de formules. Le ministère a paru faiblir devant Tâprc opiniâtreté du parti anglican. Il a éludé la question au lieu de la résoudre, en présentant une proposition qui exclut momentanément M. de Rothschild de son siège, mais qui engage la Chambre à décréter dans sa session prochaine une formule de serment asses large et assez libérale, pour que toutes les croyances puissent entrer dans le Parlement sans humiliation et sans subterfuge.
Le gouvernement du Piémont est toujours en lutte contre la résistance d*une partie de son haut clergé à la loi Siceardi. Un grave et triste événement vient de le pousser à une sorte de coupd*£tat ecclésiastique. M. de Santa-Rosa, ministre du commerce, atteint d*nne maladie mortelle, et sentant sa fin approcher réclama les derniers sacrements. Lecuréde sa paroisse, occupée perdes religieux Servîtes, fut appelé par la famille; mais il refusa son assistance si le mourant ne rétractait publiquement la part qa*il avait prise à la loi qui a récemment aboli en Piémont les privilèges ecclésiastiques. M. de Santa-Rosa, fort de sa vie toute chrétienne et du témoignage suprême de sa conscience, se résigna à mourir privé des consolations de TEglise, plutôt que de parjurer ses lèvres par
LK GO?lSBILLKa UU PBUPLB.
une rétractation que démentait son cœur. 11 expira absous par son confesseur et en embrassant le crucifix* Mais les pères Servîtes persistèrent jusqu^après sa mort h s^interposer entre TEglise et lui; ils refusèrent les dernières ablutions à son cercueil. La nouvelle des cruelles épreuves qui avaient alfligé Tagonie de M. de Santa- Rosa souleva dans Turin un mouvement d*indignation populaire: elle éclata bientôt en manifestation menaçantes contre le couvent des Servîtes, et le gouvernement, dans Tlntérét même de ces religieux exposé à Tirritation toujours croissante de la foule, résolut de les éloigner de Turin. Une escorte de gardes nationaux et de carabiniers vint le lendemain les enlever de leur couvent et les transporter dans leurs maisons d^Alexandric et de Salluso.
Mais des lettres saisies, au couvent des Servîtes, révélèrent qu*en refusant les sacrements h M. de Santa-Rosa, ces religieux obéissaient à Tordre exprès de rarchevéqoe, qui avait déjà et dès le commenoementdc sa maladie, manifesté son intention de lui refuser Tassistance ecclésiastique. Le gouvernement piémontais crut Toir dans la rigueur du prélat une récidive de provocation contre une loi devenue loi de TEtat, et la consécration religieuse pour ainsi dire de la désobéissance aux institutions du pays. Il invita donc Mgr Fanzoni à donner sa démission du siège de Turin, pour quMl fût pourvu k son remplacement. Sur son refus, Tarchevéque fut arrêté à sa villa Pianezza et conduit avec une escorte de carabiniers et de soldats à la forteresse de Fenestrelle.
Il serait téméraire do juger prématurément cette cause si grave et si délicate de juridiction politique et religieuse. Une enquéteest commencée, c'est à elle seule qu^l appartient de condamner ou d*absoudre la mesure extrême du gouvernement piémontais.
Cependant le gouvernement semble disposé à le dénouer pacifiquement, car 11 vient d'envoyer à Rome M. Pinelli, ancien ministre de rintérieur, chargé d'une mission de conciliation auprès du Saiiit-Siége même.
L'Allemagne est agitée par la guerre d'insurrection qui s'est rallumée entre le Schïeswig-Holstein et le Danemark. Les Danois ont reconquis le Schleswig après une bataille sanglante, livrée le 23 juillet près de sa capitale. La Russie s'est prononcée hautement en faveur du Danemark, dont les droits de souveraineté sur le Schleswig-Uolstein sont reconnus officiellement par toutes les grandes puissances.
La question de l'unité allemande et de l'état fcdératif restreint est toujours entre l'Autriche et la Prnsseun texte confus de notes et de polémique diplomatique. Aucune solution formelle n'a encore été apportée à cet obscur problème dans lequel rAutriche pressent la déchàinec de sa supiïmatie politique, et où la Prusse
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eberdie rdlaigissemeot de son pouToîr et de son influence sur les destinées de l*Allemagne«
Notre dernier bulletin annonçait la mort du général Taylor, président des Etats-Unis* Conformément à la constitution américaine» le vice^président, H. Filmore, a été reconnu président.
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XX, * Elle dit cela avec un bon sens supcrieup à son éducation etavec un accent si pénétréderindigcnee intellectuelle des clnsscs auxquelles elle appartenait, que cela me fit réAéchir un moment à la vérité et à la gravité de son observation.
— Ty avais déjà pensé quelquefois, dis-jc en m'adressanl à ma femme et h Reine, mais jamais tant qu'en écoutant ce que vous venez de dire. C'est vrai, pourtant, le peuple qui veut s'in- 8lPuirc,8edislraire,8'inlércsscpparrimaginalion,s'altendrirparIe
sentiment, s'élever parla pensée, va mourir d'inanition ou s'enivrer decorruptionsi on n*y prend garde.lifaut que la société s'en occupe, m il faut que Dieu suscite un génie populaire, un Homère Ouvrier, un Milton laboureur, un Tasse soldat, un Dante industriel, un Fénélon de la chaumière, un Racine, un Corneille, un Buffon de l'atelier, pour faire à. lui seul ee que la société égoïste on paresseuse ne veut pas faire, un commencement de littérature, une poésie, une sensibilité du peuple ?
Je passe en revue, par la pensée en ce moment, tous les rayons d'une bibliothèque bien composée. Je mets en idée la main sur tous les principaux noms qui la meublent, et je cherche à y grouper une collection de volumes qui puisse alimenter la vie intérieure d'une honnête famille de laboureurs, do serviteurs, d'ouvriers, hommes, femmes, enfants, jeunes filles, vieillards; livres à laisser sur la table et avec lesquels chacun puisse causer en silenoe, le dimanche ou le soir, sans avoir besoin qu'on les traduise ou qu'on les lui explique pour les entendre* Voyons, qu*est-ce que je trouve sous la main ?
XXL— Voilà la Bible. C'est un beau livre, plein de récits popuhiires comme Tenfanee du genre humain ; mais plein de mystères, de scandales de mœars. de crimes et de férocités qui dépraveraient l'esprit, le cœur et les mœurs, si on la jetait non commentée et non châtiée dans les mains des enfanU et dans Tinintelligence historique des masses. Voilà Homère, Platon, Sophocle. Eschyle ! Mais ce sont d'autres époques, d'autres mœurs, une autre langue ; c'est du greiî. Rien! Voilà Virgile, Horace, Cicéron, Juvénal. Tacite ! Mais c'est du latin 1 le peuple ne le sait pas. Rien ! Voilà Milton, Shakespeare, Pope, Dryden, lord Byron, Crabbe, surtout ! C'est de l'anglais. Rien ! Voilà le Tasse, le Dante, Pétrai'Hue, trois admirables poëtes. Mais c'est de l'italien. Rien 1 Voilà Schiller, Goëlhe, Wiéland, Gessner î il y a en eux de belles pages pour le peuple ; la poésie allemande y descend parce que le peuple monte à elle. Mais c'est en allemand. Rien ! Voilà Cervantès, Caldéron, Lope de Vega ! Mais ce sont'desparôdies du génie chevaleresque dont ce temps-ci n'a pas à se corriger ; d'ailleurs c'est espagnol. Rien ! Voilà les grandes et subli-
(i) SUITE de la page ^é, du nf' 7. ^
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mes poésies orientales, indiennes, persanes, arabes. Il y a la des trésors enfouis d*imaginntion et de sagesse humaine dont on pourrait monnayer les lingots pour Tiramanité à venir ! Mais e*est en persan, en arabes, en sanscrit; il faut des mineurs et des monnayeurs de ees poèmes : ils ne sont pas yenns encore* Rion !
Voilà nos yîeux poêles français ; ce ne sont que romans de chc* paierie, aventures eyniqucs, rimes galantes et fades à des Amaryllis de fantaisie ou à des beautés de eour. Bien ! Voilé Pascal ; des polémiques seolastiques sur des raffinements de dogmes inintelligibles au simple bon sens, ou quelques pensées sublime d*ezpression, mais sublimes comme Tablme est sublime d*inoonnu, de profondeur, de dàiespoir ! Ce livre ferais des fous sMI ne faisait pas des anadirorétes ! Rien ! Voilé Bossnet : langue prophétique, éloquence biblique, histoire systématique, faisant rouler les mondes autour d*une peuplade de désert, orateur tonnant sur la tétedes rois, mais disant luire, aveo complaisance à la ibis sévère et habile, ses éclairs sur les cours, et ne foudroyant^ que le peuple, qu'il livre corps et ftme au moderne Cyrus; un ehoix, des fragments, des échantillons do génie de la langue et du discours. Rloi autre I Voilà Fénelon : beaucoup à prendre dans 7*1^4^11109118 et dans les Cormpondaneet. L*âmereligieuse, la philosophie humaine, la grâce, Tonction, Todcur de vertu; mais des pages et pas de livre pour le peuple ! Voilà Corneille; mais c*est un génie politique et résumeur, qui éclate trop haut pour le eosur humain. Quelques scènes, quelques maximes, quelques exposions en vers ! Rien de plus. Le peuple vit de détails de sentiments et non de réaumés. Le génie, pour lui, est dans Tâme | celui de Corneille est comme celui de Tacite, dans le mot ! Voilà Racine ; celui-là était né pour devenir le poète du peuple ; malheureusement il n^ avait ])as de peuple de son temps. Les cours Tontpris, qu^ellcs le gar* dent. On ne peut extraire de lui, pour les masses, que ses deux tragédies bibliques, AihaXie et EiHuff parce que là sa poésie 8*est Istte populaire en se faisant religieuse. Le reste est aux salons.
Voilà Voltaire I esprit encyclopédique, mais toujours esprit, bon sens, lumière, critique, satire, finesse, raillerie, enjouement, quelquefois cynisme ! Jamais Ame, tendresse, amour, futié et piété, ces dons du génie à ceux qui souffrent. Philosophe des heureux, aristocrate des intelligents, poêle de demi-jour, peu à prendre pour les simples de cœur, lustre des bibtiothèques s^éteignaot dans le champ en plein soleil, ou déplacé dans la mansarde de rindigent.
Voilà tous nos historiens. Pas un pour le peuple depuis des chroniqueurs! Montesquieu, trop hautjRolin, excellent, mats trop servile traducteur de l*bntiquité et trop long pottr d» lee^ leurs qui comptent le temps !
Voilà nos romanciers ! Tous prenant leurs personnages dans les rangs élevés de la société et donnant au sentiment le jargon du snlon au lieu de la langue de la nature illotlréc ! Rien, ou presque rien !
Voilà nos philosophes î Descartes, Malebranche, Condillac, et tous les modernes ; vous pouvez les réimprimer tant que vous voudrez, je vous dchc de les faire lire au peuple, parce que la philosophie du peuple ne raisonne pas, elle sent. Sa dialectique, c'est un instinct; sa logique, c^est une impression ; sa conclusion, c'est une larme ! il n'y en a point pour lui. 11 ne connaît de J-J. Rousseau que les cent première pages du F/c«iVc «at)oi/«r^i cl quelques chapitres des Comfe&sions^ où il voit un horloger de génie aux prises avec ses misères et des sentiments qu'il reconnaît en lui-même. De Chateaubriand il ne lit que Bcné vt Atala^ où la philosophie est délayée de larmes et où la piété est fondue dans l'amour. Rien !
Voilà nos théâtres. Ils ont été écris pour les cours ou pour les classes exclusivement lettrées. La preuve que le peuple ne les sent pas assez faits pour lui, c'est qu'il les laisse aux scènes académiques et qu'il a inventé pour lui les mélodrames, parce que son vrai drame n'a pas encore été inventé pour lui. Rien î
Voilà nos savants ! Ils sont écrils en algèbre et voilés d'une terminologie gallo-grecque qui laisse les sciences naturelles à l'état de mystères pour tout ce qui n'est pas initie. Celui qui mettra la science usuelle en langue vulgaire et sensible aux ignorants, n'est pas encore venu. Je me trompe, il commence à poindre en Angleterre dans le fils d'Herschell. Rien encore ici !
XXII. — Ainsi, de tout ce qui compose une bibliothèque complète pour un homme du monde ou pour une académie, à peine pourrait-ton extraire cinq ou six volumes français à l'usage et à l'intelligence des familles illettrées à la ville ou à la campagne, et cet extrait même n'est pas fait avec le sens et dans les mœurs de celle partie négligée de la population. On lui apprend à lire, cependant, mais sans lui donner après la possibilité de lire, outre chose, si ce n'est les livres faits pour d'autres lecteurs ou les feuilles rougics de vices et de cynisme qu'on lui jette en pâture, comme on nedonnerait à un enfant des armes que pour se blesser f
XXIII. Ces réflexions m'attristèrent profondément en regardant la figure candide et souffrante de la pauvre Reine, âme altérée cherchant en vain les sources où clic pût étancfaer cette soif naturelle à tous de connaître et d'aimer. Je lui dis :
*— Mais selon vous. Reine, quelle serait la bibliothèque qu'il faudrait composer pour les familles de votre condition? Yoil^ un catalogue j voyons, essayez de la choisir vous-mtoe. — Nous
LE COKSKILLBR DU PEUPLE
essayâmes ensemble et nous ne pûmes jamais arriver qu'à cinq ou six ouvrages que j*ai déjà cites.
— ÎI faudrait les inventer, Monsieur, car décidément ils n'existent pas dans la langue. Il y a des centaines, des milliers de iivrcs pour vous j pour nous autres il n'y a que des pages.
— Peut-être bien, lui rcpondis-je, que le moment de les écrire est venu en effet, car voilà que tout le monde sait lire, voilà que tout le monde, par une moralité évidemment croissante dans les masses, va donner au loisir intellectuel le temps enlevé aux vices et aux débauches d'autrefois 5 voilà que Taisance générale augmente aussi par Paugmenlation du travail et des industries j voilà que le gouvernement va être contraint de s'élargir et d'appeler chacun à exercer une petite pari de droit, de choix, de volonté, d'intelligence appliquéeau service du pays; tout cela suppose et nécessite aussi une part de temps, infiniment plus importante, consacrée à la lecture, cet enseignement solitaire dans l'infcrieurdc chaquefamillc. La pcnséeet l'âmevonl travailler double dans toutes les classes de la société. Lrs livres sont les outils de ce travail moral. Il- vous faut des outils adaptés à votre main.
— C'est encore vrai, dil-elle.
XXIV. Or, pendant que le besoin de lire s'accroît par tant de moUfs chez le peuple, le besoin et la faculté d'écrire s'accroissent aussi dans une égale proportion dans les classes lettrées. Pour un écrivain qu'il y avait autrefois, il y en a cent ou mille aujourd'hui.
— Pourquoidonc?medemanda-t-elIc avecun aird'étonncmcnt.
— Par la raison qui vous a fait écrire vous-même vos vers au chardonneret et vos autres petites compositions : parce qu'il y a plus de pensée, plus de sentiment, plus d'inspiration, plus d'instruction, plus de loisir, plus de nécessité de produire dans la masse lettrée du pays, qu'il n'y en avait il y a un siècle. La révolution adéfriché plus de parties incultes du sol dans l'humanité. Ce qui ne végétait pas, végète j ce qui ne produisait pas, produit On a semé des idées, il a poussé des intelligences.
Et puis, comme l'éducation classique s'est immensément multipliée, il est sorti d'année en année, des études, une éiilcdcjeuncs hommes de talent, de pensée, de style, qui ne savent que faire de tous ces dons, à moins d'en faire de la réputation, de la fortune, de la gloire. L'Eglise, qui les absorbait en grande quantité dans l'ancien régime, qui les enrichissait par ses bénéfices et ses fonctions lucratives de toute espèce, ne les absorbe i>lus ; l'Empire, qui les dévorait dana ses armées, ne les fauche plus en coupes réglées. Ils n'ont plus que deux carrières : les fonctions publiques