‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 27 sur 40 · OU SOCIALISME CONSERVATEUR BT DU SOCIALISME DESTRUCTEUR · texte numérisé non relu

OU SOCIALISME CONSERVATEUR BT DU SOCIALISME DESTRUCTEUR

I. Lorsqu*ua homme est fortement préoccupé de la crise qui travaille sou pays, tout lui est occasion de faire tourner au profit de ses compatriotes les spectacles dont il est frappé et les réflexions que ces spectacles lui inspirent* Appelé par des circonstances tontes privées à revoir pour quelque temps PAngleterre, après une absence de vingt années, il m*a clé impossible de ne pas étreébloui des progrès immenses faits par TAngleterre pendant ce laps de temps, non-seulement en population, en richesse, en industrie, eii navigation, en chemins de fer, en étendue, en édifices, en embellissements, en assainissement de la capitale, maisencore ctsurlout en institutions d'assistance an Peuple, et en associations de véritable sociaiisQie religieux, conservateur, fraternel entre les classes, pour prévenir les explosions par révaporation des causes qui les produisent, pour étouffer les murmures d*en bas par les bienfaisances incalculables d*eu haut, et pour fermer la bouche au Peuple, non par des brutalités de police, mais par la main de laverta publique.

Bien loin de m'aflliger et dem^humiiier de ce beau spectacle de f exerdoe de tant d'csuvres vraiment populaires qui donnent en oe moment à rAngletcrrc une prééminence incontestable sous ce rapport aar le reste de TEurope et sur nous, je m'en suis réjoui. Dàiigrer ses rivaux, e*est se rabaisser soi-même. Les rivalités entre les peuples sont mesquines cthonteuses, quand elles consistent i nier ou à haïr le bien qui se fait chez nos voisins. Ces rivalités, au contraire, sont nobles et fécondes quand elles consistent , à reconnaître, à glorifier et à imiter le bien qui se fait partout : au lieu d*étre des jalousies, ces rivalités deviennent des émulations. Qu*importe que le bien soit anglais ou français, pourvu qu'il soit le bien? Les vertus n^ont pas de patrie, ou plutôt elles ont toutes la même patrie. Dieu qui les inspire et rbumanité qui en profite. Sachons donc une bonne fois admirer.

II. Mais, me dit-on, ces vertus pratiques de TAnglcterre envers

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ses classes pauvres, prolétaires, souffrantes, ne sont que les pru« dences de Tégoïsme! Quand ce ne serait que cela, il faudrait encore applaudir, car un égoîsme si habîie et si prévoyant, un égoîsmc qui se ferait justice à lui-même en imitant si bien la vertu, un égoîsmc qui corromprait le Peuple par la charité et par le bienêtre, un tel égoîsmc serait la plus profonde et la plus admirable des politiques, ce serait le machiavélisme de la Tertu. Mais il n*est pas donné à régoisme seul de se transfigurer si bien en charité ; régolsmc se resserre et la charité se répand i sans doute, il y a là de la prudence, mais il y a aassi de hi vertu; sans doute la vieille Angleterre, véritable république patricienne sous son frontispice de monarchie, sent que les pierres de son édifice féodal se disjoignent et pourraient s*éerouler aussi sous le coup du venl du siècle, si elle ne les reliait pas tous les jours par le dmeut de ses institutions en faveur de son peuple» Cest là du bon sens, mais sous ce bon sens il y a aussi de la vertu ; et la source de cette irertu, ilest impossible d'habiter quelque temps TAngleterresans la découvrir; la source de cette vertu publique, c*est le sens Religieux dont ce peuple a été doué plus que l^eaueoup d*autres : sens divin, que la liberté religieuse pratique adévcloppé el développe en ce moment sous mille formes ehes lui. Chacun a un Dieu, quand chacun peut le reconnaître à la lumière de sa raison, et Tadorer et le servir avec ses frères dans la sincérité et dans rindépendance de sa fol.

Oui, il y a, si vous voulez, tout k la fois prudence, égoîsmc bien entendu et vertu publique dans les actes de PAngleterre pour prévenir la guerre sodale; ce sera tout ce que vous voudrez; mais plût à Dieu que la France plébéienne et propriétaire p&t voir et comprendre ainsi son rèle envers le Peuple! Plût à Dieu qu*elle pût prendre leçon de cette aristocratie intellig^tel Pl&t à Dieu qu*elle pût se dire une bonne fois è elle-même : « Je. péris, jft tremble, je m^évanouis dans mes paniques, je demande tantôt à la monarchie, tantôt à la république, tantôt à la légitimité, tantôt à rillégitimité, tantôt à Tempire, tantôt à Tlnquisition, tantôt à la police, tantôt au sabre, tantôt à la parole de me sauver, et personne ne me sauvera que moi-même! le ne me sauverai que par ma propre vertu ! »

IlL Savais vu TAngleterredeux fois dans ma vie, une première fois en i8S3 ; c'était l'époque où Ui Sainte-AUianoe, récemment victorieuse et fière de ses victoires contre l'esprit de conquête de Napoléon, luttait contre le libéralisme naissant, et n'étaft oeenpée qu'à restaurer partout les anciens r^imes et les anciennes idées. Le gouvernement de l'Angleterre, tenu alors par les héritiers inintelligents d*un grand homme (H • Pitt) , était un véritable contre-

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