C0N8BILI.ER DU PEUPLE. SG
sens avec la vraie nature de ce pays de liberté; il avait pris la cause des souverains absolus conlre les peuples; il faisait du citoyen libre cl fier de rAnglcIerrc libérale, un afTitlé et un soldat de la Sainlc-Alliance ; il combattait en aveugle la révohilion, son esprit, ses institutions, cbcz lui cl partout. L'Angleterre, mal à Taise sous un pareil gouvernement, ne se reconnaissait pas ellemême; elle sentait par instinct qu'on lui faisait jouer le rôle de séide du despotisme ci des églises, au lieu du rôle de cbampiondes nationalités indépendantes et des libertés réglées de la pensée que M. Pitt avait conçu pour elle. Aussi ses tribunes, ses feuilles publiques, ses réunions populaires, ses rues même et ses places publiques éclataient d'indignation contre son gouvernement et son aristocratie ; le sol tremblait à ï.ondressous les pas des multitudes rassembléesau moindre appel de l'occasion; les paroles respiraient la colère, les pbysionomies la bainc de classe à classe, de bideuses misères étalaient leurs baillons devant les portes de ses plus somptueux quartiers ; on voyait des femmes exténuées, des enfants étiques, des bommes baves rôder dans un menaçant abandon autour de ses magasins encombrés de riebesses ; les constables et les troupes ne suffisaient pas, depuis le scandaleux procès de la reine, à réfréner cette perpétuelle sédition du mécontentement et de la faim. On sentait dans Pair la pression pénible d'une tempête sur la Grande-Bretagne : un cabinet, auteur et victime de cette situation h contre-sens, succomba à IVfTort. Un bonune-d'état ebercha dans le désespoir un refuge contre des difficultés qu'il voyait s'accumuler sur son pays, et qu'il ne pouvait plus dominer que par la force. J'avoue que moi-même, jeune et étranger alors, no connaissant encore ni la solidité, ni l'élasticité des institutions et des mœurs de l'Angleterre, je fus trompé, comme tout le monde, à ces sinistres symptômes d'écroulement et je pronostiquai, comme tout le monde aussi, la décadence et la chute prochaine de ce grand et mystérieux pays. Le ministère de M. Canning me donna un heureux démenti.
Je revis l'Angleterre en 1830, peu de mois après notre révolulion de juillet. Cette fois le gouvernement politique de l'Angleterre était modéré, raisonnable, sage. Il cherchait, comme Lord Palmerston, comme M. Peel, comme Lord Wellington l'ont fait après la Révolution de Février, à prévenir une collision de la révolution et de la contre-révolution sur le continent. Il se refusait, comme il s'est refusé en i848, h faire partie d'une coalition antifrançaise ou anti-républicaine. Il proclamait non-seulement le droit et l'indépendance des nolionalités, mais encore le droit et l'indépendance des révolutions. Il évitait humainement ainsi d'irriter ces révolutions. ]) épargnait des flot^ de sang à l'Europe, yr
Irl GOMSJIILLBR DU PfiUPI.1
Mais, en 1850, c'était la misère des prolélaircs anglais et irlaf>dais qui elTrayait les regards et qui consternait les pensées de Tobservatcur. L'Irlande mourait, à la lettre, d'inanition. Les industries manufacturières des Trois-Royaumcs, ayant produit plus que le monde ne pouvait consomniL'r pendant quinze années de paix, laissaient regorger des manufactures des masses amaigries, viciées de corps, viciées d'âme, viciées de ressentiments contre la société possédant. Les fabriques avaient licencié de véritables armées d'ouvriers sans pain j on voyait ces noires colonnes, sous leurs vestes couleur de bouc, tacher les avenues et les rues de Londres, comme ces colonnes d'insectes dont on a renversé la fourmilière, et qui noircissent le sol sous les pas. Les vices et les abrutissements de ces masses de prolétaires dégrades par l'ignorance et la faim, leur dénuement ( t leurs débauches alternatives, leur promiscuité d'âges, de sexes, de tanières, de pailles fétides, leurs litières dans des caves ou dans des greniers, leurs cohues hideuses ù rencontrer à certaines heures de la niatinée, dans certaines ruelles des quartiers immondes de Londres, quand cette vermine humaine sortait au soleil, av^e des hurlements, des gémissements ou des rires vraimcnts salaniques, auraient fait envier à ces masses de créatures libres le sort des esclaves noirs de nos colonies ; masses avilies et fouettées, mais repues du moins! C'était le recrutement de l'armée de Marins j il n'y manquait qu'un chef ou qu'un drapeau. La guerre sociale était là visible avec toutes ses horreurs et ses fureurs. Tout le monde la voyait, et je la pressentais aussi comme tout le monde.
Ces symptômes me frappaient d'une telle évidence de boulcverîsement prochain pour une Constitution qui laissait ainsi croupir et écumer ses vices, qu'ayant quelques parties de mon patrimoine en Angleterre, je me hâtai de les déplacer et de les mettre à l'abri d'un écroulement qui me semblait inéTitable. Pendant ce temps-là, la noblesse et la liaute propriété de l'Angleterre paraissaient insensibles à ces pronostics de la guerre sociale, scandalisaient les yeux par le contraste de leur luxe asiatique avec ces calamités, s'absentaient de leurs terres pendant des années entières, el voyageaient de Paris à Naples et à Florence en faisant du libéralisme spéculatif ou incendiaire avec les libéraux du continent.
Qui n'eût tremblé pour un pareil pays?
VI. Cette fois (septembre i850), je suis frappé, en visîtani l'Angleterre, d'une impression tout opposée aux impressions que je viens de vous peindre. J'arrive à Londres, et je ne reconnais plus celte capitale qu'à l'immense nuage de fumée que ce vaste foyer du travail ou du loisir anglais élève dans le ciel, et au débordement sans limites de maisons, d'usines, de châteaux, de d€-
LE CONSEILLEfl DU PEUPLE
meures de plaisance, qu'une ville de deux millions six cent mille habitants jeltc {l'annco cri année hors do ses nuirs, jusque dans les plus sombres profondeurs de ses forélS; dans ses prairies et, sur SCS collines. Comme un polype aux mille rameaux, I.ondrcs végète et ente, pour ainsi dire, sur le tronc commun delà Cité quartiers sur quartiers, villes sur villes. Ces quartiers, les uns pour le travail, les autres pour la classe moyenne, ceux-ci pour le loisir recueilli des classes littéraires, ceux-là pour les somptuosités de Paristocralie et pour les représentations de la couronne, n'attestent pas seulement raccroissement de cette ville s'élargissant à la mesure de son peuple, ils attestent un accroissement de luxe, d*art,dc richesse et d'aisance dont on reconnaît les caractères dans la disposition, dans l'a rchi lecture, dans les ornements, dans l'espace, dans le luxe tantôt splendide, tantôt modeste de l'habitation des hommes. A l'ouest, deux villes nouvelles, deux villes d'hôtels cl de palais, deux villes de rois de la civilisation, comme aurait dit rambassadeur de Carthage. Ver*^ les collines vertes et boisées d^Hamstead, ccSaint-Cloud de Londres, un parc nouveau renfermant des pàtïïragés,~des bois, des eaux, des jardins dans ses pelouses, et en touré d'une enceinte de maisons d'architecture opulente et variée, dont la plus humble représenlc un capital de construction qui ciïraie le calcul. Au delà de cette soh'tudc renfermée ' dans la capitale, d'autres villes et faubourgs recommencent et gravissent rapidement, degrés par degrés, collines par collines les hauteurs; là s'élèvent les chapelles, les églises, les collèges, les hospices, les prisons pénitentiaires, sur des modèles nouveaux qui leor enlèvent leur aspect et leur signification sinistres, et qui veulent dire assainissement et correction morale du coupable, au lieu de supplice et de flétrissure ; là s'étendent des haies de maisons appropriées à toutes les conditions de la vie ou de la fortune, mais toutes entourées d'une cour ou d*un petit jardin qui donne à la famîUe le recueillement champêtre, la respiration de la végétation, le sentiment de la nature présent jusqucs dans la cour des villes. Ce nouveau Londres, presque cbarapclrc, rampe déjà sor ces larges collines, et se déploie de saison en saison, dans les prairies qui les bordent, pour aller, par des faubourgs plus bas, pins actifs et plus fumants, rejoindre à perte de vnela Tamise, au delà de laquelle le même phénomène se reproduitsur lescoteanxetdans les plaines d'un autre comté. L'œil s'y perd comme sur les vagues d*on océan. Partout l'horizon est trop étroit pour embrasser cette ville, et la ville continue après l'horizon; mais partout aussi le ciel, l'air, la campagne, la verdure, les eaux, ks cimes des ebéncs sont mêlés k cette végétation de pierres, de marbres ou de briques, et semblent faire du nouveau Londres, non une cil6 aride
GOMSBlUifiE 0U PUIPtl^
et morte, mais une proviace fertile et Tivante, qui germe à la fab des hommes et des arbres, des habitations et des ehamps ; une ville doQt OQ Q*a pas chassé la nature, mais oà la nature et la eÎFviUsation se respectent, se reeherehent et s^enlaeent au oontraire, pour la santé et pour la joie de riiomme, dans un mutuel ombras^ sèment.
Entre ces deux rires du fleuve et parmi les docbers et les toors* entre les dmes des ebénes respectés par les eonstrueteurs de sea quartiers nouveaux, vous apercevez la forêt mobile de mlts qui remontent ou descendent perpétuellement le cours de la Tamise^ et le panache des mille fumées que les bateaux à vapeur, chargés de passagers, font ruisseler comme un fleuve de fumée aunlesBO» du fleuve d*eau qui les porte*
Mais, ce n^est pas seulement dans ces quartiers neuvellemeiil construits que Londres a changé sa physionomie et présente cette image d'opulence, d^aisance» de travail avee bien-être, la Cité elle-même, oette fournaise à la fois noireie et infeete de ce bouil^ londement humain, a agrandi ses issues, élargi ses rues, ennobli ses monuments, étendu, aligné, assaini ses faubourgs» Les mal* les Ignobles, aux tavernes suspectes, ou des populations de matelots ivres cloupissaient comme des sauvages dans la lie H dans la boue, ont été démolies. Elles ont fait place à des rues aérées, è des maisons espacées et propres, où les passants revenant de» ' docks, ces entrep6ts des quatre contments, circulent à Taise, en voiture ou à pied; a des boutiques moctestes, mais décentes, où la population maritime trouve, en débarquant, les vêtements, la table, le tabae, la bière, tous les objets d*éehaDge nécessaires au petit commerce des ports de mer ; ces rues maintenant sont aussi purgées d*immondiees, d^rogneries et d'obseénîtéa que les rues des autres faubourgs de la ville. On peut les traverser sans pitié et sans dégoût, on y sent la vigilance d*une moralité publique et la présence d*one police qui, si elle ne peut pas détruire le vice, peut du moins Téloigner de rcsil des passants et approprier même les cloaques.
Dans les campagnes et dans les villes seoondaires autour de Londres, même transformation sensible au regard. Les Innombrables chemins de fer qui entrecroisent leurs réseaux sur toutes les zônes de la Grande-Bretagne et qui, rapprochant leurs mailles en convergeant tous vers Londres, ont couvert le sol de sta« tiens, de dépôts de charbon, de matsona neuves pour les employés, de bureaux élégants pour radminisiration, des viaducs, de ponts sur les lignes pour le service des propriétés traversées, qui donnent à TAngleterre, de la mer à Londres, Ta ppa renée d*un pays en déCriehement et en construction. Tout s*élève, tout se bàtft,
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tout fume, tout court, tout vît sur ce sol; on sent un peuple pressé de s^emparer de nouveau sens do drculation dont Dieu Tîcnt de douer les hommes.
Voilà l'Angleterre matcrielle k grands traits. Quant à PAngleterre politique, voici les changements dont j*ai été également frappé. Je les rends, eomme je les ai reçus, avec étonnement et sineérilc.
La physionomie du peuple des rues n^est plus celle qui me consternait il y a vingt ans. Au lieu de ces bandes déguenillées / de mendiants, de. mendia nies et (rcnfants qui pullulaient dans les rues étroites et sombre de la ville manuiacturièrc, vous voyez des ouvriers asseï bien vêtus, avec Tapparcncede la force et de la santé, allant au travail ou revenant paisiblement de leur atelier par groupes de deux ou trois, portant leurs outils de travail sur leurs épaules, des jeunes flUes bien velues sortant sans tumulte des maisons où elles travaillent sous la surveillance do femmes plus âgées, ou du père ou du frère qui les ramène à la maison; de distance en distance, vous rencontrez de nombreuses colonnes de petits enfants de cinq à huit ans, pauvrement mais décemment velus, conduits de porte en porte par un surveillant on une surveillante qui les prend ou qui les rend à la mère après les avoir gardés le jour; ils présentent tous Tapparencc de Taisance relative, de la propreté la plus rechiTchéc et de la santé. Peu ou point d^attroupements oisifs, de mendiants ou de vagabonds oisifs, sur la voie publique; bien moins d*hommes ivres qu^aulrefois ; les rues semblent purgées de vices ou de misères ou n*en montrent du moins que ce qui en reste toujours sur Técume d*une immense population.
Si vous causez dans un salon, dans une voiture publique, à une table d*h6ie, dans la me même, avec les hommes des différentes classes de TAngleterre; si vous assistez, comme je Tai fait, à des réunions oratoires des esprits même les plus critiques et les plus avancés en théorie du pays ; si vous lisez les journaux, ces soupapes du volcan de Topinion libre, vous restez frappe de reztrême adoucissement des esprits et des oœurs, de la tempé* rancc des idées, de la modération des vœux, de la prudence de Topposition libérale, de la tendance à la conciliation des classes, de la justice que ces différentes classes de la population anglaise se rendent les unes aux autres, de la bonne volonté de tous pour concourir chacun selon sa nature et sa mesure, au bien commun, au travail, à Taisance, à Tinstmction, à la moralité, au bien-être du Peuple ; en un mot, on respire un air doux et serein, au lieu de ce souffle de tempête qui grondait alors dans toutes les poi-» Innés. L^équilibre est rétabli dans Tatmosphère national ; on sent
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et on se dît a soi-même : a Ce peuple peots^entendre, cnfio, wec lui-môme, il pcuiviTrc, durer, prospérer, s'améliorer long-tcmp» ainsi. J'aurais mon toi( sar ce sol, que je ne tremblerais pln^ pour mon foyer.
J*cxceptc, bien entendu, de ce earractère dliarmonîe et de réconciliation assez unanime, deux classes d'hommes qnc rien ne tempère et ne satisfait jamais : les démagogues et les aristocrate» exti^mes, deux tyrannies qui ne peuvent s'accommoder d'aucune liberté, parce qu'ils veulent étemetlement asservir te Peuple, les uns à l'intolérance des multitudes, les autres à rintolcrance du petit nombre. Les joumauit de l'aristocratie inexorable et du radicalisme ingouvernable, sont les seuls qui contrastent encore, par leur aigreur, avec radoucissement général des opinions dans ia Grande-Bretagne. Mais quelques dubs de chartistes fanatisés de sopbismcs, et. quciqucsclubs de diplomates fanatisés d*orgueil, ne servent qu'à faire mieux ressortir le calme et la raison qui do* minent de plus en plus dans le reste de la nation. Les uns pcro- i rent dans le vide des salles populaires, les autres soldent h la li- ( gne les calomnies et les invectives contre la France et contre le siècle K
Personne n'écoute et personne ne Jij^ r le Peuple travaille, le toi V sme intelligent pleure Robert Pêet et accepte l'héritage de ses doctrines conservatrices par le progrès.
Il semble qu'une main surhumaine ait enlevé, pendant ce sommeil de vingt ans, tout leMMin qui travaillait le corps social dans ce pays* Si on annonce, comme an 10 avril 1848, une procession de dutrUftéi radicaux, dans les rues de Londres, deux cent cinquante mille citoyens, de toute profession cl de toute opt* nion, s'inscrivent pour eonstables spéciaux, préservateurs de l'ordre et protestent, le bAton blanè h la main; contro ces fantômes évoqués d'une antre époque et dissipés par le bon sens poblic.
"^V. Voilà Tapparence actuelle de l'esprit publie en Auglelcrre,
i.Rien B*ésa1e raerîmonte dci demt an troît jowmaiix da torymne anglais contre la France, la dénocralie, le' Gouvernement provisoire, la République, et tous les hommes qui ont été mêlés de près ou de loin à la crise de 1848. Les feuilles \rdduissenl à Tusage de Tarislocratie anglaise les diatribes des journaux français contre ces hotnmes. On sent que les colères français ont la main dans cette encre. Ce déchaioemenl, nalurclen France, est absurde à Londres. Quand l'Irlande, alors volcanisée, vint, le lendemain de février, demander son appui à la France contre l'Angleterre, u Mous sommes en paix avee la Grande-Iirelagne.répondit le Gouvernement ' provisoire, nais fussiooa-nout en goerre, nous n allunerions pas la goerre civile, même chez nos ennemis. » L'Angleterre applaudit alors, ellehaa aujourd'hui* Cela n'est ni anglais ni français, ecia est sauvage.
Oigitizeci by
LE C0M8EILLBR DU PSUPLt*
aux yeux et aux oreilles (riin étranger. Maïs quelle est la cause de cet apaisement et de cette transformation qui échappe aux observateurs superficiels ? et quelle est, pour nous Français, Tapplication à faire de ce phénomène à nos propres circonstances? Selon moi, voici la cause et voici Tapplication.
Vf. Les institutions préventives des guerres sociales dépendent inl)ins des fortunes el de Paction des gouvernements, que de l'esprit et des actes de in société elle-même. Le mot le dit : une maladie sociale ne se guérit que par un remède social. Le remède social, il n'appartient guère qu'à la société de le découvrir et de rappliquer. Les gouvernements ne peuvent qu*encourager en ce sens les sociétés qui leur sont confiées?
Cela dit, c'était donc à la société anglaise, encouragée dans cette voie par son gouvernement presque républicain, de chercher et de trouver elle-même les palliatifs au mal sourd et quelquefois violent dont elle était atteinte en 1822 et en 1850.
C'est ce qui est arrivé. Cette société intéressée, intelligente et libre, sentant qu'elle allait périr ou languir, s*est dit à elle-même : Sauvons-nous ! et elle s^est sauvée. £lle a examiné les causes de sa langueur et de ses crises ; elle a compris que la principale de ces causes était Tctat d'abandon, d*abjection morale, d*ignorance, de misère, et d*irritation de ses dasses prolétaires j que l'égoisme et la dureté de cœur de ses classes supérieures, en se désintéressant du sort des masses, accumulaient sur elle des montagnes de ressentiments, de réeriminations et de souffrances, qui, en s'éle- Tant de jour en jour en plaintes et en larmes du Peuple, finiraient pas se condenser en nuages politiques chargées de menaces et de révolutions. £lle a frappé sa poitrine, mue par un double sentiment, un sentiment d'intérêt personnel et un sentiment religieux; profond des devoirs de l'homme envers l'homme ; elle a touche, comme de la verge de Moïse, son eœur longtemps pélrifié et il en est sortie une pluie de salutaires pensées, de bonnes œuvres et de miséricorde évangélique envers ses classes déshéritées. Elle n*a pas attendu Taetion toujours lente et diilicile du gouvernement dans un pays ou la tradition est loi ; elle a agi par voie d'associations privées ou par voie d'actes iudividuels ; elle a dit : Corrigeons par cette action individuelle ou collective, libre et spontanée, les défeetuosités de ma Constitution politique et les hésitations de mon gouvernement. Elle a pensé, elle a agi, clien marehé sans s^inquiéter si son gouvernement la suivait d'un pas pins ou moins rapide , mais bien sûre d'avance qu*ello Tentrainerait par la puissance de Texcmple et de l'opinion dans cette seule voie du salut. Elle a entraîné, en effet, ainsi, son gouvernement loi-même; ses hommes d*Etat véritables ont applaudi du baut des
tribunes à ces ciTorts de Tassociation pour raniclioratîon du sort du Peuple; ils lui sont venus en aide par de grandes mesures de réparation, de religion, de justice, d'équité, de meilleure répartition de la richesse, de plus large assislancc aux misères de fesprit, de Tâme et du corps de ses po[)ulalions dégradées j il n'est resté en dehors de ce mouvement général do la société possédant ou gouvernant en faveur du Peuple que quelques coteries surannées d'aristocratie inflexible et quelques publicistes sans entrailles et sans idées à son service, honmies prenant comme chez noud le paradoxe de la résistance pour le génie du gouvernement.
VII. Or, pendant ces vingt ans de réflexion, de pensées, d'études, et d'action réconcilialrice entre les classes en Angleterre, qu'ont fait l'association et le gouvernement en faveur de ce socialisme conservateur, de ce traité de paix entre les extrêmes richesses et les extrêmes misères, et comment en si peu de temps ont-ils réussi déjà à produire dans raltiludc et dans le cœur des classes possédantes, industrielles, commerciales ou prolétaires, cet amortissement des craintes et des haines, celte bonne intelligence, cet esprit de concorde et de famille qui frappe aujourd'hui l'observateur ? JeTignorais moi-même lorsqu'un homme, qui n'est ni aristocrate, ni démocrate, ni patricien, ni prolétaire, ni imbu des orgueils d'en haut, ni vicié par les jalousies d'en bas , un homme moyen et par conséquent neutre, un simple citoyen obscur de Londres, vivant d'une profession modeste assidûment exercée, sans parti pris dans les factions politiques du Parlement ou de la presse, mais avec le Parti pris de cIkm cIrt, de reconnaître et de poursuivre en vue de Dieu le. bien de toutes les classes de son pays, confondues selon lui dans le même intérêt comme il le confond dans le même amour; lorsque cet homme, dis-je, que je ne nomme pas, car personne ne connaît son nom que les pauvres de son quartier, vint me prendre un matin un livre à la main, et me dit :
— « Consacrez-moi votre journée. Vous avez concouru chez vous à modérer, à pacifier et à moraliser une grande révolution, honorable au peuple français ; car elle s'est présci*vée elic-mémc par sa propre force de la spoliation, du sang et du crime. Je veux vous montrer aujourd'hui, moi, comment on prévient unerévO'lutioa. £t en disant ces mots, il frappait du doigt, en souriant, sur la couverture du petit livre qu'il tenait dans la main.
— « Je le Teiii bien, lui dis-je ; je n^aime pas les révolutions plus que vous, bien que je passe ici pour un révolutionnaire, parce que le soir d^une révolution bouillante j'ai aidé à instituer très-vite une République, e'cst-à-dire une révolution fixée. Mais quel est ce livre que vous pressez ainsi comme un petit tcésor entre vos doigts?
t£ CONSKILLEA I>U PBUPLB
— *> Ce livre, me dit-il, est un trésor, en effet, un trésor supérieur à des millions pour la Grande-Bretagne, ear c'est un trcsor de paix et de conservation. Tenez, voyez, » ajoiila-t-il.
11 ouvrit le livre et je lus, en effet, sur ic litre, ea grosses lettres : Les Charités de Lo.ndres. n
— « Ce sera notre guida et noire eommentaire, » dit-il en sor- ^ tant.
Je le suivis, et nous commençâmes tout en marchant sous les arbres de Hydc-Park, la récapitulation de tout ce qui aété fait depuis ce dernier quart de siècle par le gouvernement ou par les associations religieuses, poliliques, sociales privées sous l'inspiration de Dieu en faveur de rémancipation, de régalité progressive des classes, de la justice, de Tinstruction, de la moralité, du soulagement et deTassistance du peuple à Londres, en Angleterre ou dans les colonies. C'étaient comme autant d'articles de ce traité de paîx et d'union entre les classes qui est la seule ksœ à toutes nos agitations et à tous nos débats. Moi-même je me souTenais de plusieurs de ces grands actes de justice et de prévoyance des gouvernements récents. de TAnglelerrc, que les entêtés d'aristocratie appelcnt des concessions, et que les hommes d'Etat, comme les hommes de biens appelent de la haute et sainte politique. Noua marchions à l'ombre de ces lieues de palais indescriptibles que nous passions en revue avec un cri d'admiration à chaque porte. Nous contournâmes depuis Tcxtrémité d*Oxford-Slrect par la terrasse deKingsington, les forêts intérieures de l'ouest de la capitale, pour retrouver les mêmes palais au nord, s*étendant à perte de vue, jusqu'à PalhMaUei à Hegent-Street, palais grecs, romains, gothiques, vénitiens, génois, à flèches, à balustrades, a créneaux, à ogi\ es, à balcons de briques, de pierre de marbre eiseléscomme des sépulcres, et où la pierre semble avoir obéi magnifiquement à tous les caprices du erayon de Pardiiteete ou de Tîmagination du possesseur ; les uns, réduits comme des bijoux domestiques, à la proportion de la simple aisanee, recueillie dans son repos, les autres démesurés, gigantesques en largeur et en liauteur comme les démesurés féodales des maisons papiedes de la Rome du moyen âge, et ne pouvant être habités que par des Borgia, des Borghèsc, des Chigi, suivis d*une armée de serviteurs ; tous, grands ou petits, toUmsés de plantes grimpantes, étalant à travers les sculptures de leurs balcons moresques, des eorlieilles vivantes de fleurs, eomme si les murs même et les appartements intérieurs végétaient, tons adossés à quelque pelouse dont les tapis de Smyrne n*égalent pas le vert velours, tous flanqués de quelques grands chênes aux rameaux étendus vers la demeure de l'homme du Nord son ami, ^ tous précédés d^une grille en bronee ou en marbre enoeigmfDt un
iriwn de verdure touffue au pîcd de Tescxilier extérieur et éloignant le bruit et la pousicre de la rue de Thabitation silencieuse du riche, tous faisant ctinccler aux fenêtres des glaces sans taia au lieu de vitres, encadrées dons d'imperceptibles filets de bronze doré, et reflétant comme des vagues de cristal les lueurs jiâleset rares de ce soleil boréal.
J'étais écrasé par la masse de richesses, de capital dormant, de revenus consommés, représentée par ces innombrables palais, et par le mobilier plus incalculable encore, dont les intérieurs sont ornés en étoffes, en marbres, en bronzes, en acajou, en tapis d'Asie, en tableaux, en glaces, en statues. Je croyais faire le réve du capital infini ; je marchais en silence, cherchant en vain en raoi-roéme à me rendre compte par des chiffres, des millions de millions ou de milliards représentés au calculateur par les seules constructions de Londres depuis vingt-cinq ans. Mon imagination fléchissait.
Je me tournai enfin vers mon çimde et je lui dis :
— « C*est une ville de rois ! Mais quelque volumineux que soit votre livre, quelle masse de bienfaisance ne faut-îl pas qu'il énnmère pour que Téquilibrc soit rétabli entre tant de luxe et tant de besoins, entre tant de splendeurs et tant de misères ? •
Il ne me répondit que trois mots en souriant et en nictlant Tindex sur ses lèvres t
— » Attendez, me1ed!t-î! : te Imatadu irtmaU» • Il ajouta :
— » Quand vous -aurez pareouru le luxe, je vous conduirai au foyer du travail. Vous verrez la richesse qui le forme après avoir vu la richesse qui jouit.
— • Mais pendant qif elle jouit, réptiqnai-jc, ne passe-t»il pas dans la rue un peuple qui sue et qui souffi*e, et qui jette sur ces murs et sur cette opulence ce rcgnrd de Tenvie ou de hi haine qui dessèche la prospérité?
I — I» Oui, et notre aristocratie Ta enfin compris : elle a voulu I **' ' fnnoeenter sa richesse et consolider son bonheur. ""^"^Tt quVt-elIc fait?
— • Elle a abaissé ses r^ards vers ce peuple, puis elle les a élevés vers Dieu, et elle s*est dit : Sacrifions à la fois à la prudence, à la justice et à Dieu, donnons la dtme de nos pensées et la dlme de nos richesses à nos frères dans le besoin pour que leureceur sV paîse, pour que leurs misères ne se lèvent pas contre nous vers le eicl, pour qu'ils s*enrîehiesent aussi, sMnstruisent et se moralisent pendant que nous jouissons. Sonnons à ce peuple ce juln/é que les législateurs hâireux donnaient aux juifs dans Paneienne loi j consolons-le de sa déchéance, relevons-le de son abandon, faisons-lui pardonner et aimer nos richesses en les répandantsur sa route pour qu*il les ramasse et ne nous poursuive plus de ces cris f Faisons
LB GONSBILLBR DU FBOFI.B»
quelque ehose, faisons beaucoup, faisons tout pour Dieu qui a tout fait pour nous !
— » Et qu'a fait cette aristocratie si bien inspirée, lui dis-je, et que tous faites parler arec votre âme?
— • Ce qu'elle a fait, ce que nous avons fait, ce que nous faisons avec elle, nous tous, riches ou aisés, grands ou petits propriétaires, rentiers, négociants, inarehands, fabricants, ouvriers même ? Tenez ! le void, dit-iU Mais avant de Tavoir ouvert tout à fait, il referma encore le livre. Parlons d'abord de cinq ou six grands actes h la fois religieux, sociaux et politiques, qui ont signalé ce socialisme conservateur, ce socialisme d'en haut dans notre pays depuis quf. vous Pavez visité.
— » Je les connais, lui répondis-je, en l'interrompant : ce sont les grandes dates de la justice et des réformes volontaires faites à temps pour prévenir les explosions des droits comprimés ou déniés de l'humanité. Vous voulez parler d'abord de l'impôt sur le revenu qui apprécie les possibilités plus bu moins grandes de concours aux charges publiques et qui soulage le pauvre de quelque porllon du fardeau, comme trop lourd pour ses forces, en en faisant peser un peu plus sur ceux qui ont plus d'intérêt que lui dans le sol ou dans le revenu du pays. C'est du socialbme et du bon, surtout dans un pays où le revenu s'élève comme ici aux dimensions d'un capital annuel !
» Vous voulez parler du recrutement de votre armée qui ne pèse pas comme le nôtre sur la famille pauvre à laquelle on enlève un fils qu'elle ne peut ni remplacer ni racheter, mais qui fait au contraire, chez vous, du métier de soldat, une profession libre et lucrative, utile, non-seulement à la patrie, mais aux familles prolétaires, dont cette solde est le patrimoine. Bien encore, c'est la du sociaUsme, car c'est de la justice entre les situations*
» Vous voulez parler de la réforme électorale partielle qui a enlevé l'élection féodale à la terre et qui l'a rendue aux citoyens ea supprimant les Bourgs pourris, où le possesseur d'une masure et d'une lorét, nommait un représentant, tandis qu'une ville de cent mille Ames n'en nommait pas? Bien encore, c'est un commencement de socialisme, car cela proportionne la représentation nationale, non aux arpents, mais aux âmes et aux instincts du Peuple*
» Vous voulez parler de l'émancipation des catholiques en Irlande ? Bien encore, c'est du socialisme, car c'est de la liberté et et de l'égalité pour les consciences, c'est un pas vers raffranchisscment des cultes remis par les gouvernements à l'administration et au salaire des individus associés pour leur foi. C'est à cette liberté pratique et croissante des cultes que vous devez l'esprit re*
ligîeux qui s'accroît chez vous. C'est aux tendenccs contraires qnc nous devons, nous, le refroidissement des âmes, les griefs contre les corporations du clergé, nos cultes officiels et notre sommeil religieux, troublé tous les vingt ans par des accès d'irréligion.
» Vous voulez parler de TalTranchissemcnt de vos esclaves et des cinq cents millions votés en une nuit par votre Parlement pour racheter l'égalité de la nature humaine devant Dieu ! Ah ! mille fois bien, c'est plus que du socialisme, c'est de l'héroïme de justice et de charité! Cet acte a fait pleuvoir des bénédictions qui ne tariront pas sur vos îles ! Vous avez osé être philosophes quand nous ne voulions être que calculateurs dans la question de l'esclavage des noirs ! Nous l'avons signé enfin, nous, cet acte d'égalité entre les âmes ! Mais il a fallu une révolution et une dictature de Février pour cela en France! Il n'a fallu chez vous que Wilber* force et un vole de Parlement î
» Vous voulez parler du système pénitentiaire qui transforme chez vous le supplie de rcmprisonncmcnt en isolcjïîcnt^u plutôt en recueillement salutaire, et des trois cents millions votés par vos comités pour abolir vos cachots, et peupler vos cellules de travail, d'instruction et des prières ! — Bien, c'est du socialisme, car cela épure votre société même dans ses égoùts, d'où le prisonnier sortait plus corrompu, et d'où il sort amélioré par une justice tempérée de misérifiorde^! Il y a seize ans que nous implorons ce progrès social de l'irréflexion de notre pays. Nous avons supprimé l'échafaud dans une Révolution ; en faudra-l-il une pour supprimer la promiscuité des cachots et la corruption mutuelle des coupables repentants par les criminels endurcis?
» Vous voulez parler de vos colonies pénales, où, sans compter les millions qu'elles vous coûtent, TOUS relégocE dans de vastes continents vos ccuroes sociales ; vous les purifiez par le travail, TOUS les régénérez par l'atmosphère nouveau où elles sont plongées, vous leur donnez l'espace, le sol, le ciel, et vous leur dites : Si vous expiez vos crimes et si vous dépouillez vos vices, vos fils feront de votre nom répudié dans la mère patrie, un nom honoraiile sur une nouvelle terre! Voilà du socialisme encore, car vos colonies pénales sont l'épon ge de votre société ^ die nettoie ici, elle arrose ailleurs un sol vierge. Nous n'avons fait jusqu'ici, nous, qu'une barbare imitation de ce système : un cachot pour des condamnés politiques, à qaatre mille lieues sur les mers, an lieu d'un continent à peupler par des colonies de familles semées sur on sol qui les régénèrôet les multiplie!
VUL— » Non, medlt-il, en m'arrétant , ce ne soni pas deees grands •êtes dn gouvernement que je veux principalement vous entrete- Vir •ujoordliuij j*en reconnais et j'en bénis^ la portée, ils sont
aussi des inspirations de Dieu dans la pensée collcclivc d'un peuple et par Torganc de ses pouvoirs publics; c'est du socialisme gouvernemental à grandes proportions et à grandes puissances! Cela donne à une nation sa signification morale, libérale, religieuse dans Thistoirc; cela coiitre-pèse aux yeux de la postérité les nombreuses iniquités de notre politique trop intéressée et trop personnelle, cela plaît au ciel et cela fait respirer la terre; des secours divins sont attacliés, je n'en doute pas, à ces œuvres en faveur des gouvernements qui les proclament ! Mais je ne veux vous parler, en ce moment, que des œuvres obscures, quotidiennes, presque individuelles que nous faisons par nos propres forces d'associations privées et par nos subventions volontaires, pour prévenir les causes de guerre sociales chez nous. Ecoutezmoi tout en marchant, et suivez mes explications pendant que je suivrai moi-même sur ce livre, ce catalogue du bien qui se dér roule page à page h mes yeux.
— « EU bien! lisez, » lui dis-je. — Et il lut. IX. — De quoi l'homme <le travail soulfre-t-il le plus dans sa vie de douleur? C'est de la maladie qui le prive du travail mémo, et qui le laisse sans remèdes, sans linge, sans feu, sans médecin, et souvent sans pain au milieu de sa femme et de ses petits enfants criants misère ! C'est donc sur cet état de maladie du Peuple souffrant que nous avons d'abord porté les yeux; nous avons dans les hôpitaux de Londres, les uns institués et subventionnés par les fondations royales ; les autres, plus nombreux, par des fondations iodividuelles, trois cent trente mille places à donner tour à tour ans malades sans traitement dans leurs familles. L'énumération des infirmités humaines auxquelles des établissements spéciaux sont affectéS; est aussi infini que ces misères du corps. Fiévreux, blessés incurables, accidents, secours d'urgence sans justification de nécessité préalable, cancers, cécité, maladies contagieuses qui exposeraient les autres membres de la famille» étisieg j changements d*aîr au frais de l'iiospiee, infirmeries temporaires dans divers quartiers et jiour diverses professions particulièrement désignées dans l'intention de la fondation, maladies des soldats, maladies des matelots, maladies des ouvriers, maisons pour les nourrissons, maisons poor les jeanes filles atteintes de laeonsomp* tion, maisons pour les convalescents ; hospices pour les étrangers, les Français, les Allemands, les Espagnols, les Portugais ; maisons gratuites pour les bains de mer sur nos côtes, maisons de charité, maternité, asile innombrables d'enfants orphelins, maisons de secours en linge et en mobilier pour les pauvres familles surprises par des maladies, maisons de conseils gratuits de médecins pour toutes les infirmités de notre nature^ maisons dans tous les quar-
LS COHSfiILLBA DU PKUPtB*
tiers pour distribution gratuite des remèdes ordonnes par ces médecins aux iadigents, maisons pour recueillir pendant la maladie les domestiques et les servantes sans asile à Londres, maisons exclusivement consacrées à la curation des maladies des femmes, d*autres aux maladies des enfants, vaccines, petites véroles, ophtiialmies, maisons pour les maladies spéciales de Tœil, de roreilie, de tous le sens ; maisons pour les fractures de membres, pour les maladies de la peau; maisons à demi-paie pour les femmes d*une certaine aisance qui ne peuvent payer que la moitié ou le quart de leur traitement, maisons d*asile pour Tidiotisme ou la démence; douze pages consacrées seulement à Pénumération des innombrables dispensaires ouverts dans toutes les rues principales, pour fournir au Peuple, à bureau ouvert, les remèdes et les ordonnances pour toutes les nécessités de Télat de maladie. Les Ro^ mains donnaient gratuitement au Peuple le pain et le Cirque ; nous lui donnons gratuitement ici le conseil» la tisane, le spécifique, la santé, la vie.
X. » Passons à un autre chapitre. C'est celui des sociétés fondées par prineipe de religion, dliumanité et de morale, pour prévenir les vices, les indigences et les maladies du Peuple. Je me borne à vous les nommer, vous conelurcs par cette seule énumération des titres de ces associations pieuses, à quels détails de solltdtode pratique, à qu'elle masse de secours physiques et moraux, nos associations volontaires dans Londres ont pour objet de poarvoir« Toutes ces institutions sont de la date de ce siècle, et surtout de ces dernières années fécmides en leçons et en prudence. Le montant de leurs oontributîons volontaires, en argent seulement, sans parler des actes, s*élève à plus de cinquante millions par an.
» Société pour la préservation de la vie des hommes contre toute espèce d'accidents, Teau, le Ibu, ele*
» Société pour garantir de Tincendie la vie des personnes surprises par ce fléau.
• Société pour recueillir les naufragé*
« Société pour prévenir les mauvab traiicments aux animaux, brutalités qui rendent Thomme féroce et qui font aux animaux, nos auxiliaires dans la vie, un supplice des services qu'ils nous rendent.
» Société d'amélioration du sort des laboureurs, » Société pour propager l'instruction dans les classes industrielles.
• Société pour améliorer l'état sanitaire du Peuple dans la eapitale.
• Société pour Inspirer le goût salutaire de la propreté au Peuple, en lui ouvrant, dans les quartiers populeux et pauvres, des
maisons des bains gratuits, ou presque gratuits, avec des lavoirs et des séchoirs chaufTés, ou la femme indigente et IMiommc sans linge de rechange peuvent, pour deux sous, se baigner, lavera l'eau chaude cl sécher leur linge ou celui de leur famille.
B Sociélé pour faciliter aux ouvriers ou aux marchands délailhnts les moyens de fermer de bonne heure leurs échoppes ou leurs ateliers, et de passer leur soirée dans de saines lectures et des loisirs domestiques utiles à leurs mœurs et à leur santé.
» Société de tempérance, pour prévenir dans le Peuple Tabus des liqueurs enivrantes, et supprimer ainsi la misère et les abrutissements, suites deTivressc. Les membres de cette Société, pour donner l'exemple au Peuple, s^absliennent eux-mêmes de vin, de bière, et s'assujélissent à deux privations que le dévouement religieux peut seul expliquer.
n Société pour rexlinction du vice, fondée par Wilberforce, rémancipaleur des noirs. Elle dépense des sommes considérables pour la propagation, par Timprimerie, de la morale et du sens religieux dans les classes pauvres ou riches de la Grande-Bretagne.
» Enfin, Sociétés pour la colonisation des familles prolétaires, surabondantes sur le sol, dans nos colonies, et principalement dans rAustralie. Il n'y a pas encore huit jours qu'un de ces convois d'exportation volontaire du superflu de notre population ouvrière, a rais à la voile, sur. un grand nombre de bâtiments, aux acclamations de Londres tout entier, assistant à leur dé[)art. Os convois ne portent plus, comme autrefois, des condamnés, des proscrits, des vagabonds, et des criminels, allant au hasard semer la lie, le vice et la malédiction de l'Europe sur d'autres plages j mais ils portent un cadre complet de sociélé, un morceau d'Angle^ ten-e, pour ainsi dire, avec ses métiers, ses arts, son culte ou ses cultes, sa législation, sa constitution, ses prêtres, ses hommes de loi, ses industriels, ses aristocraties même, car des fils cadets des familles les plus puissantes de la Grande-Bretagne, s'embarquent avec leurs capitaux et leurs clients sur ces cadres flottants de la sociélé anglaise, et vont implanter une seconde patrie où le sol abonde et où TAngleterre va retrouver sa propre image en débarquant ! C'est du socialisme n'est-ce pas? du socialisme en grand, du socialismeà la mesure duglobe, puisque ces colonisations nouvelles vont transplanter des portions de société, à Tétroit sur le sol anglais^ dans des sociétés au large sur le sol de la Nouvelle-Zélande! o
Jamais, depuis les migrations antiques, chassées par la guerre de conquête, on n^avait eu le spectacle de ces migrations sociales, conduites par le génie de Tassociaiioa !
Je restai confondu.
Moo.^uide rouvrit son livre*
» — Voila un aulrc chapitre, me dit-il. Celui-ci concerne les misères de l'âme, les rédemptions morales, les réformations des coupables, les réhabilitations de ceux qui ont failli.
» Suciélé pour la tutelle morale et religieuse des eoTaots des condamnés et des femmes perdues.
» Société h immense capital, pour Téducation, Tentretien et le placement des enfants légitimes.
n Société pour recueillir les femmes malades ou rcjctécs des maisons suspectes.
» Société pour la conversation des prostituées.
t» Société pour Tasile des femmes qui, ayant commis des fautes, veulent revenir à la vie réglée et aux pratiques religieuses.
» Société pour oiïrir refuge à des femmes ou filles exposées, par leur âge et leur dénuement, aux tentations du vice.
» Société pour la suppression des maisons infâmes.
« Société pour fournir un foyer et du travail aux femmes vertueuses, aux servantes sans place.
» Société pour apprendre leur religion et un métier aux femmes repentirs.
« Société pour la protection gratuite par les lois, des femmes persécutées ou maltrailces par eeux qui ont autorité sur elles, et qui en abusent.
n Société des apprentissages gratuits aux prisonniers jeunes, punis pour délits correctionnels.
>> Société pour rcxtiuclion du crime par Pinstructîon et la piété propagées dans les classes le plus babituellenicnt criminelles*
» .Société pour la réforme des prisons et la construction par souscription de prisons correclivos et de maisons de travail.
Cittq ou six Sociétés pour la réforme des mœurs des femmes prisonnières.
» Société pour s'emparer à l'expiration de leur peine des per* sonnes punies pour première faute, afin de prévenir les récidives et de les mettre dans la voie des bonnes mœurs et du travail.
'> Société pour prévenir la mendicité par des scoours immédiats et continus à domicile.
D Société pour visiter régulièrement les familles nécessiteuses de ehaque paroisse et de chaque quartier.
n Société (Pcnquète pour éclairer In charité privée sur les per* sonnes qui sollicitent Taumônc par lettres.
» Société pour ouvrir des asiles de nuit aux individus qui so trouvent dépourvus de logements et de feu Thivcp.
Société pour établir des dortoirs et des cuisines économiques, pour les ouvriers momcntanémeni sans foyers.
Ll C0N8BILLBR DU »UFLI.
• SodéCé pour fournir aux paams familles dVmirriers le pain et lechariion au prix le plos restreint et sans bénéfice prélevé du détaillant dans tous les quartiers de Londres*
» Sodété de service de soupes grasses pour les exténués de faim.
» Soéiétc pour la recherche et la visite de tous les étrangers de quelque religion et à quelque pays qu*ils appartiennent poar les secourir dans leur abandon.
» Sociétés pour la leeture de TEcriture sainte au Peuple^
pour assurer la visite k domicile des pauvres ;
pour les veuves sans appui et sans ressources ;
pour les prisonniers pour dettes;
pour les matelots estropiés ou Invalides;
pour créer un intérieur aux marins hors de solde;
pour assister, mourir et pensionner les pécheurs elles marins;
pour les artisans écossais sans place ;
pour les voyageurs dans le besoin ;
pour les Francis protestants ;
pour les Français de toutes communion asrant seulement besoin assistance; pour les Polonais;
pour la propagation delà bienveillance universelle ; pour le soulagement des juifs ; pour le travail assure aux pauvres sans ouvrage; pour Pamélioration physique et morale des classes ouvrières; pour favoriser les les émigralious volontaires des hommes et des femmesj
pour protéger le travail à Taiguille et à domicile des femmcsj pour le placement des jeunes servantes à Londres; pour informer les personnes qui cherchent des domestiques, de la vcrilc ou du mensonge des attestations dont ils sont porteur et pour les justifier, s*ii y a lieu, des calomnies contre leur pro* bité;
pour prêter sans intérêt, aux ouvriers, de petites sommes nécessaires pour passer les saisons de chômage:
pour recueillir leurs économies et les faire valoir avec garanties à leur bénéfice ;
• Sociétés pour former des banques à six sous ou à deux, sous ;
pour instruire les aveugles et les conduire aux ofiices; pour les sourds et muets de tout âge.
Trois pages d'Associasions charitables.
» Association centrale de tous les métiers exercés à Londres, pour subvenir par des cotisations administrées aux aumônes des indigents de toutes les professions.
LE COMSBILLlft DU. mflMm
» £tablii»SGinent$ pour la vieillesse, les infirmités, dcDuemenU, afflictions de toute nature, par ks paroisses, les fondations, les . collèges, le gouvernement. Treize paj^es de litres seulement et tlY'nunn'ralion de charité publique.
» J'jifiii, Tiinmense budget de la taxe des pduvrcs^ prélevant près de trois cents millions sous toutes les formes à la richesse des classes aisées, pour Tassistance des classes soullranles.
«» La diine de la Grande-Bretagne.
Xf . n Ici nous passons à des institutions d'assistance moins dircelesjmais aussi préventives de nos misères des classes ouvrières, les pensions. Ces Sociétés sont toutes destinées ii assurer aux ouvriers ou aux ouvrièj es une existence suflisante, une rente ou un capital transmissible pour Tcpoque de leur vie où le travail aura usé leurs forces; leur catalogue est aussi nombreux que celui des Sociétés d'assistance. Elles sont toutes entretenues par des suppléments de subventions volontaires par les classes riches.
» II y en a pour le clergé, pour Parmée, pour la marine, pour les hommes de lettres, pour Icsarlistes, pour les institateurâ,pour les institutrices, pour toutes les professions sociales î
«• Puis viennent les associations avec subvention pour renseignemont des dusses pauvres. £lles Ucnoeut la moitié du petit ?olume.
• Puis les Soeiétés exclusivement religieuses, pour la propagation gratuite des livres pieux ; puis les Sociétés pour Pimpression et la diNlribution gratuite des Bibles dans tout Tunivers! On recule devant l'énormilé du chitïre, que représente une si universelle et si persévérante diffusion de livres au Peuple. Qu'il vous suflisc de savoir que par les soins des membres de cette Société, chaque chambre d'hôiellerie, chaque cabine de bateau à vapeur, chaque comploir de taverne est tenu, par le zèle de cc^ bienfaiteurs infatigables de ràme, de contenir un exemplaire relié du Nouveau Testament. Ainsi, en entrant dans sa chambre solitaire, le voyageur est tenté parla distraction d'ouvrir le livre qui lui parle de ses ile>tinées iailuortclles; il trouve un ami sous son chevet, qui attend et qui opîe ses heures de loisir pour sanctifîer sa pensée*
Puis ies Sociétés pour les missions religieuses dans toutes les professions au dinlans, dans toutes les contrées au dehors, budgel supplcwcnt.iire de r£gliae, plus actif que celui de l'Eglise eU^ même, car il embrasse les nombreux coites dissidents qui se pio* pagcut H se reeruteot par leurs propres subsides.
» Puis la Société pour l aboUtioB de TesdaTage, çui, déjà vieloricu o en Angleterre et en France, peursiiil ce crime «nti-soàal dan? tout Puni vers !
• Puis la Société des amis de la paix, qui s'cisrae de pefiila-
LB CONSEILLER 00 PEUPLE
riser la philosophie et de faire à rhomanité uoe politique et une diplomalîc nouvelle.
• Puis les Associations pour supprimer les logements insalubres et immondes, où la misère engendre la brutalité et le vice, et pour la eoDStruction de ces vastes cités ouvrières qui s*élèvent, eomme les casernes clégautes du travail, dans tous les carrefours populeux de Londres, pourvues, à un prix dont on ne peut concevoir Ja modicité, de toutes les nécessités du logement : air, lumière, iéu, éclairage au gas, eau courante dans chaque chambre, égout pour les balayures sous le pied de chaque ménagère, à côté de son foyer. Ces logements ne sont pas gratuits} mais, bâtis par souscription charitable du riche, ils s^offrcnt à Touvrier avec des conditions de salubrité, de moralité et de loyer qui commencent à transformer ses impressions et ses habitudes, et qui finissent par lui inspirer un sentiment de dignité et de respect de lui-même, prédisposition physique à d'autres vertus morales* ^ » Hais je ne finirais pas, reprit mon guide en fermant enfin le livre avec un juste sentiment de fierté chrétienne, si je vous faisais Texplication de Timmense catalogue des institutions que nous avons k parcourir. SuivcE-moi à travers ces divm quartiers, et entrez avec moi dans les principaux monuments nouveaux qui s'élèvent pour nos classes pauvres, avec l'aide de la dlroe du riche, dans notre civilisation retrempée aux eaux de la charité : hospices, écoles, prisons, librairies populaires, boulangeries, boucheries, lavoirs, maisons de bains, logements d'ouvriers, bureaux de pensions et de retraites, maisons de prêt sur certificat de moralité, maisons de placement des domestiques, infirmeries, temples, chapelles, asiles des enfants le jour, des hommes sans feu la nuit, maisons de distribution d'aliments au Peuple. Voyez, observez, et réjouisses^vous d'un mouvement de concours et d'assistanceau Peuple qn*aucunearistocratie n'a peut-être présenté encore dans le monde* •
XII. Je le suivis^et le jour fit place aux innombrables illuminations du gaz dans les faubourgs et dans les banlieues de Londres, que nous n'avions pas encore achevé la revue dê ces monuments neufs du socialisme britannique et conservateur dont nous faisions la cénsolante statistique.
En remontant en voiture pour regagner ma demeure, je témoignai mon étonnement el mou admiration avec an sincère enthousiasme du bien à mon guide.
— a Nous nous sauverons, me dit-il avec une joie pieuse, en roc serrant la main; nous nous sauverons, soyez-en sûr, en marchant dans cette voie. L*honnéteté est la meilleure politique ; la vertu publique Cit la première des forces d*une société. Quand
LB G02l8BiLtBA DU FBBPLB*
VOUS voyez qu^une société se corrige et se répand en bienfait» de tout genre au Peuple, espérez, di(-il. Quand vous voyez une so* ciété bourgeoise ou aristocratique qui s'endurcit et qui s'enferme dans sonégoisme» eût-elle des milliers de gendarmes et des milliers de geôliers pour se défendre, désespères d*elle ; ear Diea a cessé de rinspirer.
— • Oui, lui répondis*je; je erois ce que vous me dites, et je ne doute pas que Dieu ne prot^e une société possédante qui se protège elle-même ainsi* Mais les Tiees inhérents à votre propriété territoriale trop coneentrée dans on petit nombre de mains de grands propriétaires par vos lois aristoeratiques, ne sont-ils pas un obstacle invincible à ee que le sort de votre Peuple des campagnes s*améliore et à ee qoe la vie à bon marché multiplie et vivifie vos populations rurales on manofaeturières? Ces providences de la richesse envers les prolétaires dans vos villes, comment poavez-vonsles étendre au Peuple pauvre de votre Irlande de votre Ecosse, de vos comtés ?
— » Je ne dissimule rien, me répondit mon guide. Nos lois de propriétés, nées de la féodalité et Itiites pour perpétuer une aristocratie territoriale, sentent encore la conquête ; ce n*est pas Tesprit chrétien qu'elles respirent, c*est Tesprit de possession de i*bomme par Thomme, de servage et de rétrécissement du sol sous les pieds du plus grand nombre. Nous ne touchons pas encore à ces lois, parce que nous avons une €k>nstil;ution dont elles sont les supports et que nous ne voulons pas que cette Gonstitutions*écroule avant de Favoir étayée. Les pas que vous faites en un jour en France par des révolutions sur lesquelles vous revenez ensuite, nous les faisions en un demi-siècle.
— « J'en conviens, dis-je ^ mais c*est que vous avez en effet une Constitution, vous, et que nous n*en avons pas : il ne faut donc pas nous reprocher d*en chercher une. Depuis 1789, époque à laquelle la nôtre s'écroula avec Tancien r4;ime du moyen âge, nous avons en diz-sept Constitutions : comment voulez-vous que nous tenions religieusement comme vous à des Constitutions qui ne sont que des halles d'avant-garde dans la routo vers Torganisation définitive de la grande dâaoeratie? Il faut être .sévère, mais il irnl être juste. Si vous étiez Français, à quelle Constitotion vous rattachieriez-vous? Où sont les racines à respecter dans ces plantes d'un jour ?
» Revenons, me dit-il, ce mot n'était qu'une épisode, et je reconnais qu'il n'avait pas d^applieation chez vous. Vous marchez et nous sommes assis, oh ne peut demander la même attitude à dcuK actes si différents de la vie des nations.
» Mais quoique nous soyons assb et que notre aristocratie ter-
LB COHSBILLIR OU KUM.B
rîtoriale s^oppose à la diffusion des bienfaits de la propriété dans DOS elasses rurales, ioî même, cependant, nous faisons depuis quelques années, par les mœurs, autant que les lois permettent, pour enlever au Peuple ses griefs contre la grande propriété.
— » Et commeiit, demandai-je ? ^
— » De plusieurs manières, me dit-il.
» Ainsi notre aristaeratie territoriale s^absentait eontinueilement de ses domaines, surtout en Irlande^ elle allait dépenser Mlleurs ses revenus prélevés sur des fermiers exténués au grand détriment de nos provinces qui voyaient ainsi passer leur produit tout entier sur le continent ou dans la capitale. Le cri publie a averti les possesseurs de la détresse et des reprocbes de leurs domaines. On n*a point fait de loi pour les y retenir, mais la justice et la prudence les ont fait réfléchir. Ils ont résidé davantage, ils ont dépensé sur place, ils ont employé en améliorations et en salaires d'ouvriers ce qn^'ls rcpaiidaient dans les hôtelleries de l*£urope. La présence, un certain temps de l'année sur ses terres est devenu une loi morale de Taristocralie propriétaire. Le pays s*en est partout ressenti. Les griefs se sont apaisés, Targcnl a circulé près de. sa source et Ta vivifiée de nouveau.
» Ensuite les propriétaires, sentant que rélcvation exagérée des rentes qu*ils demandaient à leurs fermiers ou tenanciers épuisait et ruinait la classe qui exploite les terres, ont réduit partout le taux des fermages.
» Enfin un grand homme d'Etat, sous le point de vue social, M. Peel,est venu : il a osé blesser Taristocralic propriétaire de son pays pour la guérir et le sauver. Il a bâti ainsi son tombeau dans le cœur du Peuple.
— » Qu'a-t-il fait, lui dis-je ?
— i> Deux choses, répondit mon ami, deux choses maudites aujourd'hui par notre aristocratie territoriale et bénies bientôt par toutes les classes raisonnables du pays. Il a trouvé devant lui une loi de monopole au profit des propriéiaires du sol britannique la /oi c/csCerea/cs, loi qui imposait le pain à haut prix' aux classes pauvres pour maintenir un bénéfice exorbitant de production exclusive de blé entre les mains de la haute propriété. Il a osé toucher à cette féodalité des aliments du Peuple, et a fait la loi nouvelle des céréales qui, en permettant i'inlroduc tion du blé étranger, a mis le pain en proportion avec les facultés des classes qui le consomment ; la richesse abusive des uns abaissé, les facultés de vie et des consommations des autres ont monté. L'équilibre s'estrétabli entre les producteurs cl les cofisommatcurs .4es denrées de première nécessité.
« Voilà la loi de vie de M. PccL
LB COKSEILLM OU PCOPtE.
— » El qui Ta votée? lui dis-je.
— » L'aristocratie elle-même, reprit mon guide. Elle a senti le coup, mais elle a senti avant tout la nécessité. Elle s*cst faîi justice et le Peuple a été juste à son tour, il sVst apaisé. »
Je quittai mon guide à la ntiit close, Tesprit plein de ce qae j^avaîs vu et roreiUe pleine de ce qiiej*àvai< entendu. » Ce Peuple se sauvera des guerres soeiales, ne dia-je à moi-inème, tant qu'il aura à sa tête des hommes comme ceux là, des hommes religieux CHTers le Peuple pour lui faire droit à temps sur ses griefe légitimes, et religieux envers Dieu, pour sMnspirer de plus en plus des principes de tutelle, de patronage, de justice, de charité envers les classes souffrantes. Une Constitution, même vicieuse» quand elle est corrigée, étayée, réparée, cimentée par la main d*kinc telle humanité et d\mc telle prudence, peut se perpétuer pendant des années incalculables. Les m«urs rectifient les défeetuosités des lois. »
Hommes d*ctat de la France î Représentants tiqaides dans le bien ! Aristocraties de notre sol, de notre banque, de notre conimcroe bourgeoisie tour à tour tremblante et irrité, pourquoi nV 8CZ-V0U5 pas enfin, au lieu de vous crisper et devons endurcir par la pcor, vous confier à la toute puissance de la grande vérité po- Ktique qui préserve un pays où le sol n*est pas encore nivelé, cl qui cependant désarme les révolutions en comblant son peuple de vigilance et de bienfaits ? Ce soeiatisme conservateur qui imbile depuis quelques années les lois et les moeurs de TAngletcrre est le seul remède, sacbea-le bien, aux poisons de ce sof^alîsme ezproprlateur et sauvage qui vous fait trembler, au lieu de vous faire réfléchir! Vous êtes démocrates ! Vous ne pouvex plus être autre chose ! Il y a un abtme et dix révolutions entre le passé et vous ? et vous n^oses pas tenter ehea vous, en faveur de oc Peuple roi,, ce que Tarlstocratie accomplît pour son salut à deux pas de voua pour un Peuple serf I Èt vous croyez que vous cacherez longtemps votre plaie derrière Téclat, de tel ou tel nom, ou derrière quel* queshaiesdebalonnettesîNon t Détrompez-vous et instruises- vous.
Vous éles société, société légitime, société propriétaire, société morale, soeiété religieuse, société <»vilisée an suprême degré : défendez avec énergie, comme vous Pavez lait, comme nous Tavous fait pour vous et avec vous, les bases immuables et sacrées de la civilisation et de la nationalité contre tonte expropriatioD par les démolisseurs du capital et du soM Défendez le Ibyer, la maison, le commerce, le capital, le champ, la famille, la moralllé,. la conscience libre et sainte de tous les Français î Soyez la société d^assurance mutuelle de tous, pour tous et contre tous l Mainte-nez ou rétablissez Tordre matériel partout, mais, une fois ces exproprlationa maudites et ces violences des sectes folles anéanties»
Il C0N8BILLKR DU PBUPLB*
comme elles le seront dès qu'elles se montreront au soleil, perfectionnez aussi Tordre moral, c'est-à-dire Tordre de justice et d'afTection entre vos classes» Défendez-vous surtout par los œuvres d'utilité, de patronage du riche, d'assistance générale, de secours au faible, d'assistanee au pauvre, de providence envers les déshérités, dont TAngleterre vous donne un si étionnant spectoclc depuis vingt ans! Cimentez vos nouvelles lois, non avec des récriminations, du sang et des larmes, mais avec cette magnanimité de religion et de charité sociale dont la République, telle que nous Tcntendons, ne doit être que la dernière eipression, pour sauver la sociclé en la perfectionnant ! ^
On vous dit à vos tribunes et dans vos feuilles rétrogrades que ces perfectionnements de justice, et ces expansions de bienfaisance envers vos classes inférieures sont des utoptst et des pièges où le iocialisme civilisé et conservateur vous attire pour vous livrer nu mîalkme spoliateur et sauvage des sectaires de l'expropriation I Je vous dis moi, que le socialisme civilisé et conservateur, le socialisme de M. Peel et le nôtre, est le seul terrain solide et inexpugnable d'où vous puissiez braver et vaincre l'exécrable socialisme qui a perverti un moment ce beau nom, comme les excès de 1793 avaient perverti le nom de République ! Regardez l'Angleterre telle que je viens de vous la montrer ; Périt-elle? tombet-elle en folie? en décomposition? en décadence? Non, elle était malade et elle se guérit, elle était agitée et elle s'apaise, elle penchait vers sa ruine et elle se redresse comme le mât de ces vaisseaux quant Téquilibre se rétablit sur ses flots dans l'atmosphère! Eh bien, nous ne demandons pas à la prudence de fai société française une seule institution, une seule assoiation de plus que les institutions et les associations que nous voyons adoptées et expérimentées en ce moment sur le sol de la Grande-Bretagne!
Songez-y I vous êtes République, vous ne pouvez plus étrearîs— tocratie à aucun étage! Faites les œuvres de la République, sans quoi vous ne serez plus ni aristocratie ni monarchie ni démocratie, ni république, vous serez quelque chose d'tnfumiifie parmi les gouvernements et les sociétés, un peuple qui tremble de tout et qui ne veut se sauver de rien ! un peuple aveeun bandeau sur les yeux qui cherche à tfttons sa route et qui ne trouve que des abîmes après d'autres abîmes! un peuple qui demande un conseil h tous les oracles, excepté à Dieu ! un peuple qui emprunte un bâton a tous les partis excepté au bon sens ! un peuple qui tré- Iniche à chaque pas, qui tombe et qui se relève sans cesse pour tomber enoore, mais qui ne mardie pas! un peuple impossible enfio. LAMARTINE,
Beprétentani du Peuple.
LE C02ISBlI.Lfia DU PfiUFtB