‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 35 sur 40 · SO · texte numérisé non relu

SO

BRUXELLES

l>n|rraj>lire il« J.-A. JoosTta*, Imp.-Êd. 35, Cliaut»ée et faubourg de Laeken.

PRCMltBC PAIITIC.

COMMENT ON DÉNOOE UNE CBI6E,

eu

LE MESSAfiB W PftÉSIOBflT.

L^évéoemenl du mois» et nous pootoos dire de Twmk^ e^etC le Message du Président de la République k rAsseroblce législative. Qu'est-ce que le Message du Président ! Ceat la eamaiimioa* tioD dîreelc, pcrsomelle et publiqve des pensées du ebef du poavoir ezééolif à la nation j c'est le programme de sa potitiquo future, c*est le eampte^rendu de sa poliiiquc passée. A ce douille titre, le Message du Président était atleiid« eatte année avee un double intérêt ^ nous ponrriooa dire airee une dooJUe anxiété par le pays. La France élait impatiente de se eontempler elle-même d'un regard d'ensemble, d^n coup d'mil d*en baut, et de savoir si clic était réellement en progrès ou en décadence d'ordre, d'administration, de finances, de commerce, d'industrie, de travail, de revenu public. La France était avide surtout de connaître dans quelles voies tortueuses ou droites, aboutissant à des abîmes ou aboutissant à son salut, son pouvoir exécutif prétendait l'égarer ou la diriger. Les circonstances ajoutaient à cet intérêt.

H. Depuis deux mois on agitait la France ; non plus par en bas, mais par en haut ; non plus par des clubs démagogiques dans ia rue, mais par des réunions dynastiques à rcxléricur et par des manœuvres énigmaliques à rinlcrieur. Ces manœuvres énignialiquesavaient-ellcs le pouvoir exécutif pour complice où étaient-elles ourdies contre lui? Etait-ce des pièges qu'il tendait à la République ou des trappes qu'on lui creusait à lui-mcmc.^ élait-il joueur, était-il joué? Il fallait le savoir.

III. Une commission de permanence chargée de représenter l'Assemblée législative pendant Tabsence des représentants, et réimposée trop exclusivement des hommes de valeur et de confiance des deux fractions de la majorité, s'agitait, disait-on, ellemême, et agitait le pays de ses propres agitations ; elle tenait séance sur séance } clic eu laissait transpirer les délibéralioiis ^

LE CONSEILLER DU FBUPLS

clic avait des retentisseineots alarmants dans le journalisme ; elle avait des communications ombrageuses avec le Gouvernement; elle était souvent sur le qui vitb sans rqpos, elle semblait prête à appeler à toute heure la représentation nationale ménaccc à son secours, comme si une conspiration flagraade eût été ourdie pour lui prendre sa place ^ peu s*en fallait qu'on ne lui conseillât de coucher dans la salle comme Pichegm^ président des inspecteurs de la salle, et RajncI, général des troupes de la Convention, couchaient aux Tuileries les jours qui précédèrent lé 18 fructidor, pour protetéger les conseils.

Cette commission de permanence, par les noms dont elle était composée, était de nature à honorer l*AssembIé; mais e le n'était pas de nature à rassurer complètement la Republique. Elle avait été formée par deux ou trois coups de majorité qui y avaient jeté en nombre prédominant des hommes connus par des antécédents trcs'dynastiqucs, qu^ils ne déssavouaient pas d que personne n*a droit de leur demander de désàTOuer. Sous une république bien comprise, les opinions soAt libres et les sentiments soni invidabies dans le passé comme dans la conscience. Quelques-uns de ces bommes ont dû leur notoriété et leur fortune politique au gouvernement de 1850 et de la dynastie d*Orléans, quelques antres au gouyernement de 1814 et delà dynastie légithne, quelques an*très enfin remontent plus haut et datent leurs opinions de 1810 et de la dynastie impériale. Voilà les éléments, &nH le pays républicain, dont se compose, en majorité, la oomnrisslon de permanenee chargée du salut de la République; est-ce rassurant ?... Nous' répondrons oui ! Quels que soient les sentiipents personnel de ees hommes, ils sauveraient la République si elle était mena* ccc j parceque la république est la barrière qui empêche leurs ennemis de ravir le trône que chacun d*eux, dans le secret de ses pensées, réserve peut-être un jour aux espérances de son propre parti.

Ils la sauveront encore par un autre motif plus désintéressé, c*est que si la république leur paraît patriottquement nécessaire au salut de hi France, ils mettront de cété leurs sentiments pour ne penser qu*à cequ^ils doivent à leur pays. Les opinions diverses n*excluent pas le patriotisme commun.

Eh bien, voulez-vous que nous vous disions la vérité mainte^ ' nant ?Ces hommes ont très-bien gardé la République I ces hommes ou les journaux qui passent pour leurs organes se sont montrés peut-être trop inquiets, trop ombrageux, trop tremblants, trop jaloux da salut des institutions dans ces derniers jours qui ont précède la réunion de TAsscmblée; ils ont eu de Taideur ! Ils ont ' faiLdtt xèle ! ils ont dépassé dans leur imagination hi limite des

LS C02I8B1LLBR DU PIVPLff»

Ifiquictudcs, ils ont rappelé le général RAmei el les inspectears de la salle à la veille du 48 fruclidor.

Or, il n'y avait j^s de 18 fructidor derrière le rideau !

L*atiitode ne correspoDdait pas à révénement, de là un immeose nuage d^imagi nation un moment suspendu sur le pays accouchant de quoi? du Message paei6(£ue,€onslitutioBncletrépU'blicain du Président.

Oh ! que e^est une souveraine habileté que Thonnéteté ! le Président a été honnête homme et tous les fantômes se sant dissipés 4iutour de la République et autour de lui! Belle leçon de haute morale et de haute politique pour Tavenir de son gouvernement 1

IV* Les journaux prétendus interprèles de la commission de permanence et des hommes dynastiques sauveurs de la Répa* biique disaient : « Si nous n'avions pas tel ou tel chef à nous à la léte de telle ou telle force défensive dans Paris $ si nous n*avJons pas tel ou tel commissaire de police à la tête de telle ou telle escouade d*agents dévoués à la majorité, nous courrions les plus grands dangers 5 ces hommes«là nous couvrent de surveillance et de baïonnettes 5 ils sentie rempart qui garantit rAssembléeconire les audaces et les conspirations borgnes des rêveurs d'empire -; ils Intimident par leur attitude les entreprises contre la rept-ésentation nationale ; ils sont notre salut k nous, notre ministère, notre police, notre gouvernement; si on en déplace une main, un ceil, une baïonnette, la majorité est désarmée et la République est à la merci d*un coup de téte. »

V. Et le public tremblant, toujours porté à s'exagérer Tlmporlanoe des hommes, et ne sentant pas asses k force des choses, se pressait autour de ces garants vigilants de la République. Son imagination échauffée inventait, coloriait ou {grossissait les plus ridicules puérilités de hasard ou de police, pour en faire des conjurations contre la vie d'hommes éminents de la majorité! On tirait, disait-on, au sort dans un chafieou la mort du président de r Assemblée et du générai commandant l'armée de Paris ! tuer deux hommes de la monarchie pour confondre la République!!! Quelle perspicacité dans ces conjurés! Quelle logique dans le crime ! Quel sérieux dans l'absurde4 Uu coup de poignard ilclibcrc à la majorité relative!! Un forfait en séance publique!... Vu assassinat en commandite!!! Nous avons été assassinés une cinquantaine de fois comnic cela, nous, pendant trois mois, dans des conciliabules, dans des estamincls ou dans des clubs occulles î On a demande nos tèlcs, on a brandi les poignards, on nous a désigné les exécuteurs ; nous n'avions ni soixante mille hommes à nos portes, ni gendarmerie, ni police à nos ordres, et nous «'avons rien cru! Un churboanier trop ému, se parlant tout haut

354 M CONSIILLIR DU FKCPLB,

« Ittî-mcmc. etrcneonlrc «lans la rue par un écouteur, claîl le gorant de tous ces forfaits! N'y arait-il pas de quoi frémir de la téteaox pieds pour celte pauvre République tuée par procuration dans la personne de deux hommes les pliu innoceiits de toat républicanisme exagéré?

VI. VoilJi pourtant où on «n était la veille de la réunion de rAssemblée ; cl à quels orages n'avail-on pas droit de s'attendre? N^ltail-oii pas voir les assassins et les assassinés aux prises devant ropinion? ITallaU-oii pas à la tribane eDiendre les révélations des plus odievz mystères? N*aliail-on pas voir éeîater ces prétendues rivaKiés de sitaatfon entre le Pouvoir exécutif désarmé cl le pouvoir parlementaire et législatif armé ? Ces deux Pouvoirs sesuspeetant, se mena^nl, se trahissant l'un l'autre, n'aUaient*îls paad^ ehirer Tarmée en deox en se la disputant, l'un pour frapper ta République, l'aotre pear eoHvrir les entrepnses répahlkaiiiea an nom de la majorité?

La France était attentive.

Rien.de tout cela n^avait de fondement scrîevz. ^

Le drame si bien nooé n*a eu besoin pour tout dénouement que d*une heure de bon esprit pour éerire ie Hessage et d'une henre de bon sens pour IMeooter.

Entre les fantasmagories et Hmaginatien populaires, toutes le» illDsions des rdios à contre-sens, toutes les chimères de fausset grandeurs, toutes les transes de fausses appréhensiofis, tous te» | fiis d*araîgnécs de petites trames de salon, d*anlîcbambre, de enserne ou de cabaret se sont évaneuies devant te rôlo vrai ; celui d\in président de République lèargé de maintenir une constitution sacrée et qui se contentant de faire honnêtement et simplement son devoir redevient h Tinstant la persomiiiScatlon dominante dn gouvernement, précisément paree qu^l disparaît comme homme, et ne montre en lui que le paya, la République et hi coDstîtution.

Jamais coup de théâtre n*éèlaira plus vite et à moins de fhiîs b scène.

Les intrigues rentraient dans Tombre, la RépnbUqnt avait r^

paru.

Voîlh IV ffct du Message.

VII. Nous n'approuvons pas tout de ce Message, cela sans dire ; nous n'avons pas changé d*opinion sur là deux oa trais points dans lesquels nous avona combatlnavee modération gouvernement et majorité.

A l'extérieur l'expédition de Rome nous parait toujours, mal- Itré le Messaj^e qui la glorifie, un contre-sens cl une Impasse, Une médiation armée en Piémont, en 1848, était le seul rôle h la fols pacifique et libéral de la France au*délâ des Alpes. Cétaît le

Li GOiiSBiu.Bt nu rauPLB*

geste de It République, geste proteetevf et non menaçant. Gela manqué il nY a?ail de fért que ia non inierveaiion imposée a tout le monde.

A rintérienr, la loi restriettve du suffrage universel nous parait toi^ours le suicide d*un gouTemement républicain. Epurm* n^est pas détruire, il Idlait ^urer; la loi du moisde mai a détruit. Sans prineipe du droit divin en kaut, sans base en bas dans le suffrage universel, un gouvernement est suspendu dans le vide* Le jour viendra, nous Tespérons, ou le gouvernement lui-même, par prudence, reprendra son aplomb sur le suffrage régularisé de fous les citoyens*

Enfin la loisurfkistnietioii publique noos pardt toujours, malgré le Message, une loi de complaisance ftitate au clergé j coinplaioaaee qui le satisfait aujourd'hui, qui le perdra un jour en lui 4onnanft la solidarité au lieu de rindépendanco, le monopole au lieu de la liberté, L^'enseigneruent laïque est dominé. L'enseignement religieux, c'est la morale, renseignement laïque cVst le siècle tout entier.

VfIT. Ces réserves faites, impossible, solon nous, de ne pas approuver la sage réticence du Message sur les inextricables et épineuses difficultés de notre politique étrangère relativement aux oscillations intestines de rÂlleiHague. Luc neutralité armée, une «xpectalive forte nous jiaraît justju'à de nouveaux événements, Tattitude commandée à la France. C'est celle que prend le gouvernement. Avant de touchera une question il faut la comprendre. L'Allemagne en ce moment est inintelligible. Les questions do rivalité de domination, d'ambition nalionalc, de poids et de contre poids fédéral, d'unité métaphysique de race et de langue y sont tellement mêlées avec les questions d'indépendance de peuple et de libéralisme de gouvernement, qu'on ne saurait pas, en s'y ingérant aujourd'hui, si on combattrait ses amis ou ses ennemis.

IX. I-e tableau de nos progrès administratifs, commerciaux, industriels et financiers est consolant. Trois ans aprèi ISli, trois ans après la révolution de 1830 nous n'en étions pas Ik. La révolution radicale dont est sortie la République a paralysé moins longtemps le pays que la révolution qui n'avait fait que changer une dynastie!

C'est que le suffrage universel est plus fort qu^uncCharle. C'est une Charte signée par la main de chaque citoyen.

X. Mais l'à n'est pas l'importance du iMessage. Le Message pour nous est tout entier dans ees bonnes et belles paroles qui nous ont fait dire en sortant de la séance où nous les avions entendues. « Nous sortons d'un second 24 février pacifique, d'une seconde ins- Inlatioa de la Eépubiique représentative en France. »

LB CONSBIELBB DU FIUPLI*

€cs paroles» nous les eitons :

« Tel est. Messieurs, Texposé rapide de la situation de nos affaN res. Malgré la difficulté descirconstances, la loi, rautorité ont reeou-> vré à tel point leur empire que personne ne croit désormais au succès de la violence. Mais aussi, plus les craintes sur le présent disparaissent, plus les esprits selivrent avec entrainement aux préoopations de ravenir. Cependant la France veut avant tout le repos. Encore émue des dangers que la société n courus, elle reste étran-^ gère aux querelles de partis oad*hommes, si mesquines en présence des grands intérêts qui sont en jeo«

a J*ai souvent déclaré, lorsque Toceaion s*est offerte d'exprimer publiquement ma pensée, que je considérais comme grands coupables ceux qui, par ambition personnelle, compromettaient le peo de stabilité que nous garantît la Constitution. C'est ma oonviction profonde, eHc n*a jamaia été ébranlée. Les ennemis seuls de 1» tranquillité publique ont pu dénaturer les plus simples démarches qui naissent de ma position.

« Comme premier magistrat de la Republique, j^étais obligé de me mettre en relation avec le dergc, I» mogistrature, les agriculteurs, les industriels, Tadministration, Tarmée, et je me suis empressé de saisir toutes les occasions de leur témoigner ma sympatbîe et ma reconnaissance pour le concours quHs me prêtent; et surtout si mon nom comme mes efforts ont concouru h rafferroir l'esprit de Tarmée, de laquelle je dispose seul*, d'après les termes de la Constitution, c'est un service, j'ose le drre, que jeeroîs avoir rendu au pays, car toujours j'ai fait touraer au profit de l'ordre mon influence personnelfc.

« La règle invariable de ma vie politique sera, dans toutes les circonstances, de faire mon devoir, rien que mon devoir.

« II est au jourd'hui permis à tout le monde, excepte à moi, de vouloir hâter la révision de notre loi fondamenlaie. Si la Constitution renferme des vices et des dangers, vous êtes tous libres de les faire ressortir aux yeux du pays, Moi seul, lié par mon serment, je me renferme dans les strictes limites qu'elle a tracées.

« Les conseils généraux ont en grand nombre émis le vœu delà révision de la Constilulion. Ce vœu ne s'adresse qu'au pouvoir législatif. Quant à moi, élu du peuple, ne relevant que de lui, je me conformerai toujours à ses volontés légalemeul exprimées.

« L'incertitude de l'avenir fait naître, je le sais, bien des appréhensions en réveillant bien des esj)éranccs. Sachons tous faire à la patrie le sacrifice de ces espérances, et ne nous occupons que do ses intérêts. Si dans celte session, vous votez la révision de la Constitution, une Constituante viendra refaire nos lois fondamentales et régler le sort du pouvoir exécutif. Si vous ne lu

volez pas, le peuple, en 1852, manifestera solennellement Texprcssion de sa volonté nouvelle. Mais, quelles que puissent être les solutions de Tavcnir, entendons-nous, afin que ce ne soit jamais la passion, la surprise ou la violence qui décide du sort d'une grande nation ; inspirons au peuple l'amour du repos, eu mcllant du calme dans nos dclibéralions, inspirons-lui la religion du droit, en ne nous en écartant jamais nous-mêmes ; et alors, croyez-le, le progrès des mœurs politiques compensera le danger d'institutions créccs dans des jours de déiiances et d*ineertitudes.

« Ce qui me préoccupe surtout, soyez-en persuades^ ce n*est pas de savoir qui gouvernera la France en iSM^ c'est d'employer le temps dont je dispose de manière à ce que la transition, quelle qu^elle soit, se fasse sans agitation et sans trouble*

« Le but le plus noble et le plus digne d*une âmp élevée n'est point do rechercher, quand on est au pouvoir, par quels expc" dients on s\y perpétuera, mais de veiller sans cesse aux moyens de consolider, à l'avantage de tous, les principes d*autorité et <]e morale, qui défient les passions des hommes et Tinstabilité des lois.

i< Je vous ai loyalement ouvert mon cœur ; vous répondrez a ma franchise par votre confiance, à mes bonnes Intentions par votre concours, et Dieu fera le reste.

« Becevez, Messieurs, Fassurance de ma haute estime*

« Louis-Napoléon Bonaparte, n

XL Voilà le langogc qu'un Washington n'aurait pas désavoué; et si, comme nous n*en douions pas, un Bonaparte suit invariablement cette ligne de droiture, de bon sens et de désintéressement, il aura dans un seul nom la gloire de deux.

XII. Mais, nous crie-t-on de toutes parts, cette ligne pourra-t-il la suivre? Cette sagesse que ce plan de conduite suppose en lui la trouvera-t-il dans l'Asseinblée, dans le peuple, dans l'élection, dans les ambitions militaires, dans les partis tantôt coalisés, tant (*)t antagonistes, dans les factions toujours à l'affût du moment où elles pourraient, les unes renverser, les autres anarcbiser la République?

XIII. Nous répondons, et nous répondons diaprés rexpérienco de ces trois années et de ces crois derniers mois surtout, nous répondons hardiment; Oui ! il le pourra, et il ne pourra pas autre chose. Nous ne voulons flatter personne, nous ne voulons pas nier que les ambitions qui agitent les souvenirs d'empire autour d*un président du nom de Bonaparte ont tendu des amorces, ont fait des caresses, ont insinué des signes ou des cris aux opinions pour

il ccmsBiLtBft Dr rsonjr.

les entraîner à des manifestations fottes et extra-conslîtutiovH iMUeB* Mais le Président de la République a voulu voir par luimême, et il a vu, et il a entendu de l'Elysée les cris de «îoe roi poinsés à Wiesbuden. Il se sera dit : ËBt-ce que ce serait la par hasard un éoho de la Fraoee? £àt-ce qœ si la France est légiti* miste en Âllcmagne, elle ne serait pas peut-être napoléooienoe à Lyon, h CberiMMirg, è Pans ? Sachons ee <|u*eilc est pour la* gou-* verner selon sa nature. Il a foyagé, il a reçu le» corps, il a eomrouniqué avee les masses des populations; il a passé Tarméc et la flotte en revue, il a peroiis et trop permis peut-être les cris sous les armes) M a tàté le pays, il a vu que le sol ne sonnait pias monarchie, sous les pas même dl*nn Napoléon, encore moins empire; il a respiré Tair vrai du pays et des temps, il a reconnu que tout souiTlait à Tordre, à la Constitution honnêtement pratiquée,. » ramélioration do cette institution en son temps et par la voie eoostitutionnelle, et il s*cst dit : soyons ce qu^est la France ; fai-* sons mon devoif comme ellelkit le sien* Ùl est son salut, là est mon honneur, là sera peat-é^ ma l^Hime et probe réoompense.

Et il éertt te message*

XIV* Et la France l*b raUfié.

Et maintenant, ceux qui ont juré de ne laisser aneon repos et aoeane tràve à Tordre républicain recommencent à semer les ahirmes et à noircir les pressentiments et les imaginations, sur ce* qui se passera en 485^ ou d*ici à

La république n*a pas le don de prophétie pas plus que la monarchie* Ce qui se passera, nÎMis n*en savons rien. Mais nous: pouvons alErmer une seule chose, c^est qoe si le gouvernement persévère dans la politique de loyauté, de devoir et de raison qu*il a adopté dans le Message, la France aussi fera son devoir et ne fera que des actes de sagesse, de mesure et de raison, comme ceux qu'elle applaudit dans son premier magistrat, et qu'elle sauvera sa République de toutes les embûches, de toutes les agitations et de tous les excès* Le Président lui a remis son sort dans les mains. C*est ce qu*il avait de mieux à faire* Elle ne le livrera ni aux réactions prolongées ni aux anarehtes renaissantes.

^ Quel gage en aves-vous, nous dira-l-on?

— L'esprit public, notre véritable souverain à tous*

XV* A aucune époque de son histoire, peut-être, la France n*a été davantage une terre de bon sens et de bonne volonté qu^elle ne l*est depuis que les agitations inséparables de sa révolution se calment et' que ce calme lui laisse sa liberté et sa puissance de réflexion.

Parcourez le pays dans tous les sens comme j*ai eu occasion de le faire moi-même depuis six mois, entretenez -vous avec k$

LB COMSBILL&R 0U PCUPLB*

hommes de toutes les fortunes, de toutes !cs classes, de toutes les professions, à huis-clos, en dehors des coteries ou des esprits de corps, des esprits de secte, ou des ressentiments personnels contre Ja situation. Qu'entendez-vous?

Nous, dit Je clergé, notre politique bien interprétée n^est pas de ce monde ; qu^on nous assure rinviolabtlité de nos croyances et de nos consciences^ notre gouvernement intérieur, nos libertés d'association, noire enseignement indépendant, le respect non pas imposé mais inspiré pour tout exercice de la piété humaine, nous préférons ces droits, ces inviolabilités, ces respects assurés aux cultes par Timpartialité républicaine h toutes les faveurs exceptionnelles des monarehies qui ne nous \ifsni k elles ptar des privi'* léges odieux i^m pour nous précipiter ensuite avec elles ! Une Répui)1ique morale et religieuse est un excellent traité de paix entre la religion et la lilierté. iNe renversez pas la République.

Nous, disent les grandes familles historiques attachées par les sentiments héréditaires à la légitimité, par rillustration personnelle et par les riches propriétés au sol, nous! nous aimons par traditions la monarchie dont nous faisons partie dans l*histoire; nous aimons par devoir la légitimité seule forme de la monarchie qui puisse se défendre avec un honneur intact et avec un principe entier.; nous nous flattons que le pays ramené par des osciliaiîons successives à ce principe qui fut sa foi, il y a soixante ans et qui est encore la nôtre, reviendra spontanément et librement à la monarchie légitime^ Mais nous ne te presserons dV revenir ni par des ailianoes* honteuses avec l*étrangcr ni par des conspi' rations à l*iji(érieor, ni par des coalitions déplorables et dangereuses avee ces autres partis dynastiques qui ont détrtoé nos rois* La Répubiiqoe au moins est un terrâin national oè tout le monde a le droit d^avoir le pied, et qui nous porte sans nous demander le snerifice de notre dignité. Qu'elle nous assure nos h^els, nos terres, nos inflnenees légitimes de nom, de fortune, d^édueation, de bienfaisance dans ces campagnes, où nous avons reconquis le respect des populations depuis que nous ne le commandons plus; tions occuperons volontiers et fièrement notre place dans la République égale h notre place sur le sol ; nous serons la téte dNine démocratie honorée au lieu d^étre la queue d*une aristocratie sans prestige ! Nous acceptons ce r6le en attendant une restauration si elle est par hasard dans les desseins de te Providence. Cette res^ lauration mal aeoomplie ou mal gouvernée pourrait nous écraser une seconde fois sous ses débris; ne renversez pas la République, elle porte nos familles et nos propriétés.

La haute bourgeoisie et le haut commerce, hommes plus naturellement gouvernés par des intérêts, hommes particulièrement

ralliés à la manarchie illégitime de i8ô0, hommes qui possédaient seuls rélcction restreinte sous ce régime et qui maniaient seuls ce gouvernement de milieu, ont d'autres sentiments sans doute. Un grand ressentiment les dévore, une grande déception les a frappés, leur monopole d'influence sociale est tombé sans défense avec le gouvernement de 1850 qui lui éluit inféodé. Si des conspirations aveugles pouvaient travailler la République pour la faire crouler sur elle-même et sur le pays, à coup sûr ce serait parmi quelquesuns de ces hommes écroulés eux-mêmes de 1830 que ces conspirations auraient des chances, La douleur et la colère récentes ne raisoiuient pas. Mais cette haute bourgeoisie et cette haute industrie, et cette haute banque, et ce haut commerce ont pour raison leur salut et pour modération les intérêts. Ils ont vu la ruine de près, ils ont eu plus peur que de raison des spoliations et dcî sectes que les convulsions révolutionnaires ramèneraient inévitablement à la surface. Ils ne sont pas de ces hommes qui jettent leurs biens, leurs femmes et leurs enfants dans le bûcher pour honorer le tombeau d'un prince ou d'une dynastie qu'ils regrettent. Ils s'apercevront bientôt, ils s'aperçoivent déjà, ils l'ont vu en mai et en juin 1848, qu'une République de suffrage universel dans un pays de propriété défend plusénergiquement les foyers des citoyens et se défend avec plus de conviction elle-même qu'une monarchie de droit restreint et contesté. Ils acceptent la démocratie dont ils sont le cœur, pourvu qu'elle laisse posséder, vendre, acheter, fabriquer , hériter, transmettre, jouir j ils font porter leur rancune sur les hommes plus que sur la chose. Haine aux répuUlîcains, mais conservons la République. Voilà leur mot.

Entretenez-vous avec les diverses classes du peuple, c'est la même raison, mais avec un sentiment de fierté et d'espérance de plus. Le peuple des campagnes, qui est la plainte éternelle de la terre, se plaint de Timpôt, de la dureté des temps, de la négligence du gouvernement, de la Républiquccomme de la Monarchie. Mais ii ne peut dissimuler la jouissance secrète et naturelle qa*ii couve de posséder dans le suffrage universel sa part de souveraineté ! Il est homme, il est citoyen^ Il est compté 1 C'est sa noblesse à lui que son bulletin, cV'st son parchemin que son inscription aux listes électoialcs ! Celte noblesse n*cnrîcbit pas, il est vrai, mais elle élève cette classe innombrable au dessus du sillon, an dessus du dédain, au dessus de toute oppression déclasse a classe. Il souffre loutc l'année, si vous voulez; mais il y a un jour où le paysan règne, où il tient l'égalité dans sa main, où ii délibère avec lui-même et avec ses voisins sur le consentement qu*il donnera ou qu^'l refusera à son gouvernement ; on le recherche, on le ménage, on le sollicite, il se sent quelque chm maintenant, comme il dlit;

LB COKSBlttBB DU PBUPLB.

les anciens avaient un jour de saturnales qui fiaient resclave au maître; la République moderne, qui est le dernier degré de rémancîpaiion des cerfs, a le suffrage universel qui subordonne pour toute Tannée le candidat au paysan. Cette dignité permanente de titre d*étecteur est profondément entrée dans Tàme des peuples de la campagne. Tout gauvemement, toute contre-révolution qui lui raviront cette dignité qui le console lui paraîtront commettre un attentat, tôt ou tard vengé, contre sa nature. La République est sa souffrance quelquefois, mais c*cst son orgueil. Ne craignez pas quMl roublie longtemps, Seulement après avoir été aveuglé et étourdi quelques semaines par la poussière d'idées fausses et éblouissantes que les sectes socialiste5 lui jetaient aux yeux pour le pousser aux lois agraires, à la propriélé sans travail, à Tégalitc des misères par régalitc du sillon j il a réfléchi à lui tout seul, il a ruminé son bon sens; il a reconnu la ruine sous le chnrialnnisme et le chaos sous la ruine, Il entend la République comme rrnnoblissement de toutes les propriétés, et il est résolu à défendre la sienne dans celle des autres. Il ne demande au gouvernement républicain que le possible, c'est à dire Tégalité dans les droits et dans les charges de la terre.

Que si vous passez aux classes ouvrières des villes, vous trouvez la même amélioration dans la raison de celte partie de la population. Sensée généreuse, sublime pendant les premiers mois de la révolution, celle classe, plus instruite, plus mobile, plus corruptible, plus agglomérée, j)lus accessible aux vertiges qui enivrent par moment les masses en mouvement, a été entraincc cruellement quelques mois après par les promesses exagérées, par les théories sonores et par les excitations coupables des écoles communistes et terroristes, par les journaux et par les clubs. Elle a eu des égarements déplorables en mai, en juin iSAS ; depuis, elle a agité, elle a ménacé, elle a vociféré, elle a rappelé les mauvaises paroles et les mauvais souvrnirsd'uneépoque de colère et de crimes. Si les verliges de cette partie flottante et turbulente des ouvriers des villes manufacturières avaient duré, c'en était fait de la République. La manière dont elle prétendait Tinlerpréler Taurail rendue menaçante et odieuse à tout le reste de la nation. Elle aurait péri en peu de mois étoulTée dans les njains des démagogues. Mais il faut rendre justice à la masse de ces ouvriers j leur bon sens et leur bon cœur naturels répugnaient à ces excès et s*aflligeant déjà de ces scaridales. Ce n'était pas que Técume, ce n'était pas Télément qui élait vicié. Aussi dès que le communisme a eu dit son dernier mot ; des que la démagogie a eu versé son premier sang aux journées fatales de juin, les classes ouvrières ont senti Phorreur et les dangers ^ la réflexion et le sentiment les ont rendues à

Lt CONSBILLta DU PIDI*LC.

la raison* Â l^ceplioD d*un petit nombre de fanatiques ininlelligcnls qui croient comprendre Pimpossible, rien de plus aensé^ de plus résigoé e( de plus raisonnable que le langa^ des dasses ouvrières aujourd'hui* Elles ont frémi do l*ai)tnie où la guerre so* ciale à laquelle on les poussait jetterait eux, leur famille, leur salalrOy leur travail, leur outil, leur pain, leur moralHé* £!les ont compris par expérienoe qu*tane mensce aux capitaux était une dis* paration irrémédiable du salaire et de la consommaiion ; que le coup ou la mesure qui frappait un rtefae tuait dix mille pauvres. Elles aiment, elles défendront, elles relèveront mille fois la Repu* blique, parccque la République, en relevant ta dignité du prolé* taire et en donnant sa représentation légitime à toutes les classes même les plus déshérités, leur promet la sollicitude du gouvernement, la fraternité volontaire avec les aînés de la propriété, Hns^ troctîon, Tassistanee à plus larges doses, le titre, les droits, la noblessede citoyens. Mais bien loin de vouloir perdre en lesarraehant avant lo temps ces fruits lents et sikrs du gouvernement d'égalité, elles sont résignées à les attendre par la patienoe, à les gagner par le travail, à les conserver par Tordre. Voilà le langage que tiennent partout les ouvriers éclairés, ceux qui font et qui expri* ment Topinion vraie de leur profession. Nous voulons la République, mais nous comprenons que pour la conserver et pour la fô* conder au profit de nos enfants il feut la rendre acceptable et sôra aux autres classes. Nous Pavons compromise en la voulant pouf nous tout seuls, nous la sauverons en cessant de la faire craindre au reste de la nation. Que la République prenne toutes les conditions de force, d'ordre, de stabilité quMl conviendra à la nation de lui donner, nous ne combattrons que si on vent nous enlever dans la République clle-mcme le gage de notre égalité et de notre avenir.

Or dans une nation dont toutes les classes parlent et agissent ainsi, sauf une imperceptible minorité d'agitateurs en bas et une imperceptible minorité d'imprudents et d'aveugles en haut, qu'y a-t-il à craindre des prochaines solutions que demandera la République ?

La raiNon est le caractère général des pensées et des actes de la nation dans toutes ses zones, dans toutes ses classes. Elle viendra tout entière au secours d'cllc-mcme au jour des solutions.

Cette raison générale me prouve que la solution qu'elle saisira sera encore la république, la république régularisée et consolidée, Ja république de probité et de modération, telle qu'elle nous apparut, comme la nécessité et le salut du pays, le lendemain du 24 février.

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