‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 7 sur 40 · AUX CLASSES COI«S£RVATRIC£S £T PROPRIÉTAIRES · texte numérisé non relu

AUX CLASSES COI«S£RVATRIC£S £T PROPRIÉTAIRES

MB TBNTOIIS PAS DIBIT.

T. Lorsc[ue après «ne révolution consommée en quelques heures sous les pieds d'une monarchie imprévoyante, d'une armée immobile, d'un gouvernement pétrifié, et d'une bourgeoisie qui battait des mains, quelques hommes d'opinions diverses, hardis, dévoués et conGants se jelèrcnt i\ la tcte de la révolution sans guide et sans modérateur, s'interposèrent entre les vainqueurs et les vaincus, et proclamèrent provisoirement la trêve entre les partis, sous le nom de République. Lorsqu'à ce mot, les armes tombèrent de toutes les mains, les excès furent prévenus, le sang s'arrêta coinme par enchantement, les vengeances et les haines se changèrent, pendant trois mois de dictature, en un embrasscment pacifique de toutes les classes, par toutes les classes en France; lorsque la paix extérieure fut préservée par une attitude sans forfanterie, mais sans faiblesse; lorsque la Franceélectorale futconvoquéc librement et tout entière au choix de son gouvernement définitif; lorsque l'armée fut réorganisée et accrue de cent mille hommes, défenseurs aussi disciplinés de l'ordre au dedans que de l'honneur au dehors ; lorsque enfin la France, représentée par l'unanimité de ses citoyens sans acception de parti, proclama par la voix de son Assemblée constituante qu'elle adoptait les institutions républicaines, et que pas une voix même isolée ne se leva de cette vaste nation libre pour prolester contre cette élection du gouvernement républicain; que se passa-t-il dans le cœur et dans Tintelligence des amis de la dynastie tombée en France?

II. Voiei ce qui s'y passa : iln'yen eut pas un, noble, bourgeois, industriel grand ou petit qui ne se dit à lui-même, et qui ne dit à ses amis et à sa famille : « Rendons grûces à Dieu et rendons » justice au peuple; une grande révolution, une de ces comètes » sociales que Dieu montre de temps en temps aux empires pour » leur faire craindre la nuit suprême, vient dépasser sur nos têtes » et Dous sommes encore debout l et pas une goutte de sang n'a

Digilized by Goôgle

Ll COHSBILLia DV FKUPLE.

coulé, et pas UQ cheveu de nos fronts n'a clé enlevé ! et pas an de nos foyers n'a tremble, et pas un arbre de nos champs ou un meuble de nos demeures n'a été déplacé! nos vies, nos biens, nos familles, nos lois civiles, nos religions, nos prêtres, nos temples, nos frontières sonten sûreté et plus inviolables qu'avant, si nous savons être à la fois citoyens, courageux et raisonnables. Le peuple improprement appelé de ce nom, à l'exception de quelques écumeurs de tempêtes, est aussi raisonnable, aussi modéré, aussi intelligent de la société que nous ; il ne nous demande que la bonne volonté, de la bienveillance, du travail, progrès compatible avec l'inviolabilité des propriétés, des répartitions plus douces et plus fraternelles d'impôt, des institutions d'assistance, le droit de vivre; et quand les sectes faméliques ou terroristes viennent à l'Hôtel-de -Ville demander au Gouvernement provisoire la tyrannie de l'impossible, ce peuple se lève en masse comme au 16 avril et au i5 mai, et entoure d'une armée invincible les défenseurs de la société, de la propriété, de la vie des citoyens. On n'a pas besoin de lui souffler son mot d'ordre, il le trouve de lui-même : Vive celui-ci! Vive celui-là ! Vive l'ordre ! A bas le cummutiisme ! Souvenez-vous de celte résurrection de la société armée autour de l'Arc-de- Triomphe de l'Etoile le 48 avril! des millions de voix jetèrent ce cri en l'appuyant du retentissement de leurs armes contre leurs poitrines. Peuple, nobles, prêtres, propriétaires, bourgeoisie, industriels, commerçants rentrèrent dans leur maison le cœur soulagé du poids d'un cauchemar socialiste et en se ré- • pétant les uns aux autres : « Cette révolution est un phénomène nouveau dans l'histoire, ce peuple est aussi sensé et aussi magnanime qu'il est fort, rendons-lui justice, raison pour raison, amour pour amour; faisons les sacrifices de notre côté à la nécessité, un pas vers lui puisqu'il en fait tant vers nous ! Reconnaissons ses droits en tant qu'ils n'empiètent pas sur les droits des autres, n'insultons pas l'avènement de sa dcniocralie, acceptons de bonne foi et de bonne volonté sa Ilépublique, car à qui l'a-t-il confiée en majorité et d'urgence dans le gouvernement A qui va-t-il la confier dans sa représentation nationale? C'est à des nobles, à des bourgeois, à des propriétaires, à des industriels, à des écrivains, à des militaires, à des administrateurs, h des évêques, à des prêtres, à des négociants, à des ouvriers de tous les travaux intellectuels, c'est-à-dire encore à nous ! Quel traité de paix en action ! et que nous serions coupables si nous ne prenions pas avec loyauté et avec reconnaissance la main qu*on nous tend! Non, jurons de maintenir, de défendre, d*aimer el de féconder cette République de réconciliation entre les opiaions et entre les classes ! •

-Ll GOlfSlILltR Ml PEUPLE.

III. Voilà, je vous le répète, ce que se dit la Fnmce conservatrice et propriétaire pcndunt les quatre premiers mois delà République. £lle était juste et prudente alors, parce qu*elle venait d^échapper miraculeusemeot à une grande catastrophe, et que la (erre lui paraissait à peine raffermie sous ses foyers.

Un sinistre événement, rinsurreetion des ateliers nationaux en juin, dont on a voulu faire une conspiration politique préméditée par le Peuple et tramée par des chefs démagogues, et qui n'était qii*nne sédition de Toisivetc, une fermentation sanglante de cet entrepôt de misères, de vices et de vagabondage qui ne voulait pas être dissous, vint seul contraster douloureusement avee cet esprit de concorde nationale. Cctait un accès funeste, mais isole de démagogie. Cet accès terrible mais vaincu prouva que tout le reste de la France était unanime contre rinsurreetion prolétaire, car clic se leva tout entière pour Tétouffer»

IV. Alors encore la classe moyenne reconnaissante dece concours spontané du peuple qui accourait à Paris pour la défendre et soutenir Tordre social, se répandit en effusion de bons sentiments, se serra à la République comme au seul faisceau assez puissant pour protéger la société en réunissant toutes ses forces. Elle se garda bien de chercher à rétrécir le Gouvernement autour d*un trône quelconque, nécessairement contesté et secoué par d^aulrcs prétendants monarchiques. Elle sentit qu'il nV avait union possible que dans la démocratie franchement acceptée . Un peuple de démocrates contre une poignée de démagogues et de sectaires du communisme, voilà sous quel aspect la situation lui apparut. Grêlait et c'est encore la vérité.

V. La majorité ou plutôt la presque unanimité de TAssembléc constituante, expression véritable, parce qu'elle était nnanime et spontanée, de la France, ne songea qu'à ralTcrmir la République en la régularisant. Toute révolution est un écroulement. Le premier devoir du gouvernement qui lui succède est de tendre à un ordre nouveau à travers ce chaos de décombres, et de fonder des institutions politiques sur les bases demeurées solides de la société. G*est ce que les partis anarchiqucs, par inintcllij^ence ou par routine, appellent sottement réaction. C'est absurde; monlrcz-moi donc dans rhistoirc un gouvernement qui ne soit pas une réaction eontre le néant où une révolution jette un moment le pays.

Mais celte réaction que j'approuve et à laquelle j'ai participe dès le lendemain de février moi-même; était une réaction contre Tanarchie et nullement une réaction ou un reflux contre la République.

Tant que dura TAsscmbléc constituante, celte réaction toulo naturelle^ toute créatrice de Tordi'c nouveau, toute légitime, lit

hE COMSIlLiEB PU FlUFLI.

faire des progrès quotidiens h Tordre sans attenter à la démoeratie et même sans blasphémer eontrc une eonstitotton d^urgenee, rmproTÎscc, îiisuflisante cl corrigible. La bourgeoisie, sensée, modérée et pmdente, suivit rAsscmblcc constituante dans cette ligne. La nomination du président de ia République, en constituant fortement le pouToîr exécutif, mainiinl ce bon esprit « Pmtîs et dans les départements.

L^Asscmbléc législative, au moment de son Installation, parut animée de la même s&gesse. Un ministère de fusion^ présenté comme gage de confiance par le président aux anciens amis de la monarchie écronlcc, et acceptable par les républicains modérés, personnifia avec courage, avec sagesse et avec loyauté cet espril de fusion.

Mais déjà In classe dépossédée du pouvoir dynastique, rassurée par cinq cent mille hommes, par une présidence qui lui semblait le germe possible d'une royauté, par le nombre de boules dan» Turnc, par Tordre graduellement rétabli, par le silence des clubs, par la déroule du iÔ juin, par le discrédit trop mérité du socialisme ridicule et du terrorisme odieux, coromencnit a manifester des aspirations téméraires à la confiscation de la Uépublique et » la restauration de sa demîmonarchic h elle, nionarchîe sans droit divin et sans droit populaire, monarchie d*expcilient et non de principe. Les meneurs n'osant pas prononcer ce nom de monarchie d'Orléans en une seule syllabe, ne prononçaient que la moitié du mot. Il leur fallait la main d'un parti autre que le leur pour casser les vitres; on entrevoyait clairement qu'ils sollicilaîont la main du parti (s'il y a un parti) impérialiste. Celle afroctalion faisait éclater des ombrages injustes et fâcheux contre le pouvoir executif, suspect de pactiser avec les arrière-pensées, quand il ne cherchait qu'à les rallier toutes à la cause gcncrale de l'ordre. La nation, encore troublée des folles menaces du socialisme et impatiente de reconstituer dans le pays des conditions même irréfléchies d'ordre à tout prix, laissait direct faire, contcnle de tout, pourvu qu'on chassât de son horizon le fantôme de l'anarchie. On n'apercevait encore aucun danger sérieux pour la République ellemême. On se disait seulement, (et cela est vrai au commencement d'un gouvernement nouveau et dont la base est large conuiie le Peuple) ou se disait : u II faut exagérer les conditions de force » pour le pouvoir et de sécurité pour les citoyens. Ces premières » années des gouvernements populaires doivent avoir presque la » vigueur et l'altitude des dictatures dans les assemblées nationa- » les. Quand la clef de voûte est posée, que le ciment est lié, oii » ôtc le cintre et on relâche les institutions, n

VI. Donc on laissait faire, sans s'alarmer, la réaction natu*

LB QO.NSSlLLSn DU P8UFLB.

relie, la majorilé, reflux un peu inorwrchiquc, le pouvoir exécutif, faible encore et oblige de se fortifier par les armes, par les lois, par radiïiinislralion. Ceci prouve biei» Tadinirablc inlelligeiice do la France et sa volonté d'clre gouvernée. Elle laisse alleravee l'in- 4iffcrencede la sécurité les oscillations successivesde la révolution jusqu^aux liniiles de Tanarehic et de la rcaclion, jusqu'aux limites de la co«lixi-révoIulion, sans se troubler. Puis, quand ces oscillations naturelles menacent de dépasser le but et de sortir des bords, la France se lève, se |X)rte du côte opposé à ctlui où penchent les choses et rclablit Tcquilibre. C'est ce que nous avons vu vingt fois depuis le 2i février. On dirait que, semblable à l'astre qjji gouverwî les marées de l'Océan, une planète invisible, et intelligente, gouverne et soulève ces flux et ces reflux de la mer de Topinton, Nous en voyons un exemple <le plus en ce moment. Que tes faibles tremblent ou que les habiles fei},'nent de trembler, mais ^pic la société se rassure, la France esl-là !

VII, Dcpuissix semaines cette réaction, d'abord légitimeet utile, échangé de caractère. Encouragée par Papparante complicité de l'esprit public, elle a passé les bornes prescrites et semble menacer par son «ttitude, par ses paroles, par ses journaux, la République «ile-mênie.

Cest une chose curieuse et nouvelle dans l'histoire des gouverneinents que les excès de dénigrements, d'injures, de calomnies <roulrag€S et de violences auxquels les journaux spécialement «dressés à la classe dépossédée du trône et [Kilronés parses anciens faiDilier&, se portent depuis quelque temps contre la Constitution, contre PAssembléc constituante, contre la souveraineté du Peuple, contre la République sous toutes ses formes. La République les tolère, et elle fait bien. Qui dit République, dit tolérance. Si la République n^est pas l^ir libre des opinions, elle n'est rien. C'est une forme de gouvernement ou tout se contredit, se montre au Ipraod jour et 8*évaporc librement du cœur et de Tâme de tout le monde. Voilà pourquoi, sauf les appels à l'insurrection, nous sommes 4*avis que la tolérance républicaine admette tout sans se fâcha* et sans réprimer dans l'ordre de la presse ou de Popinion corile(car, pour Popinion en action, c'est-à-dire les clubs, nous ne pensons pas de même; là où commence Pacte, commencent le droit et le devoir de tout gouvernement police).

VIIL Tant que ces menaces et les violences du journalisme des opinions libres contre ia République n*ont éclaté que dans les jour- Baux de ces différentes factions anti-républicaines, le maln^élaitpas grand ^ c'étaient les murmureslointains qui présageaient tes ehocs, qui révélaient les haines, qui trahissaient les espérances, qui aver- Ussaieot la France de se prémunir contre les dangers éventuels dont

ses iostilulions pourraient cire un jour menacées. Le gouverne-* ment n^était pas responsable du langage dcii adversaires impatients de la République.

IX. Mais bientôt un nouveau syraplôme s'est révélé, qui a donné plus de gravité à ces menaces dos partis hostiles et plus de préoeeapation aux véritables opinions d'ordre, c'cst-ù-dirc à celles qui veulent défendre la seule base actuelle, Iar«;c, solide et possible de Tordre aujourd'hui, laCoustiluiion républicaine et démocratique dans le sens modéré et conservateur du mot.

Ce symptôme, c*est le ton, ce sont les ambiguïtés, ce sont les dénigrements amers, ce sont les insinuations transparentes, ce sont les aspirations extra-constitutionnelles, ce sont lesrcticenc( s intelligibles, ce sont les demi-mots significatifs de certaines feuilles politiques, et entre autres du journal le Napoléon^ feuilles qui paraissent à fort ou adroit, je n'en sais rien, mais qu'on laisse au moins passer imprudemment pour des transpirations politiques des pensées du pouvoir exécutif. Tant que les répugnances à la République et les appels directs à la haine et au mépris de cette institution, ne partent que des partis, rien de plus naturel et rien de moins alarmant. Mais quand le public déconcerté croit entendre ces répugnances, ces accusations et ces appels partir de la sphère même du pouvo'r à qui il a confié ces institutions, alors il s*é* tonne, il s'inquiète, il se trouble à bon droit, car il se dit : « Mais » qui donc trompe-t-on ici ? ou mon pouvoir exécutif lit ce qui » s'écrit autour de lui et ce qui est de nature à le compromettre, » ou il l'ignore ? S^il l'Ignore, il est donc mal servi par ses mini- » très; et s'il le lit slins le faire désavouer, il est donc trop indul- 9 gent ponr ceux qui eroient le flatter en lui immolant la Répu- • blique; il a done la plus noble, la plus dangereuse des feiblesses » pour un pouvoir, la faiblesse de Tamitié. Qu'il s'informe, qu'il » écarte, qu'il reprouve ces dangereuses solidarités de plume ! Un » pays qui pourrait croire que les arrières pensées conspirent con- » tre la nature de son gouvernement dans le sein de son gouver- » nemcnt lui-même, serait un pays perdu ; car la moitié de ce » pays, croyant voir une conspiration même en espérance dans le 9 gouvernement contre les institutions, conspirerait impunément, % et pour ainsi dire légalement, à l'ombre du pouvoir exécutif, le m renvcrseroentdesinstituttons,ctrautrerooîtiédece pays,croyant » voir une conspiration dans le gouyernemcmt contre les insti- » tutions qu'il veut défendre, yemit un ennemi dans son pou- » Toir exécutif et se jetterait dans les factions pour échapper aux ■ trabisons imaginaires. »

Situation absurde et ruineuse qui n^exista que quelques mois avant le iO août entre LouisXVI, entouré d'ennemis de laconstitu-

LB CONSEILLER DU PBLPLE

tmn de il9\ , et la nntion, voyant en lui une perpétuelle intention de revenir sur cette constitution.

Ou qui n'exista qu'à la fin du Directoire, quand Sieyes, membre et chef du gouvcrncnjrnt républicain, con>pirait, dans la rue t/e la Victoire un hrumain- cvcyituel et mctaphi/siquc avec Bonaparte.

X. Nous ne voulons vous citer qu\in exemple de celle croisade de paroles contre la Republique, préchée tous les dimancbes par ce journal qui compromet, non la pensée sans doute, mais le nom de famille du pouvoir executif : le Napoléon,

On y lisait dimanche dernier :

« Pourquoi n'y a-t-il pas de républicains au pouvoir ?

» Parce qu*il n'y a pas de républicains vrais, de répubHeains oomme une république en exigerait, de républicains qui aient d«8 idées rtîpublicaines, des sentiments républicains

» A qui renvoyer le crime des violences eoniBdses sur tant de ponts du territoire et k Parit même, sur les liarriatdes de juin 1848, si ee n*est à ees lépoliiieBins ?»

» Où sont les républicains sincères qui honorent la religion et ses miaistres ? qui respectent les lois de l'Eglise ? •

» Non, il n'existe pas de républicains pratiquant, de eœnr et d^esprit, les idées républicaines, les sentiments républicains. »

Suit une longue énumération de tous les gricfii vrais ou supposés que les partisans tombés de la monarchie de Juillet, renversée par eux-mêmes, ont accumulés après coup contre le gouvernement de Février, sans distinetion de ceux qui sauvaient la patrie et la société, et de ceux qui s'efforçaient de tout perdre, des démocrates modérés et courageux an pouvoir, ou desdémagogues effrénés des clubs au dehors, des défenseurs ou des assaillants de l*ordre social.

• Qu*a-t-on vu alors ? • s'écrie le publidste accusateur des deux pouvoirs qui ont remis è ses amis le société sauvée dans leurs mains. » Qu'a-t-on vu ici ? Qu'a-t-on vu là ? » Et il se répond k loi-méme par une série de fautes ou de crimes dont il fait rejaillir la bonté sur ceux-là mêmes qui les ont combattus, déjoués ou vaincus. Enfin, oubliant, ou feignant d'oublier la paix fièrement et énergiquement maintenue avec l'Europe pendant les quatre premiers mois, è*est-à^ire pendant l'époque même de la eonvul« sion do monde, etoiibitent ou feignant d'oublier le sang des meilleurs républicains, béroiquement vcrsd aux journées de Juin sur

il coMBiLLia wi mmu*

les barricades, pour faire rempart de leurs eorjg» k la aociéié contre la démagogie année, il va jusqu'à dire :

On a TU les gouvernements défiés au nom d'un principe belliqueux : et tandis qu^oti chantait la fraternité dans les rues, on voyait organiser Thostilitc depuis JRisquons-tout jusqu^à Bade et aa-delà. Etait-ce encore là de la diplomatie réiiublicaine ?

» On a vu rélat de siège prévaloir par la volonté des chefs du parti purement républicain, sur les lois politiques, civiles et criminelles, que le pays était habitué à respecter depuis 4801 !... » iSOi I... Quelle date pour rappeler à i» nation finviolabilité de ses libertés politiques, civiles et criminelles, que la date où, à la suite d'une violence de baïonnettes laite à sa souveraineté, à la nation française, fut mise elle-même quatorze ans en état de siège, depuis Hambourg, Rome ot Madrid, jusqu'à Paris !...

XI. Mais qui étcs-vous ? pourrions-nous dire à Torganesî mat informé ou si superbe de toutes ces accusations contre les deux premiers gouvernements républicains et contre la France ellemême dans la personne de son Assemblée constituante. Quictcsvous pour prendre ainsi le fouet de Cnmwel k la main dans la plumedu publiciste et pour chasser comme une bande d'ivrognes ou de sycopbantes, de leur place bonne ou mauvaisedans Tbistoire, les citoyens modestes, mais dévoués, qui ont affronté avant vos amis d'aujourd'hui lis vagues de la tempête populaire, qui ont reçu les premiers assauts, qui ont détourné les premiers débordements; qui ont bravé le premier feu, qui ont déblayé les premières ruines, qui ont accepte les premières et les plus suprêmes responsabilités sur leurs poitrines et sur leurs noms ? n

« Où étaient-ils ces ouvriers de la dernière heure ? Où étiezvous vous-mêmes, héros posthumes des grandes crises quionl porté au pouvoir celui que vous croyez servir, homnïc qui a trop de cœur pour se laisser grandir par des petitesses et des injusti(ïcs, comme celles que vous lui offrez en propitiation ? »

» Où cticz-vous, vous et vos amis, quand la monarcliie s'ccroulail inopinément sur nous le 24- février, et que ses décombres menaçaient d'engloutir vos familles, vos foyers, vos temples, vos propriétés, vos n)œurs,si personne n'avait eu Tinspiration et Taudace de se jeter dans la niéléc et dans la poussière, de tendre la main pour soutenir ce qui restait debout et de donner la Uépublique au Peuple, pour l'arracher h la démagoj^ie par la liberté ? »

» Où élicz-vous, vous et vos amis, quand on éteignait le foyer qui allait tout dévorer avec des paroles et en s'y précipitant? »

» Où étiez-vous, quand on uiarchait sur les vagues comme l'apôtre sans enfoncer, parce qu'on avait la Doi comme lui eu Dieu et ia foi dans le bon sens du Peuple ? »

^ Oà étiei'vous, quand on repoussait du bcrœan de la Ucpubliquc ces symboles néfastes de 95, présentés treole*si& heures de suite à la pointe des sabres et des baïonnettes ? »

• Où étiez-vous quand on désarmait la révolution de tout crime, même futur, eu abolissant les proeès de irengcance et les eefaafauds ? •

» Où éties-iroas, quand on eréait la garde mobile, en faisant sortir Tordre armé des éléments mêmes de la Révolution ? »

» Où étiez- vous, quand on osait dire à la Franee en ébullition contre les traités et impatiente de déborder de ses frontières : Vous resterez en paix pour rester innocente et inviolable dans le droit républieain f et quand on osait dire à TEurope : • Nous vous respecterons, sî nos principes ne sVntrc-choqucnt pas par voire fa u te là où nos droits et le droi t de nos alliés seraient engagés f »

« Où étiez -vous, quand le gouvernement que vous accusez des eoospirations tranjces contre lui dissolvait Texpédition démago* giquede liisqwmi-Tout, internait les réfugiés allemands de Bade, offrait ses forces a la Savoie, pour réprimer de sa propre main rinvasion déloyale et réprouvée de Cbambéry par des échappés des clubs de Lyon ?

• » Où étiez-voos, quand on réorganisait une armée de einq cent mille hommes en trois mois, loin de Paris, pour conserver la discipline et pour éviter Teifusion du sang, mais prête à y rentrer aussitôt que la nation elle-même y rentrerait avec la représentation nationale?

» Où étiez- vous, quand, après trois mois de dictature heureuse quoique désarmée, cette dictature abdiquait malgré la démagogie et malgré les clubs entre les mains de son seul et légitime souverain évoqué par elle, TAssemblée nationale?

» Où étiez-vous aux grands soulèvements du peuple en mars et en avril, quand on s'enfermait à rHôtel-de-Ville, cerne par les conscriptions du socialisme et des clubs, et qu^on se disposait à mourir plutôt que de remettre le gouvernement à la démence ou à la terreur f

» Où ctiez-vousau 4 5 mai, quand après une surprise déplorable

• de rAssemblée encore découverte on soulevait Paris d*une sainte » indignation et onmarchaità la tétedc son infatipblc population

• pour reconquérir le gouvernement des hommes de bien sur m l'Hôtel-dc-ViKe?

» Où élicz-vous aux journées sinistres de juin, quand le gou-

• vernemcnt que vous accusez, après avoir nommé un chef uiili-

• taire et appelé plus qu'à temps les troupes, montait à cheval à » la léte des prenn'cres et des dernières colonnes de la garde na- « tionale, de la garde mobile et delà ligne pour o£[rir du moins » son sang à la société en péril?

Digitizea by LiOOgle

Lg CON&EILLSB OU PfiUPLS

» OÙ éti(îz-vous, quand il reconquérait Paris sur la barbarie, « et quand après Tavoir reconquis il incitait, par la raain du gé- » néral qui avait combattu sous lui el après lui, la scdilioa bouil- • lonnanlc encore en étal de siège?

» Où éliez-vous quand ce second gouvernement de la Rcpubli- » que déjà assise, représentée et défendue, préparait la Constitu- » lion, dont le Pouvoir cxéculif actuel est sorti toul armé, tout w organisé, tout servi, sans autre peine que de penser, de donner » un ordre à cinq cent mille bommes et d'être honoré et obéi?

» li me semble que ce sont là des actes de la Révolution, de la » République, des diclaturcs, des pouvoirs successifs, de PAsscm- *» blée constituante, des ministres, des orateurs, des généraux de » Tarmée, de la garde nationale, de la nation elle-même qui » mériteraient un peu moins de dédain de la part de ces *> publicistcs de Toubli. il me semble aussi que dénigrer et » calomnier tout le passé de la République, ce n'est pasie moyeu » de donner foi dans son avenir. »

XI Non, ce ne sont pas là des conseils utiles à donner à la classe conscrvatrii e en France ; on rexalle ainsi et on la trompe.

On lui dit : « Voilà une forêt de baïonnettes; embusquez-vous » impunément derrière et insultez de là sans danger le gouverne- M ment qui vous a sauvé et qui pouvait seul vous sauver depuis Février. 0 Cela n'est ni juste, ni généreux, ni prudent. Car, qui vous dit que tel ou tel autre gouvernement que vous rêvez pourra vous sauver encore, vous sauver longtemps, vous sauver toujours? N'y avait-il pas aussi une forêt de baïonnettes autour de Charles X la veille des journées de Juillet ? une forêt de baïonnettes autour de Louis-Philippe la veille de Février! Des baïonnettes ne prouvent rien et ne sauvent rien : ce sont les idées qui sauvent, et c'est la sagesse qui maintient.

Les idées, les tendances et les colères de la classe conservatrice en France, depuis deux mois, sont l'inverse des idées, des tendances et des modérations qui peuvent et qui doivent la sauver.

Vous devriez vous dire tous les jours : a Nous avons été préser- » vés en février d'un cataclysme til que les siècles n'en présentent » pas de pareil à l'imagination d'une société ! Notre gouvernement » s'était tout à coup atlaissé sur sa base, menaçant de nous en- » gloutir dans le vide que la chute soudaine d'un gouvernement » creuse toujours autour de lui. La Révolution française reprenait » un de ses accès de croissance dix-huit ans comprimés mais qui • pouvait devenir, par sa longue compression même, un accès de 9 démence sociale et de démagogie sans pitié. La question fon- » damentale sur laquelle repose le monde ancien et nouveau, la » question de la propriété était soulevée et agitée depuis ces dix-

Il cossulua do mu»li«

• hail ans dans l«s livres, dans les journaux, dans les seetes, dans

• les sociétés secrètes et armées, elle était résolne théoriquement

• eontro nous. La guerre sourde au capital étaii proclamée j la » nature industrielle plus qu^agricole de la France nouTelle en » créant des milliers d*aleliers, d'usines, de fabriques, en y recru-

• tant, sans mesures et sans prévoyance, un peuple affamé » par le moindre chômage, fanatisé par Tamour du gros salaire » el aiguillonne par le contraste du grand luxe et des grandes » misères, avait aggravé la situation. Une crise commerciale tous

• les jours croissante, depuis quinse mois, une disette d*un an » qui avait fait sentir la faim et exporter le capital, la compliquait » et renvenimait encore. Un prolétariat immense, impatient, tra- » vaillé, discipliné en partie par les chefs de sectes, se trouvait 9 armé et vainqueur en lace de la société propriétaire, découverte » et momentanément désarmée. A quelles exigences, à qu^elles

• folies, à qu*elles spoliations, k queû excès ne pouvaient pas se » porter, s*ils ravalent voulu, ces soldats des Mariui du soda- » lisme, heureusement plus sages et plus intelligents que leurs » chefs ? A quelles concessions forcées n*aurait pas condescendu » la classe conservatrice et propriétaire pour préserver ses lois

• sociales, ses droits acquis, ses capitaux décimés, ses champs en- » vies, ses foyers gardà par la seule innocence de ce Peuple?

« Eh bien ! tous ces fléaux ont été écartés de nous , de nos enfanta de nos familles, de nos foyers, et par quel moyen ? Par la légitime espérance donnée ii ce Peuple à ce prolétariat modéré humain intel« ligent par excellence alors que la société rcspcclce et gardée par lui se souviendrait de sa modération; qu'une fois qu'elle serait reconstituée en gouvernement fort, elle rendrait juslico, honneur et amour h cette partie du peuple non possinlant ; adoucirait pour lui, autant que possible, les dures conditions d'Inégalité forcée que la nature et le temps ont établies entre les hommes ; qu'elle lui prodiguerait non les folies du socialisme radical, mortelles à tous et surtout aux prolétaires, mais renseignement, le secours, le travail, Tasiiistance, la fraternité du sentiment sous toutes ses formes ; quVtle n'essayerait pas de lui ravir sa République et son droit de suffrage universel, cette garantie de toute justice, ce gage de toute égalité pratique, cet instrument de tout progrès; en un mot, que la classe possédante, inviolable, et la classe non possédante, aidée et assistée, se fondraient comme elles doivent le faire en un seul peuple, en une seule famille unie par lecœur, où Icsainés du bien-être, du capital et de la civilisation servent de tuteurs h ceux qui sont nés après eux aux droits communs, et leur tendent la main pour les élever à la même dignité de citoyens, à la même aisance relative de pro« priété ou de travail. •

Digilized by

78 II coHSBiiui DU nurtB.

XIII. Voilà ce que vous vous disiez alors, et voUà ce que Toosdevrki TOUS redire tous les jours si tous voulez, par un traité de paix sincère et durable, prévenir des révolutions sociales moins modérées, moins bien dirigées peut-être que la révolution que vous venez de traverser. La paix, on la guerre, le travail on le marasme, Tordre ou ranarchie Tamélioration des eonditions so* eiales de tous ou dés accès renouvelés d^anarcbie, suivis de récroulement des industries, des fortanesdes existences sont tout dans ce mot : Fusion de classes, concorde des Intérêts, transaction amiable et juste entre les droits réciproques, concessions des deux parts à la société nécessaires aux prolétaires comme aux possédants.

XIV. Or, sonl-ce là les tendances qu^on vous inculque? les sentiments qu*on vous souffle? le langage qu^on vous prête depuis six semaines dans les journaux que vous soldez et dans ces réunions de flatteurs de vos ressentiments et de vos rancunes que vous encouragez de vos applaudissements? Sont-ce là les vérités sévères qu*on vous présente dans ces pamphlets, dans ces libelles effrontés, dans ces saiyre$ ménippées de la République et du peuple honnête que vous faites réimprimer par souscriptimis pour prêter des ailes à de hideuses calomnies contre ceux qui gardaient vos vies et vos portes? Sont-ce là les modérations, les justices, les reconnaissances^ les réciprocités de bon vouloir dont vous nourrissez Topinion pour qu'elle se tempère et se calme par la conciliation des deux moitiés du pays? Sont-ce là les actes de foi que tous faites pour rassurer Tesprit inquiet des masses sur la conversation de cette République qui fut le traité de paix entre vous et le prolétariot? traité de paix que vous baisiez alors et que vous croyez pouvoir bafouer et déchirer si témérairement aujourd*hui?'

Ah! je ne sais pas jusqu*oii vos meneurs et vos flatteurs vous pousseront dans cette voie fatale. Je ne sais pas s*ii viendra un jour, où après vous avoir ainsi enivré d'une force matérielle et précaire, ou après vous avoir fait perdre la mémoire, ils vous feront perdre le sens commun et vous porteront au dernier acte de suicide et à la dernière folie, à la folie d'une confiscation subrcptice et violente de la démocratie punie d*avoir été modérée et loyale. Mais ce que je sais, c*est que si vous vous prêtez plus longtemps à ces adulations des parasites de tous les régîmes, ils vous mcncni h trois mois d'un faux triomphe et ensuite à des abîmes où la République modérée, si honnîe aujourd'hui par vous, vous apparaîtra comme un rivage de salut que vous n*attriez jamais dû quitter et que VOUS ne pourrez peut-être jamais do nouveau atteindre.

Page 1