‹ Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-français [microforme]Chapitre 16 sur 39 · FE K · texte numérisé non relu

FE K

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a pour les citoyens obligation, non seulement collective mais encore individuelle de les protéger. Si un individu qui n'est empêché par aucune raison légitime peut se dispenser de voter, un autre dans les mêmes circonstances peut réclamer la même dispense, et le principe une fois admis, les conséquences pourraient devenir bien funestes au pays et compromettre ses intérêts les plus graves.

Pourquo: les gens de bien n'auraient-ils pas pour la bonne cause autant de zèle qu'on en rencontre chez les ennemis du peuple quand 1l s’agit de faire prévaloir leurs doctrines pernicieuses et d'accomplir leurs perfides desseins ? Voyez ces derniers, 1ls semblent puiser une nouvelle ardeur jusque dans leurs défaites. On serait tenté de croire parfois que toute leur énergie va se briser contre !es difficultés et les obstacles contre lesquels 1ls ont à lutter, que pour eux tout espoir de succès va s'évanouir; nullement. Au moment où vous les voyez en fuite, 1ls reparaissent sur la brèche, engagent de nouveau le combat avec plus d’acharnement que jamais. Et les amis de l’ordre, à la vue des efforts de leurs adversaires, fondent devant eux! C’est plus que de la faiblesse, c’est de la lâcheté ; déserter une bonne cause parcequ'elle est combattue, tourner le dos à ses ennemis est

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quelque chose de tout-à-fait indigne d'un bon citoyen. Et d’ailleurs pourquoi désespérer ? la victoire est-elle donc si incertairie ? le mal a-t-il donc reçu l'assurance de toujours triompher ? Non, un peuple aussi moral que le peuple canadien peut s'égarer un instant, mais bientôt le bon sens des masses triomphera de l'erreur et le fera rentrer dans le sentier de la vérité et du devoir.

Sans donc vous faire une obligation de prendre une part active dans les élections de vos députés pour le parlement, de vos conseillers législatifs, etc. etc., nous insistons pour que tout citoyen, qualifié selon les exigences de la loi, se fasse un devoir de donner son suffrage quand il est appelé à user de ce privilége. Mais quelle règle doit-on suivre pour faire un choix judicieux? Nous allons voussuggérer quelques réflexions qui peuvent vous être d’un grand secours dans l’accomplissement de cet important devoir du citoyen.

Ce qu’on vous a dit dans le premier chapitre, quand il a été question du choix de vos amis politiques, a ici toute son application. Vous devez choisir pour candidat un homme que vous connaissez, qui se recommande par son passé, c'est là surtout le point important. Les discours qui vous sont adressés, en vue des

élections, par les candidats eux-mêmes où par les orateurs qu'ils députent vers vous pour gagner vos sympathies, ne sont pas une base sur laquelle vous puissiez asseoir sûrement votre confiance. Vous remarquerez que dans ces circonstances, c'est un homme qui rend témoignage de lui-même, ou un intéressé qui parle en sa faveur. Ce n'est pas faire injure à ceux qui sollicitent vos suffrages, ni à ceux qui viennent vous parler en leur faveur, que d'aller, tout en faisant aux uns et aux autres un accueil affable et plein d'urbanité, puiser à d'autres sources les renseignements qui vous sont nécessaires pour déterminer votre choix.

Vous seriez bien à plaindre si vous n’aviez pas d’autres sources d'informations que les discours qu'on vous adresse dans les temps d’élections ; 1l vous serait difficile de vous prononcer sur le mérite,.des candidats et sur celui de leur politique. CA tout en professant des principes opposés, chacun prétend que le salut de la patrie ne se trouve que dans le programme auquel il adhère et auquel il jure fidélité ; puis, passant des choses aux hommes, il est bien rare qu'on ne se mette pas réciproquement aussi noir que l'encre; or au milieu de ces déclamations, de ses assertions contradictoires, comment le peuple découvrira-t-il la vérité, découvrira:t:il

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le vrai mérite,:. -rité et mérite il y a? Donc toute cette grande dépense d’éloquence qui se fait à la veille des élections, n'est qu'une affaire de forme dont le peuple ne peut guère tenir compte, et dont le résultat, en général, n'est que d’exciter les passions, de créer des haines et des animosités, et bien souvent de produire des scènes déplorables. Pauvre peuple, s'il savait qu'il se passionne bien à pure perte à propos de ce qu'il entend; que ceux qui l’excitent ainsi sont loin, bien souvent, de prendre leurs propres paroles au sérieux, et qu'ils rient bien à leur aise de la crédulité de leurs dupes.

Quand vous aurez acquis la certitude qu'un homme est honnête, dévoué aux intérêts du pays, qu'il a l'aptitude nécessaire pour prendre part aux délibérations, pour défendre vigoureusement vos droits, qu’il a de la fermeté de caractère, vous pourrez alors fonder quelqu'espoir sur ce sujet. Quant à la science requise dans un membre de la chambre, comprenez bien, mes amis en quoi elle consiste. ‘ Ce sont moins des orateurs qu'il nous faut que des hommes d'action. Un jugement droit, un grand fond de bon sens, avec une connaissance suffisante des principes fondamentaux de la politique, des enseignements de la Religion, voilà

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en quoi consiste surtout la science du député; le reste n’est au’accessoire, et peut s’acquérir assez facilement. N'oubliez pas ce que nous avons dit en parlant des qualités requises dans les amis du peuple, qu'un homme pour mériter sa confiance doit être, d'esprit et de cœur, Canadien, ami dévoué de toutes les institutions des Canadiens-Français.

En autant que les circonstances le permettent, nous croyons qu'il est préférable pour vous de choisir vos députés, à la chambre et au conseil, dans le comté même que vous habitez. Nous ne prétendons pas insinuer que les comtés qui ont des membres venant du dehors et dont ils sont satisfaits doivent les renvoyer; nullement. Mais le cas se présentant, toutes choses égales d’ailleurs, la préférence devrait être donnée au candidat du comté. Il y a bien des raisons qui militent en faveur de cette préférence.

D'abord vous avez plus de chance de bien connaître et de bien apprécier un individu qui demeure au milieu de vous qu'un étranger ; en second lieu, c’est plus honorable pour un comté d’avoir chez soi un homme pour le représenter que d’être obligé d’aller le chercher ailleurs : en troisième lieu, c’est plus facile de communiquer pendant la vacance avec un membre qui

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réside dans le comté qu'il représente. Enfin un membre choisi dans le comté doit naturellement en connaître mieux les besoins et porter plus d'intérêt à la localité qu'il habite que ne le ferait un étranger.

Cependant pour mettre en pratique cette dernière suggestion, il ne faudrait sacrifier, en aucune manière, les qualités que doit avoir un député. Il ne faudrait pas envoyer en parlement ou au conseil une nullité pour dire qu’on ne va pas chercher des représentants ailleurs ; car il faut l'avouer, c’est un fait déplorable, il y à des comtés où il est à peu près impossible de trouver un homme qui réunisse toutes les qualités dont nous avons fait mention comme nécessaires, et surtout sous le rapport de l'instruction. Et cependant cette dernière qualification est indispensable ; elle donne à un député du crédit et de l'influence. Quand il s'agira des intérêts de votre comté, si vous avez là un homme sans aucune instruction, sans poids, sans crédit auprès de la chambre, vous n'obtiendrez rien. Nous l'avons déjà dit, ce n’est que, toutes chose égales d’ailleurs, que vous devez donner la préférence à un candidat de votre comté.

Dans les avis que nous vous adressons pour vous servir de direction dans le choix de vos

députés, nous croyons devoir faire nos efforts pour combactre un sophisme, détruire un préjugé funeste.

Depuis que l'honneur d’être député a cessé d'être une charge, qu'il est devenu un emploi lucratif, largement rétribué, il est aussi devenu un objet de convoitise. Le nombre des aspirants serait incroyable si la loi ne mettait certaine entrave qui est loin d'être du goût de ces derniers qui savent encore dans certains cas l’éluder. Tout en feignant le désintéressement, le désir de travailler au bonheur du peuple, ses e’nemis viennent lui dire : “ Pourquoi cette qualification exigée par la loi pour se porter candidat ? pourquoi la confection des lois et le gouvernement du pays sont-ils confiés et restreins à une classe privilégiée d’individus ? mais quoi ! parce qu'un homme est pauvre, est-ce qu'il ne peut pas aimer son pays et lui être fidèle ; travailler à son avancement aussi bien que le riche ? parce qu'un homme est pauvre, s’en suit:il qu'il ne peut avoir de talents, de probité, qu'il ne peut s'acquitter dignement de son mandat? Ne voit-on pas que les lois faites par des riches seront toujours tout à la faveur des riches ?

Tout cela est spécieux, et ne manque pas de faire impression sur les classes auxquelles

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s'adressent ordinairement ces paroles, Cependant il suffit d’un peu de réflexion et de savoir pour se convaincre de la faus$eté de ces assertions, pour voir combien elles sont contraires aux principes admis par les plus éminents publicistes, contraires aux opinions des hommes qui ont fait des études spéciales sur ces matières. Nous nous obstenons ici de faires des citations, vu que les noms des auteurs dont il serait question ne sont guère connus de ceux à qui nous nous adressons.

Voici quelques-unes des raisons qu’on peut apporter à l'appui de l'opinion qui veut qu’on choisisse pour députés, conseillers, etc., etc., des hommes non-seulement qualifiés selon que l'exige la loi, mais encore qui possèdent une certaine fortune.

D'abord on 2 raison de croire que celui qui a déjà largement de quoi vivre, n’est pas animé à se mettre sur les rangs des candidats par un motif d'intérêt, par l’appas du gain. Caril ne faut pas se dissimuler la chose, aujourd’hui quelques-uns font de la charge de membre du parlement un moyen de subsistance. Nix cents piastres pour trois mois et le reste de l’année à soi, ce n’est pas mal. Non pas que nous prétendions que ceux qui travaillent pour le public n’ajent droit à aucune rétribution ; qu'un hom-

me doive quitter ses occupations, sa famiile, aller passer trois mois au siége du gouvernement et ne rien réclamer en retour des sacrifices qu'il Jui faut faire et des services qu'il rend. Notre but est uniquement de faire voir combien moins de chance vous avez de trouver de l'indépendance chez un homme qui fait de son salaire un moyen de subsistance, qui doit peut être son élection à l'influence d’un coliègue, que chez l’homme riche, qui pourrait facilement se passer de la rétribution accordée aux membres.

En second lieu nn homme riche, dont la fortune est faite, est plus dégagé de tout sujet de distraction ; il peut se livrer plus entièrement aux intérêts du public. fl est difficile de servir deux causes avec une égale énergie, un égal dévouement ; et il est rare qu'on ne fasse pas passer son intérêt personnel et particulier avant l'intérêt général.

Troisième considération : la charge de député consiste à surveiller les intérêts du peuple, il est en quelque sorte gardien du trésor public. Or, vous connaissez le proverbe qui dit: que celui qui n’a jamais rien gagné, ne sait rien conserver. Vous voyez rarement un enfant qui ne s'est jamais livré au travail, qui n’a jamais rien acquis, savoir conserver un héritage que lui laisse son père. En général il ne sait que

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dissiper follement un bien qui, presque toujours, a coûté bien des sueurs. La plupart de ceux qui crient contre la qualification sont des gens qui ont fait un coupable abus 4e la fortune, ou qui n'ont jamais eu le courage ou le talent de rien gagner ; qui, au lieu de travailler pour se faire un avenir, perdant leur temps à ce que vous appelez faire de la politique, ce qui veut dire en langage plus clair, exploiter le peuple.

Or, voudriez-vous confier vos deniers à des hommes qui n’ont rien ? qui ne savent pas ce que coûte la propriété ? qui n’aspirent aux charges publiques que pour se faire un moyen de subsistance ? Mais pour ces gens, il y va de la vie, et vous savez que quand il s’agit de la vie, on ne trouve personne de bien désintéressé. On a donc tout lieu de croire que ces braves gens s’occuperaient fort peu des intérêts de leurs constituants, et beaucoup des leurs ; que si l’on proposait d'élever le salaire des membres à dix piastres par jour, il n’est guère probable qu'ils y fussent opposés.

En vertu de ce même principe, qu'un homme n’est pas ennemi de ses propres intérêts, on a tout à gagner d’un membre qui possède des biens fonds. Il sera toujours en faveur d’une législature favorable à la propriété, tendant à la protéger, et toujours opposé à un système de

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taxation qui écraserait les propriétaires—système toujours plus ruineux pour les petits propriétaires.

Traçons maintenant quelques règles à suivre dans le temps où l’on prépare les élections.

Alors vous voyez une foule d'orateurs se mettre en campagne pour faire de la propagande.

Chaque candidat, dans les paroisses où il ne se peut trouver, est remplacé par un pänégyriste chargé d’exalter son mérite, et de publier ses louanges. D'abord je voudrais que, dans ces circonstances, l’urbanité et la politesse, qui sont vertus caractéristiques chez nos Canadiens, ne se démentissent pas. Que l’on donne à chacun l'avantage de faire entendre ses raisons. Que si l’on ne veut pas avoir égard à ce que dit l’orateur, il est facile de se retirer, tandis qu'il est très injuste et très impoli d'empêcher ceux qui diffèrent d'opinion

avec vous d'entendre un discours qu'ils ap-

prouvent.

Les discours quise prononcent ainsi pour préparer les élections sont souvent le sujet de scènes regrettables ; il est doné à propos que le peuple soit en garde contre le danger de se laisser aller à des excès qu'il ne manque jamais de déplorer après coup. Nous n'avons pas la moindreintention de blesser ceux quise vouent à la pénible carrière de gagner des suffrages

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