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aux candidats. Cependant c'est un devoir pour
nous de faire connaître à nos compatriotes le
danger qu’il y a dans leurs moyens de propa-
gande. Voici donc comment les choses se passent.
Vous savez que dans le temps des élections, une espèce de vertige s'empare des peuples.
Les plus calmes, les plus indolents sortent de leur torpeur pour ces jours là; tous sont déjà sous l’influence d’une grande excitation avant même d'entendre aucun discours. Mais voilà qu'arrive un orateur, non pas pour s'adresser avec calme à la raison, pour développer froidement sa thèse en votre présence, il sait qu'il n’atteindra jamais son but par ce moyen-là ; il vient pour faire effet, pour remuer les masses ; 1l faut qu’il enlève la pièce ou qu’il échoue, il n’y a pas de milieu. Il négligera donc de procéder par voie de raisonnement pour remuer les passions, persuadé que ce moyen lui offre beaucoup plus de chances de succès.
Ce ne sera certainement pas faire injure à ces messieurs de dire que, dans la chaleur de leurs discours, la pensée parfois revet une expression un peu trop vigoureuse, que les appréciations de caractères présentent des tableaux un peu trop chargés, que presque toujours la louange, d’un côté, est prodiguée sans réserve,
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tandis que de l’autre le blâme ne connaît point de limites. On exalte outre mesure un candidat pour faire de l’autre une bête noire. Mais tout cela, dit-on, ce ne sont que des tours oratoires, des figures de rhétorique. Très bien; mais notre bon peuple, lui, ne connait guère les tours oratoires, non plus que les figures de rhétorique, il prend les mots pour ce qu'ils disent, et agit en conséquence. En vous entendant, il se passionne pour un personnage qui parfois est loin d’être aimable tandis que son indignation pour un adversaire que vous avez mis aussi noir que l'encre, ne pouvant plus se contenir, se traduit chez lui par des argunrents qui ne sont guère de mise chez un peuple civilisé, à
Que de tristes exemples nous pourrions citer. Sans remonter si haut, dans les dernières élections nous avons vu le père et le fils, discutant sur les mots bleu et rouge, en venir à un tel point d’aveugle colère, qu'ils se prirent à la gorge, se terrassant comme des êtres privés de raison, en proférant des paroles dont ils auraient eu horreur dans toute autre circonstance. Tant il est vrai qu'une espèce de folie s'empare alors Ce presque tous les esprits et qu'à propos de niaiïserie, on est disposé à se compromettre de la manière la plus déplorable.
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La nouvelle loi des élections devra, nous l’espérons, remédier à bien des abus. Aussi plusieurs se réjouissent d'avance et disent que désormais la fraude sera impossible, que l’on ne pourra plus corrompre les électeurs, que les auberges devront être fermées durant les jours de poll, que l’on ne verra plus les excès d’ivrognerie qui trainaient à leur suite de si graves désordres.
Nous voudrions que tels fussent les effets de cette loi, nous formons des vœux pour.qu'elle atteigne ce but si désirable. Cependant n'oublions pas que la loi, pour qu'elle produise tout sont effet, ne doit pas seulement être écrite sur le papier, mais qu’elle doit encore être gravée dans les cœurs. Ni ceux qui doivent obéir à la loi civile ne sont pas convaincus de l'obligation qui lie la conscience, s'ils ne reconnaissent pas une loi supérieure à celle de l’état, ils trouveront toujours ou presque toujours le moyen de se soustraire à l’action de la loi civile.
Il importe donc beaucoup, tout en faisant des lois sévères, d'élever chez les peuples le sens moral. Vous devez éviter les désordres qui souillent nos élections moins pour éloigner de vous les châtiments par lesquels ces désordres sont punis que par un sentiment d'honneur national et surtout par un sentiment de probité
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et de religion. Ne soyez pas surpris si nous eutrons ici dans des détails qui pourraient vous paraître minutieux ; car les élections laissent nos populations dans un tel état de démoralisation, qu'en vérité, il suffit d’avoir un peu de clairvoyance pour voir que les conséquences devront être des plus funestes, si l’on n'apporte un prompt remède au mal qui a déjà fait des plaies si profondes à notre société.
Nous ne prétendons pas avoir l'air de pré.
cher : énvisageant la question sous un point de vue purement humain, nous soutenons que certain de ces désordres devra amener pour le peuple le régime du despotisme. Ce désordre est la corruption dont font usage les candidats et la cupidité qui porte un nombre, malheureusement trop grand d’électeurs à vendre leurs suffrages. Par là on détruit d’un seul coup la fin des élections; elles cessent de réunir au sein de la législature des hommes qui représentent lesintérêts populaires; cette chambre n’est plus l'expression de l'opinion de la majorité des électeurs. Voilà déjà une conséquence tellement désastreuse pour le pays, qu’elle seule devrait suffire pour faire comprendre combien cette conduite est répréhensible,
Comment un électeur qui a vendu son vote peut-il se plaindre de son mandataire ? Pent:il
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lui dire : ‘“ Je vous ai donné mon suffrage, en retour vous devez surveiller mes intérêts.” Mais nullement, il est tout payé ; en retour de son suffrage, il a reçu de l'argent, il ne peut plus rien réclamer. 1l a tout vendu ou plutôt tout sacrifié ; et remarquez que ce tyafic honteux prend ici des proportions effrayantes ; qu'il fait peser sur son auteur une terrible responsabilité. Le voteur vénal compromet non-seulement ses intérêts particuliers, mais encore ceux de sa famille, de ses compatriotes, de toutes les ins-
titutions de son pays et même les intérêts sa-
crés de la religion. En votant contre sa conscience, sacrifiant ses intérêts les plus chers pour une misérable pièce d'argent, il se rend coupable d’une grande faute envers ses compatriotes sans compter l’injure qu'il fait à Dieu. D'un autre côté, il y a quelque chose de bien bas dans ce trafic d’un citoyen, qui consent à immoler tout ce qu’un peuple doit avoir de plus sacré, et l’on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment bien pénible, quand on voit un Canadien se dégrader ainsi.
Nous avons dit que ce désordre, si l’on n’y remédiait, devait amener tôt ou tard le régime du despotisme. Ceci découle des principes qu'enseigne un illustre docteur de l'Eglise, St. Augustin, Ils 'exphiqne.d'uge manière tout à
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fait explicite sur ce sujet. Voici ce qu'il dit : * Si un peuple devient tellement corrrompu, que ses citoyens préfèrent leur intérêt per- *sonnel à l'intérêt public, s'ils vendent leurs votes,
si, Corrompus par des hommes ambitieux, 1ls
; confient le Souvernement de l'état à des hommes aussi criminels et aussi corrompus qu'eux-mêmes, n'est-il pas vrai que, dans ce
| cas, s’il se trouve chez ce peuple un homme
intègre et ayant assez de pouvoir pour cela,
il fera bien d'enlever à ce peuple le pou-
voir de donner son suffrage, et de le concen-
trer dans les mains d'hommes honorables, ou
même dans les mains d’un seul. Indubitablement,” répond:il.
Cette doctrine, d’ailleurs, est toute simple,
| tout à fait conforme à la raison. Quand un
| home abuse d'un bien, il mérite d’en être
privé ; ce principe doit s'appliquer à plus forte
raison à wi: peuple qui, par l’abus qu’il fait de
son pr'vilège de voter, compromet les intérêts:
d'au plus wriud nombre.
C'est en vain que vous objecterez qu'un | peuple est libre de se conduire comme il l’en- NL tend, que s'il veut sacrifier ses intérêts, il est | libre de le faire, que c’est de son propre bien dont il dispose. Cette doctrine est fausse. La société n’a pas le droit de se suicider ; le pou-
voir est établi pour la protéger. Il doit lui laisser toute la liberté du bien ; mais si dans un moment de vertige cette société foule aux pieds ses intérêts, et que le pouvoir soit assez fort, il doit lui retirer les priviléges qu’il lui avait accordés et dont elle abuse pour sa propre perte.
Après avoir éludé la loi, avoir honteusement trafiqué les intérêts de son pays, il arrive quelques fois qu’on vient mettre le sceau à toutes c2s indignités par un parjure.' Nous ne pouvons pas nous persuader que le mal ait pris chez nous une extension bien considérable, grâce aux principes religieux, qui ont jeté de profondes racines dans la conscience publique. Un mal de cette nature ne peut envahir, chez nous, qu'une classe assez limitée d'individus, et ce n’est que quand on aura arraché aux Canadiens leurs convictions religieuses, qu'on réussira à leur faire fouler aux pieds la sainteté du serment.
Cependant il n’en est 18 moins vrai de dire que cette infamie du parjure ne semble plus inspirer l'horreur qu’on ävait eue jusqu’à présent pour elle ; il arrive quelques fois que, dans un temps d'élection, on entend dire : “ Un tel s’est parjuré.” Ce fait, si pénible à enregistrer, doit réveiller l'attention de tous les amis de
l'ordre, de tous ceux pour quil’honneur national
est encore cequ'il yade plus précieux et de plus cher. Car qu'est-ce qui doit faire la gloire du Canadien-Français ? qu'est-ce qui l'élève dans l'opinion de l'étranger qui visite ce pays ? En l'absence de beaucoup d’autres qu’il ne possède qu'à un degré peut-être inférieur, une chose, une seule chose le relève dans l'estime de tout ce qu'il y a de plus respectable, mais cette chose, il la possède à un degré éminent : c’est le sens moral. Et, certes, rien au monde, ni les richesses, ni la science, ni aucune qualité ne peuvent remplacer cette moralité, qui fait le véritable citoyen seul digne de ce nom, et qui assure à une société, quand ses membres la possèdent, une existence de gloire et de paix.
La législature a montré un excellent esprit, en adoptant des mesures pour éloigner l’écueil qui pouvait devenir si funeste au peuple ; unissons nos efforts à ceux de nos gouvernants ; allons plus loin encore, adressons-nous aux consciences, à l'honneur, au sentiment national ; adressons-nous à l'opinion publique, pour que celle-ci flétrisse à tout jamais un acte aussi vil, aussi diffamant qne le parjure. :
Autre désordre à éviter dans le temps des élections, l’ivrognerie. On ne saurait se dissimuler que ce vice détestable a fait de nouveau sa hideuse apparition au milieu du peujie
canadien, et qu’il menace d'y causer des ravages affreux. Eh bien, c’est un fait quon ne saurait nier, que ce retour de l’intempérance s'est effectué surtout dans les temps d'élections. On dirait que c'est un temps où tous les désordres se donnent rendez-vous. Combien d'individus, à notre connaissance et à la vôtre, qui avaient été affreusement a dennés aux excès de la boisson, et qui, après avoir persévéré dans l’abstinence de ce poison mortel pendant bien des années, ont recommencé à boire dans un temps d'élections? Combien pour qui ces jours malheureux ont été l’occasion d’une chute qui en a entraîné bien d’autres, et dont ils ne se relèveront peut-être jamais ?
Quelle cruauté de la part de ceux qui ont re. cours à la boisson pour démoraliser un homme, pour lui arracher son suffrage et l’exposer par là à se parjurer! D'vn autre côté, quelle puissance de perversion se trouve dans la boisson, puisque par elle on fait faire à un homme des actions dont il aurait horreur hors le temps d'ivresse, mais des actions qui sqnt une tache sur son existence et qu'il devra toujours déplorer !
Maintenant si nous considérons tous lesmaux que l'ivrognerie traîne à sa suite, les peines et les afilictions dans lesquelles elle plonge les
familles, la honte et le déshonneur qu'elle fait rejaillir sur elles, les crimes énormes qu’elle fait commettre, on comprendra combien il importe d’être sur ses gardes dans le temps des élections ? on comprendra pourquoi, tant de personnes honnètes redoutent ces jours malheureux et déplorent l’affreuse démoralisation dont ils sont toujours suivis.
Mais, dit-on, le danger n'existe plus ; les jours de votation les auberges devront être fermées, d’après la nouvelle loi. Mais ne boiton que dans les auberges ? Nous ne connaissons pas cette loi nouvelle, oblige-t-elle tous les vendeurs de boissons, sans exception, les marchands qui ont des licences pour en vendre par grandes mesures, à fermer ces jours-là leurs boutiques ? D'ailleurs, les lois, sévères tant que vous le voudrez, ne suffisent pas pour arréter ce désorde, 1l faut quelque chose de plus, mes amis; il faut, dans la conscience publique et particulière, ce sens moral dont nous vous avons tant parlé, que nous essayons de réveiller, de raviver chez nos compatriotes, et que vos ennemis ont tant à cœur d’éteindre en vous, pour ensuite vous conduire à la honte, à tout espece de désordre ; pour vous abrutir afin de pouvoir mieux ensuite se partager vos dépouilles.
La nation a déjà essuyé bien des mépris par suite de l’ivrognerie. Nous nous rappelons que, dans notre jeunesse, on rapportait un jour qu'un étranger à notre race se vantait de pouvoir se faire suivre par les Canadiens-Français avec un linge imbibé de boisson ; qu'un candidat avait dit qu’il n'aurait qu'à répandre du whiskey sur le seuil de sa porte et que les Canadiens Jraient le lécher. Notre orgueii retional fut terriblement froissé en entendant ces paroles, nous ne pouvions y ajouter foi. Depuis, nous avons eu plus d’une fois à subir cette humiliation, de voir nos compatriotes cacrifier leur honneur national pour quelques verres de boisson. Or, mes amis, ioutes les lois du monde sont impuissantes à faire conserver ou racheter à un peuple son honneur national ; l'impulsion pour cela doit venir d’une source plus élevée ; ce sentiment ne se trouve qu’au sein d'une
société qui possède à un haut degré le sens moral.
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