LE PEUPLE ET LE JOURNAL
Jaclination du peuple pour la lecture. —=Il ne lit guere que les journaux. — Importance de bien choisir son Journal. — Puissance extraordinaire de la presse. — Influence d’une mauvaise presse encore plus préjudiciable pour une jeune société. —On adopte pres. qu'invariablement les principes du journal qu’on hit assidument.—Mauvais journal toujours funeste à la Jeunesse, — Le journal immoral, impie, révolutionnaire.— La lecture du journal n’est pas la plus utile qu'on peut faire. — Avant d’encourager un journal, en connaître l'esprit et les principes. — Exemple de la lecture du mauvais journal. — Difficulté de reve. nr quand l'esprit a été faussé par les mauvaises lectures.
Il n’est peut-être pas d'invention dont les résultats fussent susceptibles de conférer plus d'avantages à l'humanité que l’art de l'imprimerie, à l’aide de laquelle les hommes multiplient avec une étonnante rapidité, et presqu'à l'infini, les productions du génie, et se commu-
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niquent réciproquement leurs connaissances.
Mais d’un autre côté, si la vérité trouve dans cette invention un véhicule pour se communiquer avec profusion à toutes les intelligences, l'erreur à son tour trouve en elle une arme formidable pour le combatte. L'abus de la presse est sans contredit un des plus grands fléaux de notre époque.
Les sciences, dans ce siècle, marchent à gr-nds pas, et font incontestablement du progrès ; 11 y a chez nous un mouvement marqué vers les lettres et l’on veut à tout prix faire participer toutes les classes de la société au bienfait de l'instruction ; de là l'ardeur du peuple
pour la lecture. Et où celui-ci puise-t-11 son
instruction ? Dans les productions légères, les feuilles périodiques, les journaux.
IL est onc de la plus grande importance que l'on choisisse bien son journal ; cet avis surtout s'adresse à ceux pour qui nous écrivons. Celui qui a fait de fortes études, qui en politique a des principes sains et solidement appuyés, qui peut distinguer le vrai du faux, celui-là peut avec moins de danger ou même sans danger lire des journaux dont les principes sont opposés à la vérité. Mais celui qui sait lire tout au plus, qui ne connaît d’autres livres que ceux
dont il se servait aux écoles, qui ne connaît de Ja politique que le nom, et qui commence son éducation dans un journal, croyant que tout ce qui s’imprime ne peut être que la vérité, celuilà, disons-nous, est en grand danger de prendre des idées fausses dont il ne se débarrassera pas aussi facilement qu'on pourrait le croire.
Les doctrines sont l'aliment de l'intelligence. Dans l’homme il faut distinguer deux être distincts, l’un physique, l’autre moral. Le premier se développe avec les années et à l’aide d’une nourriture saine, abondante. Le second se nourrit de doctrines, et sa vie est d'autant plus calme, honnête, heureuse que cette nourriture est plus saine, plus rapprochée de la vérité. De là l'importance pour les parents de former l'esprit et le cœur de leurs enfants, de leur donner une instruction solide, une con:naissance suffisante des vérités qu’enseigne la religion ; car c’est là le fondement de l’éducation de l’homme. Mais il ne faut pas s’écarter de cette voie ; cette instruction, si on la poursuit, doit l'être toujours d’après les mêmes principes ; car si le reste de l'édifice ne correspond pas aux fondations, il croulera entraînant avec lui jusqu’à la dernière pierre et ne laissera que des ruines.
C'est pourquoi nous disions que la classe à
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Jaquelle nous nous adressons, après l’instruc. tion reçue dans l'enfance, à part l'instruction religieuse qu'elle reçoit à l’église, n’ayant d’autre source de science que le journal, il importe qu'elle ne lise pas indifféremment toutes les feuilles qui lui sont offertes, mais qu’elle fasse le choix avec soin ; car il y va de la vie intellectuelle. Les mauvaises doctrines peuvent faire des ravages incroyables dans son esprit, effacer en elle jusq'aux derniers vestiges de la vérité; or privée de cet aliment qui lui est propre, l'intelligence finit par languir et s’éteindre complètement, abandonnant ainsi l'homme aux seuls instincts de la nature.
Voici comment s'exprime un auteur des plus recommandables sur cette puissance de la presse :
“ Dans l'immense carrière du mal, l’action de la presse est sans limites de temps, ni de lieu ; elle parle partout, à toute heure et dans tous les temps ; elle parle à toutes les passions, et toutes les passions lui répondent ; elle parle sans être contredite, car ceux qui lisent les mauvais journaux, ne lisent pasles bons, et elle fait du mal sous toutes les formes, dans des livres sous tous les formats. Les journaux lus comme ils sont composés, sans réflexion, avec précipitation, lus et composés comme une tâche
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journalière qui doit paraître tous les jours à heure fixe, sous le format toujours rempli, tuent toutes les habitudes graves et sérieuses de l'esprit qui ne peut s'arrêter à rien et s'use à recevoir des impressions si fugitives, continuellement effacées par cette succession rapide de raisonnements contradictoires, de faits incertains, de conjectures hasardées, avancées un jour, démenties un autre, qui peuvent amuser un moment le gens oisifs, mais n'offrent aucune instruction solide aux hommes sensés.” “ L'homme qui ne lit jamais un journal, écrivait un président des Etats-Unis, est plus instruit que celui quien lit, puisque celui qui ne sait rien est plus près de la vérité que celui dont l’esprit est rempli de mensonges et d’erreurs.” Représentons nous cet agent puissant qui a, à sa disposition, tant de ressources, représentons nous le à l’œuvre. Un homme, un seul homme émet sur le papier un principe faux, pernicieux, il écrit une erreur, une calomnie atroce ; aussitôt ce faux principe, cette erreur, cette calomnie sont reproduits à des milliers d'exemplaires ; voyez ces bateaux à vapeur, ces locomotives portant, avec la rapidité de lé.
clair, ce poison qui tue l'honneur et l’intelligence ; bientôt tout le pays en sera couvert.
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Le mal se fait sans bruit, sans éclat. Vous ne voyez pas d'armée sur pied, vous n’entendez pas le bruit des armes, le canon ne résonne pas à vos oreilles, le mal pour cela n’en est pas moindre, les plaies qu’il fait n'en sont pas moins profondes, pas moins mortelles. Voilà cependant ce que l’on ne veut pas comprendre; parce qué les yeux du corps n’ont pas à contempler une scène sanglante et meurtrière, on se rassure ; comme si le mal dans l’ordre moral et intellectuel n’était pas, pour le moins, aussi redoutable que le mal dans l’ordre physique.
Dans un pays encore jeune, comme le nôtre, les effets d’une mauvaise presse sont encore plus pernicieux qu’au sein d’une vieille société. En voici la raison : Une société encore jeune est susceptible de plus vives impressions ; sa politique est encore vague, les partis y sont moins distincts, moins marqués; les intelligences, chez elle, sont moins perverties.
Au contraire, dans les vieilles sociétés d'Euro. pe, les partis sont plus distincts; ceux qui ont conservé leurs bons principes l’ont fait au prix de si grands sacrifices, de si rudes combats, qu'ils ne s’en départissent pas facilement.
Mais chez nous, le combat entre les bons et les mauvais principe, ne fait que commencer ;
les partis ne sont pas encore bien dessinés ; la fermeté avec laquelle plusieurs semblent marcher dans la voie droite n’a pas encore été mise à l'épreuve ; les assertions hardies frappent les imaginations ; les doctrines nouvelles piquent la curiosité, et cette bonne foi qui n’a jamais été éprouvée devient facilement la victime de son défaut de méfiance.
En un mot, au sein des vieilles sociétés, la perversion desintelligences étant presque générale, la mauvaise presse ne peut guère faire de mal, du moins à ceux qui ont abandonné le sentier de la vérité; leur corruption est telle qu'elle ne peut rien leur apprendre ; ils l’ont poussée jusqu à ses dernières limites. Quand à ceux qui ont conservé les bons principes, et ce ne sont que quelques rares exceptions, ils y sont fidèlement attachés et rien ne peut les ébranlr:.
Chez nous, c’est l'inverse ; les partisans de l'erreur ne sont qu'en petit nombre et la vérité peutencore recouvrer son empire sur leur esprit. L’immense majorité de la population est encore bonne, mais elle n’est pas en général affermie dans le bien; elle n’est pas assez éclairée, ses bons principes sont un héritage dont elle ne connaît pas le prix et qu’elle peut sacrifier par