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ignorance, ou par le désir d'essayer de nouvelles doctrines.
On dit souvent : je sais que certaines feuilles professent des principes condamnables ; aussi je ne les reçois pas à cause de leurs principes que je suis loin d'approuver ; mais enfin, il est bon de voir le pour et le contre ; car qui n'entend qu'une partie n'entend rien. D'ailleurs, il n’existe aucun danger pour moi à lire ces journaux; je ne suis pas d£ ces esprits faibles qui se laissent facilement ébranler dans leurs convictions. Je ne forme pas mes opinions, en politique, sur les discours ou les écrits de tels ou
tels ; je suis plus indépendant que cela, et je
ne m'en rapporte qu à moi-même.
Rien de plus commun que ce language et cependant rien de plus faux. L’expérience prouve que, dans le domaine de la politique comme dans celui de toutes les sciences, il n’y a qu’un très petit nombre d’intelligences d'élite qui frayent le chemin, les autres vont à la remorque. Or, ne l'oublions pas, il y a aussi des intelligences d'élite qui marchent dans le chemin de l’erreur. L’orgueil, l'amour propre froissé, les passions les y ont engagées et elles y marchent, trainant après elles leurs dupes et leurs victimes.
On sait d’ailleurs avec quelle facilité on prend
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les impressions et les idées de ceux avec qui on est en rapport. Quelque divergence qu'il y ait eue entre leurs principes et les nôtres, leurs idées et les nôtres, peu à peu on pense et on sent comme eux, surigut si l’on reconnait en eux des hommes qui nous sont supérieurs en talents et en science. Or,je vous le demande, quand un cultivateur ou un artisan reçoit un journal en qui il a pleine confiance, qu'il lit assidument, et qu'il lit uniquement, comment se défendra-t-il de penser et de parler comme son journal ét d'agir en conséquence ?
Vous voulez, dites-vous, connaître le pour et le contre. Vous ne pouvez entendre par là la discussion ‘le graves questions historiques ou politiques controversées ; ce n’est pas dans notre presse qu'on rencontre ces savantes dissertations; d’un autre côté elles ne font pas le sujet de vos études. Tout se réduit donc aux mesquines et insignifiantes chicanes de partis.
Or croyez-vous qu'après avoir lu et relu les repliques de part et d'autre vous y verrez plus clair ? croyez-vous que vous distimguerez la vérité de l'erreur ? Et d’ailleurs qu'importe dans ces vaines disputes le pour et le contre, si vous puisez en même temps que vous les étudiez le poison de l’immoralité, de l'irreligion, des fausses doctrines ! Il vous doit suffire de savoir que
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tel journal est mauvais pour vous en interdire à vous mêmes la lecture.
Si la lecture du mauvais ‘ournal est dangereuse, même à l’homme qui a acquis par l’âge une certaine expérience et qui se croit bien ferme dans ses principes, elle l’est bien davantage pour la jeunesse; de là la terrible responsabilité que prennent sur eux les parents quilui donnent accès dans leur maison. Vous savez avec quelle facilité on reçoit dans la jeunesse les premières impressions et combien ces impressions sont durables ; c'est au point que les préjugés même des premières années ne peuvent que tres difficilement être déracinés par la plus solide éducation. Il n’y a pas jusqu'aux folies dont notre jeune imagination a été remplie qui ne laissent en elle des vestiges que l’âge ne peut faire disparaître que bien difficilement.
Or, voici un jeune homme qui lit assidument un journal dans lequel toujours l'autorité est représentée comme tyrannique, la liberté comme ne devant être en rien restreinte ; où l’on exalte la raison humaine sans borne, comme la seule
‘règle de morale que l’homme doit suivre ; où
l'on prodigue à la religion les plus grossières insultes, ou bien dans lequel on n’affecte de ne jamais parler d'elle, ou bien encore où on la représente comme ennemie de la liberté, agissant
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de concert avec l'autorité séculière pour asservir les peuples; nous le demandons, quel effet produira sur ce jeune homme cette lecture dont il nourrit tous les jours son imagination et son intelligence, lecture qui flatte son amour propre, son orgueil et ses passions ? Il se laissera nécessairement et irrésistihlement entrainer dans la voie de l'erreur ; ces préjugés prendront d'énormes proportions et deviendront chez lui une conviction profonde.
Le remède du moins se trouve-t-il à coté du mal pour le combattre ? Nullement, puisque nous supposons le lecteur peu instruit, incapable, par conséquent, d'apprécier une réfutation. Car de même qu’il est infiniment plus facile de porter une accusatien que de se justilier, de même il est aussi bien plus facile de puiser le poison d’une mauvaise doctrine que de com:
prendre la force d’une réfutation. D'ailleurs le lecteur, fût-1l instruit, lisant les mauvais Journaux, il ne lira pas les bons, comme le remarque l’auteur que nous avons cité plus haut; d'un autre côté le retour aux idées saines est toujours très difficile.
Nous avons malheureusement quelques exem-
ples dans le pays de jeunes gens de talent qui auraient pu fournir une belle carrière, mais dont l'esprit a été gàté par les mauvaises lec-
tures, par les doctrines des philosophes imnpies et des incrédules. Ces jeunes gens, malgré leur instruction et leurs talents, n’ont pas pu
a échapper au naufrage : leur jugement a été De faussé de la manière la plus déplorable, au ide point qu'ils nous étonnent par les grossières ji absurdités qu’on leur entend débiter.
“ Laisser lire à vos enfants un mauvais journal ou un mauvais livre, c’est la plus grande cruauté que vous puissiez exercer contre eux,
L cruauté plus coupable, en quelque façon, que
ja si vous attentiez à leurs jours. Et certes, c’est
# là un crime qui vous fait horreur et que vous
ls êtes bien éloignés de vouloir commettre. Bien
4 au contraire, vous veillez avec tout le soin pos-
de sible sur tout ce qni a rapport à la santé corpo-
se relle de vosenfants; vous vous épuisez pour leur né procurer le vêtement et la rourriture; vous ne
n reculez devant aucun sacrifice pour leur laisser
ji en mourant un héritage, mais quoi! ne voyez
‘4 vous en eux que la vie animale ? que l'être ma-
: tériel ? le seul bonheur de l’homme consiste-t:il
re à être bien vêtu, bien logé et bien nourri ?
Vous seriez révoltés de voir un père donner
a à son enfant un aliment qui renfermât un poison |
ie mortel ; le poison que vous donnez à vosenfants if
dans le mauvais journal, tue leur intelligence, leur foi; tue les plus nobles aspirations de
l’âme et peut faire d'eux des monstres pour la soclété.
Nous avons eu un triste exemple de l’influence des mauvaises lectures dans ce jeune homme qui, il n’y à que quelques mois, a subi sur l’échafaud à Trois-Rivières la peine capitale. Coupable du crime atroce d’avoir tué sa propre mère, il n’a jamais donné la moindre marque de repentir. En face de la mort, il a refusé tout secours de la religion et a quitté la vie en blasphémani. Quelqu'un qui l'avait bien connu nous à appris, par les journaux, que ce malheureux était adonné aux mauvaises lectures.
Maintenant que nous vous avons fait connaître le danger de Ja lecture du mauvais journal, ses conséquences funestes, que nous vous avons convaincus de l'importance de le fuir, il est temps que nous signalions à votre circonspection cet ennemi peïfide, afin que vous puissiez mieux le reconnaitre et vous garantir contre ses traits envenimés. Or le journal peut être mauvais et dangereux sous un triple rapport, savoir: quand il est ennemi des bonnes mœurs, ou de la religion, ou de l’ordre social.
1°. Journal ennemi des bonnes mœurs. C’est celui qui préconise la volunté, qui blesse la
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pudeur, qui inspire l'amour des plaisirs sensuels, qui énerve ia vertu par des écrits lascifs et qui enfin porte dans le cœur de ses lecteurs la corruption, corruption qui se traduit presque toujours au dehors par d’infâmes débauches.
Voilà ou conduit la lecture du journal immoral.
Comment un homme d'honneur peut-il encourager de telles publications ? Comment un père chrétien peut-il les mettre entre les mains de ses enfants ? La pureté des mœurs, surtout dans nos campagnes, et qui n’est que la conséquence de la pureté de la foi que nous professons, de sa vivacité dans les cœurs, cette pureté de mœurs, dis-je, est caractéristique chez les Canadiens en même temps qu'elle doit être un sujet d’orgueil national.
Cependant ce trésor peut se perdre facilement; ce qui pourrait l’arracher au peuple, c'est la lecture des feuilles immorales ; le poison qu’elles contiennent s’infiltre dans le cœur facilement et insensiblement. Et une fois que la dépravation s’est introduite dans les mœurs, on voit se fermer pour le peuple la source de ses plus douces jouissances : le deuil et l’affliction viennent fondre sur les familles les plus respectables qui se voient déshonorées dans quelques uns de leurs membres; limmoralité se
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propage et fait tomber les plus belles nations dans l’opprobre et l’abrutissement,
11 faut bien ici rendre justice à la presse canadienne-française ; on n’a pas, en général, à se plaindre de son immoralité. Cependant elle n’est pas à l'abri de tout reproche; dans certaines circonstances nous avons vu avec peine des journaux souiller leurs colonnes par des feuilletons indignes de notre brave population, et que les parents ne pouvaient, sans de graves inconvénients et sans danger, mettre entre les mains de leurs enfants. de
Grardez-vous surtout des journaux français publiés aux Etat-Unis. Il y en a de bons, écrits dans un excellent esprit et dans lesquels on ne rencontre pas l'ombre de l’immoralité ; mais aussi, il y en a dont les colonnes sont remplies d’une dégoutante immoralité, et l’on fait tous ses efforts pour les introduire surtout dans les campagnes qui bordent la frontière des Etats-Unis. Avant de souscrire à ces feuiiles, assurez-vous bien que vous pourrez les lire et les faire lire à vos familles sans danger.
2°, Journal hostile à la Religion. Par feuilles hostiles à la Religion, nous n’entendons pas dire les feuilles protestantes, qui se donnent comme organes du protestantisme; celles-ci sont des ennemis ouverts que vous connaissez,
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que vous abhorrez et dont vous vous défiez, Il serait donc inutile de les signaler à votre attention. D'ailleurs elles sont écrites dans la langue anglaise et ne sont guère lues par les classes auxquelles nous nous adressons.
Une seule, dans le pays, se publie en français ; mais est tellement méprisable et tellement méprisée que son effet est nul; personne ne veut la lire. Les dupes qu'elle a pu faire, étaient depuis longtemps dignes d'aller grossir les rangs du protestantisme, ce réceptacle destiné à recevoir les immondices que le catholicisme ne peut retenir dans son sein et qui seraient pour lui un sujet de déshonneur.
Qui voyez-vous en effet parmi les Canadiens- Françaisse faire protestants ? Quelques hommes perdus de mœurs, qui veulent se livrer plus librement à la volupté; ou bien encore, parmi les cultivateurs, quelques misérables dupes, dominées par, la cupidité, qui veulent se débarrasser de la dîme. Or des hommes disposés à sacrifier leur foi pour les jouissances grossières de l’immoralité, ou pour quelques minots de grains, sont indignes du nom catholique ; l'Eglise ne perd rien en les perdant et elle gaone beaucoup.
Ce ne sont donc pas ces journaux qui travaillent ouvertement à vous faire renier Ja foi que