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nous voulons signaler ici à votre circonspection, et qui sont pour vous les plus dangereux. Non, il faut ici le dire à notre honte; le plus grand danger vient non pas du dehors, mais du dedans; de la part, non pas de ceux qui se déclarent ouvertement nos ennemis, mais de la part de ceux qui se prétendent et qui se disent nos amis; l’embüche nous est tendue par des gens qui se disent catholiques, tandis que dans leur cœur il ne désirent rien tant que l’anéantissement du catholicisme.
Parmi les feuilles hostiles au catholicismes, quelques-unes, comme nous l'avons déjà remarqué, affectent de ne jamais dire un mot de religion. Quand celle-ci se rattache à quelques grands évènements, elles gardent un silence absolu. On n’a pas le courage d’insulter ouvertement le catholicisme, de manifester devant le public l’aversion qu'on a pour lui. mais on tâche de le rendrenulautant que possible ; on affecte de ne pas même remarquer son existence. C'est-à-dire qu'on fait assez voir les dispositions dont on est animé à son égard en lui infligeant le plus humiliant des châtiments, le mépris. Ainsi, ne dites pas mes amis: “ mais ce journal n’est pas hostile à la Religion, il n'en dit jamais un mot de mal, il n’en parle jamais.” N’en point parler, c’est faire voir
qu'il ne l'aime pas, et que si jamais il lui prend fantaisie d'en parler, ce sera pour l’insulter et la combattre. Vous ne pouvez donc pas encourager un journal qui ne parle jamais de religion. Celle-ci jore un rôle trop important dans la société pour qu'on n’aie jamais occasion d'en faire mention.
Parmi les journaux, d’autres affectent les plus vifs sentiments d’admiration pour la Religion en général, professent beaucoup de reconnaissance pour le bien qu'elle a produit au sein de la société ; mais c’est pour micux dissimuler leur haine pour la reïigion catholique et la frapper ensuite avec plus d'avantage, sans courir le risqne d’être apyelés infidèles. Jamais il ne se déclarent franchement catholiques :
leur prétendue religion, au reste, est quelque chose d'assez vague qui met sur la même ligne le procestantisme et le catholicisme, l'erreur et la vérité.
D’autres se déclarent assez positivement catholiques, 1ls respectent, disent-ils, l'Eglise ; mais afin de nullifier son mfluence qui ne se trouve guère de leur goût, afin de faire de cette église une institution muette qui ne les gêne en rien, ils ont recours à un expédient ineffable, c'est de séparer le sacerdoce de la rehgion. Ils
aiment l'église, disent-1ls, mais ils déplorent
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les abus qui se renconirent chez elle. La religion, ajoutent-ils encore, remplirait bien mieux sa mission, exercerait d’une manière bien plus puissante sur la société sa salutaire influence, si ses ministres s’en tenaient au rôle qui leur convient, s'ils se contentaient de prier et d’expliquer aux fidèles l'Evangile ; mais par malheur ils dégradent, et avilissent la religion, en la faisant descendre des sphères élevées de l’enseignement divin dans l'arène politique.
Et qu'arrive-til? C’est qu'ils se dépouillent alors eux-mêmes de toute l'influence qu'ils devraient exercer sur les peuples.
Voici comment s’exprimen. certains journalistes, et vous avouerez qu'il leur faut une bonne dose de candeur ou de bonhomie pour croire qu'ils feront ainsi prendre le change à leur lecteurs. Il fardrait être aveugle, ou borgne au moins, pour ne pas voir à quoi se réduit leur profession de foi catholique, leur prétendu respect pour l'Eglise catholique.
D'autres enfin, non contents de se couvrir hypocritement du manteau de la religion, se font, d'eux-mêmes, les organes de la religion pour atteindre leurs buts dans la politique, tandis qu'ils la dégradent par leur conduite. Cette moquerie hypocritement sacrilége est peut-être ce qu'il y a dans la presse, de plus dangereux
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et de plus funeste. Car les peuples alors qui s'y laissent prendre, regardant le journal qu’ils lisent comme revêtu, pour enseigner, d’une autorité sacrée sont exposés à avaler la poison de l'erreur quand ils croient puiser à une source toute pure et toute sainte.
.3° Journal ennemi de l’ordre social et politique, c’est-à-dire, journal révolutionnaire. C’est aujourd'hui incontestablement le pins dangereux; c'est à l'aide de ce journal qu'on fait la guerre non-seulement à l’ordre social, mais encore à la religion. Essayer directement de pervertir les mœurs, attaquer directement les dogmes de l’église catholique, ce n’est pas aujourd’hui le moyen d’atteindre son but ; il faut faire un déiour, et c’est au moyen des révolutions, de la confusion et de l’anarchie dans lesquelles ont fait tomber les peuples qu'on réalise ses coupables desseins.
Voilà donc la grande plaie du jour, l'esprit révolutionnaire. Jamais on a publié autant de paradoxes sur la politique, sur le gouvernement des peuples, que depuis ces années dernières ; les fournaux en fourmillent. On a réussi à détruire complètement dans des sociétés presqu’entières les notions de droits et de devoirs réciproques entre les gouvernants et les gouvernés dont étaient imbues les sociétés du
moyen-âge et qui faisaient leur bonheur. Une foule d'écrivains sans mérite, plagiaires éhontés, copient les rêves les plus absurdes des philosophes du dernier siècle et viennent, avec un cynisme effrayant, offrir à leurs lecteurs ces réchauflés insignifiants. Les gens instruits en lèvent les épaules de dégoût, mais le peuple, pour qui ces doctrines sont nouvelles, n’y découvre pas de suite le poison qu’elles contiennent.
Il ne saurait donc trop se défier des journaux qui professent des doctrines soi-disant libérales. Sans doute qu'il n’est pas nécessaire de toujours souscrire servilement à tout ce que dit et
fait le pouvoir ; dans un gouvernement comme celui du Canada, une opposition est chose nécessaire, indispensable ; mais il y a loin de l'opposition telle que nous l’entendons et telle qu’elle doit être, aux doctrines subrersives de l'ordre social et qui conduisent aux révolutions.
Et cependant nous avonseu notre presse plus ou moins révolutionnaire ; nous avons subi l’humiliation de nous faire prêcher ces doctrines désastreuses par des hommes dont la société à l'étranger, dans l'intérêt de l’ordre, avait cru devoir se débarrasser; et ce qu'il y a de plus humiliant pour nous, c'est qu'il s’est trouvé, dans la jeunesse Canadienne, des nigauds pour
poursuivre la vile et malhonnête besogrne de
Une ces écrivassiers de bas étage. :{N hon- || s des Häâtons-nous cependant de le dire à notre honavec neur; malgré quelques pémbles défections, il y 'S ces a parmi la jeunesse canadienne, depuis ces ants en nées dernières, un retour marqué aux idées plus uple, saines. Nous constatons cet heureux changey dé- ment avec bonheur, nous en augurons pour la con- société canadienne une ère de prospérité et de ( paix. On a horreur de ce qui a été écrit autre- | | naux fois dans certain de nos journaux ; on regarde lu l rales. aujourd’hui, avec surprise et avec pitié, ces pa- 1 tou- ges tracées dans un temps de vertige, et qui 1 dit et | seront une tache indélibile sur notre journa- |! mme lisme. Leurs auteurs eux-mêmes en rougis- 4! » hié- sent à l'heure qu’il est—et certes! cela ne leur qh | de fait pas honte ; il n’y a rien que d’honorable de Mr telle désavouer et déplorer les écarts de la jeunesse. Hi he de Cependant, il ne faut pas se faire illusion ; |] FER malgré cet heureux retour de quelques esprits fl plus égarés par la fougue de la jeunesse, nous avons 1 Ê l'hu- encore des sujets de crainte. L’ennemi trouve fl due encore le moyen de faire entendre sa voix. Il {fl té à n'ose pas patier trop ouvertement, crier à {a 11 SR révolution, mais chez quelques uns, c'est le but 11}
vers lequel ils tendent. On n'ose pas prêcher la révolution chez soi, mais on l’approuve ail-
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leurs en attendant qu'on puisse la susciter dans le pays.
Est-il à propos, mes amis, de vous mettre en garde contre ce terrible fléau ? de vous deman:der ce que vous en pouvez attendre de bon * Vos prétendus amis vous le préchent comme un remède contre les maux plus ou moins imaginaires dont les sociétés se plaignent. La révolutior 1 rémède ! certes, c’est un remède pire et mille fois pire que le mal, un remède qui coûte bien du sang et bien des larmes, qui laisse après lui bien des ruines et bien des souvenirs douloureux, qui laisse après lui surtout
une épouvantable démoralisation chez les peuples qui y ont recours. La révolution un remède ! un bien! Mais le bien vient de Dieu, et peut-on, sans blasphèmer, attribuer à Dieu, la révolution avec toutes les abominations qui en ‘sont inséparables.
Non, mes amis, la révolution est un mal, un très grand mal, le plus grand de tous les maux. Dieu, comme vous le savez, n’est pas, ne peut pas être l’auteur du mal. 1] le laisse prévaloir quand il veut punir, et c'est ainsi que quand un peuple a attiré sur lui la colère du ciel, Dieu l’abandonne à l'esprit du vertige ; il déchaîne la révolution dans iaquelle ce peuple donne tête baissée ; et quand celui-ci a marché
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dans le sang, quand dans sa fureur aveugle il s'est livré à toutes les horreurs qui marquent ces jours néfastes, alors stupéfait il s'arrête, il contemple avec étonnement les ruines qu'il a faites, il avoue que la révolution ne produit que des fruits amers, et la seule récompense qu’il en recueille est de déplorer ses écarts et de recourir à un travail sérieux pour recon.
struire sa société. Ne soyez jamais assez imprudents, assez insensés pour faire par vousmêmes cette triste expérience ; assez de periples l'ont faite avant vous, pour que vous puissiez tirer profit de leur folie qu'ils ont payée si cher.
Nous ne voudrions portant pas ici nuire aux bons journaux, détourner le peuple de les lire. Le journalisme dans le pays est une carrière trop ingrate, trop mal rétribuée pour que nous en agissions ainsi ; cependant nous ne voulons pas manquer au devoir que nous nous sommes imposé de dire la vérité telle que nous la concevons.
Or, la lecture des journaux n’est certainement pas celle dont le peuple peut retirer le plusgrand avantage. Il ya une foule de livres qui lui seraient plus profitables parceque, outre qu’ils sont écrits le plus souvent par des hommes émi: nents, il est à remarquer qu'un livre est toujours composé avec plus de réflexion que ne l’est le
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journal ; on y donne tout le temps nécessaire. Mais dans un pays comme le nôtre, où, le plus souvent, un seul homme est chargé de la conduite entière d'un journal, obligé deux ou trois fois la semaine de fournir son contingent à la presse, on ne peut pas attendre de lui, quelques talents et quelque bonne volonté qu'on lui reconnaisse, qu'il mürisse ses écrits et qu'il leur donne tout le soin désirable, qu'il ait le courage d'entreprendre un travail sérieux. Et cependant, il n’en faut pas douter, cette réflexion et cette longue application sont indispensables pour écrire, non seule nent pour la classe instruite, mais encore pour le peuple. Pour qu'un écrit soit substantiel, quelque dénué d’ornements et d'élégance que vous le supposiez, il faut lui consacrer de la réflexion, du temps et du travail.
S'il est donc si difficile pour un homme de talent, de science et de bons principes de rédiger un journal de manière à le rendre profitable et avantageux à ses lecteurs, que pouvez-vous attendre d’un homme sans talent, dont Le jugement est faussé par les mauvaises doctrines, qui n'a jamais nourri son intelligence que de sophismes et d'erreurs, qui du reste n’a aucune bonne foi, et qui, se prévalant de la liberté de
Ja presse, de l'absence de toute censure légale,
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écrit tont ce qui lui passe par la tête ? Evidemment rien de bon et beaucoup de mal.
Il est donc important pour vous, avant d’encourager une feuille, de connaitre l’espni, les dispositions et la compétence de celui qui la rédige. Sans cette précaution, aveugles, vous courez le danger de vous faire conduire par un aveugle ou par un homme qui, voyant clair, veut vous faire tomber dans le précipice.
Combien de fois n'avons nous pas été choqué de voir de véritables enfants, sans instruction et sans principes, se faire les éducateurs et les docteurs du peuple, diriger un journal dans leqr'el ils débitaient tous les rèves qui leur passaient par la téte, aborder les questions les plus ardues et les trancher avec un aplomb de maitre, et ensuite être lus par de bonnes gens qui prenaient tout ce galimatias pour mots d'évangile, parceque c'était écrit dans la gazelte.
Qu'il est pénible de voir des vieillards, des hommes pleins de bons sens et d'expérience, aller ainsi ingénument prendre des leçons de jeunes écervelés, qui ne peuvent rien leur apprendre, mais bien fausser les notions vraies qu'ils avaient sur une foule de questions ! Qu'il est pénible de voir des citoyens respectables, aux mœurs sévères, aux idées saines, pervertis ou ébranlés par la lecture des mauvais jour-
naux! Nous nous rappelons ici un exemple que nous allons citer. |
Dans une paroisse qui s'était toujours distinguée par les bonnes dispositions de ses habitants se trouvait un mauvais garnement, un homme perdu de mœurs, adonné à tous les vices à la fois, qui faisait le mal, non par entrainement, par faiblesse ou par passion, mais par pure malice, pour le seul plaisir de faire le mal.
Aussi, dansisa haine satanique pour tout ce qu'il y avait d’honnète, essayait.il, par tous les moyens possibles, d’entrainer les autres dans les vices auxquels il était lui-même abandonné. Rien pour cela n’était épargné; la calomnie, la diffamation, l’impiété limmoralité, tout était mis en jeu.
Le succès cependant ne répondait pas à son attente, ses vices perçaient et ôtaient du crédit à ses paroles. Eh bien, ce que lui n'avait pu faire, le mauvais journal le fera. Car, voyezvous, le mauvais journal ne peut pas effrayer par ces vices, c’est un ennemi dont on ne connaît pas la perversité ; sa doctrine seule pourrait le compromettre et révolter le lecteur ; mais il a soin de dorer la pillule, de cacher le poison qu'il ädministre à ses victimes.
Notre individu va donc à Montréal trouver le rédacteur de la feuille la plus impie, la plus mensongère, la pius excentrique qui ait jamais déshonoré la presse canadienne-française, et Jui dit : “ Adressez votre feuille à tels et tels, s’il ne paient pas leur abonnement, je le paieral, moi. Continuez, monsieur le rédacteur, votre œuvre; ilest bon que toutes les turpitudes d'une certaine classe soient connues du public.” On reçoit le journal, on le lit, on ne sait que penser ; on voit là les assertions les plus hardies, etces bonnes gens de se dire : “ Mais si cela n’était pas vrai, comment cet homme ôserait-il athirmer ces chose aussi carrément ?” Eh bien ! ces citoyens honnèûtes, respectables, furent ébranlés dans leurs principes par cette funeste lecture qui commençait à avoir un certain attrait pour eux; bientôt ils donnèrent dans des travers déplorables, entretinrent des idées plus où moins détestables, en un motils eurent pendant un temps les yeux fascinés, sauf à revenir plus tard, à déplorer leurs écarts et le danger auquel ils avaient été exposés de se pervertir sans retour.
Maïs par bonheur le nuage qui avait obscurci un instant leur intelligence se dissipa, et ces bonues œens n’en pouvaient croire au vertige qui les avait égarés un instant. [ls ne pouvaient
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se persuader comment des mensonges aussi peu vraisemblables avaient eu aussi facilement entrée dans leur esprit, comment, en un mot, ils avaient pu se laisser ainsi pervertir.
Et remarquez que ce n’est pas toujours, que ce n’est pas même souvent qu'on voit revenir de leur égarement ceux qui ont été ainsi pervertis par les mauvaises doctrines ; etlors même que ce retour a lieu, il est toujours difficile et pénible. Il faut peu de temps pour pervertir une intelligence et beaucoup pour le ramener. Selon la pénsée d’un auteur célèbre dont nous n'avons pas le texte sous la main, il suffit d'un grain de poison pour ôter la vie, mais pour la conserver il faut une grande abondance de nourriture. On attaque avec un mot, il faut des volumes pour réfuter l’accusation. Une étincelle est bien peu de chose, cependant elle cause une incendie qui détruit en quelques heures un ville entière avec toutes ses richesses. 11 avait fallu des siècles pour la bâtir, un instant la détruit, et il faudra encore des siècles pour Ja rebâtir et lui rendre sa splendeur.
Il en est ainsi des mauvaises lectures. L’éducation d’un homme coûte bien cher, elle est le fruit de bien des sacrifices, de bien des années de travail. Quelques mois, quelques jours suftisent pour détruire son œuvre ; et pour faire
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revivre les bons principes dans un esprit qui a été perverti, il faut un travail long et pénible, et sauvent ce travail est infructueux.
Comme il n’y a pas de censure dans le pays contre l’abus de la presse, l'opinion publique est le seul tribunal où elle est jugée. (C’est à elle qu'il appartient de faire justice de ces feuilles éhontées qui insultent à la morale et aux principes d’une population catholique, en lui présentant des doctrines qui tendent à détruire les mœurs, à troubler l’ordre social, et qui peuvent conduire le peuple à la révolution.
Comment le fera-t-elle ? En ne donnant au-.
cun encouragement à ces feuilles ; en les flétrissant par le mépris.