‹ Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-français [microforme]Chapitre 23 sur 39 · LE PEUPLE ET LA COLONISATION · texte numérisé non relu

LE PEUPLE ET LA COLONISATION

Coion:sation, moyen pour les Canadiens de conserver leur ualionalité. — Aucun motif ne peut justifier l'emigration — Le Gouvernement disposé à ne rien épargner pour assurer le succès de la Colonisation. Suggestiora du Comité spécial nommé par la Chambre. — Ces suggestions réalisées, tout Canadien désormais peut se faire un chez soi. — Triste condition des Canadiens, sous le double rapport religieux et social, émigrés aux Etats-Unis. — Combien ils déplorent leur sort,

L'objet de cet opuscule étant de diriger le peuple dans la voie du bien-être social, de lui conserver sa nationalité, sa foi, sa langue et ses mœurs, il est tout naturel que nous disions un mot de la colonisation. L'établissement de jeunes Canadiens-Français sur le territoire du Canada, est la première condition requise pour la conservation de notre nationalité; car, dispersés dans les Etats-Unis, ils privent la race canadienne-française, dans le pays, d'autant de

ses membres ; tandis qu'eux, oublient leurs traditions, perdent leurs mœurs, et sont noyés au milieu d’un peuple étranger avec lequel ils s’'identifient plus ou moins. Et cependant c'est un fait pénible à constater aue, depuis plusieurs années, le nombre des enfants du sol qui ont quitté leur patrie est énorine, et que ce mouvement d'émigration n’est pas encore arrêté.

Nous ne prétendons pas donnerici un travail complet sur cette question que nous sommes d’ailleurs incompétent à traiter; n'ayant pas pu nous procurer les documents qu2 nous voulions: avoir, nous ne ferons qu'offrir au lecteur quelques réflexions qui peuvent avotr/leur utilité.

La province du Canada (outre les posses sions de l’ouest qui ne sont pas encor: ouvertes à la colonisation) comprend un territoire d:

plus de 116,000 lieues quarrées, at croirait on quil n’y a pas encore 14,000 lieues quarrées d'habitées ? Ce n’est donc pas l’espace qui nous manque. On conçoit l’émigration d’un pays dont la population n’est plus en rapport avec le territoire ; que le surcroît de population à qui le sol ne peut plus donner la subsistance se répande dans des pays étrangers, est chose toute naturelle ; mais pour les Canadiens ce n’est pas le cas.

Serait-ce la liberté qui nous manquerait ?

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serions-nous forcés par l'oppression de nous séparer de la terre natale ? Mais nulle part ailleurs les peuples ne jouissent d’une plus grande liberté, nulle part ailleurs les peuples ont moins d'impôts à payer.

Serait-ce l'ingratitude du sol qui porterait le Canadien à aller chercher fortune en dehors de son pays ! Mais peut-on appeler ingrat un sol qui rend, en moyenne, au-delà de vingt deux minots par acre, comme on le voit par une ‘esquisse su: le Canada ” publiée l'année dernière par ordre dun Gouvernement ? À l'exposition de Paris, un premier prix a été décerné au blé canadien, récolté près de Toronto. Il est vrai qu'il y a quelque différence entre le climat du Haut et du Bas Canada. ‘“ Le blé canadien, dit cette même esquisse, est de qualité si supérieuse que les manufacturiers américaïns l’achètent pour le mélanger avec le grain des Etats-Unis, dans le but d'améliorer la qualité de jeur fleur, et de la rendre propre à l'exportation.”

Le Canada est d’une immense étendue ; bien cultivé, il peut nourrir, non-seulement les enfants du sol, mais encore le surplus de la population du Vieux Monde ; l'intérêt général est que la population augmente, que les terres se défrichent ; c’est si bien le cas que le gouvernement croit devoir faciliter l'entrée dans le

pays aux colons étrangers ; et cependant, chose

Jus art étonnante, pendant que ceux-ci viennent cherlus cher en Canada une subsistance que ne peules vent leur donner les vieux pays, les Canadiens quittent leur patrie pour aller chercher fortune EL ailleurs, ‘de Combien d'étrangers sont venus s'établir ici sel avec des ressources très-limitées ! Combien qui us y sont venus n'ayant pour toute richesse que Fe4 leur courage ?—et qui aujourd’hui jouissent ER d'une certaine aisance. Comment donc s’exfe pliquer ce singulier phénomène d’une jeunesse blé qui tourne le dos à son pays natal ? phénomène

alarmant, car il faut un motif puissant pour déterminer un jeune homme à se séparer de ce qu'il a de plus cher au monde, à quitter son j) pays natal, sa famille, ses amis d'enfance, à immoler le sentiment le plus fort qui se trouve di dans le cœur de l'homme—l’amour de la patrie. | Les plus grands maux même ne réussissent pas toujours à nous faire rompre les liens qui nous unissent à elle. C’est un fait digne de remar- 1 que; quelqu’ingrate que soit la terre qui nous jé a vu naître, quelque dur que soit le climat des lieux qui nous rappellent les jours de notre ï enfance, on n’y trouve rien de comparable ; on l ! s’y affectionne toujours de plus en plus. Les 1 persécutions même dont on y a été l’objet, les

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