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privations qu'on y a souflertes ne font que resserrer les liens qui nous y attachent. Il semble que nous ayons consacré ces lieux par nos souffrances, et que par là 1ls nous soient devenus plus chers
L'amour de la patrie étant un sentiment si fort, et qu’on ne saurait supposer éteint dans le cœur des Canadiens émigrants, puisque chez ce peuple se trouvent, à un degré éminent, toutes les nobles aspirations, l’émigration de nos compatriotes devient un de ces phénomènes que l'on déplore et qu'on s'efforce en vain d’expliquer. Dans limpuissauce où nous sommes d'assigner la cause du mal, et de Pattaquer dans sa racine, nos efforts vont se réduire à montrer ses effets désastreux et à faire voir les motifs puissants qui doivent retenir la population sur le sol canadien.
La colonisation, dit-on, n’a pas été assez encouragée, le colon n’est l’objet d'aucune protection de la part du gouvernement. Le gouvernement a peut-être néglisé cette question vitale: l’émigration, dans le commencement, ne paraissait peut-être pas devoir prendre les proportions qui nous :raient aujourd'hui; mais, maintenant qu’e ia sondé Ja plaie, sans peut-être guérir le mal qui s'est opéré, on
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On doit rendre à la législature cette justice, de reconnaitre qu'elle s'occupe sérieusement de l'avenir de la jeunesse canadienne qui se livre à la culture de la terre. Sile gouvernement, plus par ignorance que par mauvaise volonté, à bien tardé à s'occuper, d'une manière efficace, de colonisation, on peut dire qu'aujourd'hui il répare noblement sa faute. Nous devons offrir nos félicitations aux membres du comité spécial sur la colonisation, et au zèle actif de son président. Nous avons été ravi de l'intérêt que la législature semblait prendre à l'œuvre importante de la colonisation, des mesures qu'elle a adoptées, des détails dans lesquelles elle est entrée.
Le gouvernement, dans son désir de voir progresser le pays, de voir s'ouvrir nos immenses forêts et de les voir livrées à l’exploitateur ne manquera pas d'accueillir les judicieuses suggestions qui lui sont faites, et de les mettre en pratique. Pour preuve de ses bonnes dispositions, écoutez ce que vous en dit un missionnal'e qui s’est beaucoup occupé de colonisation et qui, par conséquent, s’est trouvé souvent en rapport avec le gouvernement ; voici comment !l s'exprime dans une lettre
adressée au journal L'Ordre au mois d’août, l'an dernier :—‘* Au département des terres publiques, on ne nous refuse absolument rien, dès que c'est pour l'avantage des nouveaux townships. Je parle d’après science certaine ; car tout ce qu'on a demandé dans ma mission, depuis que j'y suis, on Fa toujours obtenu :
soit pour les lots de la couronne, soit pour les réserves du clergé, soit pour l'ouverture de nouveaux chemins ou ponr réparation des anciens, Bien souvent on se plaint de ce que le eouvernement ne nous envoie pas dargent C'est qu'on ne demande pas, où qu'on emploie à Ja législature des hommes qui n'ont aucune influence, qui ne s'occupent que d'eux-mémres sans penser à leurs pauvres constituants, à qui cependant ils ont préalabiement fait de beiies promesses. ”
Vous ne devez donc pas vous jaisser décourayer par les déceptions dont ceux qui vous ont précédés dans ja lorêt, ont été victimes, Dans le principe on n'était pas préparé à voir les colons aller en grand nombre sétablir sur le domaine publie Le gouvernement, tout en adoptant des moyens de protection, n'avait pas prévu toutes les difficultés, n'avait pas prévu suricut la honteuse cupidité, la scandaleuse malhonnéteté de quelques ans de ses agents
dans les townships ; 1l a été pris au dépourvu. Au reste, la colonisation sur une grande échelle, est une de ces institutions qui ne se développent pas en un jour. Aujourd’hui on a l'expérience, et le gouvernement maniteste ses bonnes intentions, son désir ardent de favoriser» dans la mesure de ses moyens, la colonisation. On peut donc sans témérité, se flatter d’obte: nir un plein succès, le colon peut, en toute sûreté, prendre le chemin de la forêt, assuré ue toute la protection qu'il a droit d'attendre de son gouvernement.
Nous venons de parler de suggestions faites par ie comité spécial chargé de s occuper de l'œuvre de la colonisaticn. Voici en quoi elles consistent.
Premièrement. L'établissement de grands chemins de colcnisation dans les principaux districts où il y aura de bonnes terres propres la culture.
Secondement. De ne pas exiger du colon ia résidence continue.
Troisièmement. De faire une appropriation de la modique somme de cinquante piastres cemme aide au colon, pour la confection, de trois lieues en trois lieues, d’une maison destinée au culte public.
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Quatrièmernent. De faire connaître, par l’entremise des clergés catholique et protestant, des municipalités et autres personnes influentes, les terres à concéder on à vendre dans les différents townships, avec tous les renseignements qui s’y rattachent.
Cinquièmement. La continuation des octrois gratuits, soit à des associations créées bond fide, dans le but de coloniser les terres, suit aux diverscolonsqui veulents’établirsur les terres du domaine public.
Sixièmement. D’égaliser dans une même localité le prix des terres pour que la colonisation progresse également.
Septièmement. De faire faire les chemins de colonisation sous le contrôle de la couronne par les colons, dans leur localité respective, de préférence à tous autres.
Huitièmement. De réserver dans les townships des terrains pour les fins d'utilité publique.
Pour vous faire voir l'intérêt que la législature porte à la coionisation, 1] est bon que vous sachiez que l'acte concernant la vente et l’administration des terras publiques, passé dans la dernière session. rulerme les dispositions suivantes ;
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“13. Le gouverneur, en conseil, pourra disposer de toutes terres publiques, pour en faire des concessions gratuites aux colons qui vont s'établir sur ou duus le voismage de tous chemins publics qui traversent les dites terres dans les nouveaux établissements, sous tels règlements qui seront passés de temps à autre par . ordre du conseil, mais aucune telle concession gratuite n’excédera cent acres."”
“14 Le gouverneur en conseil, pourra réserver et approprier telles terres de la couronne qu'il jJugera à propos, pour des sites de quais ou Jetées, marchés, cours de justices, parcs ou Jardins publics, hôtels de ville, hopitaux, lieux de culte, cimetières, écoles, et pour des expositions agricoles et autres fins publiques de même nature, ainsi que pour des fermes-modèles et industrielles et révoquer, en tout temps, avant l'émission de lettres patentes pour icelles, telle appropriation, suivant qu'il jugera à propos : — et 1l pourra faire des concessions gratuites pour les fins susdites, l'intention et l'usage pour lesquels elles seront faites étant exprinrés dans les lettres patentes: mais en aucun cas et pour aucune des fins susdites, aucune telle concession n’excédera dix acres, si ce n’est pour une
ferme-modèle ou industrielle, et alors n’excédera pas cent acres.”
Dans certains cas il y a des octrois gratuits, moyennant certaines conditions qui, après tout, ne sont pas trop onéreuses, savoir : - prendre possession dans le cours d’un mois, mettre en culture douze acres en quatre ans; les quatre premiers mois, bâtir une maison de 20 x 18 pieds et résider sur le lot jusqu'au parfait accomplissement des conditions.
Dans d’autres cas, les terres se vendent ; et il est probable qu’à l'avenir, selon que le suggèrent certaines personnes qui ont été appelées à comparaître devant le comité, le prix n’excé. dera pas trois chelins lacre.
En vérité quel est le jeune Canadien qui ne pourra désormais se faire ## chez soi ! Quel est l: jeune homme qui, ayant de la santé et tant soit peu d'énergie, ne peut pas remplir ces conditions, quelque dénué de ressources que vous le supposiez ? Si les suggestions faites par le comité sont mises en pratique, l'établissement, sur le domaine public, est accessible à tous et la colonisation devient un bienfait inappré.ciable pour les individus et pour le pays.
D'abord, pour avoir les renseignements nécessaires, il n’y aura pas à entreprendre un voyage long, dispendieux, à débourser de l’ar. gent ou à perdre du temps; on n'aura, selon les mêmes suggestions, qu'à s'adresser à son
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curé, on saura de lui quels sont les lots dispo: niblesdans l’endreit le plus rapproché et les conditions posées par le gouvernement ; on saura si on peut obtenir une terre sans rien payer, ou bien s'il faut acheter, et à quel prix ; le temps où la vente doit avoir lieu et en quel endroit. De plus les établissements nouveaux s’ouvrant, autant que possible, auprès des anciens, on ue sera pas isolé, et la colonisation étant encouragœée comme elle l'est jar le clergé, on est certain d’avoir les secours de la religion dans les nouvelles colonies.
Maintenant, pour mettre les choses an pis, supposons que le e>lcn ne puisse pas obtenir une terre gratuitement, mais qu’il soit obligé de l'acheter à trois chelins l’âcre—un lot de cent àcres coûtera soixante plastres. Le jeune homme le moins favorisé par les circonstances, avec des gages restreints, peut certainement former en peu de temps cette somme. Avec des habitudes de sobriété, d'économie et un travail raisonnable, il n’est pas de jeunes gens qui ne puissent se faire un avenir en profitant des avantages que va leur offrir la colonisation.
D'après les suggestions mentionnées plus haut, le colon pourra même se dispenser d’aller s'établir de suite sur son lot; il lui suffira d'aller y travailler et payer les taxes. De plus
il peut s'attendre à ce que le gouvernement lui vienne en aide pour bâtir une chapelle, de pouvoir gagner peut-être quelque chose à travailler aux chemins, bien loin de les avoir à sa charge. Avec ces avantages, un jeune homme pourra prendre un lot, aller y travailler de temps à autres, tout en gagnant un salaire ailleurs, acquitter ainsi sa terre, aller s’y établir ensuite ; et pour cela fallut:1l s'imposer pendant un t::17s des sacrifices, il en sera ensuite bien dédommagé.
Au lieu de morceler les terres camme on le fait aujourd’hui, de distribuer une ferme de cent arpents en trois où quatre parties, pour y vivre misérablement ; v1 bien encore, au lieu d'aller épuiser sa force et sa jeunesse au service d'étrangers, ne vaudrait-il pas mieux vous établir dans le pays, profiter des avantages que va vous offrir la colonisation, et après quelques années, encore à la fleur de l’âge, vous voir avec cent ou deux cents arpents de terre ? Pour cela il faudra, il est vrai, vous éloi gner un peu de vos familles; mais vous vous en éloignez bien davantage quand vous sortez du pays, que vous émigrez aux tats- Unis ; et après tout, en vous établissant sur le domaine public, vous serez encore en Canada, au milieu de vos compatriotes, vous
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entendrez parler votre langue, vous aurez la visite du missionnaire, peut-être même le curé au milieu de votre nouvelle paroisse. Puis vous serez sur votre propriété ; après un court espace de temps, au lieu de vous voir locataires, ou serviteurs, vous pourrez dire, votre terre acquittée : “Je suis chez moi.”
Si l’organisation que l’on comtemple peut se réaliser, la colonisation se fera avec ordre ; chaque colonie, autant que possible se composera de personnes d’une même paroisse, qui partiront pour les nouveaux établissements en même temps. Par ce moyen, le sacrifice sera moins pénible, parceque, au milieu de la forêt, on se retrouvera chez soi, environné de ses parents et de ses amis.
La colonisation est d’une plus grande importance qu’on ne le pense généralement : car le Canada est un pays essentiellement agricole ; il n’a guère d'autres sources de richesses qu? le sol ; mais aussi le sol, bien exploité, lui offre un avenir des plus stables et des plus assurés. Le commerce et l'industrie peuvent donner de l'éclat à un pays, mais ce sont choses toujours précaires ; tantôt une cause, tantôt une autre amène la cessation du travail, ou de grandes banqueroutes, et en un clin d’œil un pays florissant et prospère se voit réduit à la misère,
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dans l'impuissance de donner la subsistance à ses habitants ; tandis que l’agriculture est une source de richesse sur laquelle on peut comp: ter, et que n'est épuisée par aucune éventualité.
Ce qui a le plus retardé, croyong-nous, le succès de la colonisation, c’est le défaut de renseignements. Les cultivateurs ne savent guère ce qui se passe au sein de la législature ; ils ne reçoivent pas les rapports de la chambre et ne présument pas même qu'on s'occupe d'eux. Ceci est regrettable sous un double rapport. D'abord ils ne profitent pas des mesures que l’on adopte en vue de la colonisation et, en second lieu, ils n’on pas pour le gouvernement la reconnaissance qu'ils concevraient s'ils savaient l'intérêt que celui-ci leur porte. Nous voudrions donc, et nous insistons sur ce point, que le cultivateur püût se procurer tous les renseignements désirables sans sortir de sa paroisse, et cela par l'entremise de son curé. Bien plus, nous voudrions qu’il pût acquérir une terre sans aucune démarche quelconque, ‘uniquement par l'entremise de celui-ci, si toutefois il voulait bien se charger de cette besogne dans l'intérêt de la colonisation.
Nous ne saurions trop déplorer que le mouvement de la colonisation n'ait pas été jusqu'à
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présent dirigé d’une manière à la rendre efficace, nous ne saurions trop déplorer la perte de tant de bras dont le sol avait besoin pour être défriché, le perte de tant de compatriotes émigrés aux Etats-Unis qui ont oublié presque leur origine ; car il ne faut pas se dissimuler la chose, à part quelques exceptions honorables et que nous enrégistrons avec bonheur, il n’y a rien de plus triste que la condition sociale des Canadiens dans la république voisine, sans parler de l'oubli de leur religion dans lequel la plupart sont tombés. Ecoutez là-dessus la voix d'un missionnaire, voici comment il s'exprime dans une lettre publié le 5 octobre dernier dans e journal L'Ordre :—
“ Depuis quatre ans que j'ai occasion de rencontrer nos infortunés compatriotes qui vivent au-delà des frontières, depuis quatre ans que j'ai occasion d'être appelé à exercer mon ministère de prêtre. auprès d'eux, je pourrais dire que je suis plus que personne en état de connaître quels sont les fruits de l’émigration. Ce n’est pas seulement sous le rapport religieux, mais encore sous le rapport temporel que la condition des Canadiens aux Etats-Unis, est des plus déplorables. Sur cent qui émigrent aux Etats-Unis, je puis assurer par expérience qu'il n’y en a pas cinq qui arrivent à l'état ‘ai.
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