‹ Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-français [microforme]Chapitre 26 sur 39 · KL J · texte numérisé non relu

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qu'il veut tourner à son avantage et son travail et son industrie, on l’abandonne. En voici une preuve entre mille: Un Canadien, charpentier de métier, va s'établir dans une petite ville des Etats voisins; il trouve de l'emploi on y arrivant. Comme il est homme de génie on s'assure de son travail dans une forte boutique. En quelques années ïil parvient à jour d'une honnête aisance. Dès lors il veut faire profiter à son avantage toute son industue. Il se bâtit une jolie maison et s’y instale. 1l ouvre une boutique en son prepre nom. À sa grande surprise perscnne ne le patronise. Il observe attentivement ce qui se passe autour de lui, et il s’aperçcit bientôt qu'on craint qu’il n'arrive à la fortune. Alors que fait-il ? [1 suit le revers, laisse sa maison, la loue à un étranger et se retire avec sa famille dans une pauvre demeure. On s’en tient aux apparences, on le croit ruiné, on lui offre de l'emploi, il l’accepte et ce n'est qu'en faisant profiter son travail en faveur d'un étranger qu'il peut continuer à augmenter sa petite foriure. C’est là précisément ce qui se pratique tous les jours”

Voilà un tableau qui certainement n est pas bien séduisant, et qui n’est pas propre à induire nos Canadiens à émigrer aux Etats-

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Unis. L'après ce que nous avons vu nousmème, nous sommes assuré que plusieurs en lisant les lignes qui précèdent ne pourront s'empêcher de dire:—cette peinture est fidèle. D'avtres qui n’ont jamais quitté leur village, diront :—“* Mais c'est invraisemblable, un tel égoïsme ne s’est jamais vu, il ne saurait surtout se rencontrer sur une terre libre, dans un pays ou les hommes font profession de vivre sur un pied de parfaite égalité.” |

Eh bien ! oui, c’est pourtant le cas. On rencontre chez la plupart des autres naïlons absolunent tout le contraire de ce qui se voit chez les Canadiens-Français. Celles-là en général prennent ombrage de la prospérité d’un étranger, les Canadiens äu contraire ne peuvent voi sans tristesse etenvie prcspérer un ccmpatrnote. Qu'un étranger vienne s'établir dans une Îccslité habitée exclusivement psr des Canadiens- Fiarçais, cn aura pour lui tous les égards imaginebles. Jusque là rien de ccndamrab.e.

Mais c’est qu’on ne se centente pas de cela, on ne se contente pas de le traiter à l’égal de ses cempatrictes; à l'exclusion de ceux-ci on lui conferre de suite tous les honneurs, on lui prodigue tous les faveurs, on lui donne tout l'encouragement dont on est capable, En dépit de tout cela, un Canadien-Français obtient-

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il quelques succes, vient-il à bout de se faire un chemin vers la fortune, mérite-t-il quelques louanges publiques, de suite on lui porte envie, on en prend ombrage, chacun lui lance la pierre, mais pour monsieur l'étranger, il a toutes les sympathies. En vérité on dirait que nous Canadiens, nous nous croyons nés pour être les valets des étrangers.

Mais rous nous éloignons de notre sujet.

Continuons à citer la lettre dons nous venons de denner un extrait, voyons comment son auteur s'exprime sur la condition religieuse des émigrés Canadiens-Français aux Etats-Unis:

“Quand le Canadien laisse le clocher du village pour aller chercher fortune aux Etats- Unis, il oublie bientôt les douces impressions de l'enfance, et ceci pour plusieurs raisons. 11 arrive chez un peuple tont matériel, indépenaänt de tout, qui n’obéit à d’autre loi qu’à celle de la fortune. 1l se trouve éloigné de tout secours religieux, 1l ne rencontre jamais de prétre, ou s’il en rencontre il ne saurait le comprendre. 11 lui faut deux ou trois ans avant de comprendre la langue dans laquelle se donnent les instrucuions religieuses ; pendant ce tempslà il ne fréquente pas l’église, il ne se présente pas à la participation des sacrements, et quand il se trouve en état de pouvoir profiter du mi-

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