‹ Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-français [microforme]Chapitre 28 sur 39 · JUIS · texte numérisé non relu

JUIS

des

du

qui, à l’âge de trente et quarante ans, n'ont jamais su ce que c'est que de s'agenouiller pour prier, qui n’ont jamais fait le signe de la croix, et qui, à la première question du catéchisme, me répondent: “ Dieu, je ne le connais pas; j'en ai jamais entendu parler” Me trouvant sur les frontières, on m'a apporté des enfants de deux, quatre, onze et treize ans pour les baptiser. Un seul jour huit couples sont venus me demander à benir leur mariage, et presque tous ne s'étaient jamais confessés. Des gens établis aux Etats-Unis depuis quinze, vingt et trente ans se sout présentés à moi, ce qu'ils n'avaient fait à aucun prêtre depuis qu'ils avaient laissé leur paroisse natale.”

Plus loin l’auteur nous dit en parlant des Canadiens qui, demeurant aux Etats Unis, s'adressent à lui, quand il se trouve sur la trontière :

“ Quand j'en rencontre quatre ou cinq d’endroits différents, 1ls m'apprennent que des Canadiens, au nombre presqu'incroyable, demeurant dans leurs localités respectives, n’ont vu le prêtre depuis nombre d'années. On me demande si je baptiserai leurs enfants pourvu qu'on me les apporte. Rien de plus commun que d'entendre ces pauvres gens me dire : Ah! monsieur, nous sommes si pauvres, nous n’a-

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vons pas d'habits pour aller à l'Eglise, nous avons honte de paraître avec les autres !..... Nous sommes éloignés des Eglises, et nous n'avons pas de voitures pour y aller. Nous avons un prêtre qui vient quelques fois nous desservir, mais on ne le comprend pas. On parle anglais assez pour faire nos affaires, mais on ne comprend pas le prône... Nous n'avons pas d'écoles, ou bien, nos enfants vont à l’école protestante et ils n’apprennent que du mal. Ils ne veulent plus nous écouter, ils ont tant de mauvais exemples ! …… On s'est marié au Squire, parcequ'’on était trop pauvre pour aller à l'Eglise. On n’a pas fait baptiser nos enfants parcequ'on avait honte d’aller trouver notre prêtre, vu qu'on ne peut jamais rien lui payer.”

Cet état de chose est vraiment déplorable, et cependant ce n’est que demi mal quand les gens ont conservé la foi, quand ils parlent comme ceux que nous venons d'entendre,quand ils sont encore catholiques dans leurs cœurs. Mais, hélas ! combien qui ont perdu la foi, qui rougissent de dire qu’ils ont été catholiques autrefois! Et ceux qui ont conservé leur religion n’ont, ce semble, qu'une foi chancelante ; on les entend parler des sectes protestantes comme d'une forme de religion qu'ils mettent sur la même ligne avec le catholicisme. Il y a, en

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matière de foi aux Etats-Unis, un espèce de libéralisme dont l'influence est de rendre toutes

les formes de religion méprisables. En con-

tact avec les habitants des Etats-Unis, il est

bien difficile que les Canadiens ne deviennent

pas pour le moins indifférents, ou pour dire la

même chose, infiidèles.

Aussi quel triste spectacle offrent nos pauvres compatriotes aux Etats-Unis ! comme il est pénible pour nous de lire ce que l’on dit d'eux dans certains journaux, qu'on ne saurait soupçonner de malveillance à notre égard! De dépit à la vue du mépris qu'un nombre malheureuse.

ment trop grand attire sur notre religion par sa mauvaise conduite, voici ce qu'écrivait dernièrement un catholique au Boston Pilot :

‘“ Les Canadiens résidant dans cette localité (East Douglas, Massachussets) sont des êtres dégradés. Plusieurs d’entre eux ont abandonné leur Religion, et tous envoient leurs enfants aux écoles protestantes (deacon’s schools) où ils n’apprennent qu'une chose, à oublier leur Re. ligion.”

Nouspourrions multiplier bien davantage ces tristes témoignages si humiliants pour nos compatriotes, et nous pourrions ajouter qu’il nous a

été donné de constater cet état de chose si regrettable par nous-même. Hätons nous d’ajou-

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ter—pour ne froisser personne et rendre justice à qui de droit —qu'il y a bien quelques nobles exceptions, qu'on trouve aux Etats-Unis quelques Canadiens intelligents, énergiques qui se sont fait une belle position, qui ont même acquis de linfluence au miliemæ=de nos voisins, qui ont conservé leurs convictions religieuses et qui savent même les faire respecter. Mais que ces exemples sont rares! Et même pour ceux qui ont réussi, qui ont élevé leur famille avec bonheur, croyez-vous que Je séjour des Etats-Unis leur vaut celui du Canada ? Non, rien ne peut remplacer le pays dans leurs affec. tions ; interrosez-les, et ils vous diront que, si

tant de liens qu'ils ne peuvent rompre ne les retenaient sur une terre étrangère, ils reviendraient au pays, que, dans un moment d'illusion, ils ont franchi la frontière, mais qu’au. jourd’hui ils seraient heureux de se revoir chez eut.

Vous venez d'entendre parler, mes amis, de l'état des émigrés Canadiens-Français chez nos Voisins: ce récit est afiligeant en même temps qu'il est très exact. Ecoutez, maintenant, un autre récit plus consolant, écoutez un autre missionnaire qui va vous parler de l’état du colon qui, après avoir lutté pendant quelque temps contre les difficultés inévitables que

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doit surmonter celui qui ouvre une terre neuve, se voit établi dans le Canada : —

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ship (Cathcart), il y a dix sept ou dix-huit ans. Tous les colons qui y sont venus s'établir étaient dans la plus grande pauvreté, dénués de tout, manquant même bien souvent des choses nécessaires à la vie, et plusieurs d’entre eux chargés de dettes.

“ C'étaient pour la plupart de bons pères de familles qui, étant obligés de gagner leur vie et celle de leurs enfants chez les cultivateurs des anciennes et vicilles paroisses, n'avaient aucune espérance d'établir près d'eux leurs enfants, craignant que ceux-ci n'allassent en pays étranger, ils ont pris le chemin de la montagne. Leur hache et leur courage étaient tout ce qu'ils avaient. Que de misères ils ont eu à endurer les premières années! Ils n'étaient logés que dans de pauvres cabanes, ne se nourrissant que bien misérablement! Ils étaient obligés de transporter, sur leurs dos, leurs provisions, des quatre et six milles. Mais aussi, qu'ils étaient bien récompensés de toutes leurs peines, leurs misères, et surtout de tant de privations, aussitôt qu'ils pouvaient confier quelques grains à cette terre arrosée par leurs sueurs, Des récoltes abondantes étaient leurs

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