LE PEUPLE ET SES ENNEMIS
Moyens de les reconnaître.—Ile affectent un grand amour pour le peuple, un grand respect pour la Religion.— ls flattent les mauvaises passions du peuple en lui promettant de faire revivre l’âge d’or.—Ils critiquent tout ce qui existe et veulent refaire ‘e monde.—Leurs doctrines sont toujours vagues, ambigues. — Ils se livrent à leur propagande avec une ardeur effrénée.— Leur arme principale est le mensonge.
11 semble qu'après avoir fait connaître les amis du peuple, avoir énuméré les qualités principales qui doivent se trouver en eux, on pourrait se dispenser d'écrire un chapitre sur ses ennemis ; qu’on devrait regarder comme tels, ceux en qui nese rencontrent pas les qualités dont il est question dans le chapitre précédent. Cependant comme l’appréciation des qualités et des dispositions véritable d’un
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homme est chose difficile, et que d'ailleurs, l'absence des susdites qualités ne constitue qu'une preuve négative comme quoi celui qui ne les possède pas est un ennemi du peuple, nous allons signaler dans ce chapitre quelques traits caractéristiques qui dénotent d’une manière positive un ennemi du peuple.
Comme c’est le propre de l'erreur de se couvrir de tous les dehors de la vérité pour se micux propager, aussi est-ce la tactique des ennemis du peuple de prendre toutes les apparences de ses amis, d'en adopter et d'en copier toutes les manières ; cependant 1l est assez facile de découvrir leur ruse : malgré tout le soin qu'ils apportent à se couvrir de la peau de brebis, on les reconnait le plus souvent pour ce qu'ils sont, et en voici la raison: c'est que, sortant des limites du vrai, jouant un rôle tout à fait faux, 1ls sont généralement d'une exagé ration ridicule. On ne trouve pas chez eux cette belle simplicité qui est la sœur et la compagne inséparable de l’honnétete.
L'objet de leurs plus tendres affecions, c'est le peuple, 11 est véritablement leur idole, 1ls ne rêvent que son bonheur Ils affectent une grande bonté de cœur et prennent le titre de philantropes À les en croire ils néghgent l:urs propres intérêts pour ne s'occuper que de
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ceux de leurs compatriotes ; et sans jamais opérer le moindre bien en détail, ils se presentent toujours en public avec des plans gigantesques de réformes par lesquelles ils doivent améliorer, sur une grande échelle, {a condition matérielle, morale et intellectuelle des masses. On a fait un tel abus de ces formules banales, de ces protestations de dévouement, qu'en vérité, les véritables arais du peuple n'ôsent plus s’annoncer pour tels; c'est presque compromettant de le faire.
C: genre de charlatanisme d’ailleurs n'est pas particulier au pays ; nos philantropes n’ont pas manqué de modèles dont les leçons se trouvent dans des journaux et des brochures qui nous viennent de l'étranger ; avec des dispositions naturelles ils ont pu apprendre l’art de tromper les hommes à perfection. Voici comment un auteur moderne se plaint du charlatanisme hypocrite contre lequel nous essayons ivi de vous mettre en garde: “Ce qui me conduira, je crois, dit-il, à cesser pour jamais de lire, c’est cette manie commune actuellement aux écrivains de tous les genres, de toutes les nations, c est cette fureur, cette rage de vertu qui excite en eux des transports approchant de la folie. Quoi! ne pouvoir écrire dix lignes sans s'écrier: © bonté ! o bienfaisance ! o hu-
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manilé | o vertu! Ces noms si répétés, 81 profanés, £t éloignés de pouvoir inspirer d'être honnête, jettent du ridicule sur les meilleurs principes, on serait tenté de les abandonner d'impatience et d'ennui, comme on fait de l'auteur qui les déplace, les affaiblit, les de: grade Oui, J'avoue qu'en lisant nos drames et nos romans, et ce qui plus est, nos ouvrages philosophiques, il me preud un si grand dégoût des étres sensibles, des vertueux ciloyens, que st dans ce moment on s’avisait de vanter ma bou té, de louer mes vertus, j'exigerais une réparation d'honneur pour cette insulte.”
Tout cela peut, s'appliquer à un grand nombre de nos oraieurs qui se mêlent de haranouec le peuple. Chez eux le désordre que nous sigralons n’est pas seulement une manie, cest tout un systéme employé pour mieurs. s’insimuer dans les esprits et dans Les cœurs et faire des dupes Jamais la propagande dont l'objet est de miner la société par sa base na été auss: insidieuse, jamais les peuples n'ont été aussi exposés à être entrainés dans la vois de l'erreur tout en croyant cheminer dans celle de la verité. 11 y aune coalition générale dont le but unique est de les tromper. Tout ce qu'il y a d'honnête, de respectable est attaqué, mais de la manière la plus artificieuse et avec
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une adresseet une astuce propres a tromper les plus clairvoyants sl n'étaient pas sur leurs gardes L'entente est parfaite entre les enne. mis du peuple pour l'égarer, pour précher le désordre au nom de l’ordre, l’insubordination au nom de l’obéissance, l'impiété au rom de ‘a religion. Depuis le roi fhbustuer qui s'empare d'un territoire étranger pour restaurer l'ordre civil et donner aux peuples la hberté d'exprimer leurs propres vœux, qui, contre toutes les lois divines et humaines, envahit les Etats Pontificaux, voulant respecter le siége du chef de l'église et lui donner toules garanties d'indégendance et de sécurité, depuis, dis-je, cet insigne pirate jusqu'au dernier démagogue de nos villages, c’est la même tactique, la même àypocrisie ; on dirait réellement que tous out eu le même maitre, qu'ils ont tréquenté les mêmes clubs, en un mot qu'ils ont été formés à la même école. Quelle moquerie, commencer par se rendre maitre d'un pays, puis dire ensuite à ses habitants : ‘“ Vous voilà m antenant hbhies de choisir vos maitres.” Vüier son voisin, s'en. parer de ses biens, et lui dire ensuite: “Nous voulons, voyez-vous, que vous soyez indépendant ; nous voulons vous exprimer otre respect et vous donner toutes garanties de liberté !”
On s’est surtout bien ravisé depuis quelques
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années au Canada. On ne se contente pas de proclamer son amour pour le peuple, de faire grand étalage de ses sentiments philantropiques, on veut encore se couvrir du manteau de la religion, on a grand soin de protester de son orthodoxie. L'expérience du passé, voyez-vous, a démontré que la guerre ouverte n'offrait aucune chance de succès ; qu’en se montrant tant soit peu hostile à la religion, on perdait la cause; aussi malgré toute la répugnance naturelle qu’on éprouvait, on n’a pas hésité à changer de tactique, à se faire dévôt contre son cœur. On a encore tout frais à la mémoire le scandale affreux donné par un journal dont les sales écrits ont souillé tout ce que les Canadiens ont de plus cher. Son nom seul réveille dans l’âme un souvenir pénible; on sent toute la honte dont il nous a‘couverts. Aujourd’hui la presse canadienne n'offre plus ce triste spectacle, ne se livre plus aux mêmes excès; plusieurs s'en réjouissent et croient à une conversion sincère. Ne vous y fiez pas; on a changé de tactique, mais on poursuit le même but. On emploit des moyens différents selon l'exigence des temps, et les circonstance où l’on se trouve, mais les dispositions sont les mêmes. La religion n’est pas plus chère à ces ennemis du peuple, aujourd’hui qu'ils semblent la vénérer, qu'elle ne l'était pour eux, quand ils la trai-
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naient dans la boue ou plutôt dans les colonnes ordurières de leur feuille impie. Au calvaire les Juifs crucifiaient le Juste, dars le prétoire ils faisaient devant lui la génuflexion, dans l'un et l’autre cas on l’outrageait. Il en est de même des ennemis de sa religion; qu'ils la foulent aux piedsouvertement ou qu'ils l’entourent de leurs respects, ils n’en sont pas moins ses ennemis, ils n’en désirent pas moins son abaissement, ils n’en travaillent pas moins à la renverser.
Etudiez donc avec soin leur conduite et vous vous convaincrez bientôt de leur hypocrisie et de leurs desseins perfides. Ils protestent de leur amour pour la religion et ils la persécutent ; ils prétendent respecter ses ministres, et ils ne cessent de les dénigrer ; ils invoquent sans cesse les principes de la justice et de la morale, et ils les foulent aux pieds. Ni vous révoquez en doute la sincérité de leurs belles protestations en comparant leur conduite avec leurs paroles, ils crient à la persécution; ils vous accusent de bigoterie, et disent que vous n'avez pas cette charité chrétienne qui veut que l'on ne présume jamais le mal de son prochain, et que tous les hommes se regardent comme frères. Vouloir démasquer leur artificieuse conduite est un crime qui produit chez
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