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rien ses excès ; la toilette chez les enfants est toujours extravagante, et la boisson continue à couler à grands flots. Bientôt on ne peut plus rencontrer les paiementsde terre, ni les comptes de magasin ; puis, un autre écueil attend notre pauvre cultivateur. Aux deux monstres qui dévoraient sa propriété vient s’en joindre un troisième—/a cupidilé.
La cupidité. Elle ne dévore pas seulement la substance de l’ivrogne, mais encore celle de tous ceux qui, par une cause ou par une autre, tombent entre ses mains. Un homme, aujourd'hui, soit par mauvaise conduite, par maladie, ou par un accident quelconque est-1l incapable de rencontrer ses engagements, se voit-il forcé de faire un emprunt, peut se considérer comme ruiné. Un certain nombre d’individus, surtout étranger, qui ont des capitaux, sont aux aguets ; quant un cultivateur a une propriété sur laquelle il peut donner une hypothèque, il trouvera facilement de l'argent à emprunter de ces individus sans entrailles comme sans pudeur ; mais à quel taux d'intérêt ? à douze, vingt, trente par cent. Le temps de payer arrive, notre homme n’a pas le moindre à compte à donner. On iui fait renouveler le billet ; en lui chargeant toutefois l'intérêt de
l'intérêt. Après un certain temps, on le pour-
suit, la terre est vendue par ordre de la cour, le prêteur l’achète pour une bagatelle, et voilà un Canadien de plus réduit à la misère.
Il serait difficile de concevoir toute l'étendue du mal que l'usure a fait à nos Canadiens, etson progrès depuis quelques années. On nesaurait croire combien on est devenu éhonté sur ce point. Autrefois un usurier était un homme ignobie, odieux, flétri aux yeux de la société. 11 suffisait d’en avoir la réputation pour être rejeté de la compagnie de tous les gens qui avaient pour eux-mêmes le moindre respect ; les enfants même fuyaient à la vue de cet être dégradé et rebutant. Aujourd'hui l'usure marche la tête haute ; je ne dis rien de la sanction que la loi vient de lui donner, nous aurons occasion d’en parler plus tard.
Si ce fléau continue à faire ses ravages parmi nous, aidé du luxe et de l’'ivrognerie, on peut dire pour la race Canadienne-française, que ses beaux jours sont passés ; bientôt nous verrons le sol entre les mains de quelques spéculateurs étrangers. Aujourd’hui pour vous prêter leur argent à un intérêt exorbitant et scandaleux, ‘convoitant vos belles terres que vos pères ont défrichées au prix de tant de fatigues, et que vous avez vous-mêmes si souvent arrosées de vos sueurs, ils vous sont polis ; vous admirez
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fort leur affabilité. Mais bientôt, quand vous aurez cessé d'être pour eux une proie, quand vous n'aurez plus rien, vous verrez l’orgueil dédaigneux de ces hommes barbares; c’est a peine s'ils Jetteront sur vous un regard de pitié en vous rencontrant. En vain iriez-vous frapper à leur porte pour implorer leur charité ; jouissant de vos biens que leur cupidité vous aura arrachés; ils seront sourds à la voix de votre misère. Economie donc! sobriété! afin d'échapper aux étreintes de la cupidité, de n’étre jamais réduits à aller frapper à la porte de l’ignoble usurier. Son argent, au reste, ne peut vous être d'aucune utilité; si vous êtes ruinés, que vos biens soient sacrifié pour payer vos créanciers, mais non pas pour remplir le gousset de ces ogres de la société.
Nous avons ajouté, exclusion de l'élément religieux de la politique. “ Mais allez-vous dire; voilà encore la Religion sur le tapis à propos de politique. Mais qu'est-ce donc que la Religion a à faire avec la politique? La Religion nous donnera bien le ciel, mais non les biens de la terre.” Erreur; la Religion, il est vrai, a pour objet premier de procurer à l’homme la félicité éternelle, mais en même temps elle fait son bonheur ici bas, elle protège le faible, le malheureux, le pauvre.
Par la nature même de ses préceptes, elle rend l’homme qni s’y soumet heureux, autant qu'en peut l'être en ce monde. Elle défend le luxe, l’ivrognerie, l'usure ; l'homme qui écoute sa voix contracte des habitudes d'ordre et d'économie, il se livre à un travail qu'il regarde comme un devoir pour l’homme déchu, et qui presque toujours Îui procure une honnête subsistance.
Ne l’oublions pas, le Fils de Dieu n'est pas seulement notre rédempteur, mais 1l est encore le restaurateur et le chef de la société : sa religion est la sauvegarde des droits du pauvre et du petit peuple.
Vous avez vu quel était, avant que le christianisme gouvernât le monde, le sort de la femme, de l'enfant, du petit peuple ; vous avez vu comment lareligion a amélioré leur condition ce que ces classes lui doivent, comment elle a pris la part du faible et du pauvre. Eh bien! ce qu’elle fit alors, elle est appelée à le faire aujourd’hui, et à le faire jusqu’à la fin; ce n'est que sous ses ailes que les petits, que les faibles trouveront une protection assurée. L'action de la Religion doit s'étendre à la politique, et malheur au peuple qui lexclut, qui bannit Jésus-Christ de sa politique, qui étoutte la voix de la Religion, au milieu du quel cette Religion n’est pas en
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honneur ; il se départit par là de l'élément qui fait sa force, il met entre les mains de ses maîtres des verges pour se faire flageller, et il peut s'attendre à payer cher son apostasie.
Et comment le peuple exclut:il l'élément religieux de la politique ? Dans la manière dont il se comporte dans les temps d'élection, en ce qu'il ne consulte guère la religion pour le choix de ses candidats. On lui a tant chanté, et sur tous les tons, que la Religion n'avait rien à faire avec la politique, qu'il suffit que celle-ci fasse entendre sa voix dans ces temps de désordres, soit pour les prévenir, soit pour les réprimer, pour qu'aussitôt on se mette à crier que les prêtres se mêlent de politique. Donc dans les temps d'élection il ne faut pas permettre à la Religion de parler, il ne faut pas consulter son enseignement, il ne faut même pas songer à elle.
Nos pères agissalent autrement ; ils pensaient toutnaturellement que pour occuper lesemplois publics, et en remplir dignement les devoirs, il fallait de la probité, de l'honnêteté ; et ils considéraient que les meilleures garanties de ces vertus dans un homme, étaient les principes religieux ; car ils pensaient que celui qui n’a pas de principes religieux, qui les foule aux pieds, ne peut guère avoir de principes d'honnéteté.
Mais aujourdhui on a changé tout cela ; la Religion n’a rien à faire avec les élections !.. On ne se demande donc pas, comme on le devrait : un tel qui se présente comme candidat et qui sollicite nos suffrages a-t-il des principes religieux, car s'il n’en a pas, sil est parjure à Dieu, comment peut on espérer qu’il remplira ses devoirs envers nous, et qu’il sera fidèle aux promesses qu'il nous fera ? Raisonner ainsi, ce serait raisonner en dévot. On se demande donc tout simplement : “ À quel parti politique appartient un tel? Est-il ministériel ou oppositionniste ?” Et voilà tout ; sans songer que cet homme dénué de principes religieux, s’il est ministériel et que le ministère propose quelque mesure inique, il l'appuiera parce que son parti n’est pas celui de la Religion, ni de la justice, mais celui du ministère, et vice versa, s’il est oppositionniste et que. l’opposition propose quelque mauvaise mesure, on le verra infailliblement voter avec son parti.
En voulez-vous un exemple ? A la dernière session on a proposé le rappel des lois contre l'usure. Pour un homme qui aurait eu des principes religieux, comme nous l'avons dit au chapitre premier, la question était toute simple. En votant, devait-il dire, le rappel des lois d'usure, nous adoptons une législation anti-
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chrétienne, nous légalisons le vol, nous ouyrons la porte à l’usure et à toutes ses conséquences funestes. (Comment ! nous qui sommes les représentants du peuple, liés par serment à prendre ses intérêts, voter pour cette mesure ! mais c’est une mesure tout à fait contraire aux intérêts du peuple, et toute dans l'intérêt de quelques capitalistes entre les mains desquels nous allons livrer nos mandataires, qui deviendront les victimes de leur cupidité. La Religion, au reste, défend l'usure, la question est décidée pour nous, catholiques. Mais, non, la Religion n'a rien à faire avec la politique, et l'usure, c’est de la politique ça ! la Religion ne doit pas sortir de l'Eglise, et messieurs nos législateurs n'ont pas à la consulter. Aussi le peuple recueille le fruit de ces belles doctrines; on veut l’'émanciper (en sémancipant soi-même) du joug de la Religion, et voilà ce qu'il y gagne. On le faït crier à la liberté en même temps qu'on le charge de lourdes chaînes, et qu'on l'exploite dans l'intérêt des classes riches.
C’est ainsi qu’en excluant la Religion du domaine de la politique, vous rejetez l'élément qui vous protégerait, l'élément auquel le peuple a toujours été redevable du bien-être dont il jouit dans la société. Il est temps que nous y fassions attention; le luxe, la boisson, l'usure,
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