‹ Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-français [microforme]Chapitre 5 sur 39 · ES · texte numérisé non relu

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eux le paroxysme du délire. C'est ainsi qu'en invoquant les principes de la philantropie, de la charité chrétienne, qu'en se couvrant de quelques lambeaux des vérités de la religion, ils révssisent à en imposer à ceux qui ne sont pas sur leurs gardes.

Un autre moyen qui leur réussit assez bien est de flatter les mauvaises passions, de s'adresser aux sentiments auxque:s ils savent que les masses sont toujours sensibles, et voici comment ils procèdent.

D'abord on sait que la condition de l’homme, depuis sa chûte, est d’être sujet à bien des misères; depuis lors il fut condamné à manger son pain à la sueur de son front. D'un autre côté daus un pays nouveau comme le nôtre, on ne rencontre que bien peu de fortunes; tous, ou à peu près tous, sont occupés à se faire à eux-mêmes et à leurs familles une petite aisance; voilà la condition de la grande généralité des habitants du pays. Et si quelques-uns possèdent un peu plus que les autres, ils n'en soupirent pas moins après un meilleur sort ; c'est dans ja nature de l’homme de toujours poursuivre un état plus heureux ; toutes ses aspirations tendent à un bonheur qui ne laisse rien à désirer, à se délivrer des maux qui l’empêchent d’être heureux. En sorte qu’il est par-

faitement vrai que nul homme n'est pleinement satisfait de son scrt, que tous poursuivent un avenir meilleur Or, venir dire à ses enfants de ja misère que leurs maux peuvent être guéris, qu'on peut leur enseigner le moyen de s'en délivrer, parler à leur imagination, leur promettre la prospérité, les richesses, leur laisser entrevoir le règne de l'âge d'or, c'est les prendre par leur côté faible ; c’est se concilier de suite leur bienveillance; c’est se rendre populaireet c'est précisément ce à quoi l’on tend. Mais aussi en s'adressant ainsi aux instincts déréglés de la nature, en excitant la convoitise pour la possession des biens de ce monde, en développant outre mesure cette passion des richesses, en faisant perdre de vue à l'homme sa condition réelle sur Ja terre, on déchaîne les vents et on doit s'attendre à voir éclater une tempête affreuse. On aveugle les peuples et on les fait marcher à leur perte

Cependant c'est la grande tactique du Jour ; paraître très sensible aux misères qui pèsent sur ses compatriotes, leur montrer un monde nouveau, idéal si vous le voulez, mais où tout est souriant; voilà comment on témoigne su peuple sa sympathie. Selon ncs réformateurs modernes, le monde est à refaire ; jusqu’à présent cn n'a pas compris le gouvernement des

peuples, les moyens ae les rendre heureux.

Si l'on voulait mettre en pratique leur théorie, ou plutôt leur confier legouvernement de la race humaine le monde changerait. bientôt de face. Leur premier pas dans l'exercice de leur nouvelle fonction serait de proclamer l'abolition de toutes les souffrances, de tous les maux qui affligent l'humanité, et qui sait s'ils ne nous dispenseraient pas de Ja peine de mourir. Ainsi, comme on Je voit, ce serait fort commode, il ne faudrait travailler que fort peu, ne payer qu'une taxe nominale, et tout le monde serait riche. On ne connaîtrait plus ce que c'est que la pauvreté avec toutes ses souffrances. Voilà en substance ce que l’on promet au peuple ; ce ne sont pas sans doute les propres expressions dont on se sert, on a le soin d'embrouiller J'affaire 1 eu pius, mais enfin c’est là ce que l'on donne à entendre. ; Comme on le voit, cette théorie est toute simple. £lle consiste à censurer tout ce qui a été fait jusqu à présent; er l’on sait que c’est chose très facile de critiquer. On peut soulever plus d’objections dans une heure qu'on n’en pourrait résoudre dans un an. Aussi le système de dénigrement est-il en pleine vigueur : “ Le mal réside, dit-on, dans les institutions qu’il faudrait commencer par renver-

ser, et dont il faudrait fair@ table-rase: mais que voulez-vous, cela n’est pas du goût de ceux qui gouvernent, (c'est le système : ôte-toi de là que je m'y mette). Si une fois vos amis pouvaient avoir la direction des affaires, vous verriez un changement pour le mieux dont vous n'avez pas d'idée.” Voilà le language que l'on tient au peuple ; voilà les moyens auxquels on a recours pour se rendre populaire ; prêcher l’erreur, proclamer l'abolition des misères inhérentes à notre condition, condamner tous ceux qui nous font ombrage, leur attribuer les maux qui sont inévitables et qu’on ne saurait alléger, se poser comme régénérateur de la société, voilà le programme que vous rencontrez dans la bouche de tous les charlatans politiques ennemis des peuples,

C’est avec de telles paroles, de telles doctrines, de telles promesses qu’on a allumé le feu de la révolution dans toute l'Italie, qu’on est venu à bout de persuader à des hommes qui étaient contents de leur sort, qu'ils étaient malheureux et persécutés; on leur a promis une ère nouvelle de prospérité et de bonheur.

Regardez, voyez ces prétendus amis du peuple à l'œuvre, voyez-les quand ils ont le pouvoir en main ; ils massacrent leurs nouveaux sujets par centaines, les écrasent d'impôts, exercent leurs

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cruautés jusque sur les femmes qu’ils jettent par trentaine dans les prisons, et tuent tous ceux qui ont le malheur de n'être pas satisfaits de leur gouvernement et qui refusent de cricr : “Vive nos nouveaux maîtres.” Voilà leur secret, leur manière de soustraire les peuples # la barbarie de leurs souverains légitimes, et de les rendre au bonheur. Ce qu'ils font sur une grande échelle en Europe, leurs frères de la même école le font ici en petit. Ils ne connaissent que deux rôles: censurer ceux dont ils convoitent la position sans jamais rien faire qui témoigne de leur dévouement pour les hommes, ou bien profiter de leur pouvoir pour tondre les peuples sans pitié. Vous en avez la preuve sous les yeux. Qu'ont fait dans le pays nos grands philanthropes qui parlent si bien, qui veulent anéantir toutes nos institutions? En quoi consistent leurs œuvres ? Quel bien ont-ils fait à leurs compatriotes? (Car enfin une telle philanthropie doit éprouver le besoin de se dilater, doit faire sentir son action sur tout ce qui l’environne. Qu'ont-ils fait, par exemple, pour l'éducation du peuple ?

quels sacrifices se sont-ils imposés ? où sont les institutions qu’ils ont fondées ? et pour l’humanité souffrante, où sont leurs œuvres, les asiles ouverts à la pauvreté, à la vieillesse, aux infirmités? Toutes ces œuvres, qui existent

dans le pays, à qui sont-elles dues ? à nos philanthropes ? à nos réformateurs modernes ? à ceux qui promettent à leurs dupes le paradis terrestre ? Non, mais à des hommes qui ne perdent pas le temps à tout censurer, ne promettent pas au peuple l'abolition de toutes ses souffrances, mais qui, tout en reconnaissant l'impossibilité de faire disparaitre une foule de maux qui pèseront toujours sur le peuple, s’ert- ï forcent du moins par de généreux sacrifices à les adoucir, et quand ils se présentent devant eux pour réclamer le témoignage de leur confiance, solliciter leurs suffrages, ils ont du moins quelques preuvres palpables à domner de leurs bonnes dispositions.

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Comme on le voit, il y a une bien grande différence entre la conduite des amis du peuple et celle de ses ennemis. Les premiers ont des œuvres qui parlent en leur faveur, les seconds n'ont que leurs paroles ; ils nous promettent toujours un avenir plus heureux, sans rien mon:trer dans leur passé, et sans rien faire dans le présent. Quelque chose de caractéristique chez eux, c'est que jamais leur action ne s'exerce en petit ; ne pouvant pas réaliser leurs desseins de soulager en masse les maux qui aflligent les hommes, il semble qu’ils pourraient et devraient du moins faire le bien dans la mesure de leurs

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moyens. Mais, non; tout consiste dans de vastes plans qui embrassent des sociétés entières, mais qui ne se réalisent jamais. Comcevoir des plans, voyez-vous, éten lu sur un bon fauteuil dans son boudoir, ou bien les développer avec emphase devant le public dont on recueille les acclamations, c'est quelque chose qui coûte moins à la nature que de mettre la main dans son gousset et s’introduire dans la chaumière du pauvre pour soulager sa misère et sécher ses larmes.

Ne vous y trompez pas, mes amis, vous n'avez rien à attendre de ceux qui ne font que vous préjuger contre vos institutions, et qui, dans le désir de s'élever aux charges et aux honneurs, mettent tout en œuvre pour gagner vos faveurs. Déliez-vous de ceux qui convoitent la position de leurs compatriotes dans la vie publique ; vous n’avez rien à attendre d’eux, car la vertu n’est ni envieuse ni jalouse. Que dis-je, vous n'avez rien à attendre d'eux; vous avez à attendre la déception. Oui, confiez vos intérêts à ces hommes si passionnés pour les emplois publics, et qui crient si fort contre tous ceux qui ne pensent pas comme eux, qui font de si magnifiques promesses au péuple, et vous les verrez tondre ce peupie sans pitié et sans pudeur. Permettez moi donc, à ce sujet, de vous

LF COVSEILLER

rapporter un petit exemple entre mille; il est tout récent et s’est passé sous mes yeux.

Dans une paroisse du district de Montréal qui de tout temps s'était montrée extrêmement calme, et même indifférente dans les affaires politiques, surgit, il y à à peu près quatre ans, un parti politique passablement exclusif. À en croire ceux qui le composaient, rien de bon ne s'était fait jusqu'alors ; le peuple n'avait pas eu d’amis,on voulait l’écraser et vivre de ses sueurs. On décrète donc que le salut de la patrie, celui de la pai oisse est entre les mains d’un parti pohtique ; qu'il ne faut prendre de fonctionnaires publics que dans ce parti. Kemarquez d’abord, mes amis, combien cette conduite est exclusive et déraisonnable. N'est-ce pas bien présomptueux de prétendre qu'il ne se peut faire rien de bon en dehors de chez soi? n'est-ce pas absurde de venir trainer les préjugés: politiques au milieu des affaires de paroisse ? Un homme ne peut-il pas avoir ou n'avoir pas confiance dans l’administratiou gouvernamerntale, et être honnête, moral ? faire un bon conseiller municipal, commissaire d'école, ete., etc. ? On se met donc à l'œuvre; le parti régénérateur 8e trémousse dans l'ombre, 1l réussit à faire un certain prosélytisme. La paisible population ne se défie pas de la funeste cabale qui travaille

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