‹ Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-français [microforme]Chapitre 6 sur 39 · V4. RER · texte numérisé non relu

V4. RER

sourdement dans son sein ; apathique comme de coutume, elle laisse le mal faire du progrès et prendre des proportions effrayantes. Bientôt on est tous surpris de voir que tous les fonc tionnaires publics appartiennent à ce parti politique, conseillers municipaux, marguilliers, commissaires d'écoles, syndics d'église, etc. Sans doute qu’on devait s'attendre à des merveilles de la part d'hommes qui avaient fait de si magnifiques promesses, qui avaient censuré d’une manière aussi amère tous ceux qui les avaient, précédés dans ces emplois; le peuple devait enfin être délivré du joug affreux qu'on avait fait peser sur lui; enfin cette paroisse devait entrer dans une ère de prospérité telle que jamais, de mémoire d'hommes, on n'avait rien vu de semblable ; fiez vous y!

Voyez avec quelle délicatesse ces bons patriotes, ces véritables amis du peuple gèrent ses affaires. Pour ne citer qu'un fait qui nous donnera la mesure de leur désinterressement, les syndics d'église, bien qu'on leur offrit gralis un heu de réunion pour leurs délibérations, s'installent dans un hôtel et un hôtel que des gens honnêtes ne pouvaient pas convenablement fréquenter ; ils louent des appartements avec les deniers publics, passent des journées entières en vaines discussions, ayant soin de

né pas se laisser tomber en défaillance, mais prenant un frugal repas, toujours aux dépens de ce pauvre peuple. Jusque là rien de bien repréhensible, direz-vous. Mais ce n’est pas tout ; c'est déjà beaucoup cependant de voir nos sept sages choisir un tel lieu pour leurs délibérations, consacrer des journées entières à ne rien faire, mangeant et buvant aux dépéns du peuple. Mais voilà qui surpasse tout ce que l'on peut concevoir de plus odieux. Quand arriva le temps de rendre leurs comptes, 1ls eurent l’impudence, entre autres items, d’insérer celui de la boisson qu'ils avaient bue et qui se montait à un chiffre assez rond. Que des hommes qui ne se füssent jamais vanté de leur désintéressement eussent agi de la sorte, c'eüt été, sans doute bien condamnable, bien dégradant; mais que des hommes qui réprouvaient tout ce qui s'était fait avant eux, qui promettaient au peuple d’alléger son fardeau, deux minutes après avoir fait ces promesses aient le front de faire écrire un tel {em en toutes lettres dans un compte, de venir faire payer à une paroisse ce qu’ils ont dépensé pour se dévertir, c'est le comble de l’impudence.

Pour éviter les troubles que pouvait provoquer dans la paroisse cette conduite révoltante, il leur fut remarqué que la chose était pour le

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