‹ Le Conservateur littéraire. Edition critique publiéeChapitre 102 sur 115 · JUAN MELENDEZ VALDES · texte numérisé non relu

JUAN MELENDEZ VALDES

Poesias escogidas*. — Valencia 1811. Poésies choisies. — Valence 18 1 1 .

Plus on connaît la littérature espagnole et plus on trouve étrange cette opinion de Montesquieu, qu'elle ne possède quun seul bon livre. Don Quicholte; et qu'une étude approfondie de cette littérature ne dédommagerait pas d'un travail pénible et fastidieux.

Nous pourrions rappeler, pour démentir cette assertion, les noms de tous les grands écrivains français imitateurs des Calderon, des Cervantes, des Lopez de Vega, et ce temps où la littérature espagnole était plus familière à nos aïeux que ne le sont à leurs enfants les romans anglais, italiens ou allemands. Mais nous sommes loin du siècle de Louis XIV; qu'il nous soit donc permis, avant d'entretenir nos lecteurs d'un des poètes espagnols modernes les plus distingués, de jeter un coup d'œil rapide sur les richesses littéraires de la vieille langue castillane.

I. Deux volumes in-iS, chez Rodrîguez, libraire espagnol, à Paris, Palais-Royal, Cour des Fontaines, n* 4. [C. L.|

286 LE coxsl:rvateuk littéraire.

L'Espagne doit à ses mœurs, plus encore qu'à

20 sa position, une littérature particulière que huit siècles de guerre pour la défense de la patrie et de l'autel ont rendue nationale et religieuse.

L'invasion des Arabes avait développé de bonne [208] heure, chez les Espagnols, ce goût inné de tous

25 les peuples du Midi pour la poésie et les beauxarts. Aussi, Ronsard torturait-il encore la langue qu'ont depuis maniée si habilement les Racine et les Corneille, que déjà le langage majestueux des enfants de Pelage était préféré dans toute l'Europe

3o civilisée à l'idiome informe des vainqueurs d'Abdérame.

Le règne de Charles-Quint fut l'époque brillante de la littérature espagnole.

Au commencement du seizième siècle, Boscan,

35 dans des sonnets, se montre digne rival de Pétrarque, qu'il surpasse quelquefois : dans ses Pastorales, Garcilasso réunit aux charmes de la poésie antique tous les sentiments délicats des modernes. Mendoza, presque l'égal d'Horace, dans ses Épî-

40 très, donne le premier modèle d'un roman comique dans Lazarille de Tormès\ et sous la censure de l'Inquisition, il raconte les guerres de Grenade avec le style de Salluste et la liberté d'esprit de Robertson.

45 Deux siècles avant J.-B. Rousseau, Herrera fait résonner la lyre pindarique; Luis de Léon prend la harpe de David et chante le Dieu des Chrétiens, nos vertus, nos vices, nos douleurs, nos espérances. Seul de tous les modernes, jusqu'à

5o Melendez, Villegas sait toucher le luth voluptueux d'Anacréon. Cervantes, sans modèle, reste encore

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