‹ Le Conservateur littéraire. Edition critique publiéeChapitre 103 sur 115 · LIVRAISON. — LITTÉRATURE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

LIVRAISON. — LITTÉRATURE ESPAGNOLE

sans égal. Lopez de Vega, antérieur a Shakespeare, crée le théâtre espagnol; Calderon, son disciple, l'imite et l'égale quelquefois. Mariana, Solis,

55 Zarate, racontent à la manière des anciens, et avec un style aussi classique, les révolutions de l'Espagne, la destruction de l'empire de Montezume et la conquête du Pérou.

Une foule de poètes distingués, Jauragui, les [209]

6ii frères Argensola, Lopez de Vega, Luis de Léon, enrichissent la littérature espagnole de nombreuses traductions des classiques anciens, et ce n'est que cent ans après que Corneille, inspiré par la muse espagnole, réveille la France endormie et

65 commence le grand siècle.

La littérature espagnole présente un phénomène qui ne s'est encore offert dans aucune littérature, mais que la France est peut-être appelée à reproduire de nos jours; c'est une époque brillante pour

70 les lettres, suivie d'un siècle de langueur, après lequel elles brillent de nouveau d'un vif éclat.

Depuis le milieu du dix-huitième siècle, cette littérature a pris un nouvel essor. Émules des grands écrivains du temps de Charles-Quint, une

75 foule de poètes et de prosateurs distingués ont paru tout à coup et ont ranimé, chez les Espagnols, le goût des beaux-arts. Parmi les poètes, nous placerons au premier rang Juan Melendez Valdes, dont nous allons examiner les poésies

80 choisies.

Elles se composent des Poésies anacréontiques qui ont fondé sa haute réputation, d'Odes morales et philosophiques, dans lesquelles, aux plus nobles sentiments, se trouvent réunies une grâce et une

85 délicatesse qui les placent bien au-dessus de tout ce que nous possédons dans ce genre; enfin de Discours, Épîtres, Élégies, Sonnets, etc., où l'on retrouve toujours le véritable poète.

« Le critique le plus impartial, s'il est sensible 9f) aux charmes de la poésie », a dit de Melendez le savant professeur Bouterweck, « ne peut parler que sur le ton du panégyrique de cette imagination aussi délicate que vive et toujours fidèle à la nature; de cette vérité de | sentiments, de cette [210] 95 finesse de tournure et d'un style si classique par sa précision et son élégance, joint à la plus harmonieuse versification. »

Et effectivement, aidé d'une des langues les plus harmonieuses de l'Europe, Melendez a répandu icx) dans ses Odes anacréontiques ce charme si doux, cette mollesse, ce luxe aimable de poésie qui ont rendu célèbres les chants du vieillard de Téos, et qui s'opposent peut-être à ce que nous en ayons jamais une bonne traduction dans notre pauvre io5 langue française. Peut-être même le poète castillan a-t-il surpassé son modèle. C'est l'opinion de tous les littérateurs espagnols; et nous avouons qu'ils peuvent bien avoir raison.

Avec la même délicatesse dans les idées, la 110 même grâce dans la manière de les exprimer, on trouve, dans ses charmantes compositions, plus de vérité dans les descriptions et plus de variété dans les tableaux. Ses Odes sur la colombe de Philis suffiraient à la réputation d'un poète. Il ii5 fallait une imagination bien riante et un goût bien sévère pour ne pas être fade en traitant un sujet si léger.

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