SIGEBERT
Votre père et son guide.
GLODORIC
Ah I seigneur : — S. Ah ! mon fils ! —G. Oh ! de quel souffle humide La nuit a pénétré vos habits, vos cheveux! 175 S. C'est le froid des tombeaux dont nous sortons tous deux.
Il est, SOUS ce palais, de souterraines voûtes,
Lieux profonds dont moi seul je connaissais les routes,
Où les rois, nos aïeux, cachèrent leurs trésors
Quand les Goths, pleins de rage, infestèrent ces bords,
i8() C'est là qu'entre des rocs, privé de la lumière. J'ai, de mes assassins, fui la main meurtrière; Et c'est là que vivant, ton père enseveli S'est déjà cru plongé dans l'éternel oubli. G. O mon père! — S. Adelmar a, dès la nuit obscure,
i85 A mon corps épuisé porté la nourriture.
Cependant Clodoric déclare à son père l'affreuse proposition du tyran.
Il ne me restait donc pour unique espérance Que le secours du glaive, et que mon assurance, 190 Pour marcher à Glovis et pour l'assassiner. Mais un rempart d'airain semble l'environner; Je ne dois plus prétendre à revoir son visage, Si votre sang versé ne m'ouvre le passage.
Quoique le vieillard connût Clovis, il ne s atten- 195 dait pas à un tel excès d'atrocité; il en reste quelque temps épouvanté; mais bientôt reprenant son courage : J'ai peu de jours à perdre, dit-il; déjà, plutôt que d'exposer mes sujets | à la mort pour [223] sauver un reste de vie, je me suis enfui jusque 20(j dans les entrailles de la terre.
Là, reçu dans la nuit où sont entrés les morts, J'ai, des gouffres d'enfer presqu'entrevu les bords. Là, sais-tu qu'en secret, confident de l'abîme. J'ai pris, du sort des rois, un dédain magnanime? ao5 Là, sais-tu quel penchant semble attirer les pas Vers le but qui conduit de la vie au trépas?
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Là, sais-tu que la mort, d'une voix solennelle, M'a dit que des tombeaux la paix est éternelle? Non, le fil de nos jours, que sa faulx doit couper, 2IO Ne vaut pas tous nos soins qu'un hasard peut tromper. Sauve donc mes sujets d'un maître impitoyable : Obéis par mon ordre à son ordre effroyable : Ravis, en m'immolant, ton sceptre à son courroux. Et que je meure en roi pour le salut de tous.
2i5 Nous ne nous étonnons pas si, à la lecture de ces vers, xMonvel avait prédit à M. Lemercier qu'il entraînerait les spectateurs; nous ne connaissons rien chez les anciens et les modernes qui soit supérieur à ce morceau pour la grandeur et la ter-
220 rible majesté.
Cependant, comme on le pense bien, le fils refuse d'obéir à cet ordre de son père. Ils se séparent; mais à peine le vieillard est-il rentré dans les souterrains, qu'accablé par l'idée de ses malheurs,
-j: il se tue lui-même et envoie ordonner à son fils de venger sa mort par celle de Clovis. Oui, je t'obéirai, s'écrie Glodoric :
Ton courage, ô mon père! a passé dans mon âme. Je le sens; ma fureur, comme une ardente flamme, 23o A séché, dans mes yeux, mes pleurs prêts à couler. Sans larmes je verrais tout ton sang ruisseler?
C'est dans ce moment que le ministre du tvran, suivi de ses soldats, se présente devant lui :
AuRELLE. Seigneur, sortiez-vous de ces lieux 235 A cette heure où la nuit couvre d'ombres les cieux?
Alliez-vous à Clovis porter quelque nouvelle [224]
Du sort de Sigebert? — G. J'allais lui dire, Aurelle, Qu'il chercherait en vain Sigebert sur nos bords.
3o6 LE CONSERVATEUR LITTÉRAIRE.
Ce prince est loin. — A. Où donc a-t-il fui? —