VIII INTRODUCTION
fécrire une seconde fois et de te réitérer nos demandes. Si elles sont pressantes, nos besoins le sont davantage. Nous allons quatre fois par jour au collège, par la pluie et par la neige ; tu sens quMl faut bien laisser à nos habits, à nos souliers le temps de sécher : comment le faire, si nous n'avons pas de quoi changer?
M. de Cotte nous a acheté tous les livres nécessaires pour les cours de mathématiques, à l'exception de la statique qui eût coûté trop cher. Nous ne savons pas encore quels seront les livres pour la philosophie : une indisposition du professeur a fait remettre l'ouverture du cours à la Toussaint.
Adieu, mon cher papa, nous espérons que tu te porteras toujours bien et que tu n'oublieras pas
E. Hugo. — Victor.
24 octobre 1816*.
Cette lettre était assez pressante. Sur l'original, le père a écrit, de son écriture énergique : « Répondu le 3o octobre 1816. » La réponse ne dut pas être ce qu'attendaient les enfants, à en juger par une réplique du 12 novembre, passée en vente publique il y a quelques années :
... Quant à la fin de ta lettre, nous ne pouvons te cacher qu'il nous est extrêmement pénible de voir traiter notre mère de malheureuse, et cela dans une lettre ouverte qui ne nous a été remise qu'après avoir été lue. Nous avons vu ta correspondance avec maman. Qu'aurais-tu fait dans ces temps où tu la connaissais, où tu te plaisais à trouver le bonheur près d'elle, qu'aurais-tu fait à la personne assez osée pour tenir un pareil langage? Elle est toujours, elle a toujours été la même, et nous penserons toujours d'elle comme tu en pensais alors'..
Pourtant, ce n'est pas encore la rupture. Le 19 juin 1817, Abel remercie son père d'un envoi d'argent et de livres. Plus âgé que ses frères, c'est à lui que revient l'emploi