INTRODUCTION. XI
d'avril, sans prévenir personne, sans argent ni papiers, il se met' en route, à pied. Il veut aller à Blois, se rendre compte, voir par lui-même. Le 12, il écrit de Chartres, où son voyage a été interrompu brusquement, — et l'écriture de la lettre est étrange, irrégulière, heurtée, sans rapports avec son écriture d'autrefois :
Mon cher papa.
Tu sais que j'étais resté lonortemps sans répondre à la lettre que tu avais écrite à Victor.
Cette lettre exigeait de longues méditations. Enfin, je favouerai qu'avant de te répondre, j'avais voulu m'assurer par moi-même si ce que tu nous disais était irrévocablement achevé.
J'étais parti pour Blois afin de savoir si tu étais réellement marié.
Malheureusement, n'ayant pas de papiers, j'ai été arrêté en route, à 21 lieues de Paris.
Je te prie d'écrire à M. le Procureur du Roi à Chartres pour déclarer que je suis ton fils et me réclamer.
Le billet que nous avons payé à M. Blot était de 389 fr. 10 et non pas de 862 francs, comme tu nous l'avais marqué.
Si tu peux m'envoyer ce que nous avons payé en surplus à Chartres, tu me feras réellement plaisir.
Adieu, mon cher papa, porte-toi bien, permets-moi de t'embrasser et de me dire, avec une affection véritable, ton fils soumis et respectueux.
Eugène Hugo*.
Ces dissentiments avaient de bonne heure créé aux trois frères des devoirs impérieux. C'est surtout au début de 1818, à la veille du procès en séparation, qu'ils en eurent conscience. Leur mère avait besoin de leur secours. Déjà le talent de Victor avait fait ses preuves; mais il ne
I. Inédite. — « N'oublie pas qu'Eugène était un peu fou quand il t'a écrit », dira Victor le 18 septembre 1S22. (Lettre publiée par M. P. Dufay.)