I. Hémistiche inintelligible. (G. L
l'enfant A qui parles-tu donc?
PULCRINE
A ton père
l'enfant
Il est mort.
PULCRINE
Mort! qui? perds-tu l'esprit?... Non, mon enfant, il dort Regarde... Pour jamais il dort sur la poussière... Son corps est tout sanglant, et ses yeux sans lumière; [oo Ses yeux, hélas! témoins de mon horrible affront!...
L'idée de la mort de son époux lui rend le sentiment de toute son infortune; elle ajoute :
Misérable! où cacher l'opprobre de mon front?...
Candor, en expirant tu reçus ma promesse... [172]
[o5 Je ne trahirai point ma gloire et ta tendresse.
L'outrage qui me souille est ignoré de tous,
Et victime après toi de ton amour jaloux,
Dans l'éternel oubli dérobant notre injure...
Vois ces ondes... entends le Tibre qui murmure... [lo La mort qui sous ce pont roule au milieu des flots,
M'ouvre leur vaste lit... C'est là qu'est le repos.
l'enfant
Ah ! pourquoi coupes-tu ta belle chevelure, Ma mère?
PULCRINE
O longs cheveux! inutile parure!
La main de mon époux se plut à vous tresser; [i5 C'est autour de mon fils qu'il faut vous enlacer... Liez d'un nœud fatal et l'enfant et la mère,..
Son fils, épouvanté de ces sinistres apprêts, veut s'arracher de ses bras. Elle le retient; et parvenue au dernier degré d'égarement, croyant entendre la 120 voix de son époux, elle se lève.
l'enfant Arrête... Oh! par pitié!...
PULCRINE
Ton père nous appelle.
Elle dit, prend sa course, et, mère trop cruelle, Dans le fleuve avec lui tout à coup s'élançant. Pousse un cri vers les cieux et tombe en l'embrassant. 125 On vit longtemps sa robe, en flottant sur les ondes. Les soutenir luttant sur les vagues profondes, Leurs mains battre les flots rougis de feux lointains, Disparaître ; et le Tibre engloutit leurs destins.
Ces vers terminent dignement ce bel épisode, i3o qui peut se passer de nos louanges et de nos commentaires.
François P'" meurt victime de la vengeance de l'époux I de la belle Ferronière, vengeance que [173| M. Lemercier n'a pas craint de personnifier. Chari35 les-Quint, retiré au couvent de Saint-Just, y fait célébrer son enterrement, et expire ensuite accablé par la tristesse. La toile tombe; la pièce est finie, ■ et les diables se révoltent; les uns sifflent, les autres applaudissent. Le théâtre, détruit par l'anar- 140 chie, s'écroule dans l'abîme et les met tous d'accord.
On sent tout ce qu'un pareil plan offre de bizarre. La sévérité des critiques dont l'ouvrage de M. Lcmercier a été l'objet, ne nous laissait plus rien â
145 dire sur le ridicule de quelques endroits du poème, nous avons pensé qu'il n'y avait plus qu'à rendre justice à ce qu'il renferme de beautés.
Nous n'avions pas à hésiter, il fallait décider que l'un de nos poètes les plus distingués était fou, ou
i5o bien qu'il avait cherché à le paraître; nous avons
pris ce dernier parti, et une seconde lecture de son
poème nous a confirmé dans l'opinion que nous
avançons.
Lesage raconte, dans sa préface de Gil Blas, un
i55 trait dont il est bon de se souvenir avant de commencer la lecture de la Panhypochrisiade, car celui qui, rebuté par la trivialité de certaines expressions, ou par la bizarrerie de plusieurs scènes, rejetterait l'ouvrage sans le lire, ressemblerait à cet étudiant
160 qui laissa son camarade chercher seul le trésor caché sous l'épitaphe du licencié.
A. [Abel Hugo.]