‹ Le Conservateur littéraire. Edition critique publiéeChapitre 98 sur 115 · LE SONGE · texte numérisé non relu

LE SONGE

Cantate dithyrambique sur l'heureux accouchement de S. A. R. M" la Duchesse de BERRY ; par M. DEBASSIEUX.

Rien de plus bizarre que le plan de cet ouvrage. Le lecteur jugera, par l'analyse que nous en donnons, si l'on a jamais conçu une idée plus extravagante.

5 L'auteur est endormi ; un songe heureux le trans- ^i97] porte au plus haut des cieux, sous les portiques d'un temple magnifique, où se pressent en foule tous les héros français, dans l'attente du jeune prince promis à la France. Bientôt l'enfant royal

10 paraît. Henri IV lui adresse aussitôt un fort beau discours. Après avoir donné à son petit-fils les plus sages instructions sur l'art de gouverner, le bon roi commence le récit de tous les événements qui se sont succédé en France depuis sa mort. Les

i5 princes de sa maison, et surtout Louis XIV, qu'il paraît ne pas aimer, sont loin d'obtenir ses éloges. Mais, partisan zélé de la révolution, Henri en retrace les incalculables bienfaits avec toute la chaleur du sentiment. Continuant à entremêler son

20 récit de sages conseils, il présente à son petit-fils

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les héros de 98 comme des modèles dignes de son imitation, et les Vendéens comme des fils ingrats qui ne méritent que son mépris. Arrivé au fameux règne, Henri ne dissimule point son estime

25 pour le grand homme, auteur de tant de merveilles. Toujours passionné, mais jamais exclusif, le sage monarque aime aussi beaucoup la Charte, la liberté de la presse, la loi des élections, ainsi que l'enseignement mutuel, dont il se déclare le

3o défenseur officieux. Les chefs-d'œuvre des arts et les produits de l'industrie excitent son admiration. Tout à coup, à l'aspect de tant de sublimes productions, un sentiment douloureux oppresse son cœur; il songe à tant d'illustres bannis qui n'ont

35 pu jouir d'un si beau spectacle. Alors, par un mouvement de sensibilité bien naturel, serrant dans ses bras son petit-fils : « Va, dit-il, plaider la cause du malheur devant le trône où tu dois régner un jour. » A ces mots, le jeune prince quitte le ciel;

40 son premier cri sur la terre est un cri de grâce; il est entendu...

En cet heureux moment, le canon des Invalides résonne dans les airs; M. Debassieux, arraché à un songe bien doux, | s'écrie en s'éveillant : [198]

45 J'écoute. . . Douze fois les échos avertis M'annoncent qu'au lieu d'un lis Une rose vient d'éclore.

Elle écloty c'est assez; mes vœux seront remplis. Pour assurer un terme à de longues souffrances, 5o Je demandais un prince intercesseur;

Le ciel sur la beauté place mes espérances, Il nous refuse un frère, et nous donne une sœur.

Qu'une pareille conception soit sortie du cerveau d'un poète bien portant^ voilà ce qui peut 55 étonner; mais ce qui paraîtra plus surprenant encore, c'est que l'auteur n'est pas tout à fait sans talent, et que la versification de sa pièce, sans pouvoir être citée comme un modèle, ne manque cependant quelquefois ni de grâce ni de fraîcheur.

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