CCCLXVI. RAPPORT DE PERNE A L'INTENDANT DES MENUS PLAISIRS
(EXTRAITS CONCERNANT LA CLASSE DE GARAT À L'ECOLE DE CHANT DE L'OPERA ); 1 'j «AI l8l8.
Je n'entrerai point ici dans l'examen des moyens de la classe de M. Garât. Ce professeur n'a pas voulu la tenir à l'Ecole royale, parce qu'il n'y était pas assez payé pour son prétendu mérite colossal, ni fait pour être suhordouné aux règlements. Une douzaine de leçons pendant deux ans, des sarcasmes et un mépris affecté contre les autres professeurs de l'École : voilà les services que M. Garât a rendus. . . Nos professeurs sont découragés, se voyant destinés à être les répétiteurs d'un professeur qui a tellemeut dédaigné de faire partie de l'établissement , qu'il a même trouvé le moyeu de le prédominer indirectement en se faisant attacher à l'Opéra , et les élèves de l'École royale de\aut tous passer dans sa classe avant que de débuter, comme si l'École royale ne possédait pas de professeurs capables de les avancer jusqu'au dernier période.
Je sais tout ce qui se passe à la classe, de M. Carat, à l'Opéra; tout v tend à improuver les études qui se font à l'Ecole royale ou à les regarder sinon comme nulles, au moins à ne les considérer que comme préparatoires. Certes, il n'est pas un des professeurs de l'École qui soit fait pour être le répétiteur de M. Carat. Chaque professeur a son genre, son talent et, surtout, l'inappréciable mérite de fane tout pom l'établissement et pour l'Opéra.
La position où se trouvent ces professeurs, par rapport à l'Opéra, nest pas encore le plus grand inconvénient pour
l'Ecole royale. Les élève* pensionnés par aile reçoivent de l'administration de l'Opère les ordres d'apprendre tels ou tels rôles, de \enir aux leçons el à différentes heures, répéter ou taire déjà telle ou telle partie de service: de sorte (pie les professeurs de l'Kcole ne les voyent point paraître à leurs leçons, et qu'ils ne sont, plus libres de les enseigner sur les rôles qu'ils jugent propres à leurs moyens. Enfin, il y a présentement dans l'Ecole royale double ordre de service, car les élèves de la classe de M. Garât ont à suivie celui qui leur est indiqué par le directeur de l'Opéra, et celui qu'en votre nom et pour le bien et l'avancement des ('lèves, vous m'avez ordonné de diriger et surveiller. Les élèves sont dans les dispositions de s'attacher plutôt à tout ce qui tient à la classe de M. Garai qu'à ce qu'on leur demande pour l'école qui les paye, parce que sans la classe de M. Garât ils ne peuvent espérer de débuter. Si cet état de choses dure , ils {iniront par parler en maîtres . dans les classes de l'école, par manquer les exercices et les répétitions que vous m'avez donné ordre de rétablir, et. par suite, ces mêmes élèves dédaigneront tellement leurs professeurs qui les ont mis dans le cas de débuter, qu'ils ne se présenteront plus à leurs classes.
Voilà, Monsieur l'Intendant, la véritable situation présente de l'École royale par rapport à l'Opéra. Cette école. . . par les menées d'un artiste qui ne connaît que lui seid et qui, du teins du Conservatoire, était l'ennemi le plus prononcé de l'Opéra, deviendra dans un tel état de toute nullité pour les progrès du chant, si les maîtres de cette partie de l'enseignement sont forcés à n'être plus que les répétiteurs de 1 Ecole de l'Opéra.
[Arch. du Conservatoire.]
CCCLXVNF. RAPPORT Al MINISTRE DE LA MAISON BU ROI, TENDANT A I/UGMENT ATION DU CREDIT AFFECTÉ AtfX PENSIONS,
INFÉRIEUR À CELUI ATTRIBUÉ A L'ÉCOLE PRIMAIRE DE CHORON; ^3 MAI l8si.
La lettre que V. E. m'a fait l'honneur de m'adresser le îG mai, relativement à l'Ecole primaire de M. Choron, me donne connaissance des décisions de V. E. à son égard. Ces décisions seront, en tant qu'elles me concernent, exécutées avec la plus ponctuelle régularité. En vous en donnant l'assurance, Monseigneur, je dois avoir l'bonueur de vous soumettre des observations sur l'Ecole royale de musique et de déclamation, cpii, dans la mesure des affections et de la sollicitude de V. E. , doit primer tout établissement de l'espèce, comme elle tient la première place parmi les écoles musicales, non seidement de France, mais d'Europe.
Qu'U me soit permis, Monseigneur, avant d'éveiller votre sollicitude sur les besoins qu'elle éprouve et sur les dangers dont elle est menacée, de faire valoir devant vous les services considérables qu'elle a rendus et qu'elle ne cesse de rendre.
H résulte d'un état que j'ai eu l'honneur d'adresser à M. le comte de Pradel, et qui existe dans les bureaux du Ministère, que l'Lcole royale a fourni depuis quelques années aux théâtres royaux un très grand nombre d'acteurs de beaucoup de talent et d'une indispensable utilité.
L'Académie royale de musique serait en ce moment et depuis longtems fermée, sans les secours que l'Ecole lui a portés : MM. Dabadie , Lafeuillade , Valère ; M"c* Lépy, Teiller, Quiney, Leroux , Sainville soutiennent presque à eux seuls le théâtre , et son avenir dépend absolument de l'Ecole royale. Le Théâtre royal de l'Opéra-Comique , dont les cadres étaient mieux garnis que ne l'étaient ceux du Grand-Opéra, doit néanmoins à l'Ecole royale plusieurs sujets habdes. Le Théâtre-Français s'est également recruté parmi les élèves des classes de déclamation. Le Théâtre royal de l'Odéon, à l'exception de MM. Joanny, Lafargue el un ou deux autres anciens comédiens, présente un personnel composé en entier d'élèves de l'École royale. Enfin, il est de notoriété constante et certaine que. dans les troupes de toute la France, les seuls sujets qui promettent, en ce qu'ils ont de la jeunesse, décèlent du talent et semblent posséder les véritables principes de l'art, sont des élèves de l'Ecole.
Examinant ensuite les résultats des classes instrumentales, il est impossible de ne pas déclarer que les orchestres de la capitale el ceux des départements sont alimentés par l'Ecole, et qu'ils en ont reçu des musiciens de haute distinction, non seulement par un talent d'exécution, mais par des connaissances en harmonie et en composition que lesexécutans d'autrefois ne possédaient point, et que ceux de nos derniers tems, et seulement depuis le rétablissement de l'Ecole royale, en 1816, possèdent à un degré très remarquable.
(.est aussi depuis 1816 que les résultats de l'Ecole royale, dans toutes les parties, ont dépassé l'attente et l'espoir de l'autorité. V. E. en sera sans doute surprise, lorsqu'elle saura que cet établissement royal ne coule à peu près que la moitié
de ce que le Conservatoire coûtait sons le dernier gouvernement; mais aussi, mieux qu'un autre, Monseigneur, vous en concevez la véritable raison, puisque, dans un teins où vous pouviez satisfaire votre goût éclairé pour l'art musical, et lorsque des occupations moins impérieuses vous le permettaient, vous honoriez fréquemment de vos regards l'administration, les classes, les exercices de l'École, et vous y aurez sans doute apperçu une probité d'administration, une sévérité de police et de mœurs, une persévérance d'instruction et d'études, qui seuls ont assuré le succès de rétablissement et qui seuls expliquent comment, au milieu de toutes sortes d'obstacles, de toutes sortes de contrariétés, avec de faibles ressources pécuniaires et une volonté administrative plus faible encore, l'Ecole royale a réellement fait bien plus (pie l'on ne pouvait en espérer. Je manquerais à mon devoir i car je manquerais à la vérité), Monseigneur, si je ne déclarais (pie c'est aux lumières, au zèle et au dévouement absolu de M. Perne, inspecteur général de l'Ecole, que ces résultats sont essentiellement dus.
Après avoir rendu à cet estimable employé ce légitime témoignage, je dois, Monseigneur, avoir l'honneur de faire connaître à \ . E. que, sans de certaines modifications dans le régime financier de l'Ecole, ses résultats seront paralysés et son existence sera compromise.
Le fonds de pension pour les élevés (hommes) est fixé à 12,000 francs; celui des élèves (femmes), à 6,000 francs. Quelque soit la réserve que le jury semestriel mette à accorder ces pensions et quelque soit l'exiguité de la pension commune de chaque élève 1 qui est de 700 francs 1. il est impossible qu'avec des ressources aussi circonscrites, je puisse faire venir à l'Ecole et y éduqner les jeunes sujets reconnus propres à être appelés aux théâtres royaux. En ce moment même, où le correspondant de Bordeaux, corroborant le rapport de M. Dabadie, m'indique deux sujets de grande espérance pour l'Académie royale, l'épuisement des ressources m'ordonne de ne pas songer à eux.
Au milieu des regrets (pie j'en éprouve, Monseigneur, regrets que M. Perne partage vivement, je ce !e à la voix du devoir qui ni ordonne de déclarer franchement à \. E., qu'à moins qu'elle ne reconnaisse que les théâtres royaux; et surtout I académie royale, peuvent et doivent désormais se suffire à eux-mêmes et à moins qu'elle n'admette que l'Ecole royale puisse et doive être condamnée à être dorénavant à peu près stérile en produits dans la partie vocale, il est indispensable d'augmenter ses revenus.
Je dois avouer a V. E., avec une franchise que je la supplie d'excuser, que les espérances et le zèle de M. Perne se sont presque éteints, lorsqu'à côté des restrictions imposées à l'École royale, où 18,000 francs sont accordés à vingt-quatre élèves, tous sortis de l'âge de la mue, tous, par conséquent, parvenus ou près de parvenir à l'âge viril, et tous reconnus aptes et propres à débuter sur un des théâtres royaux, une somme de 27.200 francs est consacrée à l'éducation de seize enfants au-dessous de l'âge de douze ans, parmi lesquels une masse considérable de chances, dont une longue expérience démontre l'exisi née. s'oppose à ce que l'on trouve de longtems un sujet. Et, en effet, quel espoir est-il permis de fonder sur une pépinière de 16 garçons, lorsque les établissements de toute la France, plus de 100 correspondais intéresses, inslilués dans les départemens, et les recherches continuelles de l'administration qui possède, sous ses yeux et sur les bancs de I école, plus de 200 élèves de musique vocale, fournissent à peine 26 sujets des deux sexes échappés aux dangers de la mue, et sur les moyens desquels il est permis de fonder quelques espérances?
Que d années il a fallu, pour découvrir quelques sujets marquais tels que M"'c Duret, M. Ponchard, M. Levasseur, M"r Poclard. (pie l'administration d'alors n'a certainement remarqués et qu'elle ne s'est attachés que lorsqu'ils étaient assez avances en âge et assez à l'abri de toutes les chances qui se rattachent au développement des organes pour qu'elle fut assurée (pie les sacrifices nécessaires à leur éducation tournassent au profit des théâtres et de l'art!
Mon intention et 1 objet de celle lettre n'étant en aucune manière d'établir la moindre comparaison entre l'Ecole royale et celle de M. Choron . et ne voulant ni devant me permettre aucunes réflexions sur les avantages qu'il plaît à V. É. d'accorder a cette dernière, je ne me suis permis de la citer dans ce rapport que comme exemple et comme un argument très propre à prouver que, si pour une école primaire composée de 1G enfants mâles el qui, dès lors, n'est qu'une expérience, il est possible et convenable de porter l(t> largesses royales a la somme de 27,000 francs, la bonne administration et la saine raison ordonnent rpie les ressources appliquées à l'École royale de musique et déclamation , et destinées à être répandues sur des individus de l'un et l'autre sexe, en plus grand nombre et assez avancés en âge pour ne plus offrir que la chance du talent, el non celle de la voix, fussent en proportion avec l'importance de l'établissement, avec la position des élèves, et asec la chance des avantages presque assurés que le Roi doit tirer de ses bienfaits.
A ces observations, la défense des principes el de la vérité nie commande, Monseigneur, d'en ajouter encore une qui, sans doute, fixera l'attention de V. E.: c'est qu'en admettant que les i(J élèves de l'école primaire obtinssent tous et sans en excepter u\\ seul, un succès complet, que tous eussent des dispositions, acquissent du talent et échappassent aux dangers de la mue, dangers que l'expérience démontre être de plus de cent contre un, même alors, Monseigneur, ces 16 élèves aboutiraient de droit et de nécessité à l'Ecole royale, où seule ils pourraient recevoir l'ensemble d'instruction sans lequel ils ne sauraient être ni chanteurs ni acteurs: et, dès lors, chacun d'eux, après avoir reçu, depuis l'âge de G jusqu'à 10 ou 1 fi ans, à l'école primaire, un secours annuel de 5,700 francs, ne pourrait plus espérer de toucher, pendant les dernières années des études, alors que l'âge, le développement des organes el la position tout autre, exigeraient beaucoup plus de ressources, qu'une pension de y5o francs.
Cette combinaison serait vicieuse; elle serait subversive de tous les principes qui régissent la matière et qui veulent que l'enfant qui éprouvé moins de besoins et qui ne présente que de très faibles cbances de succès, soit peu secouru: qu'à mesure que son âge augmente et (pie les incertitudes qu'ils offrent diminuent, il le soit davantage, et enfin que le maximum du bienfait soit accordé au jeune sujet prêt à quitter l'école pour monter sur le théâtre, et pour y acquitter, par son talent et ses utiles services, la dette qu'il a contractée envers le Roi.
Aux faits déjà énoncés se rattachent, Monseigneur, des circonstances très importantes et qui vous sembleront, sans doute, dignes d'une attention particulière. Nul secours n'est accordé aux classes de déclamation , de telle sorte que, dans plus d'une circonstance , il a fallu ceux de la bienfaisance individuelle pour que les débuts du jeune sujet de mérite pussent avoir lieu.
Dans la répartition des bienfaits, c'est, selon moi, avec grande raison que nulle portion des fonds n'est spécialement employée à faire des choristes. L'École, composée de presque tous les premiers talens de l'Europe, forme des musiciens, enseigne les vrais principes du chaut, développe les voix et dirige vers les chœurs ceux que l'expérience et les épreuves démontrent ne pas être propres au récit. Le travail ainsi ordonné est une sorte de distillation dont la partie la plus pure passe aux rôles, el dont le résidu est appelle à former les masses chorales.
J'ai l'honneur de soumettre les faits et les observations contenus eu ce rapport à l'attention particulière de V. E., en la suppliant d'ordonner que, dans la répartition des sommes que le Roi accorde à l'instruction, l'Ecole royale soit dignement et convenablement dotée: que celle école, qui seule peut alimenter les théâtres royaux et ceux de toute la France, ne soil pas arrêtée dans sa marche et paralysée dans ses résultats par l'absence des moyens absolument nécessaires pour le service de son pensionnai vocal, el que la somme de 18,000 francs spécialement affectée aux pensions d'élèves reçoive un accroissement tel, que le nombre de ces élèves ne soit pas trop restreint: que les secours à accorder à chacun d'eux ne soient pas, dans une multitude d'occasions, par trop exigus, et que ces secours puissent être sagement et dans de justes proportions appliqués, avec l'approbation de V. E., aux élèves de la déclamation comme à ceux du chant.
La pressante demande que j'ai l'honneur d'adresser à cet effet à V. E. est moins encore le résultat de mes observations et de mes réflexions personnelles, qu'elle n'est celui des réclamations de l'Inspecteur général et de MM. les Professeurs de l'Ecole que le découragement gagne el qui tous renonceraient à leurs honorables fonctions, si le zèle avec lequel ils les remplissent devait être sans résultats pour leur réputation et sans fruit pour les théâtres
[Arch. du Conservatoire.]
CCCLXIX. AVIS DU CONSEIL CONSULTATIF RELATIF A LA PRESENTATION ET A L'EXAMEN D'UN PROJET D'ORGANISATION