‹ Le Conservatoire national de musique et de declamationChapitre 130 sur 473 · DE L'ÉCOLE ROYALE; A JUIN · texte numérisé non relu

DE L'ÉCOLE ROYALE; A JUIN

Sur l'objet relatif à l'organisation de l'Ecole royale de musique, le Conseil consultatif en a conféré avec M. Boutard, chef de la 4' division du Ministère, lequel a déclaré qu'il n'avait d'autres renseignements à fournir (pie les budgets de celte école pour les quatre dernières années, et qu'il était prêt à les transmettre. En conséquence, le Conseil a l'honneur de faire observer à S. E. qu'il n'a aucun moyen de se procurer les réglemens relatifs à i'orgauisation de cette Ecole, pour le tems où elle avait le titre de Conservatoue de musique, sous la direction de M. Sarrette. Il parait que ces réglemens doivent se trouver, soit au Ministère de l'intérieur, soit dans les bureaux de M. de la Ferté: le Conseil pense donc qu'il y a lieu d'inviter S. E. à vouloir bien les faire réclamer officiellement.

En même teins, ii paraîtrai convenable au Conseil qu'un rapport sur ladite Ecole, auquel pourrait être joint un premier projet d'organisation, fiit remis à S. EL par l'administrateur qui est actuellement chargé de cet établissement. Le Conseil est d'avis que ce ne sera que par ce moyen qu'on obtiendra une connaissance exacte de l'état actuel des choses, connaissance qui est indispensable pour l'organisation dont il s'agit: que ce projet ne saurait être proposé et discuté par les mêmes personnes: qu'il sera incomparablement plus utile que le projet d'organisation définitive soit présenté par les personnes qui sont dans l'intérieur de l'établissement, et discuté par celles qui sont à l'extérieur; qu'ainsi, ce projet, quelqu'il soit, doit être proposé par l'administration de l'École et rédigé par elle en articles accompagnés d'annotations en marge indiquant les motifs de propositions , pour devenir ensuite l'objet de l'examen du Conseil consultatif. Ce sera alors que le Conseil se trouvera en élal de proposer à S. E. un avis motivé avec connaissance de cause, et de lui soumettre, s'il y a lieu, soit un projet destiné à remplacer celui de l'administration, soit seulement les modilications dont ce dernier lui aurait paru susceptible. lie Conseil consultatif, après avoir rédigé ces observations, a terminé sa séance.

[Arch. nal., O3 1801.]

CCCLXX. — RAPPORT DE PERNE A L'INTENDANT GENERAL, SUR LA SITUATION DE L'ÉCOLE; DESIDERATA; 10. NOVEMBRE 182 1.

Au moment où des considérations qui me sont personnelles et qui, toutes entières en faveur de l'art musical, m'ont porté à vous faire connaître le désir que j'avais d'obtenir ma retraite après trente années consécutives de service, je croirais manquer à la confiance dont vous avez daigné m'honorer pendant le temps que j'ai porté tous mes vœux et mes efforts à diriger un établissement royal qui, en 1816, vous dût sa réinstallation (et cela en raison de son organisation primitive que M. votre père obtint de M. le baron de Breteuil en 1 784), si je ne vous faisais connaître , Monsieur l'Intendant , quels ont été les résultats plus ou moins satisfaisants, que vous avez pu obtenir de ce même établissement qui rentrait dans les attributions du Ministère du Roi.

Le Conservatoire de musique, dont l'excellence des études et la brillante exécution des exercices-concerts avait rempli d'admiration l'Europe musicale, se ressentant des .événements politiques des années 18 1 A et 18 1 5 , ne donnait depuis plus de deux ans aucun élève qu'on eût pu citer, sans parler du personnel des élevés des classes instrumentales qui étaient disséminés: aussi au Conservatoire, dans les classes de solfège, les classes de chant, au second semestre de 1816, étaient dans un tel état de dénument que le comité de l'Ecole royale crut devoir faire, le 9 août, un examen général et scrupuleux des élèves de solfège pour faire passer dans les classes de chant les individus que l'on pouvait présumer devoir

donner des espérances En 1817, vous établîtes une correspondance dans les départements pour

trouver des voix et des sujets, et vous n'eûtes qu'à vous féliciter de cette mesure. Elle vous procura plusieurs élèves qui par suite débutèrent à l'Opéra ou à l'Opéra-Comique. Les professeurs, remplis de zèle pour soutenir dans l'Ecole royale la haute réputation du Conservatoire, étaient d'une exactitude remarquable. L'inspecteur général, et eux, n'aspiraient (pi' au moment où des exercices publics pourraient mettre en évidence les fruits de leurs travaux.

Ce zèle et cette émulation parmi les professeurs étaient sans cesse alimentés par l'espoir d'une amélioration dans le traitement de la plupart des professeurs et des employés. Il n'y en avait pas un qui ne fut persuadé que le personnel de l'Ecole royale, qui en 1816 ne coûtait que 45, 000 francs, avait coûté pour le Conservatoire les années précédentes 107,100 francs. De plus, l'administration qui, sous le Conservatoire, coûtait 3o,ooo francs, ne coûtait plus que 5,ooo francs. Ces professeurs étaient donc fondés à espérer de la justice de l'autorité le rétablissement de leurs traitements aux mêmes taux que sous le Conservatoire, lorsque des temps meilleurs le permettraient, et cet espoir d'amélioration dans les traitements portait ces mêmes professeurs à aider l'Inspecteur général à faire les répétitions et les concerts qui commencèrent à avoir lieu en 1817 dans la petite salle, et en 1818 et 1819 dans la grande salle. Les exercices qui sous le Conservatoire étaient de véritables concerts de premiers jeunes virtuoses sortis de l'établissement et des élèves des classes, étaient payés par le public, les fonds de recettes servaient à payer les exécutants, et par conséquent assuraient l'exécution. Ces recettes servaient aussi à faire un fonds pour les veuves des professeurs décédés sans droits à la pension. Mais à l'École, cette grande ressource était nulle pour les élèves, et les règlements ne permettant pas de faire coopérer à l'exécution des concerts aucun étranger à l'établissement, il s'ensuivit que les exercices qui eurent lieu ne furent que des réunions d'études entièrement à l'avantage des élèves et privé de cet éclat que produit toute exécution

donnée pour satisfaire le goût du public. Vous sollicitâtes plusieurs fois quelques fonds pour subvenir m premières dépenses de ces exercices, Monsieur l'Intendant, et en assurer l'exécution au moyen de quelques jetons d'émulation accordés aux élèves, mais l'étal des dépenses ne permit probablement pas de vous accorder votre demande.

Vous fîtes plus, vous donnâtes un projet d'organisation d'une troupe d'élèves qui sous vos yeux et dans la grande salle eut joué publiquement les chefs-d'œuvre des grands maîtres tragiques., comiques et lyriques. Mais le manque de fonds vint encore faire ajourner des mesures qui tendaient à rendre l'Ecole royale l'établissement théâtral le plus utile de l'Europe.

La correspondance (pie vous aviez établie dans les départements, permettant d'entrevoir quelle pourrait alimenter un pensionnat de sujets choisis, où les études eussent élé particulières aux heures qui n'étaient pas celles employées par l'Ecole royale, ce pensionnai aurait obvié aux inconvénients de laisser les élèves livrés à eux-mêmes. Vous files des demandes de fonds peu considérables, mais vous avez attendu jusqu'à ce jour que ces mêmes demandes puissent être prises en considération. Cette ressource d'un pensionnat existait sous le Conservatoire, où les élèves marquante du chant étaient sous l'autorité d'un directeur de ce pensionnat. Cette partie administrative du Conservatoire a coûté, pendant quelques années, plus de 5o.ooo fr. par an, et après réduction, la dépense n'a pas été moins de -3^,000 à q5,ooo francs.

Vous fûtes persuadé, M. l'Intendant, ainsi que les membres du Conseil d'administration, que quelques écoles succursales de chant instituées dans le midi et dans le nord de la France seraient des séminaires d'une grande ressource et d'une grande importance pour le recrutement des voix pour les théâtres royaux; vous fîtes connaître vos intentions, mais toujours le manque de fonds était là pour empêcher qu'aucune mesure ne fût prise pourMonner à l'Ecole rovale une splendeur que le Conservatoù'e avait due à la libéralité du Gouvernement, à la jeunesse et au talent des professeurs.

Cependant l'Ecole royale, privée de toutes ces ressources, a-t-elle été sans donner des produits, ainsi que le répandent, dans un public musical avide de changement, certaines personnes, intéressées peut-être à déguiser ou même à méconnaître l'évidence qui est en faveur de l'Ecole royale?

Pour prouver que cet établissement n'a rien produit depuis six ans, qui seront bientôt révolus, M. l'Intendant, il en serait au moins nécessaire que les détracteurs de l'Ecole puissent dire qu'aucun de ses élèves ne fait partie des théâtres royaux ou que ceux qu'il a donnés pour si médiocres que la province seule a pu leur donner asile. Cependant ne pourrait-on pas demander au directeur de l'Opéra et aux administrateurs des deux théâtres Français et de Feydau, s'il leur est possible de faire leur service sans les jeunes gens de l'Ecole, qui présentement font partie de leurs cadres? Demandez au directeur de l'Opéra que M1 "Leroux, Quiney, Caroline Lepy, Sainville, Letellier et MM. Dabadie et Lafeuiilade quittent la scène où ils ont été admis, et s'il ne répond pas alors qu'il faut fermer la porte, je passe condamnation. Mettez de côté les i4o élèves qui sont sortis de l'Ecole royale, tant dans le chant que dans la déclamation et la partie instrumentale, depuis 1816 jusques et compris le 1er novembre de cette année, élèves qui sont répandus dans les cadres du chaut et des orchestres de théâtres royaux et secondaires, ainsi que dans les concerts des vdles, des déparlements et dans les troupes de comédie et d'opéra des grandes vdles, et que l'on prouve ensuite que l'état musical en France aurait pu se suffire à lui-même par les résultais de l'Ecole royale et je serai le premier à avouer que cet établissement a été de toute utilité dans ses produits.

Vous avez eu à plusieurs reprises l'état nominatif de tous ces élèves, M. l'Intendant, je n'avance donc rien qui ne soil prouvé et j'ajouterai, de plus, que les cadres de l'Ecole ont un personnel d'élèves qui, s'il est bien dirigé, doit donner dans 7 ou 8 ans les mêmes produits, la note de ces élèves est ci-jointe.

Au moment où une nouvelle organisation va fixer probablement le sort des professeurs et qu'une administration ferme et juste prendra de nouvelles mesures pour assurer le ser\ ice dans l'établissement et , par conséquent , amener des produits satisfaisants, je ne puis que former les souhaits les plus ardents pour que le directeur, quel qu'il soit, n'ait pas à lutter contre les obstacles sans cesse renaissants qui jusqu'ici ont entravé la marche des éludes. Il est donc à désirer : i° que MM. les professeurs de chant soient d'accord entre eux sur la manière d'enseigner le chant: 2° qu'ils ne préfèrent pas tel ou telle élève à tel autre par des considérations particulières et étrangères à l'établissement; 3° que les professeurs, en général, ne regardent pas l'Ecole royale comme le pis-aller de leurs affaires, et que beaucoup s'astreignent à tenu" leurs classes la période entière: 4° qu'aucun d'eux ne puisse s'absenter, sans qu'un répétiteur, payé par lui et avoué par le Comité d'enseignement, ne le remplace, afin que des élèves pensionnés ne se trouvent pas pendant des mois

entiers sans leçons, soit parce que le professeur a des répétitions au théâtre royal dont il fait partie, soit parce qu'il a un congé pour aller faire ses affaires dans les départements , ou parce qu'il est d'un comité de lecture, ou parce qu'il a une pièce nouvelle à monter, soit parce qu'il est malade et que sa poitrine est fatiguée, soit parce que le temps est brumeux et qu'en pareil cas un chanteur ne peut se déplacer sans risquer de s'enrhumer, parce qu'il est de service a la chapelle, le service du Roi passe avant celui ue l'École royale, etc.

Il est encore à désirer, dans l'intérêt des professeurs : i° que l'autorité leur restitue le traitement que précédemment plusieurs d'entre eux avaient au Conservatoire, de manière à ce qu'ils ne soient pas lésés dans la pension qu'ils ont déjà méritée par leur temps de service; 2° que toutes recommandations données à des aspirants par des personnes puissantes soient considérées comme nulles, quand les protégés sont des êtres insignifiants sous le rapport de l'art; 3° (pie les élèves de l'établissement ne soient pas enlevés par les théâtres (en raison des besoins que ces théâtres éprouvent et pour ne pas fermer les portes au public), avant que les études de ces mêmes élèves fussent terminées, ce qui mettrait de nouveau l'école dans le cas de ne pouvoir donner des exercices qu'avec les élèves les plus médiocres et paralyser les ressources les plus assurées: h" de donner des émoluments aux élèves de déclamation qui ont des dispositions afin que, formés par l'Ecole, ils ne la quittent pas pour aller chercher leur subsistance dans les départements, dès qu'ils peuvent bégayer un rôle ou que les élèves femmes étant soldées pour faire leurs éludes ne s'occupent pas, ostensiblement du moins, de chercher qui peut subvenir a leurs dépenses; 5° que tout professeur de déclamation qui a été praticien au théâtre, et tout littérateur qui n'a pas mis le pied sur les planches, s'entendent ensemble pour convenir de la meilleure manièiv d'enseigner la déclamation, afin que ces Messieurs ne soient pas sans cesse en opposition les uns avec les autres; 6° enfin que tout professeur ait la religion de son état et qu'il ne croie pas avoir rempli son devoir quand il est venu signer son registre, passer son temps à causer et à faire de l'esprit dans sa classe au lieu de donner ses leçons, pour le plus grand profit et l'honneur de l'école, dans l'intérêt de l'art en général et non le sien en particulier.

[Arch. du Conservatoire.]

CCCLXXI. PERNE DEMANDE SA MISE À LA RETRAITE; PROPOSITION DE LE NOMMER BIBLIOTHECAIRE; 10, MARS l89 3.

Au Ministre de la Maison du Roi.

J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de V. E. la demande formulée par M. Perne, inspecteur général et bibliothécaire de l'École royale de musique et de déclamation. Cette demande est celle de la retraite, à l'expiration de la 3me année de son service: elle est appuyée de deux certificats et d'un extrait baptislaire qui prouve que M. Perne est dans sa 5o'ne année. Un pénible devoir, Monseigneur, c'est celui que je remplis en appuyant la demande de l'employé plein d'honneur, de talent et de zèle, dont je regretterai vivement la perle, et dont je voudrais pouvoir prolonger les services; mais ceux de M. Perne ont duré 3o années, et je ne doute pas que, dans sa haute et bienveillante justice, V. E. m'ordonne que tout le bénéfice des ordonnance; ne soit accordé à celui qui a servi si longtemps et si bien.

Les regrets que me cause la perle de M. Perne m'ont fail naître à son égard une idée : il est dans la force de l'âge, ses facultés ont toute leur vigueur, à tel point qu'il n'abandonne ses fonctions qu'atin de pouvoir se livrer exclusivement à des recherches et à des travaux de littérature musicale qui doivent completter sa réputation.

Dans cet état de choses, je conçois l'espoir qu'en ajoutant une somme annuelle d'environ 700 à 800 francs à la pension à laquelle M. Perne aura droit, il consentirait à conserver la place de bibliothécaire de l'École. Nul n'est plus propre que lui à remplir cette place, dont les devoirs se trouveraient absolument d'accord avec la vie studieuse à laquelle il veut désormais se livrer; et enfin, pour achever de démontrer à V. E. combien cette idée est heureusement conçue dans l'intérêt du service, il y aurait une économie annuelle de i,3oo francs au moins sur les dépenses de la Bibliothèque. . .

[Arch. du Conservatoire.]

CCCLXXII. DE LA FERTE EXPOSE AU MINISTRE SES VUES SUR LA SITUATION DE L'ECOLE, IL REVENDIQUE SES DROITS

ET DEMANDE A ETRE CONSULTE SUR LES MODIFICATIONS PROJETEES; 23 MARS l832.

V. E. arrête en ce moment même, ses regards sur l'École royale, elle semble manifester l'intention d'en changer l'organisation; pour la première fois depuis la distribution des prix elle l'honore de sa présence; le moment me semble

éminemment propre à L'exposition de certains faits que \ . E. ignore peut être et qu'il est indispensable de lui faire connaître.

L'École royale lut instituée en 178a sous l'Intendance de mon père, et le Ministère du baron de Breteuil. Je ne m'étendrai point sur les vicissitudes qu'elle éprouva et sur l'accroissement qu'elle prit pendant la durée de la Révolution, depuis 179a jusqu'en 181/i. Les événements de celte dernière époque l'atteignirent au point de suspendre ses utiles travaux et de menacer son existence, et ce fut alors que S. E. le Ministre de l'intérieur (l'abbé de Montesquiou), songeant à conserver l'Ecole dans les attributions de son Ministère, m'en lit proposer la direction avec un traitement de 10,000 francs. Je soumis alors tous les détails de mes entretiens avec S. E. à M. le comte de Blacas et à M. le duc d' Vumontqui tous deux m'autorisèrent à accepter ses offres. Je pris de moi-même un tout autre conseil, me rappelant L'origine de L'Ecole et voulant conserver au Ministère de la maison du Roi un de ses plus honorables apanages, je refusai les propositions qui me furent faites, j'oubliai mes intérêts pour ne songer qu'à ceux du Ministère de la maison, et je réussis à maintenir l'Ecole royale de musique et de déclamation sous son autorité.

Si j'avais pu foire prévaloir mes idées et foire adopter mes propositions, beaucoup de choses qui ont été faites ne l'eussent pas été, et beaucoup d'actes et de combinaisons dont l'adoption a été proposée et vivement sollicitée par moi eussent sans doute produit des résultats tout autres que ceux que Ion a obtenus. Je n'aurais point sacrifié les véritables intérêts de l'Ecole et ceux des théâtres à la pressante nécessité du moment, et l'établissement d'un pensionnat que je n'ai cessé de demander enl puissamment concouru à la formation d'acteurs dignes et capables de figurer sur nos grands théâtres. Avec plus de secours, et plus d'appui de la part du Ministère, je n'aurai pas vu le découragement s'introduire dans l'Ecole et l'émulation s'en éloigner, elle serait en un mol ci; que \. E. voudrait qu'elle fut, et ce qu'elle ne deviendra qu'en adoptant a son égard îles idées et des plans, sous plus d'un rapport, différents de ceux adoptés jusqu'à ce jour.

Pour rendre l'Ecole digne à la fois de la Erance, de la réputation (pie l'Europe lui accorde et de la munificence [loyale qui la soutient. V. E. semble croire que la forme de son administration doit être changée. Si j'émettais une opinion contraire, elle pourrait être suspectée de partialité, et cependant. Monseigneur, j'ai cette opinion, sans vouloir en ce moment la développe]' autrement, qu'en déclarant que l'Ecole deviendra grande et productive par de bonnes institutions réglementaires, par un léger accroissement dans le fonds qui lui est accordé: par l'émulation et par la protection et l'appui de V. E. ; sans ces conditions les administrateurs quels qu'ils soient, à la direction desquels L'École pourrait être confiée, ne saurait la conduire à bien.

Cette déclaration, qui est la seule que je crois devoir faire à V. E. , pourra arrêter sérieusement sa pensée sur la question de savoir si , malgré mes droits héréditaires, malgré ceux qui résultent pour moi d'une finance de 5oo,ooo francs, malgré le désintéressement dont j'ai fait preuve, et malgré l'émulent service que j'ai rendu au Ministère de la maison du Roi en lui conservant une de ses plus belles attributions, je dois être dépouillé des miennes.

Si Y. E. se détermine à me les enlever en tout, ou en partie, je me soumettrai à sa décision sans autres réllexions que celles-ci : c'est qu'il serait fâcheux pour l'établissement que je ne fusse pas interrogé sur les modifications qu'il peut être question d'y introduire et qu'il serait injuste et humiliant pour moi de ne pas être consulté sur le choix de l'administrateur, ou des administrateurs qui pourront succéder en tout ou partie à mes attributions et avec lesquels nécessairement je me trouverai en rapport. Sur les choses comme sur les hommes mes avis ne sauraient être de trop; ils seront le fruit d'une longue expérience, et V. E. ne pourra qu'en tirer quelque avantage.

Je me résumerai par conséquent à lui demander : i° qu'elle veuille bien, avec une équitable sévérité, prendre en considération mes droits et mes litres personnels: 2° qu'en supposant que, dans sa sagesse, elle veuille y porter atteinte, je sois consulté , entendu, non dans mon propre intérêt, mais dans celui de l'Ecole royale, et que V. E. daigne nf appeler a la discussion qui va s'ouvrir sur les modifications qui pourront être introduites daus le régime actuel de l'Ecole royale el sur le choix des personnes qui pourront être chargées de son administration future. Je suis, etc.

Le baron de Làfertk.

i Arrli., nal. 0" 17:50.]

1 u\s..ll\ ITIMRK.

218 l/KCOLE ROYALE DE MUSIQUE, 1822.

CCCLXXIII. LE MINISTRE DESAPPROUVE L'ADMINISTRATION DE DE LA FERTE ET LUI RAPPELLE SES DEVOIRS;

l5 AVRIL l82 5.

M. le baron de La ferlé.

Monsieur le Baron, je n'ai tardé jusqu'à ce moment à répondre à votre lettre du a3 mars dernier que pour me laisser le temps de terminer auparavant l'ensemble du travail relatif à l'Académie royale de musique et aux autres théâtres royaux. Les résultats de ce lra\ail m'amènent naturellement à traiter les questions que vous avez cru devoir m opposer.

Vous me priez, en les résumant, i" de vouloir bien, avec une équitable sévérité, prendre en considération vos droits et vos titres personnels sur l'Ecole royale de musique; a0 vous demandez qu'en supposant que, dans ma sagesse, j'y veuille porter atteinte, vous soyez consulté et entendu, non dans votre propre intérêt, mais dans celui de l'Ecole royale et que je vous appelle à la discussion qui va s'ouvrir sur les modifications qui pourraient être introduites dans le régime actuel de l'École royale et sur le choix des personnes qui pourraient être chargées de son administration présente.

C'est avec regret que je me vois dans la nécessité de vous faire observer, Monsieur le Baron . que depuis mon arrivée au Ministère , j'ai eu souvent lieu de m'apercevoir que vous n'aviez pas une idée exacte de vos fonctions et de vos attributions. Si vous voulez bien vous reporter à l'époque de l'ordonnance du 1* novembre 18-20 et même au temps qui l'avait précédé, vous vous rappeleriez que l'Intendance des théâtres devait être supprimée, celle de Menus-Plaisirs réunie au Garde-meuble et la direction des fêtes et spectacles de la Cour donnée en dédommagement à l'un ou l'autre des deux intendants qui d'ailleurs aurait conservé un traitement égal au traitement attaché à ses anciennes fonctions.

C'est dans cet état de choses que j'ai trouvé vos intérêts, et à coup sur j'aurais pu regarder dans la ligne de mes devoirs comme dans les règles de la justice de vous appliquer ses conséquences, dont je devenais d'autant moins responsable que je n'avais pas été appelé à en discuter le principe, et que d'ailleurs elles assuraient honorablement vos intérêts et vos droits. Cependant j ai conservé l'Intendance des théâtres en vous expliquant comment j'entendais vos fonctions, je vous ai dit alors et répété plusieurs fois depuis que l'intendant des théâtres était délégué par le Ministre pour exercer une haute surveillance sur les théâtres royaux, qu'il devenait le point central de la correspondance et de la comptabdité, enfin le représentant du Ministre vis-à-vis de ces théâtres et que, dès lois, vous deviez vous abstenir d'entrer dans les détads de l'administration comme partie active, à moins qu'il ne s'agit de leur donner une direction, et que pour contrôler avec fruit les actes d'administration des divers théâtres il fallait nécessairement être placé en dehors de celle administration: je n'ai fait dans ces instructions que vous répéter le contenu des ordonnances etédits royaux rendus tant avant la Bévolution que pendant les premières années de la Bestauration , peut être aurais-je du en maintenir l'exécution rigoureuse et ai-je à me reprocher de mètre laissé entraîner, par des sollicitations dictées par des intérêts personnels, à des concessions qui ont amené des résultats différents de ceux que j'avais le droit d'en attendre. Quoiqu'il en soit j'ai consenti à vous laisser entrer dans les détails de l'administration de l'Opéra, mais les motifs qui me déterminèrent alors ne subsistent plus aujourd'hui. L'administration de l'Opéra était à cette époque soumise à l'action et ne se trouvait réellement sous aucune autorité spéciale.

H serait superflu de répéter ici ce que j'attendais du mode d'administration, tel qu'il fut alors établi, mais je ne puis m'empècher de vous dire avec franchise que, depuis mon entrée au Ministère, je ne vous ai vu occupé qu'à défendre contre moi ce que vous appelez vos droits héréditaires, vos privilèges et votre autorité; je n'ai pas trouvé en vous l'assistance sur laquelle je devais compter pour faire prendre au service des théâtres une marche satisfaisante et régulière et, au contraire, une opposition sourde et constante a paralysé toutes les réformes salutaires que je voulais opérer. Enfin le résultat de ces dispositions a été de faire avorter les vnes que j avais conçues dans l'intérêt des théâtres en conservant, sous le titre d'Intendant, un surveillant et un contrôleur de toutes les opérations administratives relatives à chacun d'eux et dans lesquelles il ne serait entré que pour en faire connaître à moi seul les abus et les avantages.

Cette position . soyez-en convaincu , Monsieur le Baron , aurait ajouté à votre considération au lieu de lui rien enlever et vous aurait donné des privilèges et des droits plus précieux encore que ceux que vous mettez tant d'intérêts à conserver ; dans l'état actuel U vous est impossible de suivre avec succès les détails de l'administration de cinq théâtres et de l'Ecole royale, mais il vous deviendra facile d'en surveiller l'ensemble et d'aider à leur imprimer une bonne direction lorsque vous vous

enfermerez dans les attributions que j'ai indiquées plus haut. Mors vous me mettrez ii même de juger par \<>s rapports et par le contrôle que mis connaissances vous donnent plus de moyens qu'un autre d'exercer avec succès des dispositions les plus utiles pour appliquer à chaque théâtre les règlements qui lui conviennent, alors seulement vous pourrez juger que vos fonctions beaucoup plus faciles à remplir, plus honorables à exercer rendront à votre place toute la considération à laquelle vous avez droit de prétendre et nie donneront à moi-uième toute la sécurité qui doit résulter d'une marche administrative fixe et régulière.

Quant à l'Ecole royale, vous n'avez pu raisonnablement être surpris de me voir occupé de sa réorganisation lorsque, depuis sept ans qu'elle existe sous le régime actuel, il u"a pas été possible de lui donner encore un règlement convenable et complet. Celle absence de règlement cl d'autorité spéciale qui put y suppléer a favorisé dans le régime de l'Ecole, l'introduction de grands vices et j'ai pu juger par ma propre expérience, le jour même où je l'ai visitée et où ma visite était cependant annoncée, combien est insuffisante l'instruction (pion y peut recevoir, je sais à n'en pouvoir douter jusqu'à quel point une grande partie des professeurs pousse la négligence et l'incurie dans l'exercice de leurs devoirs, et cependant depuis 18 mois que je suis au ministère je suis encore à attendre de vous des observations et des propositions sur la

nature et les moyens à réprimer les abus

[Arcb. nal., 0S 17.H5.]

CCCLXXIV. LE MINISTRE DK LA MAISON DE ROI ANNONCE VI BARON DELAFERTE L'ADOPTION

D'IMPORTANTES MODIFICATIONS AU REGIME DE L'ECOLE; 1Q. AVRIL l8^2.

M. le Baron, le résultat de mes observations sur l'Ecole royale a été de me faire sentir la nécessilé d'apporter à son régime actuel quelques modifications importantes, dont je m'empresse de vous fau-e part. Je vous ai déjà fait connaître que mon intention ('-lait d'établir désormais deux pensionnats , l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes, et l'établissement prenant ainsi un nouvel accroissement, j'ai jugé nécessaire de lui donner sur-le-champ une organisation nouvelle, plus appropriée à ses besoins et aux résultats que j'ai le droit d'en attendre.

En conséquence, la place d'inspecteur général de l'École royale sera supprimée et remplacée par celle de directeur. Ce directeur aura pour attributions spéciales l'examen et la direction de l'enseignement, ainsi que la surveillance et la police des deux pensionnats, et pour l'aider dans cette partie de ses fonctions en ce qui concerne la comptabilité et le matériel, il lui sera donné un adjoint sous le lilre de chef du matériel de l'Ecole.

J'ai l'ait choix, pour la première de ces deux places, de M. Cberubini, dont les fonctions cesseront comme professeur de composition, et qui ne sera pas remplacé en cette qualité. Les professeurs de composition ne seront plus, en conséquence, qu'au nombre de trois, et le traitemenl de M. Boyeldieu, l'un d'eux qui se trouve moins rétribué' (pie ses collègues, sera porté à 3,ooo francs.

J'ai également fait choix, pour chef du matériel, de M. d'Henneville Quant à M. Perne. dont les fonctions

vont cesser et dont la pension de retraite va être réglée sur sa propre demande, il conviendra de lui confier, avec un traitemenl supplémentaire ei peu considérable, la conservation de la Bibliothèque de l'Ecole

Telles sont, M. le Baron, les dispositions principales que j'ai cru devoir adopter et qui amènent tout naturellement des modifications dans le règlement de l'Ecole tel qu'il existe... L'Ecole royale va se trouver, vis-à-vis de vous, dans la même situation que les administrations des théâtres royaux: vous aurez, par conséquent, à y exercer la même surveillance en restant l'intermédiaire de cet établissement avec mon Ministère; c'est par vous que doivent passer les propositions à faire dans son intérêt ainsi que la correspondance. Je suis convaincu que ce nouvel ordre de choses, qui ne vous oblige qu'à cette sorte de surveillance exigible d'un chef de service dont les fonctions sont aussi étendues que celles qui vous sont confiées, tournera au profit de l'Ecole, en vous plaçant au-dessus d'elle à une hauteur convenable et en vous donnant ainsi plus de moyens de m'éclairer sur l'importance de ses résultats.

Eu attendant que toutes les dispositions qui doivent achever cette organisation soient arrêtées définitivement, veuillez me proposer l'installation de M. Cherubini, afin qu'il remplisse provisoirement les fonctions confiées jusqu'à ce moment à l'inspecteur général.

[Arcb. nat., O3 1798 et 1735.]

Page 1