CHAPITRE H. — Constitution de l'enseignement
L'enseignement est divisé en sept sections :
i" L'enseignement élémentaire , qui comprend l'étude du solfège, l'harmonie orale, l'étude du clavier, l'étude des râles; 3° le chant; 3" la déclamation lyrique; à" le piano , la harpe; 5" les instruments a archet; 6" les instruments à vent; 7° la composition, l'harmonie et l'orgue.
L'école de déclamation spéciale, qui fait partie du Conservatoire, est l'objet d'un chapitre particulier.
Nous avons également réservé pour un chapitre spécial la création de classes complémentaires dont l'enseignement peut être appliqué soit à la musique, soit à la déclamation. Elles ont pour but de donner aux élèves des connaissances générales qui se rapportent à ces études et les rattachent à des idées d'un ordre plus élevé : ce sont les classes de littérature et d'histoire appliquées aux arts lyrique et dramatique, d'histoire de la musique et de langue italienne.
DISPOSITIONS GÉNÉRALES
Toutes les classes sont faites dans le sein du Conservatoire.
Des raisons de santé ou les occupations de quelques artistes appartenant au théâtre avaient motivé quelques exceptions à cette disposition. Elles doivent disparaître.
Les mères des élèves femmes sont admises à assister aux leçons. Les classes, de deux heures chacune, ont lieu trois fois par semaine, à l'exception de celles de déclamation spéciale , qui n'ont lieu que deux fois.
Les professeurs de cette spécialité étant au nombre de trois, et chacun admettant dans sa classe les élèves de ses collègues, chaque jour de la semaine aura ainsi, le matin, une classe pour tous les élèves. Cette distribution suffit aux besoins de l'enseignement
Les classes comprises dans le chapitre iv n'ont lieu qu'une fois par semaine.
Cet enseignement littéraire et scientifique ne peut, à raison des diverses occupations des élèves, comporter qu'un nombre limité de leçons.
Une instruction ultérieure , dressée par le Comité général d'enseignement, déterminera quels sont les auteurs dont les ouvrages devront être particulièrement livrés aux études des élèves, sans toutefois exclure les ouvrages d'un style différent.
L'enseignement du Conservatoire doit être large et libéral.
PROJETS DE REORGANISATION, 1848.
11 doit donner accès à tous les genres, admettre tous les progrès, toutes les formes de l'art, mais il doit conserver, avant tout, le culte et la tradition des auteurs classiques, dont l'étude sera toujours la base de toute éducation solide. Le Comité général d'enseignement, composé, ainsi qu'il sera exposé ci-après, des sommités de l'art musical prises à l'élection dans le sein de l'établissement et au dehors, devra offrir toutes les garanties de lumière et d'impartialité désirables pour que le cboix de ces ouvrages soit fait d'une manière éclairée et comprébensive.
Toutefois cet esprit d'éclectisme doit subir une exception en ce qui concerne l'enseignement élémentaire. Si la diversité des styles et des genres est un élément nécessaire d'une éducation complète, les premiers pas doivent être guidés par l'unité de méthode. Tel est l'objet de la disposition ci-contre.
SECT10.N î .
KNSF.IGNKMBNT ELEMENTAIRE.
Une méthode unique devra être adoptée pour l'enseignement élémentaire.
S î. Solfège. — L'enseignement du solfège à deux degrés. Le solfège collectif et le solfège individuel.
Cette division répond aux deux éléments que comporte la nature de cet enseignement. 11 est des notions générales, comme celles des principes rudimentaires, des valeurs et des temps, qui n'ont pas besoin d'une démonstration directe du maître à l'élève, qui se perçoivent d'autant mieux qu'elles s'adressent à un plus grand nombre d'auditeurs. A un degré un peu plus avancé, la réunion des voix a pour effet de rectifier l'intonation et le sentiment de ia mesure; l'intelligence instinctive d'une masse entraine et fait progresser les individualités rebelles ou paresseuses.
La durée des cours de solfège collectif ne peut dépasser une année. Il y a deux classes de solfège collectif pour les hommes. Le nombre des élèves est illimité.
Celle étude des principes est nécessairement de courte durée. Ces classes, pouvant admettre une assez grande quantité d'élèves, ont du être d'un nombre assez restreint.
Elles sont faites : l'une, par un professeur titulaire , l'autre par un professeur agrégé.
Ces deux dénominations répondent à des classifications nouvelles expliquées au chapitre du Coips enseignant.
Il y a douze classes de solfège individuel.
Ce nombre , qui peut paraître excessif, est motivé par l'augmentation croissante de celui des élèves, qui s'élève aujourd'hui à 6oo, le double de ce qu'il était il y a peu d'années. Cette statistique est l'argument le plus victorieux que le Conservatoire puisse invoquer pour réclamer de la sollicitude du Gouvernement, protection pour son institution, amélioration pour le sort des artistes qui se vouent, par honneur plus encore que par intérêt, à cette carrière laborieuse. Le culle de l'art a fait des prosélytes nombreux , surtout parmi les familles peu aisées , qui viennent y chercher pour leurs enfants une profession utile et honorable. D'autre part, la quantité d'élèves, nécessairement
limitée pour qu'ils puissent participer avec fruit aux leçons directes des professeurs, justifie ce nombre, qui d'ailleurs existe actuellement dans l'école.
Chacune de ces classes ne peut admettre au plus que douze élèves. La durée du cours de solfège individuel ne peut excédeideux années.
Ce laps de temps, combiné avec celui du solfège collectif consacré aux études préliminaires, complète un cours assez étendu pour former des musiciens parfaitement rompus à toutes les difficultés de la lecture musicale.
H y a six classes de solfège individuel pour les chanteurs et six pour les instrumentistes.
Ici, il a paru nécessaire d'introduire une division nouvelle entre cette catégorie des études du solfège, division qui répond à la diversilé de vocation des élèves.
Si l'unité de méthode doit être adoptée pour l'enseignement élémentaire, il est néanmoins des directions différentes que les élèves doivent recevoir, selon la spécialité à laquelle ils se destinent. On doit, dès le principe, appliquer aux chanteurs des procédés pour ainsi dire mécaniques, relatifs à l'émission de la voix, à la position et à l'articulation des sons; on doit leur donner des indications, avoir pour eux des ménagements qui ne sont pas, au même degré, nécessaires pour les instrumentistes. Sans empiéter sur les devoirs des professeurs de chant et sans se confondre avec eux, les professeurs de solfège des chanteurs doivent avoir en vue. la destinalion de leurs élèves; et leur cours est une sorte d'initiation aux leçons qui les attendent dans des classes d'un autre degré.
Les classes de solfège individuel se répartissent de la manihe suivante entre les professeurs des différentes catégories : Solfège des chanteurs : un professeur titulaire, trois agrégés, deux répétiteurs; Solfège des instrumentistes : un professeur titulaire, deux agrégés, trois répétiteurs.
Le directeur peut nommer des répétiteurs pour les classes supplémentaires de solfège dont la création est recoi.nue nécessaire.
Celte répartition n'est pas arbitraire; elle a pour but d'ouvrir, dans l'utile spécialité du solfège, une carrière d'avancement aux membres du corps enseignant et de leur assurer la salisfaction d'une légitime ambition. Elle attribue en outre au solfège des chanteurs une part proportionnée à l'importance de cette section de l'enseignement élémentaire. En admettant à ce professorat les répétiteurs, c'est-à-dire les élèves émérites du Conservatoire, elle leur donne la faculté de pa\er leur dette envers l'établissement, et d'y faire en outre l'apprentissage de l'enseignement, complément indispensable de toute forte éducation , et transition naturelle entre les devoirs de l'élève et le talent du maître.
S a. Harmonie orale. — Il y a une classe d'harmonie orale faite par un professeur titulaire. Le nombre des élèves est illimité.
Celte classe, qui initie les élèves par le travail de l'oreille et l'exercice oral à la décomposition des accords et aux notions préliminaires de l'harmonie, forme une sorte de lien entre l'ensei-
ACTES ORGANIQUES
gnoment élémentaire et l'enseignement supérieur. Son utilité exige qu'elle soit confiée à un professeur titulaire.
S 3. Etude du clavier. — Il y a cinq classes d'étude du clavier : deux destinées aux élèves hommes , faites par un professeur abrégé et un répétiteur; trois pour les élèves femmes , fait es par un professeur agrégé et deux répétiteurs.
Ces classes, qui admettent au plus chacune huit élèves et deux auditeurs, sont exclusivement destinées aux élèves de chant , d'harmonie et de composition.
Ces classes élémentaires n'ont 'Vautre objet que de former les élèves des classes désignées ci-contre à une connaissance suffisante du piano, pour qu'ils puissent, les uns s'accompagner, les autres exécuter leurs propres travaux. Le piano est l'auxiliaire indispensable du chanteur. Pour l'harmoniste ou le compositeur. Il est l'instrument nécessaire de ses études, quelquefois même l'utile instigateur de ses inspirations. Mais cet enseignement doit rester dans les limites que comportent les besoins de ces divers ordres d'élèves, leur être exclusivement, affecté, et il ne peut être converti en un enseignement préparatoire aux classes de piano, auquel il est pourvu ailleurs dans d'autres conditions.
S U. Etude des râles. — Il y a une classe d'étude des rôles annexée aux classes de déclamation lyrique.
Elle a pour objet de préparer les élèves, par des répétitions purement musicales, aux travaux des classes de déclamation lyrique, auxquelles sont réservées la mise en scène des morceaux appris, l'indication du sentiment et de l'action dramatique que comporte leur exécution au théâtre.
Le professeur de cette classe sera titulaire ou agrégé, selon que les ressources du budget le permettront.