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CHAPITRE I\ . — Classes complémentaire

Le décret de Moscou, marqué au coin de toutes les conceptions administratives de cette époque, présentait un système complet d'enseignement pour les élèves de déclamation. Le législateur avait reconnu qu'il fallait baser une étude raisonnée et pratique de l'art dramatique sur une connaissance parfaite de la langue, et compléter cet enseignement par des notions historiques et littéraires. Les élèves doivent être en état de se rendre compte, de se pénétrer, suivant les différences de temps et de lieu, du caractère des grands événements et des grands hommes dont les chefs-d'œuvre dramatiques sont la chronique vivante et populaire. C'est à cet effet que des classes de grammaire, de anthologie et d'histoire avaient été annexées aux cours de déclamation. La Commission a pensé que cet enseignement devait en partie renaître au Conservatoire, mais en s'appliquant à tous les élèves qui se destinent au théâtre, sans en exclure même les instrumentistes qui voudraient y participer. Enchaînée dans les limites d'un budget étroit, et espérant que les nouvelles institutions d'enseignement public multiplieront les classes de grammaire à l'usage de toutes les familles, elle a pensé qu'une classe de ce genre, nécessaire peut-être aujourd'hui, le serait moins dans l'avenir, et a borné ses vœux à la création d'une classe d'histoire et de littérature appliquée aux arts lyrique et dramatique. La connaissance de la mythologie devra prendre une part moins étendue que ne le prescrivait le décret de Moscou. Aujourd'hui que le domaine de l'art s'est étendu et que les fables héroïques du paganisme ont cédé une partie de leur domaine aux récits de l'histoire moderne, il convenait de généraliser les notions nécessaires aui interprèles de la scène. Un cours sommaire d'histoire, envisagée surtout au point de vue de se» rapports avec l'objet des études spéciales de l'école, un aperçu rapide des littératures anciennes et modernes suffiront pour initier les élèves à la connaissance générale des événements, des personnages, des caractères et des passions diverses, au milieu

desquels s'agitent les compositions théâtrales dont ils sont appelés à être les organes.

Un cours de celte nature, qui embrasse tant d'époques et tant de matières, ne peut être qu'une revue rapide. Mais quand il ne servirait qu'à indiquer aux élèves les sources auxquelles ils doivent puiser, il aurait déjà réalisé de louables et utiles résultats. Il y a un professeur d'histoire et de littérature appliquées aux art$ dramatique et lyrique. Les élèves de composition, de déclamation spéciale et lyrique et de chant doivent y assister. Les autres élèves y sont admis.

fl y a une classe d'histoire de la musique. La Commission a reconnu également l'utilité de créer une classe analogue spécialement destinée aux musiciens. La musique a son histoire, dont la connaissance est un élément essentiel d'une bonne éducation musicale. Les écoles, les styles ont leurs monuments, que l'on ne peut comprendre parfaitement si on les isole des époques qui \a ont enfantés. Indépendamment de la partie biographique, qu'un véritable musicien doit connaître, car on aime à remonter de l'oeuvre à l'auteur, l'histoire de la musique, c'est la musique elle-même dans sa génération, dans ses développements, clans ses formes, dans ses procédés, dans ses manifestations. Ce cours, qui devra éviter les vagues théories de la métaphysique de l'art, est destiné particulièrement aux élèves les plus avancés de toutes les branches de l'enseignement. Il y a un professeur de langue italienne. Ces trois classes sont tenues par des professeurs titulaires. Il a paru également nécessaire que les élèves du chant prissent des leçons de langue italienne. On a objecté que les lauréats du Conservatoire n'ont que trop de tendance, au sortir de leurs éludes, à chercher des emplois en Italie, et à priver ainsi les théâtres nationaux du concours d'un talent qu'ils doivent à l'Etal. La présence d'un maître italien ne légitimera pas pour les élèves cet oubli de leurs devoirs envers le pays où ils ont reçu leur instruction : des mesures nouvelles, qui figureront ciaprès, leur garantissant des débuts sur les théâtres lyriques, auronl peut-être pour eflet d'y attacher ceux qui feront preuve de talent. La considération prépondérante qui a déterminé la création de cette classe n'a pas besoin d'être justifiée. Un grand nombre de chefs-d'œuvre de l'art, sont écrits dans la langue italienne, et tout le inonde sait que la traduction n'a servi qu'à les défigurer. H est donc important que les élèves puissent les comprendre, les lire et les chanter dans l'idiome naturel; et d'après l'état actuel de l'art musical, ce n'est pas dénationaliser le Conservatoire que d'y faire professer cette langue.

H y a un professeur de maintien théâtral et un professeur d'esertme pour les élèves qui se destinent au théâtre.

CHAPITRE V. — Des élèves , leur admission , leurs droits et leurs devoirs.

Les élèves sont externes ou internes.

Les élèves internes sont choisis parmi ceux qui se destinent au théâtre et dans des conditions ci-après déterminée*.

L'âge d'admission des élèves est de 9 ans au moins, de aa ans au plus. Au-delà de cette limite l'admission n'a lieu que dans le cas où l'aspirant est jugé assez, avancé pour terminer ses éludât en deux ans, ou doué de dispositions extraordinaires. Les aspirants au-dessous de ta ans justifieront qu'ils savent lire et écrire.

Un règlement déterminera les matières d'examen pour l'admission des élèves dan* chaque spécialité de l'enseignement.

H y a deux examens d'admission, l'un en octobre, l'autre en avril. On ne peut examiner plus dt aô élèves par séance.

L'audition d'un trop grand nombre d'élèves, comme il s'en est souvent présenté, n'offre pas toutes les garanties désirables pour apprécier les aptitudes des aspirants. La lassitude et la confusion pourraient amener des erreurs préjudiciables; le zèle des professeurs n'a pas reculé devant un surcroit de travail qui leur permette de se prononcer en plus exacte connaissance de cause.

Après leur première audition, les élèves ne sont d'abord admis que provisoirement. Leur admission définitive n'est prononcée qu'après l'examen semestriel qui suit celui de leur admission provisoire.

Ainsi les aspirants admis provisoirement en octobre ne prennent le titre d'élève qu'après l'examen semestriel de décembre, et les admissions de l'examen d'avril ne sont validées que par l'examen semestriel de juin. Il en résulte un stage qui ne dure pas moins de deux moi3. Pendant cet intervalle, le professeur a le temps d'essayer les forces des élèves et de faire la contre-épreuve d'une audition rapide, qui peut donner lieu à des surprises et qui a l'inconvénient de peupler les classes d'élèves incapables au détriment d'aspirants plus dignes.

La conséquence équitable de cette mesure, qui impose aux élèves des conditions plus sévères d'admission, est de leur garantir, après cette double épreuve, une certaine durée de séjour dans les classes.

A mesure que leurs devoirs sont plus rigoureux , leurs droits doivent être plus étendus.

Tout élève admis définitivement a droit de rester dans les classes une année au moins après son examen d'admission définitive. Passé ce temps, l'élève qui, à la suite d'un examen semestriel, est jugé par le comité hors d'état de continuer s<?« éludes, cesse de faire partie de Vérole.

Les professeurs peinent assister aux examens d'audition, chacun dans sa spécialité.

L'assistance des professeurs aux examens d'audition peut fournir, à titre consultatif, d'utiles renseignements sur l'aptitude des aspirants. Elle est de plus indispensable d'après le mode adopté pour la répartition des élèves.

Quand il y a plusieurs classes d'un même enseignement, la répartition des élèves a lieu de la manière suivante :

Le tort réglera, une fois pour toutes, l'ordre dans lequel les professeurs seront appelés à choisir les élèves destinés à occuper les places vacantes dans leurs classes. Le n" 1 choisit un élève, le n° a un autre, et ainsi de suite jusqu'à ce que les cadres

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soient rempli» et la liste des élèves épuisée. A l'admission suivante, la priorité du choix appartient au n° a , et ainsi de suite pour les examens suivants.

Ce nouveau mode, en détruisant une partie des embarras de l'ancienne répartition, laisse néanmoins subsister quelques inconvénients sérieux, entre autres celui de remettre au sort la disposition des élèves qui ont été introduits à l'examen par les professeurs. Or, on ne peut se dissimuler que le zèle des maîtres à rechercher et à produire au Conservatoire des élèves doués de qualités heureuses, soit un fécond moyen de recrutement. Et il serait à craindre que cette émulation ne fût énervée par la perspective de voir le fruit de ces recherches profiler à autrui. Toutefois, il a paru impossible d'écrire dans le règlement une exception qui sera, il faut l'espérer, le résultat d'un accord volontaire des professeurs entre eux, et de l'esprit d'équité qui les portera à réserver à chacun le prix de ses soins et l'honneur de 9es investigations.

Les élèves de solfège sont classés par le directeur.

Tout élève qui manque la classe deux fois dans un mois, sans excuse légitime, est de droit rayé des contrôles.

Il y a iG pensionnaires hommes, dont \o pour le chant, 6 pour la déclamation spéciale.

Des pensions de 800 francs sont attribuées aux femmes dons le même nombre et la même proportion. Tous ces élèves doivent se destiner au théâtre.

Le Commission ne se dissimule pas qu'elle louche ici à l'un des points les plus importants de l'administration du Conservatoire, puisque l'addition qu'elle propose ne pourrait s'effectuer sans une augmentation au budget d'environ 17,000 francs.

En effet, aujourd'hui il y a au Conservatoire dix pensionnaires hommes qui figurent au budget pour une dépense totale de de 16,200 francs, soit par tète, 1,620 francs.

Six élèves nouveaux coûteraient donc 8,5aof

Il est de toute nécessité que ces élèves soient placées sous la surveillance d'un chef qui n'existe pas aujourd'hui et dont le traitement ne pourrait être moindre de 1 ,200

Seize pensions de 800 francs chacune donnent 1 2,800 francs; et il n'y a au budget actuel qu'une sommede 5, Ooo francs destinée à cet usage. Excédent. 7,200

Total 1(5,920

Celte dépense est considérable en égard au budget actuel du Conservatoire, mais par combien de raisons légitimes n'cst-elle pas justifiée?

D'abord le pensionnat, malgré les attaques dont il a été l'objet, et d'après les enquêtes auxquelles il a donné lieu, même dans le sein de la commission, est la véritable pépinière du théâtre. Sans doute il est de grands talents qui brillent sur la scène, et dont le pensionnat pas plus que le Conservatoire ne peut revendiquer l'honneur. Mais ce n'est pas par des excep-

ANIQUES.

lions que doit s'apprécier un principe; el les natures d'élite se font jour indépendamment des secours qu'on leur prèle ou des obstacles qu'on leur oppose. C'est d'après les résultats constants que l'on doit juger la valeur d'une institution. Et il a suffi de parcourir les rôles du pensionnat pour s'assurer qu'un grand nombre de talents distingués et utiles, qui peuplent les théâtres de Paris et des départements, sont sortis des bancs du pensionnats et qu'il a payé à l'art la dette qu'il contracte chaque année envers l'Etat.

Or, depuis dix années le nombre des élèves qui fréquentent le Conservatoire a plus que doublé: de 25oil s'est élevé à 600. La qualité de pensionnaire ou d'élève pensionné étant devenue la récompense des fortes éludes, des bons travaux, des dispositions heureuses, il est évident que la somme de ces récompenses doit s'élever en proportion de l'accroissement du nombre des élèves.

Dans l'étal actuel, il y a dix pensionnaires hommes pour le chant, et huit pensionnés hommes et femmes pour la déclamation spéciale. Ce dernier chiffre, comme on le voil, est bien éloigné de celui fixé par le décret de Moscou, qui admettait pour la déclamation neuf pensionnaires de chaque sexe. L'expérience, les besoins des théâtres ont permis de constater que ce nombre serait exagéré, et qu'il peut, quant à présent, être fixé à six pour chaque sexe. Le pensionnai serait donc augmenté de six élèves de déclamation hommes, qui au lieu de recevoir comme aujourd'hui à domicile des pensions de 6 à 800 francs, seraient internés, assujettis à une règle de travail plus rigoureuse , et en même temps plus féconde. On ne comprend plus , en effet, le privilège par lequel le pensionnat a été jusqu'à présent réservé aux élèves du chant. Ce qui a été reconnu bon et utile poulies études de l'art lyrique ne peut porter que d'excellents fruits dans son application à l'art dramatique; et l'adjonction des élèves de cet enseignement aura pour effet de faire disparaître une injuste inégalité et une inconséquence inexplicable.

Cette inégalité entre les élèves du chant et ceux de déclamation se reproduit d'une manière moins équitable encore dans la part aujourd'hui attribuée, selon la différence du sexe, aux élèves du chant entre eux. Il y avait naguère au Conservatoire un pensionnat pour les femmes; celle institution a donné lieu à des inconvénients qui en ont amené la suppression. Ce n'était pas une raison pour les exclure complètement des encouragements réservés aux élèves hommes et aux élèves de déclamation. Les élèves femmes, destinées à la même carrière, vouées aux mêmes travaux que les hommes, ont droit aux mêmes récompenses et à la même sollitude du Gouvernement. Si une trop grande liberté pour les élèves hommes a des inconvénients qu'il est inutile d'expliquer, et auxquels il est remédié par l'internat, la privation de tout secours pour les élèves femmes a des périls au moins aussi grands. C'est donc une œuvre de moralité en même temps que de justice que nous conseillons au Gouvernement en lui proposant d'attribuer aux élèves femmes du chant, à titre de récompenses, des pensions alimentaires de coo francs

PROJETS DE REORGANISATION, 1848.

chacune, somme inférieure, il est vrai, à celles que coûtent les pensions d'hommes, mais qui pourra suffire à satisfaire des besoins moins exigeants, en secourant des positions aussi intéressantes.

C'est par les mêmes motifs qu'il conviendra d'attribuer des pensions de 800 fr. à six élèves femmes pour la déclamation. Si l'égalité est un principe respectable, une loi sacrée, c'est assurément quand il s'agit de l'appliquer au talent et à la détresse. Car il ne faut pas oublier qu'en même temps qu'il revendique sa place parmi les établissements qui contribuent à l'éclat des arts et à la gloire nationale, le Conservatoire est aussi l'école du pauvre; et c'est un titre à la sollicitude d'un gouvernement qui met au rang de ses premiers soins celui de pourvoir à l'éducation et de faciliter l'existence des enfants les moins favorisés de la famille française.

Mais si le devoir du Gouvernement est de venir en aide à ce qui mérite le plus au monde son intérêt, le talent et la jeunesse aux prises souvent avec le besoin , il a le droit d'exiger que ces secours soient départis avec le plus sage discernement, avec la plus rigoureuse impartialité. Il ne faut pas que le jury puisse être soupçonné, même par les rivalités les plus envieuses; une errreur, une préférence, en pareille matière, serait un larcin fait au mérite, un détournement des deniers votés par l'État pour la plus noble bienfaisance. 11 faut que l'épreuve soit entourée des garanties les plus scrupuleuses, soumises à l'œil des contrôles les plus sévères. Aussi, indépendamment des conditions requises pour la composition du comité d'enseignement, dont il sera parlé plus tard, la commission propose les dispositions suivantes :

L'admission des hommes au pensionnat eu l'attribution de pensions aux femmes n'a lieu qu'après un concours devant le comité d'enseignement. Les professeurs et les élèves de la spécialité assistent à ce concours.

Tout élève du pensionnat ou externe pensionnaire contracte, par le fait même, l'engagement de débuter, à l'expiration de ses élu/les, sur un des théâtres subventionnés par l'Etat. Celte obligation lui constitue également un droit aux débuts.

Le pensionnat est placé sou* la surveillance d'un chef musicien. Le règlement d'administration et de discipline à intervenir pourvoira aux mesures relatives au pensionnat , àl'externat, à la tenue des classes et aux détails du service intérieur.

L'Etat, en pourvoyant généreusement à l'éducation gratuite de certains élèves, soit par leur admission au pensionnat, soit par des pensions d'exleniat , est fondé à leur demander en échange qu'ils fassent l'essai et donnent la preuve d'un talent qu ils lui doivent, sur l'un des théâtres dont il encourage les travaux et entretient les hautes traditions.

Les élèves étrangers peuvent être admis ait Conservatoire. Ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que les nationaux. Toutefois ils ne sont pas admis (i faire partie du pensionnat ni à jouir de la pension.

Cette faculté d'admission des étrangers existe actuellement; et consebtatoibi.

ce n'est pas au moment où la confraternité des peuples s'établit dans la sphère des intérêts politiques, que l'esprit d'exclusion penserait à s'introduire dans les arts. La maxime : Chacun chez soi, chacun pour soi , n'est pas celle du monde intellectuel. C'est l'honneur du Conservatoire que toutes les nations lui envoient des disciples, dont les uns s'établissent en France, les autres reportent dans leur pays la doctrine de cette institution. Des alarmes s'étaient élevées à ce sujet dans le sein du Conservatoire où se trouvent actuellement même des pensionnaires étrangers. Une demande qui honore le cœur des élèves français dont elle est signée, et qui se produisait sous le glorieux patronage de M. Béranger a été adressée à la commission pour le maintien de ces pensionnaires. Un de ses membres a été chargé d'assurer à l'illustre poêle que le Conservatoire s'applaudissait de n'avoir à cet égard que des vues conformes aux siennes.

Toutefois, le libre accès de l'école aux étrangers, comme aux nationaux devait être soumis à une restriction. L'Etat livre généreusement les sources d'un enseignement gratuit à tous ceux qui viennent y puiser; mais il doit réserver les secours pécuniaires et les deniers des contribuables aux enfants de son territoire. Le nombre des élèves admis dans chaque classe étant limité, c'est faire à l'hospitalité une assez large part que d'attribuer à des étrangers des places que se disputent nos compatriotes sans mettre encore ces hôtes à la charge d'un budget déjà in- >uflfisant pour tant de besoins qui doivent être les premiers satifaits.

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