ORGANISATION ADMINISTRATIVE
Bien que le nombre accru des cours, l'affluence des élèves et l'insuffisance des bâtiments actuels du Conservatoire fassent désirer la séparation des deux enseignements dramatique et musical, dont le voisinage forcé est une gêne de tous les instants pour l'un et pour l'autre, séparation qui ne comporterait pas nécessairement une dualité de direction, mais seulement des locaux
PROJETS DE REORGANISATION, 1892.
distincts, la Sous-Commission, soucieuse d'écarter toute difficulté île réalisation et tout motif de retard des réformes qu'elle a à cœur, n'a pas cru devoir formuler à cet égard autre chose qu'un vœu qu'il dépendra des pouvoirs publics, s'inspirant de l'état de nos finances, d'exaucer ultérieurement.
Le sectionnement des études musicales en sept groupes tel qu'il résulte du décret de 1878 n'appelle pas de modifications; il n'en est pas île même du nombre, de l'effectif et de la distribution des cours.
Le développement moderne de l'instrumentation, de plus en plus complexe et nuancée, le goût croissant pour les effets pittoresques qui réclament l'emploi de timbres nouveaux et assignent à tels instruments, jusqu'ici auxiliaires et subordonnés, un rôle expressif important, ont paru commander la création d'une classe d'alto et d'une classe de saxophone.
D'un autre côté, les professeurs de composition , dont la tâche doit surtout consister à inculquer aux élèves, en s'aidant de l'analyse raisonnée des grandes œuvres du passé, les règles expérimentales qui président d'une part au développement et au traitement sympbonique des idées, et de l'autre à l'expression tant vocale qu'instrumentale des caractères et des situations dramatiques, voient une partie considérable de leur temps absorbée par des enseignements d'ordre un peu trop élémentaire. Si la /iiftiic , principalement la fugue en style libre, peut être considérée comme la forme mère du développement sympbonique, et rentre à ce titre dans leur programme, le travail en quelque sorte mathématique du contrepoint pourrait faire l'objet d'un cours distinct , dont il serait facile de rehausser l'intérêt artistique en y rattachant l'harmonisation en accords composés de chorals et de mélodies populaires à quatre et même à huit parties. La Sous-Commission est entré dans ces vues, dont l'adoption entraînera la création de deux classes de contrepoint.
Deux des membres de la Sous-Commission ont suggéré de diviser les cours de composition en deux séries parallèles où s'enseignerait respectivement les lois de la composition dramatique et sympbonique. L'objection première que soulevait cette proposition, à savoir l'impossibilité pour les jeunes gens de connaître dès le début leur vocation véritable, et l'inconvénient de leur imposer prématurément une spécialisation de nature à paralyser peut-être leurs dons et à entraver leur carrière, perdrait beaucoup de sa force si l'on faisait, du cours de composition sympbonique, comme l'idée en fut aussitôt émise, un premier degré d'enseignement obligatoire pour tous les élèves. Mais la Sous- Commission a reculé devant un système qui semblerait aller au rebours de la tendance de l'art musical contemporain à mêler de plus en plus étroitement la symphonie au drame, dont elle n'est plus seulement le support sonore, mais le commentaire continu, quand elle n'y intervient pas directement comme une sorte d'interlocuteur anonyme personnifiant ce qu'un grand poète a appelé «les voix intérieures». La proposition avait enfin contre elle de sembler méconnaître l'égale aptitude de nos maîtres à don-
COSSERVATOinE.
ner en même temps les deux ordres d'enseignement, alors que leur œuvre fournit des modèles à l'un comme à l'autre. La Sous-Commission n'en a pas moins été unanime, dans son désir d'honorer In moins rémunératrice à coup sûr et une des plus élevées parmi les formes de l'art musical, pour exprimer le vœu que la première classe de composition vacante fût confiée, autant que possible, à un symphoniste.
En ce qui concerne la classe d'orchestre, le professeur du cours d'orgue et d'improvisation au Conservatoire s'est fait l'interprète d'un desideratum qui ne pouvait trouver la Sous-Commission indifférente. Selon lui, les élèves de composition concourant pour le prix de Home arrivent à la séance d'épreuve sans s'être jamais entendu interprêter à l'orchestre : il en résulte dans leurs essais des tâtonnements trop compréhensibles. Il serait désirable que la classe d'orchestre, destinée, dans l'état actuel, à exercer et à entraîner par des contacts fréquents les élèves instrumentistes en vue des exécutions concertantes ou théâtrales, servît également à former par la pratique des compositeurs mieux instruits des nécessités et des ressources de l'orchestre. Il suffirait pour cela de décider que vingt-quatre séances par an seraient consacrées à la lecture en commun, puis à l'exécution des essais des élèves de composition désignés par leurs professeurs. Quatre séances par mois, du i5 octobre au i5 juin, donnant un total de trente-deux par an, il en resterait huit durant lesquelles on exécuterait diverses partitions de maîtres. Ces dernières réunions serviraient surtout à familiariser les élèves de composition avec la direction d'un orchestre; ils y tiendraient en effet le bâton à tour de rôle. La Sous-Commission, favorable à l'idée émise , ne l'a pas crue réalisable dans les conditions où elle se présentait. Ou la copie en parties séparées de vingt-quatre morceaux d'orchestre entraînerait des frais considérables (.'1,800 francs d'après l'auteur du projet), non prévus au budget du Conservatoire, ou l'on exposerait les élèves, s'ils acceptaient de l'effectuer eux-mêmes, à des pertes de temps préjudiciables à leurs études; d'autres part, ni la durée assignée à la lecture et à l'exécution de ces morceaux ne permettrait d'obtenir un résultat satisfaisant, ni l'espacement des séances ne suffirait à la production d'œuvres tant soit peu méditées et mûries. La Sous-Commission a pensé qu'elle comblerait à moins de frais et d'une manière plus pratique la lacune qui lui était signalée, en spécifiant, à l'article relatif aux exécutions publiques, qu'une partie de chaque séance serait consacrée aux œuvres des élèves de composition présentées par leur professeur et agréées par le comité d'examen.
Le professeurs de chant, qui ne peuvent consacrer à leurs trop nombreux élèves le nombre de minutes strictement nécessaires à l'audition de leurs exercices ou de leurs morceaux et à la correction de leurs fautes, ont unanimement réclamé l'élévation à dix du nombre des classes, actuellement de huit, ce qui leur a été accordé»
ACTES ORGANIQUES
La Sous-Commission a, en outre, été d'avis de permettre aux élèves de troisième année de chant, qu'on peut considérer comme suffisamment maîtres de leur organe et de leur méthode pour n'être point troublés par des enseignements contradictoires , d'assister aux classes des autres professeurs , où ils pourront puiser des données utiles , mais sans leur en faire une obligation inconciliable, au surplus, avec l'exiguïté des locaux et la simultanéité des cours.
En ce qui concerne les classes de déclamation lyrique, qui seraient ainsi dénommées à l'avenir pour tenir compte de la tendance de l'art moderne à supprimer toute démarcation entre l'opéra et l'opéra-comique, tendance accusée surtout par la disparition presque complète du dialogue parlé, leur utilité avait d'abord soulevé des objections tirées principalement de la crainte d'empiétements de leurs titulaires sur les attributions des professeurs de chant, ou d'un double emploi avec les classes de ces derniers complétées par le cours de maintien, dont la fréquentation est dès à présent obligatoire pour leurs élèves. On a dû pourtant reconnaître qu'elles constituent le trait d'union indispensable entre l'école et le théâtre, qui ne peut se passer d'artistes exercés à jouer et à chanter ensemble et instruits à mettre le geste approprié sous l'accentuation exacte, ensemble à la fois complexe et coordonné de conditions que ne sauraient réaliser des enseignements épars. Quant aux conflits de méthodes, ils seraient moins à redouter si l'on n'admettait les élèves aux cours de déclamation lyrique qu'une fois leurs études de chant suffisamment avancées; ce sera la tâche délicate des comités d'examen.
Enfin , la Sous-Commission a dû se rendre au désir unanime des professeurs de chant et d'instruments de voir Veffectif de leurs classes ramené à huit, ou dix au maximum. Au delà de ce chiffre , les élèves ne travaillent plus , ils défilent ; ou bien si le professeur prend son temps, leur tour ne venant qu'une fois sur deux ou trois, ils se dégoûtent et se relâchent. Assurément la réduction ne saurait être appliquée brutalement du jour au lendemain; mais on pourrait l'effectuer progressivement en restreignant à chaque concours d'entrée le nombre des admis; la réforme serait ainsi l'affaire de trois ou quatre ans au plus.
En regard des créations de cours nouveaux dont il a été parlé plus haut, doit figurer la suppression des cinq classes préparatoires de piano. La Sous-Commission a été amenée à cette mesure par les considérations suivantes : les classes préparatoires ne sont nullement la préface nécessaire des classes supérieures, où l'on peut entrer directement, et une bonne partie des élèves qui en proviennent, même en possession de médailles de mérite, sont évincés au concours pour l'accès de ces dernières, dont aucune disposition ne les exempte, par des compétiteurs du dehors. Ces classes ne constituent donc pas, à proprement parler, un
premier degré d'enseignement, et font plutôt, dans une certaine mesure, double emploi avec les classes supérieures, puisque ce n'est pas, en majorité du moins, le même effectif qui les parcourt successivement, et que beaucoup d'élèves s'en tiennent aux classes préparatoires. D'autre part, quelque intérêt qu'il présente au point de vue de la culture musicale en général , le piano ne concourt point, comme le violon qui en est l'élément essentiel , au recrutement de nos orchestres , et ne justifie par conséquent pas au même titre le maintien d'un enseignement préparatoire. Il n'est pas à craindre, au surplus, que la suppression en question détermine un abaissement du niveau des études, le nombre toujours croissant des concurrents, et au besoin une recrudescence de sévérité de la part des jurys d'admission suffiraient à conjurer ce danger. Enfin, la Sous-Commission a décidé l'abolition des deux classes d'étude du clavier, actuellement sans titulaires, par la triple raison qu'il en faudrait douze et non deux pour apprendre aux 200 élèves de chant à s'accompagner, que l'étude suivie du piano est défavorable à la voix, qu'enfin elle entraînerait pour les jeunes gens une prolongation démesurée de séjour au Conservatoire.
Profondément pénétrée de cette idée qu'un des meilleurs moyens de fortifier un enseignement est de relever la condition des maîtres qui s'y vouent, la Sous-Commission s'est tout particulièrement préoccupée d'assurer au corps des professeurs une situation matérielle qui, sans enlever encore complètement à leurs fonctions leur caractère plutôt honorifique que lucratif, les plaçât du moins, au point de vue pécuuiaire, sur le même rang que le personnel enseignant de l'Ecole des Beaux-Arts. La logique non moins que l'équité commandait cette assimilation, qu'il a malheureusement fallu restreindre aux appointements de début et de fin de carrière. La quotité moyenne des traitements restera donc sensiblement inférieure au Conservatoire (2,170 fr. environ, contre 3,3oo francs), il n'en eût pu être autrement qu'en demandant au budget de l'État une contribution exagérée. On ne verra plus, du moins, des artistes de mérite débuter comme répétiteurs aux appointements de 600 francs, et les estimables services des vétérans du professorat leur vaudront , au terme de leur carrière, un traitement de 4, 000 francs, presque double de celui dont ils jouissent actuellement, et qui n'a pas été relevé depuis la fondation du Conservatoire.
On trouvera dans le projet de règlement le tableau des classes de traitements fixées à six pour les profeseurs titulaires, et à deux pour les agrégés, avec les appointements correspondants; le nombre des traitements maximum a dû être limité à sept, celui des traitements de 3, 000 francs à dix, en vue d'assurer le succès de la combinaison devant les Chambres. Les situations vraiment rémunérées ne seront donc pas le droit commun au Conservatoire, mais de véritables récompenses acquises dans chaque ordre d'enseignement par la durée et l'éclat des services. Deux catégories de cours ont seules été dotées d'un traitement invariable : les cours de composition appointés
à &,ooo francs, et les cours d'histoire de la musique et de l'art dramatique appointés à 3,ooo francs. Ces exceptions à la règle de la progression suivant les services s'expliquent suflisamment et par l'importance toule particulière de l'enseignement de la composition, dont le couronnement est non point une récompense décernée au Conservatoire, mais le prix de Rome, et par la situation extérieure déjà considérable des professeurs qui en sont chargés, et qui font plus que tous autres acte de dévouement désintéressé en s'y consacrant. Cette dernière raison des titres extérieurs justifie également l'exception introduite en faveur des cours dits littéraires.
Toutes ces innovations dans le nombre des cours et la quotité des traitements se traduiront en dernière analyse par une augmentation annuelle de dépense de 96,800 francs, se décomposant ainsi : Relèvement des traitements de début des répétiteurs à 1,000 francs 2,000 francs.
Elévation des traitements de professeurs par la création de deux classes nouvelles de traitements, appointées à £,000 et à 3, 000 francs, et comptant respectivement 7 et 10 titulaires 1 7,300
Fixation à 3, 000 francs des traitements des professeurs littéraires Mémoire.
Fixation à 4, 000 francs des traitements des professeurs de composition 3, 000
Dotation de six nouveaux cours, à raison de i,5oo francs, traitement minimum des professeurs, par cours 9,000
Ensemble 3i,200
dont il y a lieu de déduire la dépense effective actuelle des classes préparatoires de piano
supprimées 5.4oo
et celle des classes de clavier Mémoire.
Reste 36,800 francs.
L'avancement , dont les conditions n'élaien t point réglées jusqu'à présent, aurait lieu par moitié, dans chaque section de l'enseignement, à l'ancienneté et au choix, de manière à y concilier le respect des traditions avec ce goût plus hardi qui ne s'effraie point des nouveautés et que représenteraient davantage les promotions au choix.
A coté des professeurs titulaires et en prévision de certaines circonstances particulières, telles que l'âge déjà avancé des postulants, ou i'absence de litres tout à fait décisifs, la Sous-Commission a cru devoir admettre des chargés de cours, comptant dans l'effectif des cadres, mais nommés seulement pour cinq ans. Ils seraient soumis, à l'expiration de ce délai, à la confirmation, toujours facultative du conseil d'enseignement, et prendraient alors le titre de professeurs. On éprouverait par ce moyen les vocations professorales, souvent assez distinctes des
aptitudes artistiques, et on aurait toute latitude pour revenir sur des choix que l'expérience n'aurait pas justiliés. 11 avait été question d'affranchir les chargés de cours, pendant cette période provisoire, du versement des retenues à fui de pension, de manière à ne pas les leur faire perdre sans compensation dans le cas où ils ne seraient pas conservés; mais la mesure eût été contraire à la lettre comme à l'esprit des textes sur les pensions, qui n'alfranchissent de la retenue que les sommes perçues à titre d'indemnité de frais ou de remboursement d'avances. On peut croire d'ailleurs que cette perspective de la perte de leurs retenues en cas de cessation de fonctions ne sera pas pour ralentir le zèle des chargés de cours.
Les professeurs et accompagnateurs seraient nommés par le Ministre, sur la présentation du conseil d'enseignement et du directeur du Conservatoire, et la proposition du directeur des Beaux-Arts.
Les répétiteurs continueraient à n'être nommés que pour une période de trois ans, qui pourrait être abrégée ou renouvelée, sur le rapport du conseil d'enseignement. Leur nomination émanerait dorénavant, non plus du directeur du Conservatoire, mais du Ministre, dans les mêmes conditions que pour les professeurs. Ce surcroit de garanties sera apprécié par eux.
Enfin, en vue de faciliter la tâche de l'administration, qu'il y a lieu de protéger contre les souvenirs d'une carrière brillante ou le respect dû à de longs services, lorsqu'ils pourraient l'influencer au détriment des intérêts de l'enseignement, la souscommission a décidé que l'admission à la retraite des professeurs et accompagnateurs, toujours facultative à partir de l'âge de 60 ans, serait obligatoire à 70 ans révolus. 11 eût été désirable qu'une pension proportionnelle pût leur être accordée dans ce dernier cas, à la condition de vingt ans de services, mais la loi seule peut édicter une disposition de ce genre, et la Sous-Commission dont la tâche ne comporte qu'un remaniement, en la même forme, des textes en vigueur, a dû, bien qu'à regret, se récuser.
L'existence de deux conseils d'enseignement respectivement préposés à la surveillance des études musicales et dramatiques est consacrée par le décret organique actuel. Mais votre Sous- Commission a pensé qu'il y aurait un grand avantage à étendre les attributions du conseil d'enseignement musical, et à en faire, à l'imitation du système suivi à l'Ecole des beaux-arts, le rouage essentiel donnant le branle à tous les autres. Cette réforme, qui impliquerait une modiûcation profonde des éléments constitutifs de ce conseil, présente à ses yeux un double avantage : tout d'abord, associer à la direction des études des représentants des diverses branches de l'enseignement du Conservatoire, et assurer ainsi sa compétence dans tous les ordres de questions dont il aura à connaître; et, en second lieu, en ou-
ACTES ORGANIQUES
vrant largement la porte aux compositeurs et aux exécutants du dehors, voire même aux critiques, aux érudits et aux dilettantes, préserver l'Institution de cet optimisme, proche parent de la routine, où tombent fatalement les corporations fermées. C'est à ces deux ordres d'idées que répond la nouvelle constitution du conseil, où les éléments administratif et indépendant se balanceraient numériquement. 11 comprendrait : a. douze membres appartenant à l'administration ou au Conservatoire, savoir : le directeur des Beaux-Arts, le directeur du Conservatoire . les professeurs de composition , cinq professeurs des autres branches d'enseignement, présentés par l'assemblée des professeurs du Conservatoire, le chef du secrétariat, le chef du bureau des théâtres; b. douze membres pris au dehors : deux compositeurs, quatre instrumentistes, dont deux pour les instruments à cordes et deux pour les instruments à vent, deux artistes du chant, un pianiste, et trois personnes désignées par leurs connaissances artistiques.
Le conseil sera présidé par le Minisire ou le directeur des Beaux-Arts, à leur défaut par le directeur du Conservatoire, et, en cas d'empêchement de ce dernier, par le doyen des membres étrangers au Conservatoire. On a sans doute remarqué la disparition du conseil des membres de la section de musique à l'Institut : ils eussent fait double emploi, soit avec les professeurs de composition, le plus souvent pris parmi eux, soit avec les compositeurs appelés au dehors, et pour le recrutement desquels ils sont si naturellement désignés.
On trouvera au projet de règlement le détail des attributions du conseil, presque textuellement empruntés au règlement de l'Ecole des beaux-arts. Qu'il suffise de dire, en résumé, que la haute main lui est dévolue sur la composition des programmes et la discipline des éludes, qu'il contrôle au moyen d'inspections confiées à ceux de ses membres qu'il a délégués à cet effet. Enfin il propose au Ministre la liste des jurys d'admission et des comités d'examen, et lui fait des présentations pour les places de professeurs, à raison de deux noms au moins, et trois au plus, par vacance.
La Sous-Commission a maintenu le principe d'après lequel on n'est admis au Conservatoire que par voie d'examen et de concours. Le conseil d'enseignement déterminera les conditions d'accès des classes affranchies de cette règle : solfège (pour les élèves des classes de chant et d'instruments), harmonie et composition. Le directeur peut admettre dans toutes les classes des auditeurs choisis parmi les aspirants qui ont obtenu le plus de suffrages au concours d'admission. 11 peut également faire venir à Paris les aspirants des départements inscrits ou non dans les succursales du Conservatoire, qui ont été désignés au Ministre par le rapport d'un des inspecteurs de l'enseignement musical. Tout aspirant appelé dans ces conditions pour se présenter au concours d'admission reçoit une indemnité de frais de vovage et de séjour à Paris, ainsi qu'une indemnité de retour, s'il n'est pas admis. Cette disposition précise, qui subordonne l'allocation
d'indemnité à une désignation préalahle par un des inspecteurs de l'enseignement, était nécessaire pour couper court à un grave abus : une foule de jeunes gens de province se présentaient au concours, et, profitant de l'obscurité des termes du règlement, se faisaient ensuite rembourser leurs frais par le Conservatoire, grevé ainsi d'une dépense que rien ne justifiait, surtout en cas d'échec des aspirants, des encouragements de ce genre devant être réservés aux aptitudes sérieuses ou présumées . telles.
Les âges limite d'admission seront désormais les suivants, arrêtés d'accord avec les professeurs de chaque spécialité :
Chant : hommes, minimum 18 ans, maximum 26 ans; femmes, minimum 17 ans, maximum 2 3 ans; violon (classes supérieures) et alto, 18 ans; violon (classes préparatoires), 1 '1 ans; violoncelle, 20 ans; contrebasse, 22 ans; flûte, hautbois, clarinette, saxophone, 18 ans; cornet à pistons, 20 ans; basson, cor, trompette, trombone, 23 ans; instrument à clavier, 18 ans; solfège (sauf les classes de solfège pour les chanteurs et instrumentistes), i3 ans.
Le minimum d'âge pour toutes les classes reste fixé à 9 ans, le chant excepté.
Le nombre de classes manquées, sans excuse légitime, dans le courant d'un mois, devant entraîner la radiation des élèves, est porté de deux à trois. Une trop grande sévérité sur le papier provoquait une tolérance exagérée dans la pratique. En revanche, tous les cours dont la fréquentation est déclarée obligatoire pour les élèves, en sus de la présence à leurs classes respectives , entreront désormais en compte. Peut-être ainsi ne verra-t-on plus désertes les classes d'histoire de l'art, de maintien et d'escrime.
L'ordre des matières appelle maintenant une question d'une importance considérable, que la Sous-Commission n'a tranchée qu'après certaines hésitations et un débat approfondi : celle de Y internat. Cette institution a la faveur d'une partie de la presse et du public, qui lui font honneur de quelques maguifiques artistes sortis du Conservatoire pendant son fonctionnement. Il est certain que ses avantages théoriques sautent aux yeux, surtout en ce qui concerne les chanteurs, qui ont été les seuls à en bénéficier pendant la plus grande partie de sa durée. Il permet de leur imposer, dans l'intervalle des classes, un travail de préparation sérieux, en écartant d'eu\ toute occasion de dissipation et tout contact pernicieux. La même raison, jointe à l'impossibilité où ils sont mis de fourvoyer leurs jeunes talents dans des spectacles d'ordre infime, préserve leurs voix, toujours délicates tant que le travail de formation et d'assouplissement n'en est pas entièrement achevé. Mais il ne faut pas oublier que, sauf pendant une très courte période dont les fâcheux résultats nécessitèrent l'exclusion de l'élément féminin, les chanteurs hommes étaient seuls admis à l'internat. Cela est-il juste en soi? Assurément non. D'autre part, pourrait-on reprendre l'épreuve
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du casernement des élèves? Quand les dangers pour la morale et un peu aussi pour la dignité de l'Etat n'en seraient pas évidents, l'insuffisance des bâtiments du Conservatoire y met un obstacle absolu. Il faudrait donc s'en tenir à l'état de choses de la fin de l'Empire, et, même dans ce cas, le crédit autrefois affecté à l'internat, et qui sert aujourd'hui au payement des pensions, devrait être relevé de plus de moitié pour tenir compte du renchérissement de la vie depuis 1870. On n'aboutirait ainsi, et à grands frais, qu'à une solution manifestement inique, puisqu'elle laisserait à l'écart les élèves femmes plus dignes d'assistance que les hommes, étant moins en mesure de se procurer au dehors des moyens d'existence honorables, qu'elles trouvent du moins actuellement dans une large accession au bénéfice des pensions en argent. Au reste, la liste comparative des engagements d'élèves dans les théâtres subventionnés, sous le régime de l'inlernat et dans la suite, fait peut-être ressortir de plus grands noms artistiques à l'actif de la première période, mais le nombre est à l'avantage de la seconde, ce qui démonlre que la suppression de l'internat a été loin de porter atteinte au recrutement de nos scènes lyriques. Ces diverses considérations ont déterminé la Sous-Commission à maintenir le statu quo; mais pour retirer du système de l'attribution de pensions les mêmes fruits que de l'internat, elle a été d'avis qu'il convenait d'en réduire le nombre, et d'en augmenter le montant de manière que chacune représentât autant que possible les frais d'entretien d'un élève. On aurait ainsi huit à dix pensions de i,5oo à 1,800 francs chacune : c'est, à peu de choses près, le nombre des internes que recevait le Conservatoire; ces pensions ne seraient accordées qu'aux élèves tout à la fois mérilants et dénués de ressources, et la menace du retrait de ces allocations, toujours facultatif, d'après les notes d'examen, donnerait à l'administration, sur les études et la conduite des pensionnés, des moyens d'action sensiblement égaux à ceux dont elle disposait autrefois, sans l'astreindre à une surveillance matérielle toujours odieuse et toujours déjouée. Elle lui permettrait notamment d'empêcher les jeunes artistes d'aller gaspiller dans des cafés-concerts ce qu'ils penvent avoir de voix et de talent, au préjudice certain de leur avenir. La direction des Beaux- Arts est d'ailleurs disposée, pour assurer la pleine efficacité de ce régime, à prendre sur les fonds de secours, dont elle règle l'emploi , les sommes nécessaires pour parfaire soit le nombre , soit la quotité des pensions indispensables à la bonne marche des études. Elles seront accordées dans les mêmes conditions que précédemment, par le Ministre, sur l'avis des comités d'examen , le rapport du directeur du Conservatoire et la proposition du directeur des Beaux-Arts.
L'attention de la Sous-Commission s'est porté sur les examens semestriels d'aptitude.
Pour permettre aux familles et aux municipalités de se renseigner sur les études des élèves, et aux comités d'examen euimëmes de s'assurer, par comparaison, s'ils sont en progrès ou
stationnaires, elle a décidé qu'à chaque épreuve une noie d'examen serait placé à côté de leurs noms. En outre , pour contraindre les comités à apporter dans leurs décisions sur le maintien ou le renvoi des élèves la mesure et la réflexion nécessaires, ces décisions devront être prises en forme d'avis motivé.
Durée des éludes. — On s'est beaucoup plaint de voir s'éterniser au Conservatoire, à la faveur de la bénignité du règlement, encore augmentée par des interprétations complaisantes, des élèves médiocres qui l'encombrent au détriment des nouveaux arrivants. En vue de couper court à cet abus, la Sous-Commission a décidé que tout élève qui, après deux années d'études, n'aurait pas été admis à concourir, serait rayé des. contrôles. Le nombre d'années est porté à trois pour les élèves de chant. La nécessité d'attendre que l'orgaue soit complètement formé retarde en effet pour les chanteurs les études artistiques proprement dites. Cesseront également de faire partie du Conservatoire les élèves qui auront concouru deux fois sans succès; un délai supplémentaire d'un an sera accordé aux élèves qui auront obtenu une nomination dans l'une des deux premières années.
Pour écarter tout soupçon de faveur des décisions du jury de concours de fin d'année, le Président devra, avant le commencement des opérations, demander à chacun des membres de désigner ceux des concurrents à qui il aurait donné des leçons dans l'année; il sera récusé d'office en ce qui les concerne. Tout prix ou accessit décerné en violation de ces dispositions sera annulé. Enfin si le jury se prononce pour la pluralité des récompenses de même ordre, chacune de celles-ci ne pourra être décernée que par les deux tiers des voix. On évitera ainsi celte profusion de premiers prix qui suppose entre les concurrents une absolue égalité de mérite, alors qu'au contraire des considérations très diverses déterminent souvent une multiplicité de récompenses qui en avilit la valeur.
Il ne reste plus à parler que des exercices publics des élèves des cours de déclamation lyrique assistés delà classe d'orchestre, au principe desquels la Sous-Commission est pleinement favorable. 11 y aurait pourtant un inconvénient, pour la marche des études, à trop les rapprocher, les répétitions d'ensemble pouvant être un prétexte à négliger le travail journalier. La Sous-Commission croit avoir évité toute exagération en fixant à deux le nombre de ces exercices , où la présence du public apporte un stimulant bien inoffensif à l'ardeur juvénile des élèves, les vanités individuelles n'y ayant presque point de part si les noms des solistes ne sont pas mentionnés.
Une innovation à laquelle il a été fait allusion plus haut, et dont la Sous-Commission attend quelque bien, consisterait à consacrer une partie variable des programmes à des morceaux ou partitions émanant des élèves des classes de composition, et désignés parleurs professeurs, avec l'adhésion du comité d'examen. Ces jeunes gens auraient ainsi l'occasion de s'entendre exécuter
à l'orchestre . sans qu'il fût nécessaire de recourir à la radicale et coûteuse transformation du cours d'orchestre proposée par le professeur de la classe d'orgue. Les frais de copie des parties, peu élevés pour deux auditions seulement, seraient à la charge du Conservatoire.
Telles sont , Messieurs, les modifications que la Sous-Commission vous propose dans l'organisation et le fonctionnement de l'établissement qui nous occupe. Elles sont toutes marquées au coin de la conciliation. Améliorer et non bouleverser, en hommes tout à la fois respectueux du passé et ménagers des deniers publics, telle a été notre devise : nous espérons que vous voudrez bien \a ratifier.
L'awteur de ce rapport croirait manquer à plus qu'une convenance, à un véritable devoir de cœur, en le terminant sans adresser un pieux souvenir à la mémoire d'Ernest Guiraud: nous l'avons perdu à mi-chemin de dos délibérations, mais ce court espace de temps nous avait suffi à tous pour constater que 'homme en lui valait l'artiste. La Sous-Commission s'estimerait heureuse si l'on reconnaissait que son travail , bien que trop tôt privé des lumières de notre regretté collègue, ne contient rien qu'eussent désavoué son tact délicat, son équitable modération.
NOTB A»EXE.