CHAPITRE LXXXVII
bourg et du cercle de la Basse-Saxe , Napoléon avait relevé le roi de Danemark des engagemens qu’il avait contractés par le traité du 3i octobre 1807. Des conférences ouvertes à Copenhague avaient amené la neutralité armée du Danemark. Mais ce n’était pas assez pour les puissances alliées; elles exigeaient la cession de la Norvège, promise et garantie à la Suède par les traités des 1 4 mai 1812 et i3 mars 18 13, comme prix de son accession à la coalition. Le roi de Danemark n’y voulait pas consentir, quoiqu’on lui promît, en indemnité, Hambourg et son territoire. Quant à la Suède , on n’avait pas besoin de lui faire violence. Depuis le commencement de 1812, et surtout l’entrevue d’Alexandre et de Bernadotte à a6<*, elle était irrévocablement entrée dans la coalition. Après des revers, pouvaiton obtenir ce qu’elle avait refusé , dès 1 81 2 , en présence d’armées formidables ? Napoléon essaya, à tout évènement de la rattacher à la cause de la France , ou de l’amener à la neutralité ; il y échoua. Le 3 mars, la Suède conclut un traité d’alliance avec l’Angleterre, et s’engagea à employer un corps de trente mille hommes dans une opération directe sur le continent, et pour agir de concert avec les troupes russes, placées sous le commandement du prince royal , conformément aux conventions déjà existantes entre les deux cours. On lui promettait la Nor- ■vège, un subside d’un million sterling, Hle de la Guadeloupe. La Suède accordait à l’Angleterre , pendant vingt ans , le droit d’entrepôt dans les ports de
EIUPIRE. A^ l8l3.
Gothenbourg , de Carlsham et de Stralsuod. Ce traité pouvait servir à expliquer le véritable but de la mission de Weissenberg à Londres.
On a publié une lettre du a3 mars, par laquelle Bernadotte expliquait sa conduite, celle du gouvernement suédois, à Napoléon , et lui donnait des conseils. Il y rappelait ses griefs personnels et ceux de la Suède. C’étaient la perte de la Finlande et le système continental , le refus d’indemniser la Suède par la Norvège. Il reprochait à l’Empereur son ambition, ses guerres , et le sang versé sur les champs de bataille. Connaissant les bonnes dispositions de l’Empereur Alexandre et du cabinet de Saint- James pour la paix, il invitait Napoléon à ne pas la repousser, à y penser sérieusement, rejeter l’idée d’une monarchie universelle. En politique , disait-il , il n’y avait ni amitié ni haine , il n’y avait que des devoirs à remplir envers les peuples qu’on était chargé de gouverner. Son ambition personnelle était de servir la cause de l’humanité, et d’assurer l’indépendance de la presqu’île Scandinave. Pour y parvenir, il comptait sur la justice de la cause que le roi lui avait ordonné de défendre, sur la pw^évérance de la nation et sur la loyauté de ses alliés. Quelle que fût la détermination de Napoléon pour la guerre, il n’en conserverait pas moins pour lui les sentimens d’un ancien frère d’armes. ‘
A Sainte-Hélène, cette lettre a été arguée de faux;
Mtmoiresde CJiarles-J«»n, t. i , p. 3j3.
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<!u moins ou assure qu’elle ne parvint pas à Napoléon. Ce n’éUit pas un mois avant Lutzen qu’on écrivait ainsi à l’Ëoapereur. C’e^ un fait indifférent. Au point où les choses en étaient venues entre la coalition et Bernadottevil n^' av^ât plus de rapprochement possi* ble avec la France. Son destin était désormais de faire la guerre à son pays natal , au pays dont il tirait une illustration qui l’avait ccmduit au trône. ^
La retraite de l’armée française ayant découvert la Saxe, le roi, forcé de quitter sa capitale, se réfugia d’abord à Plauen et ensuite à Ratisbonne. Par une proclamation, il annonça à ses sujets les motifs de sa détermination , et leur rappela ses engageniens avec son allié FEmperenr Napoléon.
Il n’étût plus guère permis de conserver quelque espoir de paix; l’interveaition de l’Autriche n’aboutissait à rieaa. Napoléon essaya en vain d’ouvrir secrètement une négociation directe à Londres, où Weissenberg, depuis un mois, n’avait encore rien entaasé, parce que sans doute sa mission n’était que de pure forme. L’Autriche disait que l’empereur Alexandre, en regrettant qu’elle ne voulût pas profiter de la circonstance pour recouvrer ce qu’elle avait perdu, acceptait l’intervention de cette puissance pour la paix, mais avec des modifications que lui commandaient ses engagemens avec l’Angleterre et l’alliance qu’il venait de conclure avec la Prusse I.a marche de la diplomatie était évidemment éva-
' Lettre d*Otto 8 mars.
sivë. Cependant l’ambassadeur Otto, peu soupçonneux, paraissait avoir confiance dans la bonne foi du cabinet autrichien j Napoléon ne partageait pas cette sécurité : il rappela s'on ambassadeur et le remplaça par Narbonne. C’était un homme de cour plus propre, croyait-on, à gagner les bonnes grâces de 1 aristocratie autrichienne , et à pénétrer les véritables intentions du cabinet. On assure qu’en partant pour tienne il dit, en homme d’esprit qui ne craint pas de faire ses honneurs ; « Là où le médecin ne peut plus rien , on envoie le charlatan. » Il y arriva le I y mars.
Lebzeltern concluait à Kalisch, avec Nesselrode, une convention par laquelle il était stipulé que, vers les premiers jours d’avril, le général russe dénoncerait 1 armistice au général autrichien et s’avancerait avec upe force d’au moins trente mille hommes; que Frimont recevrait l’ordre de préparer et effectuer sa retraite sur la rive droite de la Vistule et conserverait des postes à Cracovie , à Opatowice , à Sandomir; que la retraite à-peu-près consommée, les généraux russe et autrichien conviendraient de nouveau d’une suspension d’armes, sans terme fixé et à quinze jours de dénonciation; que cette transaction resterait à jamais secrète et ne pourrait être communiquée uniquement qu’au roi de Prusse. L’Autriche était donc en pleine intelligence avec les ennemis et trahissait son allié! ,
L’Empereur fit communiquer au sénat toutes les pièces de la négociation du traité de i8ia avec la