CHAPITRE LXXXVm
JS^apoléüu doutait que l’Autriche eût uii plau ai-rèté, il croyait ainnoi ns à son désir de reprendre ce qui pourrait lui convenir, si les circonstances étaient favorables. Cependant de nouvelles lettres interceptées de .Stakelberg à 'Nesselrode, et de Huni> boldt au roi ide Prusse , ne rlaissaient plus de doute sur la duplicité de Metternich. Le roi de Saxe' avait aussi remis à l’Empereur toutes ses notes avec l’iiutriche. Mais, malgré sa force, il ne pouvait être indifférent à une nouvelle guerre qui mettrait’oont cinquante mille liomtnes de plus contre lui. Il pardonnait à l’Autriche iC'e qui s’était passé, il voulait même l’ignorer, il voulait la paix ; il n!était pas éloigné d’adopter le quo ante , hélium. Quelque
chose qui arrivât, ilidesirait même rester l’atmi de la maison d’Autriche, à moins que cela ne devînt tout-à-fait impossible. Quant aux Bouébons, Narbonne nedevait (jamais en parler, (personne en France ni eh Europe, ^pas même en Angleterre, ne songeait à eux. Une nàtion'qui venait de lever sans effort un million deux cent mille hommes sur un mot de l’Empereur, ne rentrerait .jamais sous leur joug. Il n’y avait pas plus de ralison pour qu’il fût qüès/fcion d’eux que des Montesquiou , qui .préteridaient descendre de Charlemagne ou de Clovis.
Si lès circonstances devenaient giraves, ce 'que l’Empereur ne pensait pas, il s’arrangerait avec l’em-, pereur Alexandre ; pour qu’ils s’entendissent , il faudrait peu de chose. Qu’est-ce qui importait à la Russie? Le système continental et la Pologne. On
EMPIRE. AM l8l3.
avait renoncé au système continental pour la Russie ; la Pologne n’avait jamais été regardée que comme un moyen : l’Allemagne et l’Espagne importaient bien plus à Napoléon que la Pologne. On connaissait l’estime et même l’aipitié qu’ Alexandre avait pour lui. On savait aussi que la correspondance fréquente, et sur toute espèce de sujets entre ces deux souverains , n’avait jamais été suspendue , même au plus fort de la guerre. Si Napoléon satisfaisait la Russie, l’Autriche ne pouvait se dissimuler qu’il avait un 1
moyen de l’humilier et de la réduire à rien. Une mis- j
sion au quartier général russe partagerait le monde. i
Dans les circonstances actuelles, l’Autriche avait trois partis à prendre : être neutre , alliée ou ennemie. ^
Napoléon préférait que cette puissance restât neutre, ] mais sans armes , et par conséquent sans lui donner ' d’inquiétudes, car l’expérience avait prouvé qu’on ne pouvait compter sur l’alliance ; il faudrait payer son assistance par la Silésie ou les provinces Illyriennes , ce qui ne pouvait être dans les intérêts de Napoléon. . Il était maintenant dans un tel degré de | puissance, et cette puissance serait surtout si formidable dans un mois, qu’il préférait l'a neutralité, ensuite l’alliance , à la guerre. i
Toutes ces combinaisons partaient d’une fausse ' appréciation de la politique des puissances , dirigées avant tout par leur haine commune de Napoléon et de la France.
* Lettre de Caulaineourt a Narbonne du 14 mai.