CHAPITRE I.XXXVHl
Biibna, dont le cabinet de Vienne avait annoncé l’envoi à Dresde, y arriva le 16 inai, apportant à Napoléon une lettre de son beau-père. Stadion avait été envoyé au quartier général russe et prussien , où une première affaire devait avoir amorti bien des passions et dissipé beaucoup de chimères , et pour savoir quelles étaient les prétentions des deux puissances. La plus belle des chances s’ouvrait à Napoléon , celle de donner la paix au monde. Bubna était chargé de s’entendre sur quelques points propres à servir de base à un arrangement, et à prouver à Napoléon que le médiateur était son ami. Si Napoléon secondait ses efforts par cette modération , qui placerait son règne parmi les plus glorieux, qui lui assurerait l’avenir le plus heureux, en asseyant sur des bases inébranlables la dynastie qu’il avait fondée , et dont l’existence était confondue avec celle d’Autriche, l’empereur François se féliciterait d’avoir contribué à l’œuvre la plus salutaire. Le choix de Bubna, que Napoléon avait honoré de ses bontés, devait lui montrer qu’on ne lui faisait pas porter ces explications par un négociateur, ‘
Il eut une longue conférence avec Napoléon , et s’attacha à justifier la médiation armée de l’Autriche, comme la seule qui pût rabattre les prétentions exagérées des alliés, et comme n’étant pas inconciliable avec l’alliance. Cependant, en refusant son contingent, l’Autriche avait déchiré le traité qui ga-
^ Lettre de Teiripereur Frauçois du ii mai.
E.Ml’IllE. AN l8ùî.
nantissait Tintégrité du territoire actuel de l’Empire français. Napoléon dfemanda ce que devenait cette disposition importante. Bubna déclara qu’il n’avait pas d’instructions pour répondre d’une manière précise. Metternich avait dit et écrit que l'Autriche ne voulait rien pour elle. Bubna demanda, dit-on, les Provinces Illyriennes, une augmentation de son lot dans la Pologne , de ses frontières du côté de la Bavière, et en Allemagne la dissolution de la confédération du Rhin. A ce prix promettait-elle l’alliance? Non; mais la médiation. Sans s’expliquer formellejnent, on répondit à Bubna que l’Autriche était Hbre de renoncer à l’alliance ; que la France n’en serait jioint blessée; que ce qu’on craignait par-dessus tout, c’étaient les moyens termes , ressource commune de l’irrésolution et de la faiblesse. Napoléon se laissa entraîner à dire dans un moment? d’abandon : « Si Bubna m’ennuie de ses prétentions , je traiterai à ■ tout prix avec la Russie, et nous nous expliquerons ensuite avec messieurs les Autrichiens. » D’impnidens admirateurs répétèrent ce propos, il parvint jusqu’à Bubna, qui le transmit à Vienne. ■,
Sa mission se réduisit à proposer un congrès, qui se réunirait à Prague ou dans une autre ville, et pendant lequel il serait conclu un armistice. Napoléon l’âccepta, et énonça pour base de l’armistice, que les armées se retireraient , celles des alliés derrière l’Oder, celle de la France derrière l’ElbCi Bubna transmit directement ce projet à Stadion, c’est-à-dire aux ennemis. Il écrivit que, malgré le
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bouheur qui venait d’accompagner ses armes , Na* poléoD lui avait paru partager l’opinion des alliés, et regarder la paix générale comme le moyen de tranquilliser réellement le monde ; qu’il verrait (kmc avec plaisir au congrès des plénipotentiaires de l’Angleterre et de l’Amérique; qu’il con^tait à en admettre tm des insurgés espagnols, si l’on ipensait qu’il fût possible d’amener l’Angleterre à Ig paix; quHl était également disposé pour luie paix continentale , et par conséquent à envc^er , ainsi que ses alliés, des plénipotentiaires, aussitôt qu’on connaîtrait les dispositions de la Russie et de la Prusse.
Cette proposition de congrès et d’armistice fut annoncée dans le Moniteur (a4 mai). Bubna repartit aussitôt pour Vienne , emportant une réponse de Napoléon à son beau-père, dans laquelle il lui exprimait ses sentiraens particuliers pour lui, et en même temps ne lui dissimulait pas que, comme tous les Français généreux, il préférerait mourir les armes à, la main , à l’idée de se soumettre , si on voulait lui dicter des conditions.
■ On informa Narbonne du départ de l’envoyé autrichien. On lui répéta que Napoléon ne pouvait reconnaître aucune médiation armée. Il fallait que, l’Autriche s’expliquât sur ce qu’elle voulait, car depuis le Brahant jusqu’à la Toscane , depuis la Lorraine jusqu’à Venise , on pouvait lui supposer des vues d’intérêt. Napoléon desirait toujours la paix. Il tenait le même langage que depuis six mois. Il était même tout disposé à faire des avantages à l’Autri-
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che , si , de son côté , elle voulait faire un nouveau traité de coopération. On la préférerait à la guerre afin d’éviter une nouvelle effusion de sang, et surtout les désagrémens qui résulteraient, pour l’Impératrice , de cette situation. L’Empereur attachait un grand prix à ne pas décolorer cette alliance aux yeux de ses peuples. Mais , dans tous les partis que l’Autriche pouvait prendre , sa neutralité était celui qui convenait le mieux aux intérêts de la France. On recommandait à Narbonne toujours la même réserve.*
' IvCttre de Caulaincourt du 1 8 mai.