CHAPITRE LXXXIX
Combats de Fischbach, de Capellenberg, de Bischofswerda.
Mission de Caiilaincourt au quartier russe. — Batailles de Bautzen et de Wurtschen. — Monument à l’armée. — Combat de Reichenbach. — Mort de Bruyères, Kirgener et Duroc. — Dotation à lar fille de Duroc. — .Alexandre renvoie Caulaincourt à l’Autriche. — Négociation d’armistice. — Bubna revient de Vienne. — Armistice de Plesswitz.
Les négociations n’avaient point ralenti les opérations militaires. Macdonald avait poursuivi l’ennemi, qui s’était retiré, par la route de Bautzen, sur la Lusace et la Silésie, d’où, plein de confiance dans l’Autriche , il s’appuyait sur la Bohême , et il allait au-devant des renforts qu’amenait Barclay de Tolly.
Marmont , Bertrand etOudinot suivaient Macdonald. MiloradowichJ avec vingt mille hommes , avait voulu tenir les positions de Fischbach, de Capellenberg et de Bichofswerda , ce qui avait donné lieu à trois combats successifs. Les Russes furent débusqués avec perte; en se retirant , ils brûlèrent la petite ville de Bischofswerda. Les places de Spandau et de Thorn ayant capitulé, l’Empereur ordonna que la capitulation de Thom serait l’objet d’une enquête ; quant <
à celle de Spandau , qui s’était rendue sans siège ,
que le général, les chefs de l’artillerie et du génie, et les membres du comité de défense , qui n’auraient pas protesté , seraient arrêtés et traduits devant une commision de maréchaux , présidée par Berthier.
' Le 1 5 au soir, Macdonald ét^it à une portée de canon de Bautzen , où il reconnut toute l’armée ennemie» Barclay l’avait rejointe avec vingt mille hommes. Elle occupait Bautzen comme une tête de position > et s’y retranchait. Macdonald prit position à inné portée de canon de ceite petite ville- Les dix jours de repos donnés à l’armée française avaient doublé ses moyens en artillerie et en cavalerie. Les troupes saxonnes s’y étaient toutes réunies. Persuadé que l’ennemi voulait recevoir la bataille , Napoléon dirigea tous les corps sur le camp de Bautzen, même celui de Ney, qu’il avait, après la bataille de Lutzen, dirigé sur Berlin , et qui était en pointe vers Luckau. Tandis que l’ennemi croyait la capitale de la Prusse menacée par ce maréchal, il lui était prescrit devenir avec son corjrs et celui de Lauriston , forts de soixante mille hommes, sè placer surHoyerswerda et de se diriger sur Dressa. Ayant ainsi dépassé la Sprée , il se trouverait avoir tourné la position de l’ennemi. En rentrant dans le mouvement général qui concentrait l’armée vers les débouchés de la Lusace, Ney laissait au maréchal Victor et à la cavalerie de Sébastian! le soin d’observer le corps de Bulow, qui couvrait Berlin.
Ces termes de la lettre de Caulaincourt à Narbonne , du 4 niai , une miesien au quartier général
CHAPITRK LXXMX.
russe partagerait le mande en detue, étaient une pensée que la perfidie de l’Autriche avait inspirée à Napoléon. Il résolut donc ^ tenter un rapprochement direct entre lui et l'empereur Alexandre. Bert hier demanda aux avant-postes russes si l’on voulait recevoir Caulaincourt , chargé de proposer un armistice. Une lettre close du i8 mai l’autorisa à se rendre auprès d’Alexandre, et lui donna des pleins pouvoirs de conclure un armistice pour tout le temps que durerait le congrès , afin de prévenir ht hataiHe qui paraissait imminente, et d’éviter à l’humanité un effusion de sang inutile. Le même jour. Napoléon partit de Dresde militairement. Il s’arrêta le soir au château de Harta , entre Scbmiedfeld et Bichofswerda. Il dicta à Caulaincourt ses instructîoBS pour le cas où il serait admis au quartier général- russe.
Il était chargé de sonder l’empereur Alexandre ' sur la paix , et s’il le trouvait favorable , d’entrer en matière. Le traité de Tilsit et la création du grand duché de Varsovie étaient le point le plus sensible à h» Russie; si Alexandre en parlait, pour dissiper ses inquiétudes, on proposerait de borner la confédération à l’Oder, prenant une ligne de Glogau à la Bohème, à-peu-près celle de l’ancienne ligne de neutralité. Par ce moyen, la Westphalie s’augmenterait de un million cinq cent mille âmes , et la Prusse les perdrait. On lui donnerait en place le grand-duché de Varsovie , la ville et le territoire de Dantzig , excepté quarante ou cinquante mille âmes
EMPIRE. — - AN l8l3.
pour Oldenbourg. Ce serait donc pour la Prusse de , quatre à cinq millions d’habitans , Dantzig , Thom , Modlin, toute la Vistule , et pour la Russie une seconde frontière qui la couvrirait, puisque la Prusse, ayant sa capitale près d’elle , serait dans son système. La France et la Russie seraient donc à trois cents lieues, .avec une grande puissance intermédiaire ' de deux cents lieues. Le roi de Prusse , ami naturel de la Russie, soit que sa capitale fût à Varsovie, à Kœnigsberg ou à Dantzig, serait donc dans le système de la Russie. Ce projet anéantirait à jamais la Pologne, et serait avantageux à la Russie et même à la Prusse.
Napoléon ajouta verbalement à Caulaincourt :
' « Mon intention est de faire un pont d’or à l’empe-
reur Alexandre, pour le délivrer des intrigues de Mettemich. Si j’ai des sacrifices à faire, j’aime mieux que ce soit au profit de l’empereur Alexandre, qui me fait bonne guerre, et du roi de Prusse auquel il ’ s’intéresse, qu’au profit de l’Autriche, qui a trahi l’alliance , et qui , sous le titre de médiateur, veut s’arroger le droit de disposer de tout, après avoir fait la part qui lui convient. » Napoléon se flattait qu’Alexandre saisirait avec joie cette occasion de sortir de la lutte par une voie honorable et sans l’intervention de l’Autriche, et de se venger de cette puissance pour la sotte diversion qu’elle avait faite dans la campagne de 1812.
« Oui, dit Napoléon, en attendant avec une vive impatience une réponse à son parlementaire, je veux