‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 119 sur 300 · CHAPITRE I.XÏiXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE I.XÏiXIX

servant avec une lunette. Il établit son quartier général au centre du camp retranché des alliés, devant l’auberge isolée de Klein-Baschwitz , qu’avait occupée l’em{>ereur Alexandre pendant toute la journée.

La victoire était restée aux Français , mais, comme àLutzen, elle n’avait rien décidé; aucun trophée n’avait compensé leurs pertes; l’ennemi ne leur avait laissé qu’un champ de bataille couvert de morts et de <lébris. On a évalué, pour les deux armées, le nombre des tués à dix mille et celui des blessés à vingt mille.

Si la victoire ne fut pas plus utile, on l’a imputé à l’infériorité de la cavalerie française, mais surtout aux fausses manœuvres du maréchal Ney, quand il reprit le village de Preititz; s’il avait plus exactement suivi le plan arrêté, il serait arrivé à midi derrière la ligne ennemie. On remarqua que le nombre des blessés excédait infiniment la proportion ordinaire. Beaucoup l’étant à la main , des personnes lasses de la guerre dirent à l’Empereur qu’ils s’étaient blessés eux-mêmes pour ne plus se battre. Ce fut un coup de foudre pour lui, « car, dit-il, s’il en était ainsi, malgré nos succès, notre position serait sans remède, et la France serait livrée pieds et poings liés. » Il chargea le chirurgien en. chef, Larrey, de faire l’examen le plus sévère de ces blessures, demandant sans ménagement la vérité ; il déclara qu’il n’avait pas trouvé un coupable. Il reçut le soir même , de la part de l’Empereur, son portrait enrichi de diaraans, 6,000 fr. et une pension de 3, 000 fr.

EMPIRE. Vf. i(J i

EMP1KE. AN l8l3.

A son camp de Rlein-Baschwitz, sur le champ de bataille de Wurtchen, le aa mai à cpaatre heures du matin , l’Empereur décréta qu’un monument serait élevé sur le mont Cenis, comme un témoignage de sa reconnaissance envers ses peuples de France et d’Italie, et pour transmettre à la postérité là plus reculée le souvenir de cette époque célèbre , où , en trois mois, douze cent mille hommes avaient couni aux armes pour assurer l’intégrité du territoire de l’Empire et de se^ alliés. Toutes les académies de l’Empire étaient chargées de présenter un projet. a5 millions étaient consacrés à l’érection du monument : les travaux devaient commencer au printemps.

Bien que les victoires de Lutzen et de Wurtschen n’eussent pas eu d’aussi grands résultats que l’Empereur l’eût désiré, elles avaient rétabli la supérioi-ité des armes françaises. Dès la pointe du jour, l’armée se mit à la poursuite de l’ennemi, qui s’était retiré pendant la nuit dans toutes les directions. Oudinot, avec le la' corps, garda le champ de bataille, pour se porter ensuite vers Berlin, et tenir en échec l’armée de Bulow. Il devait être remplacé par Victor avec le a* corps et la cavalerie de Sébastiani, qui étaient au moment de rejoindre l’armée. On s’occupa sans relâche des blessés; il y en avait vingt mille de toutes les nations. Les services d’ambulance étaient insuffisans; le pays , dévasté , n’offrait ni chevaux, ni charrette; l’humanité des paysans saxons suppléa à cette pénurie ; ils transportèrent les blessés sur des brouettes à Dresde.

CHAPfTRE LXXXIX. , 2()I

L’armée alliée se retirait vers Lëbau et Lowenberg. Miloradowich commandait l’arrière-garde et disputait avec avantage le terrain dans un pays hérissé de difficultés. Impatienté de ce qu’on ne l’entamait pas , Napoléon se porta à l’avant-garde pour l’animer par sa présence et y resta toute la journée exposé aux boulets. Attaqué dans sa position près de Reichenbach, l’ennemi plia après un combat meurtrier, abandonna le passage et tint encore sur les hauteurs en arrière de Reichenbach ; l’Empereur le fit attaquer et déposter, a Comment , dit-il avec humeur , après une telle boucherie, aucun résultat '.Point de prisonniers ! ces genslà ne me laisseront pas un clou 1 » Le général de cavalerie légère Bruyères, officier de la plus haute distinction , avait été dans ce combat emporté par un boulet. Un chasseur à ciicval de l’escorte impériale fut enlevé de même. « La fortune nous en veut hien aujourd’hui , j> dit Napoléon à Duroc.

Le quartier impérial était marqué à Reichenbach. L’ennemi, tenait encore du côté de Makersdorf. L’Empereur ordonna au maréchal Ney d’attaquer et de pousser jusqu’à (iœrlitz. Comme les troupes n’arrivaient pas assez vite, Napoléon descendit dans un chemin creux pour atteindre une hauteur d’où il pourrait voir leur mouvement. Il était suivi de Mortier, de Caulaincourt , de Duroc et du général du génie Kirgeuer. L’ennemi tira trois coups de canon. Un boulet vint frapper un arbre près de l’Empereur. Parvenu sur l’éminence , il se retourna pour demander sa lunette, et ne vit plus que Cauiain-

/ court. On revint , on accourut , on annonça que Duroc avait été tué. «Duroc! s’écria l’Empereur, cela n’est pas possible ! il était tout-à-l’heure auprès de moi ! » Le boulet qui avait frappé l’arbre , avait ricoché d’abord sur le général Kirgener et ensuite sur Duroc. Kirgener avait été tué raide. Duroc n’était pas encore mort, mais le boulet avait déchiré ses entraille.s. On le transporta mourant dans une maison de Makersdorf.

L’Empereur resta encore près d’une demi -heure à la suite de ses troupes. II fit arrêter la garde.

Le quartier impérial fut établi dans un champ sur le bord de la route. L’Empereur y passa le reste de la soirée , assis sur un tabouret devant sa tente, les mains jointes, la tête baissée, gardant le plus morne silence. Toute l’armée partageait sa douleur. A la nuit, il sortit du camp, accompagné de Berthier, de Caulaincourt et du docteur Yvan, alla voir Duroc, et chercha à lui donner quelque espérance. Duroc, qui ne pouvait pas s’abuser , ne lui répondit qu’en ' le suppliant de lui faire donner de l’opium. L’Empereur, trop affecté , se déroba à ce spectable déchirant’. De retour au camp, il se promena seul devant i sa tente. Personne n’osait l’aborder. Cependant on avait des dispositions essentielles à faire pour le lendemain. On se hasarda à venir lui demander où il fallait mettre les batteries de la garde, il répondit: ,

’ Le Bulletin (Moniteur du 3o mai) rapporta quelques phrases à effet échangées dans cette entrevue. (<*est une supposition dont il est facile de voir le but.

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